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plus déraisonnables. Les nouveaux enrichis avaient tout à craindre. Témoin Thistotre de Michel Gantacuzène, le protégé et Tami du grand-vizir Sokoli. Son habileté commerciale, son àprelé au gain l'avaient fait surnommer par les Tun^s Chettan-Oghli (Fils du Diable). Il avait obtenu les fermes et salines d'Anchiale; il était devenu si riche et si puissant qu*il pouvait faire nommer et déposer les métropolites, même les patriarches. Le patriarche Métrophane, qull avait fait disgracier, essaya vainement de lui faire restituer les 16 000 ducats dont il avait payé sa protection. A la fin les ennemis de Sokoli obtinrent que Gantacuzène fût mis aux Sept-Tours. Il n*en sortit que moyennement une rançon de 55000 ducats (1577). L astucieux Grec rétablit ses affaires, obtint le posle de fournisseur des pelleteries à la cour qui lui valait, par an, un traitement de 365 écus et un bénéfice de 60 000 ducats. La renaissance de sa richesse et de son faste réveilla l'hostilité de ses envieux : en 1578, il fut pendu à la porte de son palais d'Ancliiale.
Abolition du Devchfirmé. — Dans cette période prend place un fait très important et très heureux pour les populations chrétietmes : c'est Tabolition du Devchûrmé ou dîme des enfants mâles pour le service militaire. On fixe une date : 1638, sous Mourad IV. On voudrait faire honneur de cette réforme à rhumanité et à Tinstinct politique du sultan, qui aurait entendu soulager ainsi les classes rurales; mais nous savons que Khodji-beg lui prêchait au contraire le maintien de lancienne coutume. La raison la plus forte fut que, les musulmans se disputant les places de janissaires, ils n'eussent plus toléré qu'on les réservât à des enfants chrétiens. Ge qui prouverait qu'aucune loi n'intervint, c'est que, dans des cas de nécessité urgente, on leva encore, en 1674, 2000 enfants chrétiens, et en 1676, 3000. Ge furent d'ailleurs les dernières levées.
Progrès de rislamisme parmi les populations chrétiennes. — Un autre fait tout aussi caractéristique, c'est le nombre croissant des conversions à l'Islam parmi les populations chrétiennes. Grecs, Albanais, Serbes, Bulgares. Gerlains cantons furent complètement islamisés, comme ceux des Slaves du Rhodope et de Macédoine, qu'on appelle Pomaks. De même
en Albanie, dans les pays serbes, en Eubée, plus tard en Crète (les musulmans du mont Ida). Aux fêtes de la circoncision de Mohammed III (1582), l'envoyé Chytraeus a vu plus de cent chrétiens, s'entrainant Tun Tautre, lever le doigt et se laisser conduire au Serai pour y être circoncis. Plus d'un million des « Ottomans » d'aujourd'hui sont descendants de chrétiens.
Ce qui multipliait les conversions, ce fut chez les uns le désir d'échapper aux charges qui pesaient spécialement sur les chrétiens, chez les autres l'ambition, chez presque tous le découragement de voir l'humiliation de l'Eglise orthodoxe et son impuissance a les protéger. Cette dernière cause est d'autant plus admissible que le mouvement de conversion se ralentit, puis cessa parmi les orthodoxes, dès que s'accrut la puissance de la Russie et que les tsars commencèrent à se poser en protecteurs de cette Eglise. Les conversions furent nombreuses aussi parmi les catholiques d'Albanie et des pays serbes : le nombre des Albanais catholiques tomba de 250000 à SOOOO. Elles le furent aussi parmi les Juifs.
Les chrétiens d'origine figurent toujours en très grand nombre parmi les hauts dignitaires de l'empire : sous Sélim II, huit grands vizirs sur dix sont des renégats. Cicala est un Génois; l'eunuque Souléïman, gouverneur de l'Egypte, est un Grec ; le grand-vizir Khozrew, le sérasker Moustafa, conquérant de Chypre, sont des Bosniaques. L'eunuque Djàfer, Hasan-Pacha, gouverneur de l'Yémen, sont des Russes. Quant aux grands corsaires , Salah-Reïs est un Grec de Troade, Euldj-Ali un Calabrais, etc. Le sang impérial d'Osman est profondément altéré par les unions avec des captives d'origine chrétienne : Sélim II est un demi-Russe; Mohammed III, un demi-Vénitien, Osman II, Mourad IV, Ibrahim I", des demi-Grecs.
Les clephtes et les armatoles : essais d'organisation municipale. — Une conséquence notable de l'abolition du Devchûrmé, c'est que les éléments les plus énergiques des races conquises, n'étant plus enlevés pour le service militaire, ou ne trouvant plus à y entrer librement, le brigandage se développa dans les provinces. Dans les pays slaves, ces hors-la-loi s'appellent heïdouques et liaïdamaks; dans les pays grecs, ils portent
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déjà le nom qu'ils illustreront dans les guerres d'indépendance : clephtes (proprement vo/eurs).
Pour prévenir les progrès du clephtisme ou pour le combattre, les Turcs sont amenés à reconnaître à quelques cantons chrétiens (slaves ou grecs) une certaine organisation politique et le droit de porter les armes. En pays bulgare, on relève les c villages guerriers » de Koprivchtitsa, Panagjurichté, Kotel, Tchépina, etc., qui, moyennant certaines exemptions, fournis* sent des guerriers auxiliaires {momtchéia) aux armées turques. Celui de Tchépina fut contraint, vers 1660, à embrasser l'Islam. Quant aux Grecs, déjà sous Mourad II, ceux du mont Agrapha avaient obtenu le droit de défendre eux-mêmes leurs villages : le cadi musulman y partageait lautorité avec Tévèque orthodoxe et le capitaine de la milice indigène. Une organisation analogue fut, à la fin du xv" siècle, accordée au mont Olympe de Thessalie. Au xvi* siècle, et surtout sous Sélim II, ces organisations se multiplièrent dans les pays montagneux. Le capitaine de la milice se nommait armatole, ses soldats pallikares, et sa circonscription un armatolik. Il n'y en eut pas en Morée, ni dans les îles, ni en général dans les pays de facile accès.
En revanche, dans ceux-ci, les Turcs laissèrent se former des organisations municipales, de caractère d*abord tout démocratique, qui avaient à leurs yeux l'avantage de faciliter la répartilion et la perception de l'impôt. Bientôt, dans ces démocraties, se reconstitua une sorte d'aristocratie locale, agents flscaux, drognians, secrétaires, médecins. Elus par leurs concitoyens sous les noms d'arcAon/es, démogérontes, gérontes, proèstoi, épitropoi, brecchiardoi (vieillards), ils se chargèrent de l'administration locale, de la police, de la perception, de l'entretien des églises et des édifices communaux. Puis les pachas turcs les appelèrent à délibérer avec eux au chef-lieu, et l'on voit poindre des espèces de conseils provinciaux, représentés dans les intersessions auprès du pacha par des primais ou khodja-bachi. Ceux-ci acquirent par la suite une très grande importance.
Du reste, par tout l'empire ottoman, plus vif que jamais est l'esprit d'indépendance : en Albanie et dans le Maïna; dans le Liban, où les Druses, avec l'émir Fakr-ed-Din et ses successeurs.
tiennent en échec les armes ottomanes; dans le Kurdistan et dans toute la région caucasique; dans TYémen, si récemment conquis; en Crimée, où les khans Ghiréi entendent plutôt se servir du Padishah que le servir.
État de la civilisation grecque. — Dans la race grecque on doit signaler un certain réveil de la vie intellectuelle. Anlonios Éparchos de Corfou, le patriarche Joasaph II, le diacre Démétrios Mysos de Salonique sont en correspondance avec Mélanchton; Jean et Théodose Zygomalas, avec le savant professeur de Tûbingen, Martin Grusius; TAthénien Léonard Philaras, avec Milton. On a pu croire que le patriarche Jérémiell, par Stéphane Gerlach, avait été sinon converti, du moins incliné au luthéranisme. Le patriarche Cyrille Loukaris, un Candiote, la noble victime de 1637, avait étudié la philosophie à Tuniversité de Padoue; il fit de TAthénien Théophile Korydaleos, quoique suspect de calvinisme, son grand -écol&tre. Il fit traduire les Livres saints en grec vulgaire. Il fonda, sous la protection de l'ambassade britannique, Timprimerie grecque dont les Jésuites poursuivirent la destruction. Les lies possédées par les Vénitiens, surtout Corfou et Candie, restaient des centres de culture hellénique. La Crète a donné alors une nuée de dramaturges. C'est aussi un Candiote que ce Vincent Kornaros de Sitia qui, dans la seconde moitié du xvi* siècle, écrivit l'épopée nationale de X Erotocriios y en 10000 vers. C'est un Candiote que le médecin Athanase Skléros (f 1664), héros et poète de la guerre Cretoise. De Chios a émigré en Italie Léon Allatios (f 1669), l'érudit patriote qui, dans sa Hellade (1638) appelait Richelieu au secours de la Grèce opprimée. On ne peut nier que la race hellénique ou du moins ses élites ne progressent en richesse, en activité commerciale, en culture.
Le Monténégro; pays slaves et albanais. — Un petit pays qui devait un jour faire parler de lui, mais qui traversait alors de cruelles épreuves, c'est celui que les Serbes appellent Tsema-Gora et les Italiens Monténégro, Sur cette c Montagne-Noire », ainsi que sur une partie de l'Albanie, régna jusqu'à la fin du XV* siècle la dynastie des Balcha (la maison des Baux de Provence). Puis s'établit une autre dynastie française,