IV. — Condition des peuples conquis
L'Église et la nation grecques. — Par la façon dont les intérêts permanents de TEtat furent, dans les voïévodies danubiennes, sacrifiés à l*avidité du sultan, de ses ministres, de ses familiers, de ses femmes ', on peut juger du traitement que subirent les autres nations vassales ou les sujets directs.
L'Eglise grecque fut plus brutalement traitée qu*au temps de Mohammed le Conquérant. En 1628, les Jésuites avaient fait assaillir Timprimerie fondée dans la maison du moine Melaxa et en enlever tous les livres. Ils ne furent pas étrangers à la disgrâce du patriarche grec, Cyrille (Loukaris), enfermé aux Sept-Tours et égorgé (1638). Une des épreuves de TEglise grecque fut donc la puissance nouvelle des Jésuites en Orient. Le successeur de Cyrille, Carfila, à qui la Porte fit payer 50 000 ccus son installation, dut compter avec eux. La protection de la France, qui naguère s^étendait sur tous les chrétiens sans distinction, tendit de plus en plus à se restreindre aux catholiques, à prétendre pour eux la possession exclusive des Lieux-Saints; TAutriche, dans son traité de 1641, garantissait également rétablissement des Jésuites; comme la Russie était encore faible, TEglise orthodoxe n'eut plus personne en qui espérer.
Les Grecs continuaient à s'enrichir par le commerce; mais de nouveaux concurrents s'annonçaient : après les Vénitiens et les Français, les Anglais et les Hollandais. D'autre part, les exactions de la Porte et de ses agents devenaient plus lourdes et
i. Voir Oï-dessus, p. 798 etsuiv.