Voir ci-dessus, t. IV, p. 833 et suir
902 L*EXTRËME-ORIENT
nistes, taoïstes ou bouddhistes. Le culte des ancêtres a soq origine dans la piété filiale poussée à outrance; cette piété filiale, qui a sa source dans les enseignements de Confucius, n*esl pas un simple sentiment d*amour réciproque entre parents et enfants, mais bien un devoir adapté à toutes les situations de la vie, décrit avec le soin le plus méticuleux dans le livre f spécial appelé Hiao^King. Ce devoir marque le rapport entre le souverain et ses ministres, la piété filiale des grands et des lettrés, celle du peuple, aussi bien, sinon plus même, que U tendre* afTcction qui doit régner entre les pères et les mères, les fils et les filles. Je n*ai pu m'empècher d'écrire jadis que Tétude de la piété filiale dans le Hiao-King n'est nullement envisagée à un point de vue élevé : elle est terre à terre, sans grandeur. Si le Hiao-King n'a pas été écrit par Gonfucius, ni même par Tseng-tseu, son disciple, il n'en porte pas moins rinspiration du célèbre moraliste chinois; si le style même de ce livre permet d'hésiter sur le nom de son auteur, son caractère pratique le fait classer avec juste raison parmi les écrits de ce Sage, dont le système a eu le plus de durée, parce qu'il était une morale simple, plutôt qu'une philosophie quintessenciée. La piété filiale n'est plus un sentiment naturel, spontané, élevé : c'est un devoir, parfaitement défini, envers les parents et le souverain. C'est la source même de toutes les vertus et la première des vertus est la conservation de soi-même.
État social. — La Chine forme une vaste famille; on la désigne même quelquefois sous le nom de Pe Kia sing^ les € Cent familles », dont le chef est l'empereur lui-même, fils du Ciel. On voit donc quelle chaîne ininterrompue s'étend, en quelque sorte, du parent au lettré, du lettré au fonctionnaire, du fonctionnaire aux grands, des grands aux princes, des princes à l'empereur, et comment le crime de rébellion à l'égard d'un ascendant, naturel ou officiel, peut devenir un crime de trahison, voire un crime de lèse-majesté. Ainsi donc, d'une part, l'égalité pour tous, d'autre part, la religion des ancêtres ou la piété filiale, sont les traits caractéristiques du peuple chinois. Le gouvernement a sa racine dans cet état social; c'est dire que le moindre changement dans la forme du gouvernement amène-
rail forcément une transformation radicale dans l*état social de la nation. Aussi les conquérants de la Chine, tels les Mandchous Tsing^ qui ont remplacé les Ming et qui régnent actuellement à Péking, Font si bien compris et ont tellement adopté la manière de voir de leurs sujets que ce sont eux qui ont été absorbés : le Mandchou a disparu pour faire place au Chinois. Si donc des événements faisaient désirer ou permettaient de faire des changements en Chine, ce ne sont pas les rouages administratifs qu'il faudrait briser tout d*abord, mais bien s'attaquer aux sources vives de la civilisation chinoise, c'està-dire au système d'éducation et partant, aux examens, qui résultent de l'enseignement trop exclusif de la doctrine de Confucius *.
Arrivée des Portugais en Chine. — Lorsque Yasco de Gama, doublant le cap de Bonne-Espérance (22 nov. 1497), montrait aux Portugais une nouvelle route des Indes, l'Océan Indien avait pour maîtres les princes musulmans par l'intermédiaire desquels passaient les marchandises à destination des sultans mamelouks d'Egypte ; par ceux-ci, ou plutôt par les Vénitiens, les produits de l'Extrême-Orient étaient distribués dans toute l'Europe. Quand les sultans mamelouks eurent été vaincus et remplacés en Egypte, en 1517, par les Turcs Ottomans, l'Islam n'en continua pas moins à dominer dans la mer Rouge; sauf Aden, les grandes forteresses musulmanes, Ormuz, Diu, Malacca étaient entre les mains des Portugais '. La grande victoire de
Francisco d'Âlmeida sur les flottes combinées du Soudan d'Egypte et des radjas de Calicut et de Cambaye, devant Diu (3 fév. 1509), avait porté un coup terrible au commerce des musulmans dans la presqu'île indoue. On peut dire que la prise de Malacca
i. Cette organisation, qui a le suprême mérite de donner à Tadminislration une profonde stabilité, a le grand défaut, provenant de cette même stabilité, de ne pas permettre les modifications nécessaires à la vie moderne par la transformation de la Chine elle-même, mais seulement par Faction des peuples étran» gers. Ces peuples sont devenus puissants par les facilités de locomotion et de transmission des idées, et de plus en plus nombreux, jusqu'à comprendre le globe entier. Et pendant que des pays moindres, comme le Japon, acceptaient les inventions du monde occidental, tandis que les nations d'Europe enserraient de tous côtés TËmpire du Milieu, celui-ci a continué sa vie intérieure sans se préoccuper des conditions extérieures qui menaçaient sa tranquillité et sa stabilité, même son existence.