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Valat, Auger, Le Faurc. Forget, Greslon, Motel, Gobbe

prédominante; mais il a la bravoure et le sentiment chevaleresque qui font les nations guerrières. En Chine, Télément civil; au Japon, Télément militaire. Il y a de part et d'autre manque de pondération. Malgré ses brillantes qualités, le Japonais est, dans son histoire, romantique. Il n*a pas joué, dans les révolutions du monde, le rôle considérable que les Annales assignent aux vieux descendants de Gonfucius. Il n a pas eu le passé, il aura peut-être l'avenir.

Aujourd'hui, comme jadis, le Japon est une monarchie hérédilaire, mais elle est devenue constitutionnelle *. Le souverain est désigné sous le nom de Tenno ou de Tenshi, qui correspondent au Tien-houang et au Tien-Ueu des empereurs de la Chine. De même que ceux-ci ont leurs noms de règne marqués par des nien-hao, les empereurs du Japon désignent leurs périodes de pouvoir par des nengo. L'expression de Mikado^ qui est employée dans un sens poétique, est la plus connue des étrangers. On suppose qu'elle vient de kado, porte, et de rw2, auguste : ce qui ferait de Mikado l'équivalent de la Sublime-Porle des Turcs. L'impératrice est généralement désignée par un nom poétique ^

Antérieurement à la révolution de 1868, qui a modifié complèlement l'état de choses au Japon, il existait une véritable dualité dans le pouvoir. En réalité, il n'y avait qu'un empereur, le Mikado^ qui régnait à Miaco (Kioto), mais dont l'effacement devant le Shogoun l'avait fait considérer par les étrangers, du xvi'' au xix° siècle, comme un souverain spirituel, une sorte de grand-prêtre comme le dalai-Lama du Tibet. Les Européens ne

1. L'administration centrale se compose aujourd'hui dos ministères suivants: Sumilsudaijin (président du Conseil privé), Sortc/ai/ïn (ministre d'État, président), Gaimudaijin (ministre des aflTaires étrangères), S aimudaij in, {minïslre de l'intérieur), Okuradaijin (ministre des finances), Rikugundaijin (ministre de la guerre), Kaiyunduijin (ministre de la marine), Shihodaijin (ministre de la justice), Momàudaijin (ministre de l'instruction publique), Môshùmudaijin (ministre de Tagriculture et du commerce), Teishindaijin (ministre des communications, postes et télégraphes), Kunaidaijin (ministre de la Maison impériale). — Un parlement, constitué le H février 1889, se compose d'une Chambre des pairs et d'une Chambre des représentants du peuple. — A la place des anciennes divisions territoriales (Kinai ou Gokinai, Tokai dOy Tosan do ou Nakasen do, llokourokou dOy San yin do, San yô do, Nankai do, Sai Kai do, et Hokkai do), on a réparti l'empire en trois fou ou préfectures des districts de résidence : Tokio, Saikio (Kioto) et Osaka, et quarante-trois ken, ou préfectures des districts ruraux.

2. Telle la souveraine actuelle, dont l'appellation Haru-Ko veut dire • impératrice printemps •.

Histoire aivtiiALZ, V. Oo

connaissaient que le Shogoun, qui de Yedo, devenu aujourd'hui ïokio, gouvernait véritablement l'empire. Il n'élait en réalité qu'un maire du palais, comme le Chua^ qui, au nom h Bua, exerçait l'autorité dans l'Annam. Ce titre de shogoun, rjui veut dire généralissime, remonte au ix* siècle lorsqu'il futpri« par Watamaro, qui, sous le Saga tennoy l'empereur Kami-rA» sin-wau, fit en 813 la guerre aux Aïnos. De grandes famjlle>. comme celles de Minamoto, fondée par le célèbre Yori-tomo en 1186, de Fudjiwara, qui eut pour chef Yori-tsune en 1220, Je Jinmu Tenwo avec Mune-taka en 1252, créèrent des dvnas!i'5 de shogouns. Le titre de tai-koun donné quelquefois aux shogouns est d'origine chinoise et n'est pas en usag^e au Japon. Au milieu du xvi° siècle, la famille A'Ashihaga détenait le shogounat depuis 1334; mais son pouvoir était singuh'èreminl amoindri et l'on pouvait prévoir qu'il pourrait lui échapper s'il était battu en brèche par de hardis soldats. C'est ce qui arriva avec Nobunaga et Hideyoshi. — Yosi-naru (1521-i5i5i était le shogoun et Tomo-hito (Go-Nara) (1827-1557) le mikaJo lorsque les étrangers arrivèrent au Japon.

Anciens temps et moyen &ge. — Les Anciens n'ont pa> connu la portion extrême-orientale de l'Asie, c'est-à-dire le Japon et la Corée. Il n'en fut pas de même des Arabes ; som le nom de ^/ Nàfoun^ le Japon est désigné au x® siècle dans le Ikhouan el Safa. On confondait parfois avec ce pays SîM ou Sîla, dont Aboulféda écrit : « Sila est située au plus haut de la Chine, à l'est. Ceux qui voyagent sur mer ne s'y rendent pas souvent. C'est une des îles de la mer Orientale, qui font pondant, par leur situation, aux îles Éternelles et Fortunées de la mer Occidentale ; seulement celles-ci sont cultivées et remplies de tous les biens, contrairement à celles-là. » Sila est aujourd'hui regardée comme la Corée.

Marco Polo avait connu le Japon sous le nom de ChipangM, Zipangu, Sypangu, qui n'est que la transcription phonélique de Je-peun Kouo^ nom chinois qui veut dire « empire du SoW levant ». Le célèbre voyageur vénitien le décrit ainsi après avoir quitté le Fou-Kien, province du Céleste Empire : « Sypangu est une isle en Levant qui est en la haulte mer, loings Je

la terre ferme mille cinq cens milles ; et est moult grandisme isle. Les gens sont blans et de belle manière. Hz sont idolas- 1res, et se tiennent par eux ; et si vous dy qu'il ont tant d or que c'est sans fin ; car ilz le treuvent en leurs isles. llz sont pou de marchans qui la voisent, pour ce que c'est si loings de la terre ferme. Si que pour ceste raison leur habonde For oultre mesure. »

Les Portugais au Japon. — Nous retrouverons encore le vieux nom donné au Japon par Marco Polo dans le récit du voyage de Magellan par Pigafetta^ ainsi que dans le globe de Martin Behaim, d'où il est probablement tiré. Nous le retrouvons encore sous la forme Saponine, dans une lettre adressée en 1505 à Ferdinand le Catholique par dom Manoel, roi de Portugal, dans laquelle ce dernier mande qu'un navire du roi de Calicut a été saisi par les Portugais et qu'on a pris à bord trois instruments astronomiques en argent rapportés de l'île Saponine (Japon). Il était réservé au voyageur portugais, Fernào Mendes Pinto, de redécouvrir le Japon, au milieu du xvf siècle, par suite des hasards d'un naufrage qui le jeta dans ce pays avec quelques-uns de ses compagnons : en 1542, il aborda à Tane-ga-shima. Les récits de Pinto attirèrent les négociants poHugais et leurs missionnaires, dont le premier fut François- Xavier, qui, après s'être illustré dans son apostolat aux Indes, arriva au Japon le 15 août 1549. Là il remporta de nouveaux succès qui lui inspirèrent le désir de continuer sa tâche dans l'empire chinois. Après une visite à Goa, François- Xavier retourna donc à destination de la Chine. Quand il mourut en décembre 1552, dans l'Ile de Sancian, il avait montré une route que s'empressèrent de suivre ses nombreux disciples. La période des usurpateurs : Nobunaga. — Nobunaga n'appartenait pas à une de ces grandes familles féodales qui ont donné des shogouns au Japon : il était fils d'un humble daïmyo, descendant delà famille Ola, d'Owari. Diverses conquêtes lui donnèrent la suprématie dans son pays d'Owari, où il se trouva, en l'an 1559, un chef assez puissant pour agir d'une façon directe sur la situation de l'empire. La maison (les shogouns d'Ashikaga avait perdu la plus grande partie

de son influence : Yoshi-fushi avait remplacé Yoshi-naru, son père (1521-1546), qui avait abdiqué en sa faveur. L'usurpateur Matu-naga s'emparait du pouvoir en 1565-1568; Yoshi-naga ne régna que quelques mois en 1568, et Yoshi-aki, grâce à Nobunaga, fut aussitôt nommé shogoun : il devait être le dernier de la maison d*Ashikaga. Une coalition terrible se forma contre Nobunaga. Ce dernier, aidé de Hide-yoshi qu'il avait nommé commandant en chef, écrasa ses ennemis. Les moines bouddhistes de Hiyei-zan, sur les bords du lac Biwa, eurent leur monastère brûlé en 1571. Les Jésuites, profitant de rhostilité des bonzes contre Nobunaga, faisaient de jour en jour de nouveaux progrès. En 1582, les princes de Bungo, d'Arima et d'Omura, envoyèrent, accompagnée par le Père Alessandro Valignani, une ambassade à Rome, où elle fut reçue en grande pompe par le pape Grégoire XIII. Cependant le shogoun Yoshiaki, impatient du joug de Nobunaga, s*alliait à ses adversaires. Cette sorte de trahison amena de promptes représailles, et Yoshi-aki, déposé en 1593, terminait la longue lignée de princes qui avait eu pour fondateur Taka-udji en 1334.

Jusqu'en 1603, la période qui suivit est désignée comme celle des « usurpateurs ». Nobunaga, sans prendre le titre de shogoun, en exerça toutes les fonctions; mais il avait excité la jalousie de quelques grands seigneurs, entre autres Moto Terumoto, qu'il n avait pu soumettre. Aussi, malgré les victoires de Hide-yoshi, trahi par Aketi Mitsu-hide, il se suicida à Tàge de quarante-neuf ans, en 1582, par le procédé nommé hara-kin, qui consiste à s ouvrir le ventre avec un sabre. Aketi Mitsuhide, qui avait pris le titre de shogoun, fut mis à mort, après douze jours de règne, par Hide-yoshi, lieutenant de Nobunaga.

Hide-yoshi : guerre de Corée. — Toyo-tomi Hideyoshi était d'humble condition. Après avoir fidèlement servi Nobunaga et s'être distingué par ses talents de soldat, il commença d abord par châtier ceux qui avaient causé la mort de son maître. Après avoir soumis les dernières rébellions contre son autorité, il s'occupa d'administrer le pays et de construire un grand château à Osaka. Sous le nom de Kwampaka, i' gouverna le Japon jusqu'en 1591, époque à laquelle, ayant cédé

son titre à son fils adoptif Hide-tsugu, il reçut celui de Taikosama, qu'il garda jusqu'à sa mort (Hide-tsugu, s'étant révolté contre son bienfaiteur, fut mis à mort en 1595). En 1586, ayant eu à lutter contre le clan de Satsuma, il ne tarda pas à s*inquiétcr des progrès que les puissances étrangères faisaient dans son empire sous le couvert des missionnaires. D'ailleurs les rivalités entre les Franciscains et les Jésuites avaient attiré son attention. Dès Tan 1587, il leur avait donné Tordre de quitter le Japon dans un délai de vingt jours. Plus tard, en 1593, trois Franciscains, ayant été saisis à Kioto et à Osaka, furent transférés et brûlés à Nagasaki. D'autre part, il ne perdait pas de vue le projet, déjà ancien, souvent mis à exécution, mais sans résultat définitif, de soumettre la Corée. Il était facile de trouver un prétexte pour envahir la presqu'île coréenne, qui, une fois conquise, pouvait lui servir de route afin de pénétrer plus tani en Chine, son véritable objectif. Aussi, en 1592, Hide-yoshi conduisit-il une expédition en Corée. A la tête d'une armée considérable, après une défaite à Ping-yang, il battit, près de Séoul, les Coréens, soutenus par leurs alliés, les Chinois, et se rendit maître de la plus grande partie de leur territoire. Le 26 juin 1593 fut signé, entre la Chine et le Japon, un traité de paix en sept articles, par lequel l'empereur de la Chine donnait une de ses filles en mariage au souverain du Japon; celui-ci rendait au roi de Corée, avec sa capitale, quatre des provinces occupées par ses troupes; le fils du roi de Corée, avec un ou deux ministres, devait servir d'otage. Beaucoup des soldats de Taiko-sama étaient chrétiens : aussi quelques historiens de l'Eglise pensent-ils qu'on les avait envoyés en Corée dans l'intention de se débarrasser d'eux. Une ambassade malheureuse de l'empereur de la Chine renouvela la colère de Taiko-sama; ce dernier envoya de nouvelles troupes en Corée en 1591, et c'est au cours de cette campagne, longue et fastidieuse, que Taiko-sama mourut, le 15 septembre 1598, laissant le pouvoir à lyeyas.

lyeyas. — lyeyas (né en 1542, à Matsudaira, dans la province de Mikawa) descendait de Minamoto Yoshi-ie, qui s'était illustré au xi* siècle dans la guerre contre les Aïnos. Il avait

conquis une grande réputation militaire sous Nobunaga et Hide-voshi et avait eu à lutter, à la mort de ce dernier,

contre ses fils qui lui disputaient le pouvoir. Il les battît en octobre 1600, ainsi que les daîmyos qui les soutenaient, à Sekigahara, dans le Nakasendo. Cette victoire décisive lui permit en 1603 de prendre le titre de shogoun, litre qui e^t resté jusqu'à la révolution de 1868 dans sa maison (connue sous le nom de Tokugawa, d'après un village de la province de Shîraotsuke, berceau de ses ancêtres). Quoiqu'il eût abandonné, en 1605, son titre de shogoun à son fils Hide-tada, il en conserva le pouvoir effectif jusqu'en 1616, époque de sa mort. Il avait, au reste, assuré le sort de sa descendance par le massacre (3 juin 1615) des derniers héritiers de Taiko-sama et en paHiculier de son fils Hide-yori. Ce fut lyeyas qui établit à Yedo, d'une façon définitive, la capitale du shogoun. Kioto, où rési> dait le Mikado et qui avait été le centre de l'action de Nobunaga et de Hide-yoshi, de même que Kamakoura, ancien séjour de Yori-tomo (le premier shogoun de la dynastie Minamoto), n'eurent plus, la première, que l'influence religieuse, la seconde, qu'un souvenir historique.

On peut dire que lyeyas donna à la féodalité la constitution définitive qu'elle garda jusqu'à la révolution de 1868. Généralement, on appelle « période féodale » les siècles pendant lesquels les shogouns administrèrent le Japon. Daîmyo {grand nom), titre déjà connu sous Yori-tomo, était l'appellation donnée aux principaux chefs militaires de l'empire. lyeyas les déclara tous ses vassaux, affirmant ainsi leur stabilité au détriment de leur pouvoir. Il les divisa en Fiuiai, appartenant à la dynastie de Tokugawa, ou du moins à leurs vassaux, et en Tozania \ n'appartenant pas à la famille du shogoun; ceux-ci ne se soumirent à son autorité qu'en 1600. Les KugCj vieille noblesse japonaise, à peu près tous de sang impérial, se divisaient en neuf familles : Fudjiwara, Sugawara, Taira, Minamoto, Kiowara, Abe, Onakadomi, Urabeel Tamba. Ainsi que le souverain véritable, le Mikado, la plupart des Kuge vivaient dans une

1. Les Tozama avec les Ift/^c, jaloux de Taristocratie militaire des Fwdai, furenl les principaux fauteurs de la révolution de 1868.

misère profonde résultant de la plus grande oisiveté. — Les Buke^ ou soldats, formaient une classe distincte. Depuis Yorilomo, on les appelait plus fréquemment mmuraiy ou gardes. Ils étaient la terreur des classes inférieures (Aei-mm), qu'ils avaient en quelque sorte à leur merci. Un peu comme nos hommes d'armes au moyen âge, ces samurai vivaient chez leur daïmyo. Ils avaient le droit de porter deux épées et se mariaient entre eux. Leur chef donnait une pension ' à leur fils aine. Le nom de samurai fut, en 1878, changé en celui de shizoku, de même signification. Sous le nom de ronin^ ou vagabonds, on désignait les samurai qui, soit librement, soit par renvoi, ou même par suite de la condamnation de leur chef, avaient cessé d'appartenir à la personne d'un daïmyo. N'étant pas payé comme le samurai, le ronin vivait fréquemment de rapine; mais son dévouement pour celui qui l'employait était quelquefois héroïque : l'histoire célèbre des Quarante-sept ronins, condamnés tous au hara-kiri (avril 1101) pour avoir vengé la mort de leur chef, Asano, seigneur de Ako, en est une preuve.

Les Hollandais. — Sans entrer dans le détail des voyages nombreux qui eurent lieu dans la période qui s'étend de l'arrivée de François-Xavier au règne d'Iyeyas, et même sans les énumérer, nous dirons que, le 27 juin 1598, les Hollandais firent partir de Rotterdam, pour le détroit de Magellan, cinq navires (la Foi, Tgelooue; V Espérance, Hoope; la Fidélité, Trouwe; la Charité, Liefde; et la Bonne Nouvelle, Blijde Bootschaap), commandés par les amiraux Mahu et Simon de Cordes. Le pilote anglais William Adams, qui avait été embarqué sur le vaisseau VEspérance, se rendit ensuite au Japon, sur le bateau la Charité, commandé par Jacob Jansz Quaeckernaeck. On a conservé son nom comme celui du premier Anglais qui soit allé au Japon (1600)'. Soit à ses chefs, les Hollandais, soit à ses compatriotes,

4. Quelques-unes de ces pensions furent rachetées en décembre 1873 par le gouvernement impérial; toutes le furent à partir d'août 1876.

2. Suivant la lettre du 23 octobre 1611, qu'il adressa à Londres, William Adams était né à Gillingham, près de Rochester, dans le Kent. Élevé à Limehouse, un des faubourgs de Londres, il fut engagé en 1598, par la Compagnie des Indes Orientales néerlandaises, comme pilote en chef de cinq navires; en cette qualité, il se rendit au Brésil, hiverna au détroit de Magellan, où il arriva le 26 avril 1599, et enfin, en avril 1600, débarqua au Japon.

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les Anglais, William Adams rendit de très grands services. Tantôt agent des Anglais à Firando pour leur factorerie, il se rendait deux fois aux îles Lou-tchou et une fois au Siam ; tantôt au service des Japonais, il créait en quelque sorte leur marine. Lorsqu'il mourut, en mai 1620, il fut enterré, avec sa femme. qui était indigène, à Hemi ou Yokosuka. Sa tombe y est encore aujourd'hui vénérée comme celle d'un dieu shintoiste.

Quelques années auparavant, le 15 mai 1580, des instructions, signées John Dee, avaient été données à Charles Jackman et Arthur Pet, pour qu'ils essayassent, après avoir visité la Chine, de pénétrer au Japon, où « des chrétiens, des jésuites des différentes parts de la chrétienté, et peut-être quelques Anglais » pourraient leur donner des renseignements.

En 1607, une expédition hollandaise sous les ordres de Tamiral général Pieler Willemsz Verhoeven, qui était parik des Pays-Bas avec Tordre de prendre les Moluques aux Portugais, était arrivée en février 1609 à Bantam, après avoir diri^^é deux de ses navires au Japon : le Leeuw et le Brack. Puis ils avaient installé une factorerie à Firando (Hirado), île du Saï- Kaï-do, dépendant de Riou-siou, non loin de Tile Ikki, à l'extrémité de la province Hizen. Jacques Speckx en éiait Tagent. La narration de ce voyage a été faite par Reynier Diecksz. L'accès de Firando était difficile, mais son port était sûr. Néanmoins, les Hollandais eurent tant d'ennuis avec leur établissement qu'ils songèrent un moment à l'abandonner. Us avaient appris aux Japonais à fondre des pièces d'artillerie. Malgré le> services rendus, le 9 novembre 1640, ces derniers ordonnèrent aux Hollandais de démolir et leurs nouveaux magasins et leurs établissements portant des emblèmes chrétiens. En 1621, Cornélis Van Nyenrode avait remplacé Jacques Speckx comme résident. Leur successeur, François Caron, avait obéi une première fois aux injonctions des Japonais; mais, le 11 mai 1641. ceux-ci encouragés par leur succès, forcèrent les Hollandais de quitter Firando pour s'installer dans la petite île de Deshima, sous la surveillance de l'autorité de Nagasaki. Cet ordre, immédiatement exécuté le 21 mai 1641, fut en quelque sorte le signal de l'expulsion des étrangers du Japon.

Firando n'avait pas été pour les Hollandais une possession incontestée. En 1613, le capitaine anglais Saris, parti en 1614 et commandant le « huitième voyage » de ÏOld Company, avait établi à Firando une agence ayant Robert Wickham à sa tète. On trouve dans une lettre de Wickham adressée à M. Eaton, à Miaco, du 27 juin 1615, et conservée dans les archives de la Compagnie, la première mention du thé (chaw, icha). Dès ce moment il y eut rivalité entre les Hollandais et les Anglais. En 1616, le privilège accordé à ceux-ci pour faire le commerce avec le Japon fut modifié et limité au seul port de Firando. Jaloux de leurs rivaux et bien supérieurs en nombre, les Hollandais attaquèrent les Anglais, et, n'eût été Tintervention des Japonais, les auraient massacrés. L'année suivante, reconnaissant la nécessité d'une entente, Hollandais et Anglais réunirent leurs deux factoreries en une seule, mais l'arrangement dura peu. Malgré les efforts du Père Augustin Hernando de Saint-Joseph, qui désirait établir une mission et construire une église à Firando, les princes de ce pays furent toujours hostiles au christianisme. L'année 1624 amena une persécution très vive contre les chrétiens, déjà assez nombreux depuis 1606.

Si Firando fut le premier comptoir des Portugais, Deshima, qui fut leur second, pouvait bien être désigné sous le nom de prison : c'était un ilôt créé artificiellement en 1635, et situé dans la baie de Nagasaki. — « [Deshima], dît Kaempfer, n'est pas loin de la ville (Nagasaki) et a été élevée par art dans la mer, qui est aux environs pleine de rochers et de sable, et a peu de fond. Les fondemens, à la hauteur d'une toise et demie ou de deux toises, sont de pierres de taille, et elle s'élève environ une demie toise au-dessus de la pleine marée. Elle ne ressemble pas mal à un éventail dont on auroit coupé le manche : c'est un quarré oblong, dont les deux grands cotez sont des segmens de cercle. Elle est jointe à la ville par un petit pont de pierre de quelques pas de longueur, au bout duquel il y a un bon corps de garde, où des soldats sont toujours en faction. Au côté septentrional de l'Isle sont deux grosses portes, qu'on nomme les portes de l'eau, que l'on n'ouvre jamais que pour charger et décharger nos vaisseaux en présence d'un certain nombre de

commissaires nommez par les gouverneurs. Toute Tlsle est entourée de planches de sapin médiocrement exhaussées : elle? sont couvertes d*un petit toit, au haut duquel est planté un double rang de piques^ à peu près comme ce qu*on appelle cheval de Frise. Le tout en général est foible et incapable i^ résistance en cas de besoin. A quelques pas de Tlsle, et dans Teau, on a planté treize poteaux fort élevez, à une distance raisonnable Tun de Tautre, avec de petites planches de bois au haut, où est écrit en grands caractères japonnois Tordre des gouverneurs, défendant sous des peines sévères à tous les bateaux et vaisseaux de passer les poteaux et d'approcher de risle. Devant le pont, du côté de la ville, il y a un endroit bâti de pierres de taille, où Ton affiche les ordonnances et édits de l'empereur, et les ordres des gouverneurs. »

Les Hollandais, dans l'intérêt de leur commerce, n avaient jamais manqué de se montrer pleins, je ne dirai pas de déférence, mais de bassesse (nous Tavons vu à Formose) à Tégard du gouvernement japonais. Aussi, lorsque les Portugais, coinine les autres étrangers, eurent été expulsés définitivement en 1631. les Hollandais furent, avec les Chinois, seuls autorisés à résider à Deshima pour y fournir aux Japonais les marchandises donl ils avaient besoin. Dans Tarrèt d'expulsion qui est de 1631, on trouve les clauses suivantes : « Aucun navire japonnois ou bateau quel qu'il soit, ni aucun Japonnois, ne pourra sortir du pays. Celui qui contreviendra à ces ordres sera mis à mort. Le navire, avec l'équipage, et les marchandises à bord du vaisseau, seront mis en séquestre jusqu'à nouvel ordre. — Tout Japonnois qui reviendra des pays étrangers sera mis à mort. — Celui qui découvrira un prêtre aura une récompense depuis 400 jusqu'à 500 schuits d'argent, et pour chaque chrétien à

proportion — Tous ceux qui provigneront la religion des

chrétiens, ou qui porteront ce nom infâme, seront mis eu prison dans VOmbra, ou prison publique de la ville. — Toute la race des Portugais, avec leurs mères, nourrices, et généralement tout ce qui leur appartient, sera banni et renvoyé à Macao. — Qui que ce soit qui osera porter une lettre des pays étrangers, ou en retourner après son bannissement, sera mis à

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mort avec toute sa famille; tous ceux aussi qui oseront demander grâce pour lui seront mis à mort. — Aucun homme de qualité ni soldat n'aura la permission d'acheter quoi que ce soit d'un étranger. » — Dès la fin de 1639, il ne restait plus un seul Portugais au Japon '.

///. — Ulndo— Chine.

Aperçu général. — L'histoire des nations de l'Indo-Ghine se rattache à trois sources très différentes de légendes et de civilisations. Deux, l'une indoue, l'autre chinoise, ont laissé leur empreinte morale et matérielle, soit par leurs monuments, soit par leur religion et leur littérature : les Indes, par le brahmanisme et le bouddhisme; la Chine, par sa philosophie et les principes sociaux et gouvernementaux qui en découlent. L'empire du Milieu ajoute à ces influences, qui semblent morales, mais qui sont pratiques aussi, les besoins d'un accroissement formidable de population et les exigences d'un rare génie commercial. Tandis que la partie orientale de^ l'Indo-Chine a été le champ d'action des Chinois, ce qui est aujourd'hui la Birmanie, le Siam, le Cambodge a été soumis à une civilisation venue du Nord-Ouest et de l'Ouest". Le troisième élément est le Malais : c'est un coup de foudre du Sud qui non seulement a sillonné la péninsule à laquelle il a donné son nom, mais dont les éclairs ont lui jusqu'aux Indes et dont la trace reste profonde dans les groupements que l'on rencontre dans le Siam et le Laos. Cet élément malais, aujourd'hui purement ethnique, a été, par son envahissement des îles de la mer Orientale — aussi bien de Formose que de l'Archipel japonais — la grande

1. Gel état de choses devait durer jusqu'à ramvéc du commodore américain Matlhew Calbraith Perry, qui, en juillet 1853, jeta Tancre à Uraga, à rentrée de la baie de Yedo, et qui signa le 31 mars 1854, à Kanagawa, le premier traité conclu entre le Japon et une puissance européenne.

2. La colonisation ou la conquête des nations européennes tend à diminuer, à restreindre et surtout à modifier les elTets des invasions pacifiques ou militaires des Hindous et des fils de Han. La lutte dans Tlndo-Chine est circonscrite aujourd'hui entre deux champions : le Chinois et TEuropéen, d*où qu'il vienne, d'Angleterre ou de France. L'indigène, de résistance médiocre ou passive, ne pèsera guère dans la balance que par le poids de celui auquel il se sera attaché.

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force de la poussée des gens du Sud, qui a étouffé en quelque sorte les populations indigènes, contre les hommes descendus du Nord. Ceux-ci n*ont laissé de traces appréciables que dans la Corée et dans les lies septentrionales.

Les Portugais au Pégou. — A la suite de la prise de Malaccapar le grand Albuquerque (H août 15H), les Porlugais. devenus les maîtres, sinon de TExtrème-Orient (la Chine et le Japon devaient leur causer quelques déboires), du moins des dépendances de leur nouvelle conquête, se répandirent dans les pays de Tlndo-Chine. On ne peut dire que leurs actes furent nobles ni que leur influence fut heureuse : ils se conduisirent presque partout en véritables pirates. La même année (1511), Albuquerque envoyait au Pégou, à Tembouchure de Tlraouaddy, Ruy-Nuùez d'Acuâha. Ce pays n'était guère connu que par les renseignements que Marco Polo, qui l'appelle c royaume de Mien », avait donnés sur la guerre entre la Birmanie et les Mongols. C'est à un autre Vénitien, Nicolo Conti, que l'on doit le premier récit d'un voyage sérieux à l'estuaire de l'Iraouaddy, au xv° siècle. C'est dans le courant du même siècle que le Russe Athanase Nikitine^ de Tver, et le Génois Hieronimo di Sanlo- Stefano visitèrent le même pays. Au commencement Ju XVI® siècle, Lodovico di Varthema a marqué dans ses pérégrinations son passage au Ténasserim. Rien de plus complexe d'ailleurs que la politique des différents pays de cette partie de rindo-Chine à l'époque qui nous occupe. Les familles qui se partageaient le pouvoir dans les nombreuses capitales qu'arrose riraouaddv étaient en lutte les unes avec les autres. L'élément nouveau qu'apportait le Portugal devait nécessairement, avec un armement perfectionné et des notions supérieures dans l'art de la guerre, avoir une influence assez grande pour faire pencher le poids de la balance en faveur de ses alliés.

Tabeng-shwé-ti, ou Min-Hara shwé-ti, de race birmane, étant monté sur le trône de Tàung-ngu en 1540, ne tarda pas, par ses victoires et celles de son célèbre général Bureng-^'aung, à acquérir sur les rois voisins l'autorité la plus complète. Auparavant les rois de Tàung-ngu n'étaient guère que les humbles vassaux des souverains d'Ava et de Pégou. Tabeng-shwé-ti

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