Voir ci-dessous, t. VI, chap. HoUande et Indoustan
Japonais se soulevèrent et firent prisonnier Nuyts, qui céda à leurs exigences, mais qui captura bientôt leurs jonques. Les autorités de Batavia, qui avaient rappelé Nuyts, le livrèrent en 1636 aux Japonais. Il ne fut relâché que Tannée suivante, après renvoi d*une ambassade hollandaise au Japon. C'est par de semblables concessions à Formose que les Hollandais, ainsi qu'on le verra plus loin, obtinrent le monopole du commerce étranger au Japon.
A Formose, les Hollandais n'eurent d ailleurs pas seulement à lutter contre les Japonais, mais aussi contre les Espagnols. De même qu'on peut dire que la puissance hollandaise dans TExtrème-Orient s'est restreinte à l'archipel indien, de même les conquêtes des Espagnols dans cette même partie du monde ont été limitées aux lies Philippines; mais presque en même temps que les Hollandais, les Espagnols avaient jeté leur dévolu sur Formose. Par ordre du gouverneur des Philippines, don Fernando de Silva, une flotte partait de Manille, en février 1626, se rendait à Ki-loung, au nord de Formose, et y jetait les bases d'un établissement destiné à faire concurrence à la colonie hollandaise de Tai-ouan, sur la côte occidentale de l'ile. Les Hollandais mirent un fort long temps, malgré les rapports de Pieter Nuyts, à agir contre leurs rivaux. Ce ne fut que le 25 août 1641 que Gonsalo Portilio, gouverneur de la forteresse Santissima Trinidad de Ki-loung, reçut avis des Hollandais que les hostilités allaient commencer s'.il ne capitulait pas. Les Hollandais débarquèrent le 3 août 1642 devant Tam-soui, qui fut obligé de se rendre. Quelque temps après, Ki-Ioung subissait le même sort et les Hollandais restaient seuls maîtres de l'île. Ainsi que nous le constaterons dans un prochain chapitre, leur occupation devait durer jusqu'en 1662 ^ Les Hollandais apportaient avec eux leur foi; leurs missionnaires protestants, dont les plus célèbres sont George Gandidius et Robert Juniu9, nous
1. Nous donnons la série des gouTerneurs dont l'histoire nous a çonseryé le nom : Dr. Maarten Sonk (1624-1625); Gérard Fredrikszoon de With (1625-1626); Pieter Nuyts (1627-1629); Hans Putmans (1629-1636); Johan van der Burg (1636-1640); Paulus Traudenius (1641-1643); Maximiliaan le Maire (1643-1644); François Caron (1644-1646); Pieter Antoniszoon OverH Water (1646-1650); Nicolaas Verburg (1650-1653); CorneUs Caesar (1653-1656); Frederik Coyett (1656-1662).
ont donné tes premiers ouvrages écrits sur la langue fomiosaiie.
Les Anglais» ^ Probablement stimulés par Texemple de ! Houtman, les Anglais» à la fin du xvi* siècle, cherchèreot n établir leurs relations commerciales avec rExtrème-Orient. ll> avaient obtenu des renseignements iért importants sur le commerce de TÂsie orientale par la prise» en 1592, d*un grand navire portugais appelé Madré de DioSy qui, conduit à Darlmouth, fut trouvé porteur, en outre d*une quantité considérable de marchandises, d*un registre donnant les détails les {dus circonstanciés sur Tadministration et le commerce du Portugal eo Asie orientale. Aussi, en 1596, sir Robert Dudley équipa-t-il trois navires pour le commerce des Indes et de la Chine : the « Bear 3, the € Bear s Whelp » el the € Benjamin », sous les ordres du capitaine Benjamin Wood. Par la même occasion ia reine Elisabeth envoyait à Tempereur de la Chine une lettre datée du 15 juillet 1596, par laquelle elle recommandait i ce puissant monarque ses sujets Richard Allen et Thomas Bromfield, honnêtes négociants et citoyens de Londres. L'expédition du capitaine Wood fut signalée en 1598 dans la mer des Indes comme s*étant emparée de deux navires portugais chaînés d'argent : on ignore ce que devinrent les trois bâtiments anglais, car ce furent là les dernières nouvelles qu'on eut d'eux. *
Comme nous le verrons par la suite, les efforts des Anglais se dirigèrent tout d'abord vers le Japon ; c'est seulement en i63i que leur première tentative sérieuse se tourna vers la Chine. Un certain capitaine anglais, Weddell, ayant été assez mal reçu a Macao, se décida à explorer la rivière de Canton. Les Chinois, prévenus contre lui par les Portugais, firent un très mauvais accueil aux Anglais ; mais l'énergie du capitaine Weddell forçd les Chinois à les mieux traiter et l'affaire fut bientôt arrangée aux dépens des Portugais, que les Chinois rendirent responsables. liO commerce des Anglais en Chine sera restreint encoie longtemps à Macao, par conséquent au bon plaisir des Portugais, et ce ne sera qu'une trentaine d'années plus tard, sous la dynastie des TsxnQy ^^ nous le verrons s'établir à Canton.
i. Périrent-ils dans une tempête? c*est probable, car il est à peu près certaio qu*on en aurait conservé la irace s*il y avait eu capture par une puissance ennemie.
Les Français. — Pendant cette période, Tinfluence de la France est encore moindre dans rExtrême-Orient que celle de TAngleterre. Nos relations avec les souverains mongols au xiii*' et au commencement du xiv' siècle, et en particulier avec les Il-Khans de llran, n'avaient eu que la durée éphémère des souverains qui les avaient entamées. La reprise de nos grandes navigations sous François P' ne nous conduisit très probablement pas jusqu*à la Chine, quoique nous n'ayons pas été désintéressés au xvi" siècle, comme on Ta cru longtemps, dans la navigation au delà du cap de Bonne-Espérance. Dans tous les cas, notre rôle y fut complètement nul, et il n*a pas laissé des traces aussi effectives que le séjour des Hollandais et des Portugais, ni même que celui (de dates aussi certaines) des Anglais en 1596 et 1634. Nos premiers missionnaires ont même pénétré dans Tempire du Milieu grâce à des circonstances absolument étrangères à la fille aînée de TÉglise; contrairement & ce qui s*est passé au Japon et en Cochinchine, l'établissement du christianisme en Chine est en quelque sorte tout à fait indépendant.
Sauf à leur origine, la fondation des missions catholiques dans le Céleste Empire est due à ce même François-Xavier qui évangélisa les Indes.
Les missions de CShine. — Les successeurs immédiats de François-Xavier, tous Italiens, Yalignani, Ruggieri, Pasio, ne connurent de la Chine que le comptoir portugais de Macao. C'est à Matteo Ricci (né le 6 octobre 1552, à Macerata, dans la Marche d'Ancône) que revient l'honneur d'avoir rétabli les missions de Chine, abandonnées depuis le xiv*' siècle (nous ne comptons pas la courte apparition des Franciscains observaniins S qui vinrent des Philippines à la Chine en 1579). Ricci, très versé dans les mathématiques, après avoir étudié le chinois dans le Kouang-toung, se rendit à Nanking dans le Kiang-nan, à Nan-tchang dans le Kiang-si, et put enfin se fixer à Péking. Il y mourut le 11 mai 1610, après avoir fondé la mission des Jésuites, si célèbre aux xvu" et xvni® siècles. Les continuateurs
1. Les Pères Pedro d'AIfaro, Jean-Baptiste de Pesaro, Sébastien de Saint-Fran cisque, et Augustin de Tordesillas.
de Ricci' étaient ou des Portugais ou des Italiens. Ce n^eslqne vers le milieu du xvii* siècle que nous voyons arriver les premiers Français * ; mais Finfluence française ne sera déGiiîtivement implantée que lorsque le Père La Chaise aura décidé Louis XIV à envoyer des jésuites à la Chine.
//. — Le Japon.
État social. — En quittant la Chine pour le Japon, nous trouvons une histoire aussi différente dans ses détails que dans son ensemble. Il est incontestable que « l'empire du Soleil levant » a emprunté à « Tcmpire du Milieu » beaucoup des germes de sa civilisation; mais il lui a laissé son esprit et ses idées. Le génie du Japon lui est propre. A Torigine, son art est celui de la Chine; mais cet art, il Ta modifié, transformé, et par une merveilleuse habileté de main aidée par une singulière imagination, il Ta fait tellement sien qu'il est impossible de confondre un artiste moderne japonais avec un artiste moderne chinois. De même, le Japonais a pris au Chinois les signes qui lui servent à représenter la pensée; mais ces signes, il les a employés à créer une littérature qui n'a aucun rapport avec celle des fils de Han. On ne trouvera pas au Japon un système social ayant pour base un enseignement. tiré de livres remontant à Tantiquilc la plus ancienne. Le Japon est pratique et opportuniste : même pendant la période féodale, s'il a fermé son pays aux étrangers, s'il a conservé ses princes et ses daîmyoSj il a su les plier a ses exigences du moment. Sa pratique, toutefois, n'est pas celle de la Chine : il n'a pas la patience et la finesse qui font du Chinois un des plus grands négociants du monde; mais il a la rapidité d'esprit et le caractère inventif qui en feront un industriel hors ligne. Il n'a pas cette régularité, je dirai même cette routine, qui crée en Chine une bureaucratie administrative
i. Nicolas Longobardi (1610) el Jean de Rocha (1622), qui portèrent le titre de supérieurs, puis Emmanuel Diaz, François Furtado, Jules Aleni et Alvarez de Semedo, qui furent vice-provinciaux.