CONDITION DES PEUPLES CONQUIS
les Maramont, devenus les Tsernoïévitch, qui embrassèrent la religion orthodoxe. L'un d'eux, Ivan le Noir, y bâtit une église et un monastère vers 1483 ou 4484, dans la petite ville de Cettinié, qu'il adopta pour capitale, et y fonda un siège épiscopal, dont le titulaire s'appela le vladika. C'est de ce temps qu'on peut faire dater l'existence même du Monténégro serbe et orthodoxe, désormais distinct de l'Albanie catholique avec laquelle il était en quelque sorte resté confondu. On peut même dire qu'a partir de ce moment le Monténégro fut réellement créé par l'émigration sur ses roches des habitants de la plaine. Ivan le Noir défendit avec succès son indépendance contre Mohammed le Conquérant : il serait l'auteur d'une loi portant que tout guerrier qui abandonnerait son poste recevrait des habits de femme et une quenouille. Vers 1515, un de ses héritiers, Georges Y, tracassé par les Vénitiens, finit par se réfugier à Stamboul et y embrassa l'Islam; mais, avant son départ, il avait fait don do son petit Etat au vladika^ qui cumula désormais les pouvoirs politiques et les pouvoirs religieux, mais qui, pour l'administration civile et pour la guerre, eut pour lieutenant un gouvemadour. Le Monténégro devint ainsi une sorte de théocratie, dont le chef était élu par le clergé et le peuple. Le premier prince-évèque futVavyl ou Babylas. Ses successeurs eurent à disputer leur territoire aux héritiers de Georges V, convertis à l'islamisme et qui avaient obtenu l'investiture et le secours du sultan. Puis l'islamisme fit des progrès parmi leurs sujets : nouvelle raison pour les Turcs d'espérer la conquête du pays. En 1570, une invasion ottomane fut repoussée; mais quelques années après, Ali, pacha de Scutari, conquit les cantons avoisinant le Monténégro et, en quelque sorte par la famine, le contraignit à se reconnaître tributaire. En 1604, les Monténégrins refusaient le tribut, battaient le pacha, mais les mêmes raisons économiques les contraignirent à subir une demivassalité. Leur vladika reçut du sultan le titre de pacha, comme plus tard les chefs du Maîna recevront le titre de begs. Ils battirent encore les Turcs, en 1612 et en 1613, avec 8000 guerriers seulement (presque toute la population valide) contre 60 000 Ottomans. L'année suivante, ils se laissèrent
entraîner, avec les Maïnotes, les Albanais et une partie des pays serbes, dans les aventureux projets de Charles de Gonzague, duc de Nevers, auxquels était môle le Père Joseph. Après Téchec de ces projets, amené par Tincendie des vaisseaux du duc (1620), le gouvernement turc décida de donner aux montagnards une sévère leçon. L*orage tomba d*abord sur les Monténégrins : Soliman, pacba de Scutari, pénétra jusqu au cœur de la montagne, saccagea Cettinié (1623), y établit une garnisou. y leva la capilation. Toutes les montagnes furent en proie aux bordes de Doudjé-Pacha : la majeure partie des Klémenti, Albanais de religion catholique, fut transplantée en Serbie et Macédoine (1638) ; et le sultan Mourad IV, auquel on apportait les tètes albanaises, à la chevelure partagée en quatre tresses el ornée de chaînes d'ai^ent, en plaisantait avec les grands de sa cour, disant : « Voyez comme Doudjé a bien paré les tètes de mes sujets d*Albanie. » Cette servitude de la montagne albanaise et serbe devait durer soixante ans. Dans les autres pays serbes et dans les pays bulgares, si pesant est le joug qu'ils n*ont, pour ainsi dire, pas d*histoire. En revanche, la moitié des vizirs, des beglierbegs, des capitans-pachas sont des Slaves; certains sultans, comme Sélim II, parlent couramment le slave; de leur chancellerie il sort des actes rédigés en langue slave et en caractères cyrilliques. Notons aussi que des livres serbes ou bulgares, au xvi" siècle, s'imprimèrent à Cettinié, à Belgrade, à Skodra (Scutari), au monastère de Gratchanitsa près de Kossovo. Ou cite un imprimeur bulgare, Jacob Krajkov, de Sofia.
BIBLIOGRAPHIE
Sources tiirc|ue«. — Voir ci-dessus, t. IV, p. 776, les indications sur Hadji-Khalifah et Khodja-Effendi. — Nalma, Chronique, trad. anglai>o, par Ch. Fraser, sous ce titre : Annals ofthe tarkish empire from 1591 to 1659, Londres, 1832 et 1836, 2 vol. in-8. — EvUa, trad. par Hammer, sous ce litre : Nivrative of Travcls in Buropa, Asia and Africa, Londres, 1850.
Auteurs qui ont écrit sur les abus et les réformes : Alni-Ali (contem|)0rains d'Ahmed !••■), Lots ottomanes, traduit presque entièrement par Belin. Du régime des fiefs militaires dans L'islamisme et principalement en Turquie {Journal asiatique, 1870). — Le Nasikh-Nameh {Livre des conseils; anonyme: adressé au sultan Ibrahim l^^), trad. ail. par Bernauer, dans Zeitschrift der Deutschen Morgenlxndischen Gesellschatt, t. XVIIL — KhocUi-beg, Aissn/a (Rapport au sultan Mourad IV) ; édition turque par Vékif-Bffendi, C. P-;
1861 ; trad. ail. par Bemauer. même recueil, t. XV; trad. russe et commentaires par V. D. Smimofy KoutchUbeg de Gûmûrdjina et les autres écrivains ottomans du XVW siècle sur les causes de la décadence de la Turquie, in-8, Pétersbourg, 1873. — Uq travail analogue à celui de Khodji-beg est Le Canon de Sultan Soliman (le Magnifique) représenté à sultan Mourad IV pour son instruction.,, tiré des archives les plus secrètes de l'empire^ trad. du turc en français par P. (Pétis de la Croix), in-8, Paris, 1725.
Houreem oeeldeiitale». — Voir ci-dessus, t. IV, p. 776. — Charrière, t. III et IV. — Alberi, Relaiioni, série III. •— Documenti di storia ottomanica.
— Reussner, Epistolâe (ajouter : Orationes turcicx, t. IV). — Ribier, Lettres et mémoires d'État. — Ajouter Veraatius (ambassadeur d'Autriche), Gesandsdiaftberichte, dans Katona, t. IV. — Stephan Gerlaoh (aumônier de Tambassadeur d'Autriche), Tiirckisches Tagebuch, in-f^, Francfort, 106 1; extraits dans É. Legrand, Recueil des textes, etc. (voir ci-dessous). — Schweigger (successeur de Gerlach au même emploi), Reyssbuch des Heiligen Landes, in-f, Francfort, 1609. — Diverses relations allemandes dans L. Ranke, Pùrsten und Vœlher von Sud, Berlin, 1827 et 1857, trad. fr., sous ce titre : Hist. des Osimntis, etc. — H. Crusius (Kraus), Tw^co-Grascia, in-f*, lo8t, et Germano-GrsBcia, in-f^, Bàle, 1585. — Sir Thomas Roe (ambassadeur d'Angleterre), Négociations, 1621-1628, Londres, 17i9. — Henri IV, Lettres missives, dans Coll. des doc. inédits. — Voyages de Tayernier (1625-1663); de La Boullaye le Gouz, Paris, 1653 ; de Théyenot (voir ci-dessus, t. IV, p. 777). — Des Hayes, Voyage de Levant fait par le commandement du Roy en Vannée 4621, Paris, 1632. — De Brèves, Discours abrégé des asseurez moyens d^anéantir, etc., s. 1. n. d., in-4, 48 pages. — J. D. C. (Jacques da Castel), Relation des voyages de M. de Brèves, in-4, Paris, 1628. — De Salignac (Jean de Gontaut-Biron, baron), Advis et relation envoyée au roy de tout ce qui s'est passé dans cet empire depuis Va^jénement de C empereur Amit (Ahmed I^^O? ^^-^i Paris, 1608. — Le comte Théodore de Gontaut-Biron, Ambassade en Turquie de Jean de Gont'iut-Biron (4605 à 4640), correspondance diplomatique et papiers inédits, gr. in-8, Paris, 1889. — Lettre d'un des secrétaires de M. le comte de Gésy sur testât présent des affaires de Turquie et sur le grand einbraseinent arrivé à C. P. en 46i8, petit in-4, Paris, 1628.
— GraTelius, Syndromos rerun Turco-Germanicarum, Francfort, 1627.
Il faut mettre à part les récits contemporains sur la guerre de Chypre et la bataille de Lépante : ils formeraient toute une bibliothèque. Un certain nombre sont cités par Hammer, trad. fr., t. VI, p. 527 et 530. — Le rapport de don Juan d'Autriche , dans Minutoli, Altes und Neues aus Spanien, Berlin, 1853, t. I. — Le récit du chevalier de Romegas, dans Charrière, t. III, p. 185-190. — Paruta, Storia Veneziana, partie II, Guerra di Cipro, in-4, Venise, 1605. — Ferrante Caraooiolo (commandant d'une galère à Lépante), I commenlarii délia guerra... in'4, Florence, 1581. — D. Cayetano Rossell, Historia del combate naval de Lepanto, in-4, Madrid, 1853. -^ F. de Herrera, L'hymne de Lépante, édit. Morel Fatio, in-8, Paris, 1893.
HlMtoIreM séaérale» «le Ut Ttiriinle. — Voir ci-dessus, t. III, p. 867, et t. IV, p. 777, sur SansoTino, J. Bsprinchard, Cantèmlr, Sagredo, de Ricaut, et, plus modernes, L. Ranke, LUdemann, Hammer, trad. fr. Hellert (ici, les t. VI à X), Zinkeisen (ici les t. II, III et IV), etc. — Halil Ganem, Etudes d'hist. orientale : les sultans ottomans (élémentaire), Paris, 2 vol., 1901-1902.
Hiflitolres par(leiillère«. — Romanin, Storia documentata di Venezia, t. VI et VU, Venise, 1857 et 1858. — L'amiral J. de la Gravière, Les Cheva-tiers de Malte, 1. 11; Les marins du XV^ et du XVI^ siècle; et suTioui La guerre
896 l'empire ottoman
de Chypre et la bataille de Lépante (avec 14 caries ou plans), 2 vol. in-12. Paris, 1888. — Mor. Brosoh, Gesch. aus dem Leben dreier Grosscesire (Mohammed Sokoliel les deux premiers Kœprûli), Gotha, 1899. — Voir cidessus, t. IV, p. 778, les iodicatioQs sur Saint-Priest (Amb. de Fraoce , Maloolm, (Perse), etc. — Sur les vice-rois d'Alger, voir ci-dessus, t. IV, le chapitre Afrique du Nord. — Sur les affaires de Perse : Minadoi, Hist. délie guerre, etc., Venise, 1588. — Portiui, Narrationes belli Persici; Irad. fr, sous ce titre : Histoire briefoe de la guerre de Perse (1578 et suiv.), s. 1., 1583. in-8. — Ant. Shirley, Relation of. TravelSy Londres, 1613. — W. Paxry (un compagnon des Shirley), A discourse ofthe travels of Ant, Shirley^ Londres, 1601. — Le Père Raphaël du Mans, Estât de la Perse en 4660^ édit. par Ch. Schefer, Paris, gr. in-8, 1890. (Dans cette publication on trouvera des indications sur un très grand nombre de voyages en Perse). — H. Howortfay History of the Mongols, t. lil (Perse), Londres, 1876, in-8. — G. Corzon, Persia and the Persian question, Londres, 1892, 2 vol. in-8. — P. Hom, Die Denkwurdigkeiten shah Tahmâsp's (trad. du persan), Strasbourg. 1891.
Ors&nlflAtlon et elvIlIflAtlon ottoniAiies. — Voir ci-dessus, t. IV, p. 776 et 778, notamment sur les voyageurs. — Djevad-bey, très important ici pour les janissaires. ~ Ajoutez V. D. Smimof, Koutchi-beg {soir ci-dessus, p. 895, ligne 2). — Une courte biographie de Saad-ed-Din dans le Journal Asiatique, aoiit-sept. 1863. — Tischendorf, Dos Lehntoescn in den moslemischen f^taaten insbesondere in osmanische Reiche, Leipzig, 1872 (a paru deux ans après le travail de Belin, Du régime des fiefs). — Belin, Essai sur l'histoire économique de la Turtfuie d'après les émvains originaux, dans le /. Asiat. de 1864; du même. Étude sur la propriété f ornière, Ibid., 1862; sur la constitution des biens de mainmorte, Ibid., 1834.
€€>ndl(loii de» i»euple« «ouinls. — Aux ouvrages indiqués cidessus, t. IV, p. 778, ajouter : Dorothée, Bt6X{ov Ivroptxbv, in-4, Venise, 1743-
— Chrytrœus, Oratio de statu ecclesiarum hoc tempore in Grxcia, in-8, Francfort, 1583. — Malaxes, IlaTptapxix^ K.Il. Wtopta, dans la Turco-Grœeia de Grusius. — Zalloni, Histoire des Fanariotes, in-8, Paris, 1831. — C. Sathas. sur les Estradiots, t. IX et X de ses Documents inédits, — É. I.e^rmnd. Bibliographie hellénique, gr. in-8, 2 vol., Paris, 1885; Recueil des chansons populaires grecques, in.8, Paris, 1873; Recueil des poèmes historiques, etc., in-8, Paris, 1877; Jean et Thèodose Zygomalas, dans le Recueil de textes. . de l'École des langues orientales, t. il, in-8, Paris, 1889. — Pr. llarîch. Aufstœndsversuche der christlichen Vœlker der Tûrhei in den Jahren 4625- 4646, dans les Mittheilungen, etc., Innsbrûck, 1882. — Le même sujet traité dans Fagnlez, le Père Joseph et Richelieu (voir ci-deSsus, p. 529, note). — Paparrigopoulo, Hist. du peuple hellénique (en grec), t. V, Athènes, 1874: et Hist. de la civilisation hellénique y Paris, 1878. — Moakhodakhi, Le droit public en Grèce sous la domination turque (en grec), Athènes, 1882. — C 3athaB, Bioypa^ixbv ax^^iottrpja, ntpl toû ^arpidip/ou *lepc(iîou, in-8, Alliènes, 1870; Kpr,Tixbv eiacpov, Venise, 1879; NeoeXXYjvixri çOoXoyéa (Biographies des lettrés grecs de 1453 à 1821), 1867; Joseph Nassy, roi de ?iaxos et des Cyclades (en grec), 1867. — Gédéon, Ilarpiap/ixol ictvaxe;, in-8, C. P., 1889.
— Renierl (Marc), Le patriarche Cyrille Loukaris (en grec), Athènes, 1859, in-8. — J. K. Kopniot, Histoire d'Argos (en grec), Athènes, 1892. — Rel. de Vestab lisse ment des PP. de la C. de Jésus dans le Levant, édit. par É. Legrand, Paris, 1869. — A. Belin, Histoire de la Latinité de ConstantincpUy nouv. éd., Paris, 1894. — K. HendelMohn Bartholdy, Gesch. Griechenkmds^ 1. 1, Leipzig, 1870. — Les histoires des Serbes et des Bulgares sont indiquées ci dessus, t. iil, p. 918.