V. — Avènement des Romanof
Élection de Michel Romanof. — Les efforts de Vopoltchénié national avaient rendu à la Moscovie sa capitale. Pour en finir avec les Troubles, il fallait lui rendre un souverain. Pojarski, Minine, Abraham Palitsyne n'avaient exercé le pouvoir qu'en « attendant l'élection du tsar ».
Comme on voulait que le nouveau tsar, à la différence de ce qui avait eu lieu pour Vassili Chouïski, fût l'élu de toute la terre russe, les chefs de Vopoltchénié convoquèrent au Kremlin la « grande assemblée du pays » ( Vélikaia Zemskaïa Douma ou Vélikii Zemskii Sobor). Ces Etats généraux se réunirent en janvier 1613. Es comprenaient des députés de tous les ordres : clei^é, boïars, enfants-boïars, marchands et gens de métiers,
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capitaines de streltsi, atamans de kosaks. Leurs travaux furent inaugurés par des prières publiques et par un jeune de trois jours : elle devint ainsi « TAssemblée illuminée » : Osvtéchtchennyi Sobor»
Tout d'abord elle écarta les prétentions de Yladislav de Pologne, du prince royal de Suède, de Marina et de son fîls. Le terrain déblayé, les brigues commencèrent. Il s'éleva des voix en faveur de Vassili Chouïski, Tancien tsar, de Yassili Galits yne, de Pojarski, sauveur de la patrie, de Troubetskoï, qui s'en prétendait le sauveur. Bientôt une majorité se dessina en faveur du jeune Michel Romanof, non pas à cause de lui-môme, mais à cause de son père le patriarche Philarète, alors captif à Marienburg, à cause de son aïeul le vertueux Nikita Romanof, à cause de la bonne tsarine Anastasie Romanof, à cause du pieux empereur Feodor Ivanovitch, un Romanof aussi. Il semblait que Michel, quoique descendant de simples boîars moscovites, se rattachât à la dynastie des Ivan. Enfîn les Romanof, dans la crise des Troubles, étaient presque la seule grande maison qui fût restée sans reproche, toujours souffrant pour la liberté et le pays, tour à tour victime de Godounof et des Polonais. Le clergé, la petite noblesse, les bourgeois étaient pour les Romanof. Ceux de Moscou voyaient en eux une vieille famille moscovite. De saints personnages avaient eu des visions, des apparitions célestes, qui recommandaient Michel. D*abord Palitsyne, puis Minineet Pojarski se déclarèrent en leur faveur. Feodor Chérémétief, dévoué à cette famille, et qui correspondait alors avec le prisonnier de Marienburg et recevait ses instructions, mena très habilement la campagne. Il fit miroiter aux yeux des boîars et des nobles une charte de libertés à la polonaise (dont ensuite il ne fut plus question). Il fit adresser à rassemblée des pétitions par les diverses milices, enfants-boïars, streltsi, Kosaks du Don. L'élection fut retardée juste assez (elle eut lieu quinze jours après un premier vote) pour qu'elle pût donner enfin l'unanimité.
Une nouvelle consécration fut donnée à la naissante dynastie par le dévouement d'Ivan Sousanine : une bande de soudards lithuaniens avait projeté d'aller enlever le jeune tsar dans son