‹ Histoire générale du 4e siècle à nos joursChapitre 89 sur 125 · L'EXTRÊME-ORIENT CHINE. — JAPON. — INDO-CHINE · texte numérisé non relu

L'EXTRÊME-ORIENT CHINE. — JAPON. — INDO-CHINE

Jusquau milieu du X¥IP siècle.

/. — La Chine.

État de la Chine au XVI'' siècle. — Lorsque les Portugais arrivèrent à Canton, la dynastie éminemment chinoise des Ming régnait sur « Tempire du Milieu » depuis 1368 (elle dura jusqu'à 1644). Son fondateur, Hong-Wou, avait placé la capitale à Nanking; puis son second successeur, le troisième empereur Ming, Yong-lo, la transféra en 1411 , dans le Nord, à Péking, qui est resté le siège du gouvernement jusqu'à maintenant. Les Ming avaient remplacé la dynastie mongole * des Yuan ou Youeriy de la maison de Gengis-Khan. Après la mort de celui-ci (1227), son empire avait été divisé entre ses quatre héritiers; Ogodaï, son troisième fils, eut TÂsie orientale; mais le titre de Grand-Khan étant passé de la maison d'Ogodaï dans celle de Toulouï, quatrième fils de Gengis, ce fut son fils Khoubilaï, le cinquième Grand-Khan des Mongols, qui fut le premier Youen, souverain effectif de la Chine sous les noms de

\. Sur les Mongols de la Chine, voir ci-dessus, t. HI, p. 96â et suiv.; t. IV, p. 019 et suiv. — Clii-tsou =C1ii-lsu. — Toulouï = Touli, etc.

IIlSTOIRK GftNftnALIL. V. 57

règne de Tchoung-toung et de Tche-youen et le nom dynastique de Chi-tsou (1260-1295).

Cette période mongole est celle des grandes relations de rOccident avec TOrient et TExtrême-Orient : la tolérance de? Il'Khans mongols de Tlran de la maison de Houlagou, frère cadet de Khoubilaï, présentait le plus vif contraste avec la tyrannie des sultans mamelouks d*Egypte. Aussi prenait-on pour se rendre aux Indes et en Chine la route de Perse plutôt que celle de la mer Rouge. La route de terre, soit par le Badakchan, le Tibet et le Koukounor, soit plutôt par TAsie centrale et les Tien-chan, était plus courte, mais plus dangereuse que la route de mer*.

La chute des Mongols et Tavënement des Ming amenèrent la destruction des missions chrétiennes de Péking et du Fou- Kien et la fermeture de la route de mer. Les progrès de Tlslam causèrent la ruine des établissements de TAsie centrale (13421 et firent supprimer Taccès des chemins de terre. La Chine reprenait son ancienne tradition : établir entre elle et le reste du monde une barrière que, seules, les guerres de notœ siècle ont pu rompre.

Gouvernement. — On sait que le gouvernement de la Chine appartient à un empereur qui a le titre de Houang-ti ou de Tien-tseu (fils du ciel) et dont le pouvoir est absolu. Quand il monte sur le trône, on donne à son règne un nom {nien-hao) qui peut changer. Un des empereurs de la dynastie des Soung (960- 11 27) a eu jusqu'à neuf nien-hao.

Pour Taider dans son gouvernement, l'empereur a une chancellerie ou grand-secrétariat {nei-ko). La dynastie mandchoue actuelle a créé en plus, en 1732, un grand conseil ou Conseil d*Etat (Ktoun Ki tchou). Puis viennent les six ministères (Liou- Pou) : le Li-PoUf ministère de l'intérieur, divisé en quatre bureaux, qui s'occupe des fonctionnaires, etc. ; leHou-PoUy minis-

i. Celle-ci était prise par des moines comme Jean tlu Plan-Carpin et Guillaume (le Hiibrouck (Rubruquis) pour aller à Rarakoroum; par des voyageurs, comme Marco Polo pour son voyage d'aller; la route du Tibet fut suivie à son retour par Odoric de Pordenone; la route de mer, prise par Marco Polo pour rentrer en Europe, Tavait été par Jean de Monte-Gorvino, et plus lard par Odoric, allant gagner le cliamp de leur mission.

1ère des finances, chaîné des impôts, du cadastre, etc. ; le Li-PoUy ministère des rites ou des cérémonies, auquel il faut ajouter lé Yo-Pou, bureau de la musique officielle, qui en est une dépendance ; le Ping-Pouy ministère de la guerre, qui dirige l'armée et la marine ; le Hing-Pou, ministère de la justice ou mieux des châtiments ; et enfin le Kong-Pou, ministère des travaux publics. Il n'y avait pas de ministère des affaires étrangères; ce que nous appelons le Tsong H yamen, ou mieux le Tsong H Ko Kouo Che Wou Yamen, ne date que du 20 janvier 1861. Jadis les étrangers dépendaient du gouverneur de la province dans laquelle était situé le port auquel ils abordaient. Quand les Russes se trouvèrent en contact avec les Chinois, leurs relations, jusqu'à la création du Tsong H yamen^ furent réglées par le Li fan yotien, bureau ou ministère spécial chargé des tribus de la Mongolie.

Les provinces, qui sont aujourd'hui au nombre de dix-huit, n'étaient que quinze sous les Ming. Elles sont administrées par des gouverneurs généraux (Isong-tou) ou des gouverneurs (/butai). Puis viennent des fonctionnaires d'un ordre moins élevé : le receveur général des finances {Pou-Tching Che-se, Fan-tat); le juge provincial {Ngan-tcha Che-se, Nié-tat) ; le contrôleur de la gabelle {Yen-Yûn Che-se, Tou-tckouan) ; le contrôleur des grains (Liang-tao) . Ces quatre fonctionnaires sont connus sous le nom de Se-tao. Au-dessous, nous trouvons les intendants de circuit {tao-tai, tche-fou, etc.); jusqu'au grade de tao-tai, ces mandarins sont appelés Excellence (ta-jen) : au-dessous, ils ne sont que très honorés {ta lao ye), ou honorés [lao ye). Tous les fonctionnaires, ministres ou administrateurs provinciaux, sont contrôlés par des censeurs {Yuche), dont la cour est nommée Tou tch^ youen.

En Chine, il n'y a pas de castes comme en Corée, ni d'aristocratie militaire comme au Japon. La noblesse y est rare : elle est héréditaire dans les huit familles princières de Li Tsin, Joui, Yu, Sou, Tcheng^ Tchouang^ Chun et Ke, auxquelles il faut ajouter le prince de I. Tous peuvent aspirer, par de grands services rendus à l'État, aux neuf rangs de noblesse dont les cinq principaux sont Kong^ Heou, Pé, Tseu et Nan, souvent

Iraduits par duc, marquis, comte, vicomte et baron. Cr> degrés de noblesse, donnés aujourd'hui pour services militaires, sont tantôt à vie, tantôt héréditaires, hérédité qui parfois no s*étend qu'à une ou deux générations. L'hérédité pour le diK {Kong) s'étend à vingt-six générations. La descendaoce iU Confucius a ce titre. Le célèbre vice-roi Tseng Kouo-fari. anobli à la suite de succès contre les rebelles T'ai-Ping, est k père du diplomate bien connu en Europe, le marquis {heotf\ Tseng, qui a hérité du titre. Quelquefois, la noblesse est ascerh dante, c'est-à-dire que l'on anoblit un certain nombre des ancêtres directs du fonctionnaire qui mérite des honneurs. Si une noblesse personnelle peut être obtenue par ceux qui ont bien mérité du pays, de même toutes les fonctions de l'Etat sont ouvertes à quiconque les a su mériter par des examens

Après avoir étudié dans les écoles les premiers éléments, le jeune homme chinois complète son éducation en vue d'obtenir dans sa province ses deux premiers diplômes de bachelier et de licencié : siu-tsai et Im-jen. Ce n'est que dans la capitale de l'empire, à Péking, qu'il pourra avoir son troisième diplôme : Isin-che; les premiers docteurs entrent à la célèbre Académie Han-lin. C'est parmi ces lettrés que se recrute le corps si nombreux des fonctionnaires, mais le plus modeste siu-tsai peut, avec du travail, de l'habileté et de la persévérance, aspirer aux plus hautes dignités. C'est, comme on le voit, la plus parfaite égalité. La religion achève de donner à l'état social de la Chine un aspect particulier.

Religions. — On désigne sous le nom de San-Kiao^ ou « trois religions », les cultes reconnus par l'Etat. Le Jou-Kiao est la religion d'Etat, celle dos lettrés; c'est la mise en pratique de la morale des livres de Confucius, ou plutôt de l'école de Tchou-hi, célèbre philosophe du xii° siècle de notre ère. L'empereur est Fils du ciel {tien tseu) et la troisième personne de la trinité {san tsaï) : ciel, Tien; terre, Ti; et homme, Jen, Ce culte d'Etat se compose essentiellement de trois ordres de sacrifices, dont les plus importants sont au nombre de quatre, offerts au Ciel {Tien), à la Terre {Ti), au temple des ancêtres {Tai miao), et aux dieux du Sol et des Grains {Chie tsi). Les cérémonies

LA GHINB 901

qui accompagnent ces différents sacrifices sont entourées d*une grande pompe et leur intérêt existe surtout pour les fonctionnaires, qui sont tous obligés d'accomplir officiellement certaines cérémonies à certaines époques déterminées. On voit donc qu'il est absolument impossible à un fonctionnaire chinois quelconque d'entrer dans une religion étrangère, le christianisme, par exemple, si cette religion ne lui permet pas de remplir les devoirs qui lui sont officiellement prescrits. De là, la tolérance des anciens Jésuites à Tégarddes Chinois convertis; mais aussi, de cette tolérance, la question des Rites — dont nous parlerons plus tard — et comme résultat, le peu de progrès des missions étrangères dans l'Empire du Milieu.

Les deux autres religions de la Chine sont le taoïsme (Tao Kiao) et le bouddhisme (Fo Kiao). Le taoïsme a été inventé par les disciples du célèbre philosophe Lao-tseu, qui vivait vers la fin du VI* siècle avant notre ère. Le bouddhisme, au contraire, est d'importation étrangère * ; il pénétra en Chine à la fin du m" siècle avant J.-C, mais il ne s'y implanta définitivement que vers l'an 61 de notre ère, sous l'empereur Ming-ti, de la dynastie des Han. Ces deux religions sont en réalité celles de la grande masse de la nation; elles sont plus populaires par leurs cérémonies et leurs superstitions.

Et cependant, ce n'est aucune de ces religions qui régit vraiment la majorité des Chinois ; c'est une superstition nommée foung-choui (littéralement vent et eau) qui guide généralement le Chinois dans tous les actes de la vie. Ce foungclioui est un mélange de superstitions grossières dont, comme je l'ai dit ailleurs, une étude incomplète des phénomènes de la nature est la source, et des pratiques dénuées de sens commun le résultat. Le choix du jour du mariage, comme celui du jour des funérailles, l'achat d'une maison, l'entreprise d'une affaire, sont du domaine du foung-chouiy dont relèvent tous les arts de la divination, aussi bien que toutes les fantaisies du hasard.

En outre du foung-choui, c'est le culte des ancêtres qui est la religion universelle de tous les Chinois, qu'ils soient confucia-

Page 1