‹ Histoire générale du dix-huitième siècleChapitre 12 sur 26 · CHAPITRE \L · texte numérisé non relu

CHAPITRE \L

UUi AUiVlK DE PRUSSE. (1701-86.)

Les burgraves de Nuremberg , de la maison de Uohen- ZoUern » tenaient un rang considérable dans Tempire par leur dignité , leur naissance et leurs richesse*. Au corn-

ne DIX-UUmÈM£ SIECLE. 505

^iencemetit 'du iquinzième siècle-i le burgrave Frédéric » pour prix dMmport^s sei^ices rendus à l'empereor Si-

gisiiioiiJ , obtint le maigiavial de iiraudcboiirg , et lut r<M ()nnu, quelque temps après, eu qualité d elecLem au concile de Constance ( 1414). Ayant élevé la maison de Zolleru à la dignité électorale et tondé une puisiauce qui, progressivement accrue, partage aujourd'hui avec la famille impériale d'Autriche la suprématie de TAUemagoe, Frédérte I mourut en 1440. Son fils Frédéric II Dmt-de-Fer lui succéda. Après uue guerre heureuse contre Podiebrad , roi de Bohème , ce prince , parle traité de Guben , acquit Cotbus en fief de la couronne de Bohême, ainsi qu'une partie de la Liisace. La Nouvelle- Marche était onp^aj^^ée à l'ordre leutonique ; il la racheta pour 100,000 ilorins. Eu 1469 , accablé d'inhrmités , il abdiqua en faveur de son frère Albert, surnommé V Ulysse k cause de sa prudence > et V Achille k cause de sa valeur, Albert fit une ordonnance de succession qui favorisa singulièrement l'agrandissement de sa race. 11 statua que les deux princes puînés de sa maison auraieut les souveraine* lés d'Anspach et de Bareith, el que toutes les autres possessions de la maison de Brandebourg , présentes et à venir , seraient toujours indivisibleiueat réunies à Télectorat. Après Albert, vint Jean, dit le Cicéron (1486) ^ célèbre par son éloquence et par son goût pour les sciences et les lettres. XI eut pour successeur , en 1499 » son fils Jaachiml^ surnommé le Nestor, prince fort versé dans Tastrologie et dans les mathématiques» et fondateur de Tuniversité de FrancforUsur-l'Oder. Joaehim II (1535- 71) introduisit la reli{^ion lutLerieuiie dans ses états. Ensuite régnèrent Jean-George (1571-98) , Joachim-Fréderic (1598-1608), leaa-Sigismond f 1008-19), qui trouvant que la religiou de Luther tenait encore trop de la religion catholique, embrassa vers 1614 le cuite ré-* formé 9 George-Gnilhume (1619-40), qui eut beaucoup de part aux affaires de l'empire durant la guerre de (rente ans f et Fréd^ic-GuUtaume , surnommé le grand éiecteur ( 1640^8) , qui se montra un des plus redoutables anta-

504 mStOIAB fiÉNÉRALB

gonistes de Lôois XI V , accaeillit avec empressement dans 9es états les calvinistes chassés de France par la révocation

de l'édit de Nantes , et fut le premier électeui de Brandebourg qui songea à se faire reconnaître roi. Il laissa cet ouvrage imparfait ; mais son fils Frédéric 111 le poursuivit avec succès, et enfin , en 1701, il fut reconnu pour roi de Prusse par la cour de Vienne » et sacré le 10 janvier à Kcsnigsberg , où il se couronna de ses propres mains ( 1 ). Frédéfie I ( depuis qu'il était roi « on avait cessé de le désigner par le nom de Frédéric III , qiïil portait dans la nomenclature des électeurs de Brandebourg) mourut en 1715. Il fut un des monarques les plus magoiOques qu'ail (US la Prusse, comme le témoignent le Palais- Royal, l'arsenal et divers aulres monumens qu'il fit construire. En 1694, il fonda runiversil(> di' Halli' , qui fut bieuiùl une des plus célèbres de rÂllemague. Berlin lui dut en 1696 une académie de peinture , et en 1707 la société royale des sciences et belles-lettres » dont Fillustre Léibnilz devint le président* Il augmenta son état militaire et entretint une garde brillante. Les Français réfugiés se ressentirent de ses libéralités; il augmenta leurs privilèges , leur fit bâtir des églises pour leur culte, un collège pour Kinslruclion de leurs enfans, et ai>î>i^iia des pensions à leurs niinislrcs.

Anlant il avait de p( ri( bant au faste, autant son fils FrédériC'OuiUawm I en fut éloigné. Peusaul que le luxe ne convenait pas à un royaume pauvre comme la Prusse» il donna à ses sujets Texemple de Téconomie, Son père avait dérangé les finances par ses dépenses immodérées.

( I ) Prince vain et fastueux , « Frédéric 111 n'était en effet flatté qw. p^r les (l( hors de la royauté .'l par l'éclal <\e la représentalion. Mais ce qui lut dans 1 origine l'ouvrage de la vanité , se trouva dans la suite un chel-d œuvre de politique. La royauté tira la maison de Brandebourg de ce joug de serviiude où la nmiflon d'Autricha teodl alora toos les prioces d'Anemu^uc : c'était une amorce que Frédéric UI jetail k toute sa fioslérité et par laquelle il semblait lai dire : fe ifous ai acquis un titre, n ndez vous en dign^i fai jeté la /onde mens de votre ffrandtur, c'ett à vons d achever C ouvrage, » (Af^noôvi dit iiixutdehoutg, )

Pottr les rétablir, il supprima les fêles, les jeux les profasioDS qui , sons le règne précédeot , avaient absorbé des sommes immenses. Il réforma one foule inutile de ebambellans , d 'officiers et de domestiques dont sa mai son était surchargée. Par la simplicité de sa table , de ses Tétemeos et de ses meubles , il décria le faste des courtisans, et les nobles cessèrent de vendre leurs terres pour avoir du drap d'or et des jalons. « Sous Frédéric I Berlin était l'Athènes du nord ; sous Frédéric-Guillaume * elle en devint la Sparte. » Tout le gouvernement fut mù litaire , toutes les dépenses du roi pour le militaire , dont il s'occupa avec un soin si minutieux, qu'on Ta surnommé le Rmmgm. Georges II rappelait mon frère h caporal Il travailla à rendre son armée célèbre par la haute taille de ses soldats , parleur adresse aux exercices et par la sévérité de leur discipline. II entretenait par tout pays desenrôleurs pour recru! er des espèces de colosses qui formaient le régiment de ses gardes, grandi gmuMBr$ dePostdam dont le plus petit avait plus de six pieds. Il acheta quelquefois un de ces soldats-géans S,000 écus Ce régime militaire réagit sur les mœurs et même sur les modes de la nation. Le public prit par affectation un air ruideet serré , « et , dit Frédéric II, persouue dans tous les états prussiens n eut plus du trois aunes de drap dans son babil , m moins de deux aunes d'épée ueniues k son cùie. » r r «

L année même de son avènement au trône , le trailé d'Ulreclii mit fin à la guerre générale qui , depuis \onslenijis . désolait l'Europe , et à laquelle la Pnuse n'était pas restée étrangère Lpui» XIV , par ee traité , rooo.mut 1 électeur de Braodei)oaig ai qaaUté de roi de Prusse et de pnnce MaTorain de Neufciifltel et de Valciiain ce prince, de 80O côté, céda à la France les drolfs qu'il avait sur la principauté d Orange en verfi, du lesiament du pri.ice Frédéric-Henri, et reçut en échange la ville de bueldres et la parlie espagnole de ce duché, excepté Ruremonde et Venloo. ~cepe

A cette épmiue , le royAnne de Fmasc comprenait lo

ao.

506 tliatOIBB fiftHÉftALfi

«iargraviuL do liraridehourg, acquis vers 1414; la Prussa tt^utoiiique , sécularisée en 1525 en faveur du margrave AlLerl , et érigt^e en duché, qui jiassa en 1()18 delà branche ducale à la branche électorale de lirandebourg ; le duché de C lèves et les comtés de la Marck et de Ravensberg, litigieux entre plusieurs prétendaos depuis l'ouverture de la sucGession de Joliers eu 1609 » et définitivement adjugés aux princes de Brandebourg par le traité de €lèves en 1666 ; le duché de Hagdebourg et les principautés d*Halberstadt « de Minden et de Camin, cédés au graiid-ekclcur Frédi rioGuillaume en 1648 par le traité de Munster; la principauté de Neufchâtel et de Valen<?in , que Frédéric I avait hérilee en 1707 de la maison d Orange ; et enfin la ville et le duché de Gueidres, qu'il avait obtenus au congrès d'Utreoht (1715)» en qualité d'héritier des ducs de Clèves.

Pour faire respecter cet empire déjà considérable et destiné à deliouyeaux accroissemens« Frédéric-Guillaume avait dès-lors une armée de 80»000 hommes, qu'il composait avec un soin extrême » et par des moyens souvent lyranniques , deTélilede la jeunesse prussieiuic. \ oulant «'«avoir que des hommes d'une haule stature , il assigna à chaque capitaine, dans toule l'étendue st s ctafs, uu certain district où il pourrait prendre de gré ou de iorce les hommes qui lui conviendraient le mieux, pourvu qu'ils ne fussent pas mariés ; mais pour que les jeunes gens ne pussent se dispenser de servir en contractant des mariages prématurés, et que la crainte d*étre soldats ne les précipitât point dans des alliances mal assorties , il subordonna leurs mariages au consentement du capitaine sur le rôle duquel ils étaient inscrils. Ce règlement donna lieu à des \e\r?*i()ris sans nombre.

Avec de si i*elles et de si iiouibreuses troupes , le roi de * Prusse devait mettre un grand poids dans la balance politique du nord. Après son retour de Turquie , Charles Xll s'empressa de solliciter son amitié. Mais une cnl reprise imprudente du roi de Suède sur Ttle d'Usedom» gardée par des troupes prussiennes, fut considérée par

DU BIX-aUiilÈUK SiÈGLB. 307

Frédéric-Gaillaume comme un acte d*hostilitét et ce prince entra dans la ligne qui acheva d*accabler le témé- ' raire et infortuné Charles XII. Les rois de Prusse et de

Danemarck firent dccoiicerl le siège de Slralsund soutenu par la valeur suédoise avec une héroïque opiniàlrclé qui ct'da enfin à des forces trop supérieures (1715). La guerre continua, mais sans activité, jusqu'à la mort de Charles XII» tué au siège de Fredericshall , en 1718. Alors s'ouvrirent des négociations qui amenèrent ( 21 janvier 17â0 } le traité de Stockholm » par lequel le roi de Prusse» moyennant 2»000*000 d*écus payés à la Suède» acquit les ties d'Usedom et de Wollin « les villes de Stetlin » de Goluau , cl (généralement tous les districts de la Poméranie situés en-deçà de la rivière de Péene, qui devint une limite naturelle entre les deux puissances. Pour faire fleurir Stettin , il y établit une colonie de Français et autres réfugiés, auxquels il accorda de grands privilèges» entr*autres celui de se gouverner par leur justice particulière» à moins qu'ils ne préférâssent la juridiction allemande.

Lorsqu'on 1724» divers symptômes parurent faire craindre la rupture de la paix européenne » Frédéric- Guillaume se déclara d'abord pour l'alliance de Hanovre , par laquelle la France, rAn«^lelterre el la Prusse s'unissaienî |)our leur défense commune et pour le maintien des traités d*01iva et de W estplialie. Mai^^, Tannée suivante, il se détacha de celte alliance, et coQciul avec Tempereur Charles VI le traité de Wusterhausen , par lequel ils se garantissaient réciproquement divers intérêts importans* L'armée de Frédéric lui servait à satisfaire son goût pour les manœuvres militaires et à prendre une position influente dans la politique générale. Du reste , il n'était pas conquérant , et il clierclia toujours à conî^ervcr la paix. Cependant, quand la guerre eut éclaté en 1750, à la mort d'Augusle 11 , roi de Pologne, il ne put s'empêcher d'envoyer à l'empereur des troupes auxiliaires sur le Rbin; mais il se déclara neutre du côté de la Pologne» et il donna même un asile au roi Stanislas dans Kœnigsberg»

308 BiyrOlRE GÉNÉRALE

lorsqu'après un siège de cinq mois ce priiiee eut été forcé par les Russes d*abandonDer Dautzick ( 1734).

La haine que Frédéric-Guillaume portait au luxe s'était

étendue jusque sur les beaux-arts. Dans sa prédilection jKUir la sdldatt sijue , i! .i\ ail congédié les pcinires, les sculj)ti'urs et lesarûsics doMi Frédéric I avaiï environné son Irone. Il avait (rmoignt' son mépris pour les savans en nommant pour successeur du grand Leibnitz , à la présidence de la société des sciences et belles-'lettres , une espèce de .bouffon* nommé Gundling, qui, étant tnort en 1732» fut, en qualité d'ivrogne, enseveli dans un tonneau. Bannissant l'étiquette etTappareil observés avec soin sous le règne précédent > il avait adopté un genre de \ic grossier , plus digne d*un soldat que d'un rui. Une • tabagie était son rendez-vcus favori , où fous les soirs il allait iuiner du tabac et boire de ia bierti a^ ^c ses généraux , dont il souffrait alors la familiarité, quoique partout ailleurs il fût dur et absolu. La reine Sophie-Doroihée lui avait donné en 1714 un fils, Charles-Frédéric, qui fui depuis Frédéric-le-Grand. Porté par son goût naturel vers la littérature et les arts, cultivant la musique et la poésie, le jeune prince ne pouvait cacher son éloignement pour le genre de vie introduit à la cour. Dirigé par sa mère , sœur de Georges II , roi d'An^^leterre , il projetait à la lois d'épouser la fille de ce monarque, et de donner sa sœur Frédérique pour épouse au prince de Galles. Par haine des lettres et des arts, et par uiio antipathie personnelle contre Georges II, le roi désapprouvait les goûts littéraires et les projets de son fils, qu*il mortifiait avec dureté et publiquement. €$ n'est, disait-il souvent avec colère, qu'un peHMkaitre, un beheiprH franeaù qui gâtera touie ma besogné. Le prince, de concert avec nn jeune officier nommé Katt , admis dans sa confidence , Forma le dessein dé se soustraire à ces miAiVais traitemens. Pendaiit un voyage dans rAllemagne méridionale oii il accompap;na son père, il tenta, mais en vain, de s*échn|î])*M-. Le roi, par un hasard funeste, instruit de son des^eiu el de la complicité du malheureux Katt , leâ iit

arrêter Tan et l'aulre. Jugés par un conseil de guerre, ils. furent tous deux condamnés à la peine capitale. De la citadelle de Cu^trin où il était renfemé » Frédéric lut obligé d'iis9ister au supplice de son ami » qui fat exécuté soaam f«oétrei« U fut lui-même eu péril de sobir sou arrêt de mari ; et » long-temps inexorable anx supplie^ tittDS de sa famille et de sa cour» Frédéric-Guillaume ne se kissa enfin fléchir que par les représentations des puissances étrangères , et surtout par une letlre de l'cmpereur. II pardonna à son fils; mais U le laissa encore près d'un an dans Cuslrin , réduil à une condiîion privée, avec défense de reprendre son uniforme et injonction de ne s'occuper que des •aSsàtes d'administratioa p<^éefr devant la chambre des domaines : après quoi , ayant reçu des nouvelles satirfaisantes de sa conduite «. ille rappela ». lui donna un régiment «. et parut désormaii» mieux apprécier un fils qui devait être la gloire de sa race.

Frédéric-Guillaume avait loujours administré avec un soin particulier le pajs de Prusse ; il y fil plusieurs voyages vorsla fin de son règne, et les protestans de Saltzbourg ayant été persécutés par Tarchevêque en 1758, il en: attira en Prusse plus de SM)>0(K^ , qui réparèrent la population ravagée par ime peste récente.

Ce fut au retour d'un de ses voyages en Prusse ». quIL tomba dans un état de langueur > dont le rapide progrès mit bientôt fin à ses jours ; U mourut le 31 mai 1740. Ce lut un prince singulier, despote bizarre, tyran sordide de sa famille , intempérant jusqu'à la crapule et dévot jusqu'au piétisme, lisant la bible, et voulant que le soldat fût aussi exact au sermon et à la communion qu*à la. parade» mais battant ses enfans et ses domestiques , et donnant dea'conps de canne aux juges, mêmes » quand ils. ne jugeaient pas à sa fantaisie. Du reste , il lai^ son état florissant. Il avait intraduit dansTadminislration un ordre sévère. Le système des finances était sur un pied très-solide; elles étaient régies par un direrfoire-générnl , divisé en quatre déparlt iiirns , dont cliacuii élail [)résidé gar un ministrp-d'élat. A celte direclioji supérieure était.

SiO nisTonE généralv

subordonné , dans chaque province , un collège de justice et de linauces. Frédéric-Ci ui 11 au nu» , on opprimant les sciences , avait favorisé la population et les manufactures ( i ) ; ii accordait des avantages et des encourageHieD» aux étrangers qui venaient s'établir dans son royaome. La vigueur du gouvernement qu'il avait institué « son revenu libre de toutes dettes* 8,700,000 écus qu'il laissait dans son épargne , et Tiarmée qu'il avait portée à quatrevingt-cinq bataillons et cent onze escadrons , furent d'un grand secours à sou iils pouF le^ choses étounaules qu'il exécuta.

Frédéric II , lors de là mort dé son père , habitait de-.

puis plusieurs années l'agréable retraite do lUicinsberi; , où il vivait entouré d'artistes et de littérateurs, cultivant les muses , lisant les anciens , et pr( |ianiut des trompettes à sa gloire future par une correspondance acln c avec les

} philosophes » les poètes , les gens de lettres célèbres , qui ni rendaient avec usure les complimens flatteurs et les, louanges outrées dont il, chatouillait leur amour-propre. Mais en même temps qu'il se livrait à l'étude des sciences et an commerce des savans » il se formait k du gouvernement y comme il y parut bien dès les premiers jours, de son règne. Il laissa la uiouarchie sur le pied militaire où l'avait mise Fre(Jeriç4jruillaume; il augmenta même l'armée de quelques régimens, sans toucher à sa constitution. Mîîis s'il continua de souraettn^ los soldats au. rjégim,e d(&spolique de son père» il s'en relâcha par rap-. port au reste de la nation. 11 rendit aux Luthériens la. liberté que leur avait ôtée Frédéric>Guillaume de célébrer le service dUvin selon leurs rits^^ Il fit cesser la chei:té du

( 1 ) L« roi 8 aiuoba avec uoe «Uei||ioi| sii)gtiUére au rétabUMemeptet aux.

progrès de l'iiuluslrie. Il défendit par un arrêt sévère lu sorlle de dos laines; il établit ( 1714 ) le Lu^'crhaus , iuag:ii>in d'où l'on avance des laines aux pauvres nianuraMuriers, qu'ils n slilucDl par leur ouvrage ; nos draps trouvèrent an débit assuré dans I.i coiisoiitiuaiiou de i armée qui iui liabillçe de neul tuu» les ans; ce débit s'élciidit jusque chez l'étranger où, de» 1733, nosmanulaciures débiteront 44,000 pièu^s de draps du Si aunes chacune.» ( Mèr^oirts de Bratr

mr Bn-BiJiniM iiiCLB. 5(f

graio en ouvrant tous les magasins royaux , qu'il remplit eosuite par de nouveaux achats de bieds en Pologne; il abolit toutes les entraves précédemment mises au mariage, et permit à chaeou de ne marier à sa fantaisie dans tous les eas qui u^étaient pas chiremeul défendus par Ib Bible.. Parmi tes autres ordonnances qu'il porta dana les premiers, mois qui suivirent son avènement , on distingue celle qui défendit de donner des pkccs aux jeunes gens qui n'avaient pas étudié dans une université prussienne ; celle qui abolit la coutume barbare d'eiifeniH r toutes vives dans un sac de cuir et de jeter à la rivière les filles convaincues d'infanticide ; celle enfin qui fonda l'ordre du- Mérite 9 particulièwmeat di»tiaé à. récompenser les> mi- Ktaires.

Mais, bientôt toute son attention iiit absori^éie parla politique extérieure. L'empereur Charies VI mourut le 20ocîobre 1740. Une guerre européenne s'en sui>iL En Charles V I s'éteignait la descendance mâle des comtes de Habsbourg, empereurs autrichiens. Il ne restait quf deux archiduchesses, Marie-Thérèse et Mariaue. Par la pragmatique-sanction de Charles VI , Marie-Thérèse, reine de Hongrie, sa fille aînée» était Théritière de ses vastes états. Ce prince » pour lui en Assurer la possession paisible» avait sollicité la plupart detf^* puissances de VEurope» et mème^ ta France et l'Espagne, de se rendre» garantes de sa pra;^'malique. Mais ravéuenient d'une femme parut à Taiiibition des puissances jalouses une trop belle occasion d'abaisser la maison d'Aiilriche. L'électeur de Bavière, les rois d*£spague et de France , de Pologne , de Sardaigne et de Prusse , «e jetèrent à diflèrens^ titres sur l'héritage de Marie-Thérèse. « Ayant une armée toute prête à. agir f des'fonds tout trouvés » et peut-être l'envie de se faire un nom » (/ftsf. de Mon lemps.) , ITrédéricle. premier,, avec une merveilleuse célérité , envabit ta Silésie sur laquelle ses ancêtres lui avaient (raus<nis des droits ou des pr4'lentions. il publie, dans un manifeste, que les Prussiens viennent prendre possession du pays pour le garantir contre l'irruption d'un tiers. La religion can•^.

Digiii^uG

312 Bwouis eiiuUuu

court d'aiilcinA a lui rendre les esprits fai^orahles» les deux tiers de la Silésie étaiif < om posés de protestans longtemps opprimés par le faiicilisme autrichien. En quelques semaines, il est maître de la pravince presque saii9 co«^ férir. Ce{»eiidaui oae armée autrichienne s*a\aiice pour îa reconquérir. Après me l«Ue acharnée ( 10 avril 1741)» Frédéric est vainqueur près de MokoiU* A k force Mi gagne les bataillee, il joint h modératioii qui gape W cœnts. Il se eaneWe les nobles par des titres q« flstteot leur vanité , les sectes diverses par sa tolérance , le peuple par la diminution et par une réparlilion plus équitable des impôts. Aux paysans qui ont souflerl des ravages de la guerre, il distribue du bled pour leur subsistance et pour la culture de leurs terres; aux habilans des villes,, de l'argent et des secours pour rebâtir leurs naiseiks.

Le roi d'Angleterre , allié de Marie-Thérèse,, menaçant la Prusse da cM àa Hanovre, Frédéric ^ après avoir rendu ses tentatives inutiles par d*actives mesures et la coopération de la France , entre en Bohème bat le prince Charles de Lorraine près de Chotmilz (17 mai 1742), et impose à la cour de Vienne la paiœ de Bredau, par laquelle il se fait céder la Silésie et le comté de Glatz, s*engageant du reste à rembourser les sommes que quelques maisons anglaises et hollandaises avaient prêtées, aux princes autrichiens sur cette province , à laisser pendant cinq ans les habitaes libres de passer dans les do» maines impérieui:, sens payer aucun droit à la Prusse, et à conserver la religion calbolique sur Taneien pied.. « La Prusse tfteba de profiter de la paix dont elle jonîsssit pour rétablir ses finances que la guerre avait usées : il fallut assembler de nouvelles ressources, perfectionner ce qu i! y avait de défectueux encore daiis les recettes de la Silesio, payer les dettes des Autrichiens aux Anglais. Ou entreprenait en même temps de fortifier cinq places à neuf, Glogauit Brieg, Neisse, Glatz et Cosel; on faisait dans les troupes une augmentation de 18,000 homiaes; la garde de la Silésie était eamnàm à 35,000 hommes qui avaient servi dUnsirumeos. à oette oofiquéte« Ainsi i.

école de guerre».. D'uq autre eété t oa fit le grand câoâl de Plauen pour abréger la communication de i'Ëlbe à roder* On creusa le port de Stettin ; on rendit navigablele canal de la Swine; dee manafartnreg de soie a'âevèrent; Finsecte qui produit cette matière précieuse dieTint une nouvelle source de richesses pour les habitans de la campagoe et Ton ouvrit toutes les portes à Tindustrie. » ^Hist. de Mon Temps, ) En même temps» Frédéric se délassait des combats par la musique et par les arts. Il faisait cooslruire à Berlin une salie d'opéra » appelait des. chanteurs d'Italie , des danseurs, et des danseuses de Paris» et 9 par une libéralité de jeune conquérant non moina ami des plaisirs que de la gloire , rétribuait les principaux d*enire ces artistes mieux que ses propres ministres.

La guerre continue en Bohême entre les armées de Marie-Thérèse et celles de Louis XV et de Télecteur de Bavière Charles-Albert , élu empereur sous le nom de Charles VII. Les Français et les Bavarois éprouvent désastres sur désastres. Marie-Thérèse les^ chasse de la Bohème » où elle se fait couronner à Prague (avril 1745).. - Ses troupes envahissent la Bavière , et Tempareurt ex** puisé de ses états héréditaires» doit à la condescendance du lord Slair» général anglais , un asyle à Francfortninrle-Mein. Les Français» battus près de Deilingen, sont forcés de repasser le Rhin. Enfin, Marie-Thérèse victorieuse, puissamment secourue par la Hollande et par l'Augleterre, n'ayant plus à combattre Frédéric, s'élant méuagé récemment l'alliance de la Sardaigne et de la Saxe , et voyant la plupart des électeurs et des princes. d*Ëmpire pencher pour sa cause» depuis qu'elle était fa^ vorisée de la fortune » semhlait toucher à un prochain triomphe. Mais Frédéric ne lui permet pas d*accabler se» ennemis et d'acquérir trop de prépondérance. D^abord il se présente comme arhilre et médiateur des [)uisbanceii. belligérantes et propose des moyens d*accord qui , rejetés par la cour de Vienne , lui servent de prétexte à se iiièier de nouveau dans la guerre (1744]^» et à soutenir lempe- -

314 HISTOIRE GÉNÉBALB

rear Charles Vli. Il entre en Bohême et s^empare de Pr»c gue. Mais le prince Charles de Lorraine» après avoirpoursuivi les Français jUiMiu^en Alsace » aeconrt aveo «ne armée de 90,000 hommes, et après une campagnjB marquée par une lutte habile de science et de tactique militaire , il force les Prussiens de se retirer en Silésie et tente, mais en vain, de reconquérir cette province à Marie-Tln irse. Frédéric lui tue 4,000 hoiuiues a la bataille de triedberg (juin 1715) f1) , en prend 9,000 , et le repousse en Bohême où la bataille de Soor (20 septembre) coûte encore ayx Autrichiens 6,000 hommes tués, ou prisonniers.

Malgré cet avantage, te roi ne juge pas à propos de demeurer dans un pays ruiné par la guerre et regagne de nouveau la Silésie. Marie-Thérèse , enhardie par sa retraite, songe à Tattaquer dans ses propres états. Le prince Cliarles de Lorraine cherche à pénétrer par la Lusace dans la marche de Brandebourg. Frédéric le rejette une seconde fois vers la iMjliénie , puis, prompt à se venger des Saxons qui avaient attaqué la Silésie , il va s'emparer de Leipsick et de Torgau. Bientôt après , son lieutenant , le prince d'Anhalt , bat l'armée Austro-Saxonne à Kessel" dorf (15 décembre ). Cette victoire ouvre à Frédéric les. portes de Dresde dont la garnison et les habitans se reiident sans essayer de résistance. Le vainqueur oflÎFe la, paix au roi Auguste du milieu dtî sa capitale; le 25 décembre, elle est signée à Dresde, Frédéric se contente, d'un million d'ecus et d'une nouvelle ceîsbion de la Silésie : de son côté , il reconnaît pour empereur l'époux de la reine de Hongrie, François de Lorraine, éhi à la place de Charles VII , mort le 20 janvier 1745. L'année précédente , le roi de Prusse avait ajouté à ses états la principauté d'Ostfrise » dont l'empereur Léopold avait donné

f i ) F.ouis \V avail envoyé au roi «1c rnis.sc un ofticier, nommé Lalour , pour Uii .-mnoaccr la viriuire <U* FotU. noi. C.ci ofiicicr fut témoin delà balaille tic Frirnlborg; aussitôt apr^s , FrcdiMic écrivit au roi de France: JTtii acquitté 4tr fVyidb/trff.la lew% 4» change qu, VQUM iwiêz Èàritêur moi à fhnUnoi.

Digiti^uG Uy

BU Ba«anjtnftn 8Gtet.E. 515

rexpi'clative , ea 1694, à la maison de Brandebourg. Le dernier prince , Charles-Edouard , étant mort , Frédéric s'élait hâté de réaliser cette éveatualilé en prenant possession deTétat vacant., L'empeceiir» eo 1745». lui en ac-. ci9Fda Finvestitiire*

La paix de Dresde dm dix aos, et le roi en employa, benreasemeiit les loisirs à faire fleiuir ses états. Au juilieu. des soins du gouvernement, il suivait d'un œil attentif la politique de ses voisins: il savait que leur jalousie , excitée par ses premiers succès, n'attendait pour écialer qu'une occasion favorable. La France était mécoulente des traités de Breslau et de Dresde , conclus sans sa par^ ticipation ; Frédéric , naturellement caustique», avait offensé l'impératrice de Russie par des épigrammes imprudentes sur la vie privée d^ çette princesse, dont le chancelier BestacheO!». ennemi, déclaré des Prussiens^ aigrissait les ressentiment ; enfin , ^Autriche, irritée par deux a^^essions el par la perte de la Silésie, aspirait à refouler la Prusse dans ses ancii nries limih^s. L'Angleterre, entre les grandes puissaaces, était seule disposée à s*unir aux Prussiens. Menacé d*une descente par les Français , Georges II ayait retiré toutes les troupes qu'il avait dans le Hanovre: craignant pour cet éleçtorat» il eonclut une alliance avec la, Prusse. La France,, perdant dés-lors. Tespoir d'engager Frédéric dans son parti, oq même de le retenir dans la neutralité , oublia ses vieilles inimitiés contre l'Autriche et coiielut avec Ja cour de Vienne (mai 1756) un trailé de deiense réciproque. La Russie ne larda pas d'accéder à cette alliaiu e. Ainsi se lit un changement soudaÎA dans.l'ancieu sjrsième del^ politique Eiuropéenne.

Frédéric voit s*arnM centre lui tout le continent. Il nea'en effraie pas» et,t selon son habitude» il prévient ses ennemis. Par l'iuQdélité d'un secrétaire de la chan« cellerie saxonne» il sait que la Sa^e est entrée dans la coalition. Sans déclaration de guerre et saus s'inquiéter des clameurs de l'Europe contre une invasion suhite , il ejpitre $a^e avec 40»0Q() hommes» resserre Farmés^

51^ nmiRt gMraw

saxonne dans le camp de Pirmi, s'avance avec une partie de ses troupes contre le maréchal Brown, qui venait pour la dégage, le bat près de Laworiiz { octobre )^ désarme sads combat les Saxons qui , désespéraat d'être secourus « et s^étant hasardés à sortir 4e leur camp » s'é^ taient fourvoyés en des chemins impraticables. Cépeudant, cette inyasion soudaine et sans provocation apparente , excitait de grandes réclamations. La cour de Dresde laisait retentir ses plaintes dans toute l'Europe,, et le conseil aulique de Vienne déclarait le roi de Prusse pertiirbaffHir de la paix jiubiique. Frédéric publie ua méoioire justificatif d'après les pièces qu'il a saisies luimême à Dresde dans le palais de Téleeteur , et que l*é«. lectrice s'est vainement efforcée de lui dérober. Du reste, cette publication ne change rien aux dispositions des alliés 9 et le cabinet de Verudlles , loin de reculer dans la Voie politique où il est entré , ê*j lance avec une ardeur nouvelle. Il n'avait promis à Marie-Thérèse que 24,000 hommes ; il en met 100,000 sous les armes: non moins étrangement empressée à servir rAutriche, la diète de Ratisbonue lui en fournit 60,000. Le roi de Prusse af- , fronte Torage. Dès le mois de mars 1757, il est en Bohème » et le 6 mai» il livre bataille au prince Charles de Lorraine sous les murs de Prague. Après une laite longue et sanglante, les Prussiens pliaient. Le maréchid SAiioérin arrache un drapeau desm«ns du porte-enseigne» Fagite dans les air» et s*éerie : Làd^ qmrefiu d$ me êuwre t On s'élance sur ses pas ; il tombe mort dans la mêlée ; mais ce sacrifice héroïque est le signal de la victoire. Les Autrichiens ont perdu le maréchal Brown et 15,000 hommes tués ou prisonniers; Frédéric n'en regrette pas moins de lÛ^OOO» et cependant cette journée si terrible ne décide rien. Le roi ne peut dans le même temp& assiéger Prague où il a renfermé 40,000 Autrichiens et résister à une nouvelle armée venue de la Moravie bou& les ordres du maréchal Daim, de Baun le Temporiseur » qui , par sa froide prudence , sut le premier balancer le génie d« Frédéric. Laissani une partie de son armée de*-

Vant Prague sous le général Keith , le roi vole à la rencontre de son nouvel adversaire, l'attaque près de KMn (18 juillet), daus un poste avantageux où il essaie vainemeulde le forcer» et loi cèdeenfin une victoire disputée avec une meurtrière opiniâtreté. En quatre heures « l'infanterie prussienne avait été menée sept fois à la charge et plus de la moitié de cette vaillante trénpe était restée snr le chanap de bataille. Frédéric s'était hâté de combattre dans 1 espoir d'étonner et d'arrêter par on prompt et éclalanl succès ceux des alliés qui n'avaient point eocore achevé leurs préparatifs de guerre. Trompé dans ses desseins par un sanglant revers ^ il leva le siège de Prague, et voulant en même t«aips couvrir la Saxe et la Silésie , il divisa son armée en deux eorps. Celui qu'il commandait exécuta heureusement sa retraite; mais celui qu'il confia au prince royal son frère fil des pertes considérables, reversqui attirèrent au princcdc si vifsrcprochesdela part (iu roi qu'il en mourut de chagrin peu de mois après. Dans le même temps, Apraxin , avec 100,000 Russes, bat le maréchal de Lehwald à Jagerndorf {ùO août), tandis que les Français s'emparent des duchés de Clèves et de Gueldres dont Frédéric a laissé la défense aux troupes anglo^hanovriennes* passent le Weser malgré le duc de Gumherland quHIs défont à Hoitêmbek , et enfin forcent Tarmée anglaise de capituler à ChiterSeten ( 8 septembre). Bientôt après, le maréchal de Richelieu menaça Magdebourg , ou la famille royale s'etaiL réfugiée, et une seconde armée française, conduite par le prince de Soubise , se réunit à celle des cercles et s'avança vers la Saxe. Ainsi quatre armées enveloppaient à la fois les états prussiens, et l'arrêt de la diète qui venait de mettre Frédéric au ban de l'empire, semblait devoir être suivi d'une prompte et facile ^écution. On voit par la lettre que le roi écrivit idorsàson frère, qu'il sentait vivement ses dangers. Même, dans un de ces momens funestes oii le désespoir subjugue la raison , il lui prit envie de se tuer, comme le témoigne une longue épilre en vers cju'il adressa, en chant d'adieu, au marquis d'Argens. Mais

iiii HIStOIBB '6É!fifalA1Jfe

bientôt, repronanl coarage*» il écrivit à Voltaire Tépître terminée par ces vers :

Pour moi , menace du naufrage , Je duis , en affrontaut l'orage , Feoser , mre et mourir en roi»

Après de vaines tentatives pour obtenir la paix , il ne^ "songe plus qa*à foire la guerre avec vigueur, et laissant un faible corps en Silésîe soas les ordres du duc de Bé-*

vei ii , il marche avec 25,000 hommes contre Soubisequi en commande plus de 60,000^. Ayant, par ruse , lire Tennemi crime position avantageuse ♦ il Tatlaque près du village de Rushach (5 novembre) , au moment où , trompé par une retraite simulée des Prussiens , il se croit sâr de ia victoire. Surprise par ce chec iaqifévu « Farméa fran^ çaise est mise en déroute» avaût d^avoir pu former se», lignes. Mais , assailli 4e toutes parts* Frédéric est à peine vainqueur sur un point , qu'uno faute ou un revers de se» lieutenans l'appelle ailleurs. Tandis quHl triomphe de Soubise, WiiU^rleld, un de ses généraux, est ballu et tué à Gorlitz ; un parti de Honf^rois met Uerlin à conlribulion ; l'iiujHH lauh' de Sckweidniizesl prise parles

Autrichiens, et le duc de Bévern est défait à Breslau. Frédéric répare d'un seul coup tous ces échecs. Ayant rallié à son armée les déhris de celle de Bévern , il se |H>rte avec rapidité contre le prince Charles de Lorraine et le maréchal Daun> et par ses habiles dispositions» par ea tactique savante et la vigueur de son. attaque , bat près ^e lÀsga (5 décembre) l'armée ennemie une foi» plus noiiil>irtj^c qii la sienne, lui lue 6,000 hommes^ fait 20,000 prisomiiers, vS*empare de Brcslau peji de jours» après, malijré une ijarnison de 15,000 hommes qu'il lorce àcapiuiler. En moins d'une semaine, les Inij 1 1 ianv: ont perdu 40,000 combaltanSt livré une forte place et abandonné la Silésie. « Jamais* dit Frédéric, campagne » n*avait été plus féconde en révolutions subites de la 1» fortune. Cette suite d'évéuemens décisifs et contraires » avait étourdi l'Europe* Il Mlut quelques momens de

bu l^fx-HiJinÈlf& siÉCLBi 519

» tranquillité pour fue les esprits se recaeillisseilt , et

» pour que chaque puissance pût considérer de sang-froid » sa situation. D*un côté, le désir de la vengeance, Tani- » bition blessée , le dépit, le désespoir, remirenl les armes » à la main ; de l'autre , la nécessité de se défendre , et » quelques rayons d'espérance , portèrent à faire les plus » grands efforts. » Alors eut lieu dans le ministère anglais un changement qui amena des mesures plus énergiques en faveur de la Prusse. Pitt, devenu premier ministre» obtint du parlement un subside annuel de douze millions pour Frid' iic, et envoya de nouvelles troupes sur le continent pour venger Taffronl de (Joster-Seven. Le roi ne pouvait for li lier ses alliés que de quelques régimens; mais il leur donna un chef qui valait lui seul une armée « son cousin le prince Ferdinand de Brunswick. Dès le commencement de 1758 , une armée française avait envahi le Brandebourg. En deux mois , Ferdinand la repoussa au-delà du Weser et du Rhin , belle et rapide campagne que Frédéric n'hésita point à comparera celle de Turenne en Alsace.

Tandis que son lieutenant se couvre de gloire, lui-même a repris ScIum i<lnilz sans avoir perdu cent houruirs , et, faisant une marclic de quarante lieues dans l'espace de Uroisjoursy il va mettre Je siège, devant Olmutz. Mais ce siège traine en longueur ; Daun arrive au secours de la, place, enlève aux Prussiens un convoi considérable» et, les force à la retraite. Frédéric transporte la guerre en Bohème; mais à peine a4*il pénétré dans ce pays, qu'il lui faut voler au-devant d'une armée russe, qui a bombardé et incendié Custrin. Il la rencontre près de Zorn^ dorf, où dix heures de coiubal et un carnage de plus de 20,000 jiuiumes liiisseni la victoire indécise. Cependant la plus grande perte est du côté des Russes, qui, denjL jours après, se retirent du côté de I^andsberg. Frédéric charge le comte Dohna de leur tenir téte » et va secourir en Saxe le prince Henri qui, après une campagne sa» vante, était sur le point d'être accablé par les forces supérieures du maréchal D^on, Loug-(emps le général

320 )am6aiE eftMfaim

aulrichien évilc liabilement la bataille que ctercïient les Prussiens, et les fatigue de ses manœuvres calculées et de sa tiictique patiente. En6n , il les resserre près du village de Hochkirchen dans un poste désavantageux. Si Daun ne nom attaque point ici, (Ht le maréchal Àeith à Frédéric » H amira mérité dtétre pendu* ~ J'espère, répond le roi t qu'Umtafhu peut dê nom que de la earde* On avait tn^ compté «ir sa eirconspeetion. Saiflissant l'avantage de sa position » il déguise sa marche à ^avers nn bois épais , et tombe à Timproviste sor tannée de Frédéric. 10,000 Prussiens el l'illustre Reith resteut sur la place. Le roi est blessé, ainsi que la plupart de ses généraux. Mais , après avoir combattu avec une valeur liéroïque, il rallie avec une merveilleuse présence d'esprit ses troupes vaincues » rétrograde en bon ordre à une deni-lieue du champ de bataille , et oflre le combat à l'ennemi qui n*ose Taccepler. Ayant défié durant deux jours les Anlrichiens vietorieQX , il se retire par une marche habile» va faire lever le siège de Neiss, puis celui de Dresde , et enfin, après ane campagne aussi pénible que meurtrière, où , faisant la navette Hivec une armée ^ selon l'expression de l^elle-lsle, il a\dit parcouru plus de 560 lieues, et qui avait consumé 150,000 hommes dont plus des trois quarts appartenaient aux puissances liguées, il prend à Breslau ses quartiers "d'hiver, et accorde enfin à ses soldats nnnécebsaire» mais trop court repos.

La guerre se ponrsoit en 1759 , plus cruelle et pins ^sastrense. Le roi commit -d'abord quelques fautes. Une arméerasse s'avançait sous lecommandement de SollikolT. Avant son arrivée, Frédéric pouvait accabler les Autrichiens ; il se contenta de les observer. Il devait marcher aux Hus>es a\ ee toutes ses forces ; il n'envoya contre eux que des delaelieniens qui furent successivement écrasés. Il perdit lui-même ( 12 août 1759) 20,000 hommes à la terrible ^bataille de Munmredorff, qui» à la vérité , eu coûta aux Russes presque un pareil nombre. Que je rem-porte encore me wteire comme eelk'là» écrivait Soilikofl'à sa souveraine* et je retùumerm eeui, m édion à la mamM

Digilizeu by

DU PTX -HUITIÈME ëltCLE, 5C1

tnpùri0rlàn(nmlleàPétersbourg. Cependant, après tant de revers » Frédéric semblait sans ressource. Cm était faU éBt PruBsiênn, a-t-îl dit Ini-méme» sî hs RtUMes amtekt ên

profiter de leurs succès ; ils n'avaient qu^à donner fe coup de grâce. Mais les Russes étaient mécontens de ce que les Auti icliions leur avaient laissé tout le poids de la guerre, et Soitikotl, sous prétexte que son armée était trop afTaiblie , refusa de concourir aux opérations ultérieures. Frédéric n'en fut pas d'abord plus heureux. Vers ce temps là, un de ses lieu tenans» le comte de Schmettau, rendit Dresde par capitulation ; un corps delO^OOO Prussiens» sous le général Fiock, mit bas les armes dans les défilés de la Bohême ; un autre corps de 3,000 hommes eut le même sort près de Meissen. Mais ces disgrâces furent compensées par quelques avantages. Le prince Henri se soutint en Silésie , et, par une marche savante, vînt se réunir à l'armée du roi. Le duc Ferdinand remporta en Westphaiie la victoire de Minden , et se trouva assez fort pour envoyer an roi un secours de 12,000 hommes. La campagne se prolongea jusqu'au mois de décembre» et laissa l'armée prusûenne» malgré ses pertes» dans une attitude respectable.

Frédéric employa Fhiver en négociations auprès des cours de Vienne et de Versailles, mais ses instances mêmes pour la paix parurent à ses ennemis un indice de sa détresse et accrurent leurs espérances. « Il fut bientôt convaincu que , dans les conjonctures présentes , il ne * fallait s'attendre k rien de la part des cours de l'Europe. Les passions étaient encore trop impétueuses » et les agitations qu'elles causaient dans les esprits étaient encore , trop violentes, pour qu'il fût possible dé les calmer. II ne restait donc au roi que deux alliés, la valeur cl la persévérance , par le secours desquels il pùl sortir bonorahtement de celte funeste guerre. » [Frédéric II t guerre de sept ans. ) Elle recommençe dès le mois de mars 1760. Le g^éral autrichien Laudon taille en pièces 10,000 Prussiens près de Landshut , et s'empare de Glatz , d'où il s'avance contre Breslau que sauve l'activité du prince

522 ItliTOIÉB «ÉRÉlAttt

Htnri. Le roi, de son côté, dirige contre Dresde se$ principales forces; mais Daun l'oblige à lever le siège do celle ville , et à se retirer en Silésie. Les aonaleft militaires ne citent pa§ de ploa belles retraites. ManoNiTrant au milieu de trois armées autriehiennes et d'nne armée rosse» il contient à la fois tant d'ennemis t bat Landon près de Liegniti (15 août)* fait face au nuffécbàl Dann qni par* tout s'attache à ses pas aVec des forces supérieures, délivre sa capitale surprise par les Russes ci les Autrichiens, reprend à son tour l'olFensive et attaque Daun près de 2 Vjr (/au dans une position formidable (3 novembre). Environ 15,000 hommes succombent de part et d'autre. Le roi et le maréchal sont blessés. Mais la retraite de Daun laisse l'avantage à Frédéric. A la fm de cette campagne laborieuse » il est maître encore des deux tiers de la Saxe* Les Russes ont regagné la Pologne pour y prendre leurs quartiers d'hiver; le général prussien Wemer a repoussé les Suédois jusqu'à Straisund ; le duc Ferdinand de Brunswick a fait échouer les desseins des Français sur le Hanovre et le Brandebourg.

Oiioique les alliés n'eussent guères obtenu , pour fruît de leurs efTorlSy que la petite forteresse de Glalz, cependant la disproportion des forces de la Prusse à celles de la coalition leur faisait regai-der la ruine de Frédéric cmnme tèt on tard infaillible. Ce prince était , en effet » dans un état d'épuisement qui lui inspirait de sérieuses inquiétudes. « Croyez qu'il faut encore du miraculeux » » écrivait-il au marquis d'Ârgens , pour surmonter tou- D tes les difficultés que je prévois. Ce sont des travaux » d'Hercule que j'ai à faire dans un ih^o où la force » m'abandonne, et où l'espérance , seule consolaJioii des h malheureux , commence à me manquer. » Aussi * dans la campagne de 1761 , resta-t-il sur la défensive. N'ayant pu empêcher t malgré ses savantes manœuvres , la jonc* tion des deux grandes armées russe et autrichienne , à laquelle il s'élait opposé avec succès peùdant quatre ans , il se vit assiép^é par 120,000 hommes dans son camp de hmuiAwiU. 11 se maiutiut plus d'uu mois dans cette posi-

tion ovi les ennemis n'osèrent Tallaquer. Enfin les Russes, manquant de vivres, repassèrent l'Oder ^ et se dirigèrcat sur la Poméranie > où tlè prirent la forteresse de Golberg. Frédéric .^rtit desesretranchemenst dans Tespoir d'attirer à une ^bataille le général autrichien Laudon • qui trompa ses calculs , et , par un coup de main hardi , se rend il maître de Sclivveidnitz. Après la perle de celle place , il ne restait plus au roi ♦ pour la défense de la Silésie , que Glogau , Breslau et Neiss. La perte de Dresde rendait également la défense de la Saxe fort difficile , et le prince Henri ne s'y soutenait que péniblement. Pour comUe de malheur* l'Angleterre, n'étant plus dirigée par le grand Pitt » refusa les subsides que naguères le partement avait accordés avec enthousiasme. Frédéric parut accablé de lan: de revers. 11 passa deux mois dans Breslau , triste et solitaire» n'allant pas même à la parade. . Une couspiralioû tramée par le baron de Warkolsch i gentilhomme sîlésien, et par un prêtre de Streelen , pour le livrer aux Autrichiens, acheva de le mettre au désespoir. Craignant un tel malheur plus que la mort » il porta long-temps sur lui du poison destiné à terminer ses jours. Cependant , comme il le dit lui-même , « Tétat qui parais- » sait perdu ne le fut point , et la persévérance fit sur- » monter tous les périls. » Au reste, il est probable que celte persévérance , quelque élonuanie qu'elle fui. eût seulement ipîardé la chûte de Frédéric, sans l'heureux événement qui ciiangea tout-à-coup sa situation au rommencemeut de 1762. L'impératrice Elisabeth meurt le 5 janvier de cette année. « Sa mort Iroinpe tous les politiques de r£urope» et renverse une iniinilé de pians et de desseins arrangés avec soin et laborieusement combinés. » (Frédéric II, guérre de sept ans). Conservant jusqu'à la fin sa haine irréconciliable contre Frédéric . l'impcrah ice avait ordonné en expirant que la j^uerre fut conliiiuée. Mais son successeur Pierre 111 , a<lmirateur du roi de Prusse, se hàla de condurf» la paix avec ce prince ; et ce traité lut suivi d'une alliaucc oilcosive et défensive , en v«rlu de laquelle un corp& russe » sous la

SS4 HISTOIRE CtNiftALK

< or.oiii.e do CzeriiiciH II , marcha au secours dos l^russiens. A la wnU' , ils furciH bientôt privés de (;o( a\an(;i^o par la ré\olulioH subiîe qui «la à Pierre 111 le Irùiie et la vie. L'iilipéra triée Catherine rappela ses Iroupes» el se prO" nonça pour Ja neutralité. Malgré ce contre- temps, le roi battit le maréchal Daun sut les hauteurs de Burkersdorf , le força à se retirer eu Bohème « et » par la prise de SchweidnitZy recouvra la supériorité en Sîlésie et la con«» serva tout le reste de la campagne. Le prince Henri ne fut pas moins heureux en Saxe où, le 2îj octobre, il battit près de Freyberg l*armée combinée des Aulricîiiens et des cercles. Vers ce (emps-là, la France , accablée fie m-s désastres mari limes et de la perle de ses flottes et de ses colonies , ût la paix avec F Angleterre et cessa d'envoyer des armées en Allemagne. Cette contrée soupirait aprè» la fin de la guerre ; cependant le ministère autrichien s*obslinatt k vouloir la continuer. Mais la France et la Russie insistèrent pour la pacification générale. Des négociations s'ouvrirent au château à^Hvèertshourg , ^rèsde Dresde, et , le ITi léMier, lut signée celte pai\ si nécessaire à tous les partis , et qui arracha les armes des maiiis de riuiperatrice et du roi de Prusse, restés s. n!s sur le champ de bataille, « à peu près comme deux ( itauipions abandonnés de leurs seconds dans un combat à outrance. » Pour la troisième fois, Frédéric fut confirmé dans la possession de la Silésie. La seule concession qu'il fit à FAutriche fut de promettre » par un article secret » sa voix électorale à Tarchiduc Joseph , qui » bientôt après» fut élu roi des Romains.

Ainsi liiiit celle guerre qui, dans le court espace de se; ! aiiia es, avait rassemblé sur rAllemague auîaut de désolations que ce pays en avait j.idis soulferl durant la fameuse guerre de trente ans. Elle lit de Frédéric le héros de son siècle » et l' éleva au plus haut point de gloire et de puissance. Mais elle ne lui laissait qu'un royaume dévasté el réduit au dernier degré de misère et de détresse* « On ne peut » dit l'historien-roi , se représenter cet état » que sous Timage d*un homme criblé de blessures , affai*

» blî par la perle de sou sang , et près de succomber » sous le poids de ses souffrances. La noblesse était dans » Tépuisement, le petit peuple ruiné» nombre devillae^os » br4lés , beaucoup de villes détruites. Une anarchie » oompiète ayait boaleversé tout Tordre de k pdioe et du » gouveraerneal. En ua mot* la désolatioD élait généraie... L^armée ne se trouvait pas dans une meilleure » situation ; dix-sept batailles avaient fait périr la fleut » des officiers et des soldats. Les régimens étaient délabrés » et composés, en partie , de déserteurs ou de prison- » niers. L'ordre avait disparu , et la discipline était rolà- ». chée au point que no# vieux corps d'infanterie ne A valaient pas mieux qu'une nouvelle milice. ». Tant de. m9m avaient appris à Frédéric à détester le métier ie conquérant. « Je ne sais si je survivrai à cette guerre » » écrivait-il en 1760 au marquis d'Argens.; miais je suis 9 bien résolu • au cas que cela m'arrive , de p^ser le » rosJede mes jouis dans la retraire , au seia do la phi- » losophie et de l'amiiié. » Eu effet, il renonça Franchemont à la carrière des combats, et , s'attachant à évilcr jusquau.\. moindres prétextes de g uerra, il conclut uue alliance avec la Russie vers la fin de 1765 » et deux confé^ renées qu'iH eut avec le jeune empereur Josepb II préparèrent un plus étroit rapproebement entre ^ la Prusse et Tij^utricbe.

Dès-lors y Frédéric fut uniquement occupé de réparer

les ruines de la guerre par une bonne adminislralioii. La Silésie, cause et prix de la lutte , en avail aussi le plus souffert. Elle attira h s principaux soins du roi » cjiij cicatrisa ses blessures avec uue habileté et une promptitude merveilleuse. Pendant toute la guerpe de sept ans , Frédéric, grâce à son économie et aux subsides de l'Angle^ « terre , n'avait mis aucun nouvel imp^ , n'avait exigé aucune avance de ses sujets , ni faiC aitcun emprunt chess l'étranger. Néanmoins , à la paix , il put remettre à la Silésie six mois de taxes, distribua dans les catupa-^ijes 17,000 chevaux pour l'agriculture » et ouvrant, avec ses magasins y ceux ^j^u il avait achetés des liusscsen Poiogue,

526 HISTOIRE GÉNÉRAIS

fouroit au laboureur du pain et de la semence. Avant lui , Tassiette des impôts était iort iuégale dans cette province. On remarquait dans leur répartition des traces sensibles de partialité et de mauvaise foi. 11 flt dresser uu cadastre complet et exact de tous les objets soumis à l'impôt» et les assujclit à une ooDlribution équitable et proportionneUe. £lîe s'étendit sans exception sur toutes les classes de propriétaires», et la Silésie fut alors le seut [>ays où les terres le FéTéque» du clergé, des chapitre» et des eonvens,^ des princes et de la noblesse, fussent soumises à la taille comme celles du paysan , t t où le souverain payât lui-uiéme la taille de ses domaines r comme lo dernier de ses sujets. Ce fut par cet ordre dans les tmances (pie Frédéric parvint à entretenir en Silésie une armée de 40«000 bommes , c'est-à-dice dix fois plus nombreuse que celle qu'y entretenaient auparavant les^ princes autricbiens ; qu'il rétablit les anciennes forteres-^ ses et en éleva de nouvelles ; qu'il rebâtit quinze villesconsidérables , non plus en bois » comme elles étaient avant la guerre, mais en pierre et avec des habitations. é;;alement réj;ulières et commodes; qu'il coiisUuisit et peupla près de trois cenLs nouveaux villages, et qu'il rendit à la culture uijo fouit; de fermes abandonnées en attirant de nouveaux laboureurs parle don d'un logement commode et des bestiaux nécessaires à l'exploitation des terres. Ce bon gouvernement eut de si heureuses influences t que dans l'espace de douze années la SUésie vit se combler un vide de 150^000 âmes, que la guerre avait fait dans sa population, et même excéda de plus de- 60,000 âmes celle qu'elle comptait avant 1756. On eût obîenu, sans aucun doute, des résultats plus beaux encore, sans le niauvais mode de ceplion qui fut établi pour les impoîs. Soit qïi'Helvelius , dans un voyage cà Polzdam, ail vanté au nd T administration des tinances françaises , qui cependant se trouvaient alors dans l'étal le plus dé-^ plorable, soit que Frédéric ait seulement suivi ses préventions en faveur des usages français, il introduisit, en 1766,. la régie française dans, ses. états^, Alors se répandit dans.

m mx-HuiTiÈm nicLB. 527

toutes les villes tice colonie de Français » qui s*étabKrent sous les II0III9 (te directeon 9 sous-directeurs» iuspectenrs» contr6leur»» etc. , geE» de rapine» dont la sci^M^e fis-* cale ( 1 ) tourmenta les pavple9 pendant yipgt années^ et brava la haine publique sons la protection du souvennb » qui » malgré son désiFde sonlager ses sujets » sonlitot par erreur ou par amour-propre le système qu*il avait adopté. Frédéric eut aussi la manie des monopoles el créa uue foule de compagnies exclusives de commerce, compagnies de l'Elbe, de TOder , du Levant, des Indes , des harengs, du sel, d'assurance maritime, du bois à brûler, etc. Tous ces établissemeas échouèrent. L'impérieuse oéces* sité ne le Justifie pas^ d'avoir attéré l^s moniiaiîBS (t) pen-^ dant la désastreuse gnerre dis sept ans-» exemple trop •oivi parks prineea^d'AHemagiie, qn^frapp^rmit à Tenvi des monnaies de mauvais aïoi , de sorte quSn tît réparât^ tre ces temps déplorables de la guerre de trente ans, les temps des coupeurs et des rogneurs. Un autre fléau , Vu loterie , périéfra en Prusse sous la protection du fisc , eX mit à contribution la créd|ile cupidité du peuple. Mais ,. malgré quelques me(»ures on-, institutions funestes , la prospérité nationale se di^veloppa. rapidement.

Un prince lettré eomnie Frédéric pouvait négliger Fédiieation publique» Il donna ses soins à la réforme.

( 1 ) Mitcbel , envoyé d'Angleterre â Berlin , dUait au snjet.de ees.^em : Le$ Finançât s ont été battu t ime foiâ à Âoêbochpor le* PruBv^M ,jaifiùjiUpjnmiw^ tous les Jours Ifur revanche .

('2 ) « Celte opération se fit surtout dans les hAtnls de la monnaie de Snïe, à.Drcsde et à Torgau. Pour l'exécuter , ie rui cinploya un négociant juif de Ber]i|> , âpfxcii^: Epliraïm. Cet homme se servit de& orfèvres , des fripier» , des coorlien de. sa nation , trèt-hjM>il£s d^iM de tels roéliers, pour répandre en Saie , en Pntogne et partout la non^dle monnaie qai , ayeç T^mpreinte ordinaire-, n*avail-paa le liera de la fùtvt birineéqne qu'elle devait avoir. Le roi fusait payer les troapfla.et tooa les emptojét avec cel alliage. Hait , lorM|ae la paix. fat bite, b monnaie courante ne fut plus reçue dana lea oaiwea rojalea; ce qni causa une altération considérable dans les fortunes et un très-grand bouleversement dans le commerce. On fut cnQn foret» <le se défaire de crîir monnaie , pn In vendant roinmr une rompositinn mpt;«lliqnc an tiers d»* h\ valeui, qu'elle avait. eue au commencement. >• ( Dt Nina , vù- ih hn'dtnc 11)^

388 «istotu «AaÉiULiB

de tous les collèges fondés pour l'instruction de la jeu-* nesse. Lea maîtres ne s'appliquaient qu'à remplir la mémoire de leurs élèves , et ne travaiilaiLiil j)oiût à foroier et à perfecliount r leur jugement. Cet usage , qui était une continuation deTancieune pédanterie tudesque, fut corrigé » et sans négliger ce qui est da département de la mémoire» les instituteurs furent chargés de faoûlùh riser dès la jeunesse leurs élèves avec la dialectique » afin qu'ils appnssent à raisonner. » {Frédéric II , Méumru historiques).

Une des plus nobles et plus persévérantes tentatives du roi, quoiqu'elle n'ait qu'imparfaitement réusî^i, fut la réforme de la jurisprudence prussienne. Elle n'était, depuis long-temps, qu'un mélan*;e de droit romain, de droit canon et de coutumes allemandes et saxonnes* L'incertitude régnait dans les tribunanx et dana les jugemens. On croyait remédier aux abus par nue multitude d*édits particuliers » etjNi augmentait seule* ment les cnntradictions et ^'embarras» En 1746 • Frédlérie dressa Idrméme un plan de réformatioa de la justice. 11 voulait que tous les procès fussent terminés par trois instances dans le cours d'une aiiiutc, et que les frais fussent diminués. Legrand-clianc elier Coccejt , « homme, selon Frédéric, d un caractère intègre et droit, dont la vertu et la probité étaient dignes des beaux temps de la république romaine »» fui cbargé de rédiger un nouveau code» 11 poursuivit avec un zèle ardent et pur le travail confié à ses talens. Il introduisit Tordre et la régularité dans les procédures > et purg^ les tribunanx d'une foule de membres indignes et d'abus révoltaus. Il régla qu'il se ferait tous les trois ans une visite générale des cours souveraines de justice, pour tenir la main à Tobservalion des nouvelles lois , et pour punir les prévarications. Il établit une caisse d'épices d( stuiée à desservir les honoraires des officiers de judicature , et par là ôta tout prétexte à la subornation et à la rapacité. Les formalités furei^ tellement abrégées, qu'en 1752» svtr 9»566 procèa» trois seulement ne forent point lermiAés dana Tannée.

110 BIX^HnniH 91ÉCLB.

Vers le même temps où fui publiée Tordoonance sur la procédure , parut le nouveau code , sous le nom de code Frédéric, « Ce n'est , dit Mirabeau {Monarchie prussienne), qil*une analyse des lois romaÎDes ajustées aax eoutames prassiennes par un jurisconsolte qui» prenant comme tant d'antres Féradhion pour la science et les lais positives pour la sagesse , avait établi dans nn gros livre , gruVI n'y a point de droit naturel bien fondé , s'il n est puisé dw droit civil rotnain. Il est aisé de deviner quel inextricable amas de difficultés et d'incertitudes a produit un tel système , ad^^pté à un état civil déjà constitué. Frédéric s'est va contraint de laisser péiimer son code» qui même n'a jamais reçu la sanction royale. » Les étrangers , ne consit dérant que le but de l'auteur , avaient applaudi ce code avec enthon»a8me« Mais les tribunaux prussiens , préci-^ pités dans là réforme » ne surent ni la comprendre ni rappliquer. La guerre de sept ans Tenlrava encore davantage , et les désordres continuèrent. La paix n'y mit pas un ferme, et on vit combien il est difficile de faire accepter par ordonnance une jurisprudence qui renverse^ les babitudes invétérées d'un peuple , et d'impfoviser une révolution dans les lois , lorsqu'elle n'est poin^ encore faite parles mcBurs. En 1776 > le roi reprit ses projets de réforme , et en le grand-chancelier Garmer publia un nouveau code ; mais il ne rencontra pas moins d'obsla» des que Cocçeji : et , à dire vrai , l'ordre judiciaire qu'il établit était loin d'être sans défauts. On lui reprochait priiicipalemeiît l'abolition de l'office des avocats, l'obligation qu'il imposait de comparaître personnellement en justice, celle de ne prendre un conseil que parmi des jurisconsultes salariés par l'état sous le nom de conseillerà itassiAtanee, et la maiche inquisitoriale qu'il prescrivait pour l'instmctio? des procès. Mais quand; il eût été un modèle de perfection et de sagesse , et quand on tàt par* venu h former de bons tribunaux pour sob exécution , il existait un vice radical qui eût paralysé les meilleurs plans de réforme ; c'était le pouvoir dont Frédéric , à l'exemple de ses prédécesseurs, se croyait investi, d'in-

530 HltTOBB fiÉRtaALE

firmer à son gré les fleotenees des tribaDanx » et dont 9

ne sut pas s'interdire le funeste u&age. Plus d'une fois on Ta vu changer , mutileir ^ révoquer des lois selon son bon pluisir , en établir à difTérens temps de contradictoires ; envoyer un ou deux officiers pour examiner des afl'aires dont ils n'avaient nulle intelligeBce et casser les arréis. des présidens et des conseillers; Vfifyt les tribunaux par des menaces , par des injures » et dire aux oijBigisirata avee colère : Jé vous dotm&miwr bê doigU : h compêfyigei fait phê$ cto wm ^ la justice ; je veux fu'oii dtHiUm Ui juge* Vmu êt$$ dêê dnst , des ignorans, etc. Un corps de judicature, traité par le souveraîu avec ce grossier mépris, ne pouvait avoir le sentiment de sa propre dignité ni respecter beaucoup les lois qui ne mettaient point ses jugemens à l'abri de telles avanies. Aussi , les affaires civiles» malgré les plaintes continuelles des peuples et quelques punitions éclatantes , étaient livrées en Pmss^ au brigandage. Les affaires criminelles étaient lisieux ad> miiiistrées; Frédéric les sanreillait a^ec ane attentipiii particulière, et les précantians qo*il prit ponr épargner.^ la vie des hommes lai font le plus grand honnenr. Il obligeait les tribunaux à examiner avec la plus grande exactitude non-seulement le crime en lui*méi|ie > mais • encore ies circonslauces atténuantes qui pouvaient porter à adoucir la peine ; il voulait que l'accusé fût admis à se défendre deux et trois fois, et se réservait la révision de. tous les actes des procès, et U coufirmation de la sentence* n ne protégea pas moins la liberté que la vie des citoyens., contre l'arbitraire de ses agens* Aucun commandant de forteresse ne popvaît , saps uu ordre signé du roit rece*. voir un prisonnier ; aucun ministre ne s'avisait d'attenter, de sa propre aulorilé, à la liberté du moindre d'entre les sujets. A la vérité , s'il garantit la liberté des tyrannies subalternes , il ne la garantit point du despotisme royal, et , quelque juste que fût Frédéric , quelque importance surtout qu'il attachât à le paraître, il eut le tort d'ordon^ ner pliis d'un, emprisonnenient saps aucune forme de^

DU m-HumàiiB siAclb. SSl

procès , et des eachots de Spandau s'élève plus d'une Toix qui l'accuse dans la postérité.

Si le régime judiciaire laissa beaucoup à désirer sous son règne , il fut plus heureux dans les autres parties de ' Tadministration. Avant la guerre de sept ans, dans les loisirs que lui laissa la paix de Dresde » fl avait déjà signalé par d'utiles travaux son zèle pour la prospérité de ses sujets. Dans celte période de tranquillité, « on forma le projet de défricher de \ cistes marais qui s'eiendaieut le ' long de roder, depuis Swinemunde jusqu'à Kustrin. On lira un canal qui saigna ces terres marécageuses ^ où 2,000 familles furent établies. On continua depuis Schwedt jusqu'au-delà de Stettin ces établissemeos , et 1»200 familles y trouvèrent une vie aisée et abondante ; eda fit une nouvelle petite province » que l'industrie conquit sur l'ignorance et sur la presse. Les fabriques de f laine , qui étaient assez cansîdéraUes , manquaient cepeiulaut de fileurs; on on fit venir des pays étrangers, et l'on en forma ditFérens villages de 200 familles chacun. Dans le duché de Magdebourg, c'était un usage immémo- • rial que les habitans du Yogtland vinssent y faire la récolte» après laquelle ils s'en retournaient chez eux« Le roi leur donna des établissemena dans le duché » et fixa ainsi dans ses états un grand nombre de ces étrangers. Par ces différentes opérations» le pays s'accrot pendant cette pûx de 280 nouveaux villages. Le soin des campa> gnes ne fit pas négliger celui des villes. Le roi en bâtit une nouvelle sur la Swine , et en fit en même temps un port iioiniiié Swinemunde, à Temboucbure de l'Oder... Il établit partout de nouvelles manufactures ; celles d'é* ^ toffes riches et de velours trouvèrent à Berlin la place qui leur convenait le mieux ; les velours légers et les étoOes unies s'établirent à Potzdam. Une fabrique de basin rendit la ville de Brandebourg florissante. A Francfort-sttr4'0der on fabriqua du cuir de Russie ; à Berlin , à Magdebourg et à Potzdam, des bas et des mouclioirs de soie... Dans des lieux où il y avait du bois en abondance , que l'éluiguemeut des rivières empêchait de débiter » on éta-^

352 HISTOIRE GÉHÉBALB

bhl lies ieiTuimeri(»s , f|ui dans peu luurnirenl aux. forteresses el aux besoins de l'aruiée des canons dr fer, des boulets et des bombes. On trouva dans la principauté de MindeQ et dans le comté de LaMarck de nouvelles salineSy qui forent raffinées... La compagnie d'Eniden établit un négoce importaDt à la Chine. £ii diminuant les droits d*ex|iortatiop à Stettin » Kœnigsberg et Golberg , les revenus des doaanes aogmentèrent du double. Il résulta de ces diverses opérations de finances , que, sans compter les revenus de la Silésie et de TOsifrise , et sans que le roi charji^eât ses peuples d'uii denier de nouvel impôt , les revenus de la couronne se trouvèrent augmentés en IT.IH de 1,200,000 écas. » (Frédéric 11,. Histoire la guerre de sept ans).

Après la paix de Hubertsbourg , Frédéric reprend le c<iurs de ses bienfaisantes occapalions; 11 parcourt les pro-t vinces , conoait par lal-méme tous leurs maux et en chercbe le remède. Partout il vient au secours du pauvre par

des distributions de pain et de farine, Tournit au labou*. reur du bled pour en<?emencer ses terres, des chevaux pour les cultiver , de TargciU aux villes et aux villages pour reconstruire leurs liabitalions ; et, dans Tannée 1765 y douze cents maisons s'élèvent dans la seule Poméranie aux dépens du trésor royal.! Cependant Berlin » Kcsnigsbçrg , Magdebourg « Breslau » Stettin et Colberg voient relever leur cominerco par plusieurs établîssemens utiles. Le canal de Bromberg réunit TCMler à la Vif tule« Des digues s^élèvent sur la Netze et la Warthe depuis Driesen jusqu'à Custrin ; le long de l'Oder , depuis Cuslrin jusqu'à Oderberg ; le long de la Havcl et de l'Elbe , autour du grand lac de Madue en Pomerauie; aux environs de Potzdam et dans plusieurs autres contrées. Plus de deux cent mille arpens de terres naguère sujettes aux inondations , sont conquis à Pagrieulture ; trois cents vilr lages ou bameaux paraissent leul*À-coup sur ces plaines, el 34,000 familles j trouvent leur subsistance.

Frédéric avance plusieurs rniHious è un grand nombre de geniilsliommes ote possesseorà de terres pour y faire

m DI&-HUmÈME S1ÈCL£. 333

des déffichemens et des améliorations. Ces- sommes soat ou des présens ou des prêts à un ou deux pour cent , in- ^ térêt desûiie a solder des pensions à des maîires d'écoles ou à des veuves ou iillos de pauvres oniciei i.. De smos ordonnances (1775 et 1784) re'j;leii! les rapports des ^ paysans avec leurs seigneurs el font disparaître une partie des abus qui pesaient sur Thabilan! des campagnes» La ^ création d'une caisH hypothécaire {il! 0) permet aux propriétaires fonciers » auparavant écrasés de dettes usuraires dans presque tout le royaume et livrés à la merci de leurs créanciers» d'emprunter à un tau% modéré. L'agrieullure se développe d'au née eu année , et quoiqu'en général , les terres des é(aîspru>>ions soient ualurellement peu fi rliles, l'abondance y règne sou» l ridéric. Le prévovan! monarque forme des magasins immenses qui soul pour ses armées et pour ses peuples une ressource toujours prête, et qui, ouverts ou fermés selon les circonstances» empêchent la disette ou la dépréciation des grains. Ces réserves sont une ressource même pour les peuples étrangers, et» durant la famine de 1772 > la Prusse offre le singulier spectacle d'un pa)-^ sablonneux , en quelque sor'e condamné par la nature à la stérilité, et néaiinioiiis tiourris- sant ses voisins. Plus de 40,000 paysans boiiémiens ou saxons viennent chercber du pain en Prusse, et la plup<irt s'y établissent. Toujours prêt à soulager le peuple , Frédéric veut d'ailleurs qu'il soit laborieux, et interdit la men- ^ dicité ; des hôpitaux sont institués pour les malades , les \ vieillards et les infirmes; les vagabonds sont enfermés v dans une maison centrale où Ton règle l'emploi de leur temps. Le roi, attentif à tout ce qui peut développoï 1 activité du couiinerce, cncour«ige la création d'une banque ^ nationale fl7(j5), d'abord fixée dans la capitale, puis étendue aux principales villes du royaume (i). L'indus-

( l) « Outre l'avantago que cet élal»lissemcnt procurait pour la facilité du commerce, ii en résulta encore un autre bitii pour le pnblîc. Dans les temps precédens, c'était l'usage que l'arijenl des pupiUct» lût déposé à la jusiice, et ces pupilles, qui uc liraient pen*lanl U durée des proçès aucun revenu de leurs eapiianx, devaient encore en payer un pour cent par année j depuis, cessom-

534 mSTOIRB 6ÉNÉAALK

trie prospère , et deB manufactures de toute espèce permettent aux Prussieos de se passer de presque foules les

' marchandises étrangères, dont l'entrée est proiiihée. Dès Tanuée 1773, on compte dans les provinces 204 fabriques nouvelles. 11 se fait annuellement une exportation considérable de toiles , de draps et d'étoiles de laine. Des rafâneries de sucre établies à Berlin aiïranchissent la Prusse du tribut qu'elle payait pour cette denrée aux Uambourgeois. On travaille le coton et la soie; cette defnière branche occupe^ sur la fin du règne de Frédéric » plus de 5,000 ouvriers. Une manufacture de porcelaine , qui surpasse bientôt celles de Saxe , est établie à Berlin et envoie ses produits cbez l'étranger. Des cours publics

' sont consacrés à l'enseignement des sciences exactes , fécondes en applications indus! rielles. Le commerce maritime fleurit, en même temps, que le commerce intérieur, et le pavillon prussien» protégé par le grand nom de Frédéric , est respecté sur toutes les mers.

Mais la partie la plus brillante de l'administration de ce prince > celle qui lui a donné la supériorité sur tous ses voisins, c'est la constitution de son armée. Frédéric- Guillaume avait posé les fondemens de cette armée qui devait devenir si redoutable. Mais elle n'avait guèresété pour lui qu'un objet d'amusement et de parade; jamais ses troupes n'avaient servi que par dctachemens ou petits corps auxiliaires. « La longue paix, dit Frédéric II dans » les Mémoires de Brandebourg, avai^t abâtardi le service: » au commencement du règne de Frédéric-Guillaume , » on avait ^afioé sur Tordre des régimens et sur la disci* » pline ; mais lorsqu'il n'y eut plus rien à faire de ce côté » là , les spéculations s'étaient tournées sur ces sortes de » choses qui ne donnent que dans la vue ; le soldat ver- » nissait son fusil et sa fourniture; le cavalier sa bride, » sa selle et même ses bottes; les crins des cht Aaux » étaient tressés avec des rubans , et à la tin , la propreté ,

mes furent déposées k la banque , qui en donna trois pour cent aux pupilles, â& sorte i]a*efrectîveraent , en comptant ce qu'ils payaient autrefois è b justti e, ils en gagnaient quatre « ( Frédéric J7, Mémoire* Hùtmiqmi . )

ht DlX-HUlTIÉiklE StÊCLE. S55

» qui de soi-iafl6me utile, dégénéra en abus ridicule. » Si la paix avait duré au-delà de l'année 1740, il e«t à » croire que non» en serions à présent au fard et aux mouches : maïs ce qui était |ius déplorable encore ,

» c*est que les grandes parties de la guerre eUieiil tout- I» à-fait négligées , et que notre génie se rétrécissait de » jour en jour davantage par les petits détails. »

Frédéric , tout en respectant au fond la constiiation militttre établie par son prédécesseur, y apporta de grands perfectionnemens. La disdjpline la plus sévère fut toujours observée dans ses troupes , et, malgré son hu« manité naturelle et sa répugnance pour les arrêts de mort , il fat inexorable pour tout soldat qui avait manqué à la subordination. Les attributions et les devoirs de chacun étaient réglés avec l'exactitude la plus scrupuleuse. Chaque jour, on faisait un état de ce qui se passait dans chaque régiment , et on le mettait sous les yeux du roi. Frédéric acheva de constituer la Prusse comme monarchie militaire en portant successivement l'armée à 200,000 hommes. la divisa en trois classes, régtmens de cam- ' pagne, régimens de garnison et bataillons francs. Il la tenait en haleine par des exercices liontinuels. A Potzdam. il exerçait lui-même ses gardes-du-corps, et ne passait pas un jour sans aller à la parade. Durant tout l'été , il allait de province en province faire la revue de l'armée entière, redresser les fautes, observer et encourager les progrès. L'automne était consacrée aux grandes manceuvres de Potzdam. On y représentait ordinairement quelque bataille que le roi avait gagnée ou perdue. Elles étaient Técole de ses officiers auxquds il faisait remar-« quer les circonstances qui avaient amené les revers ou les succès. La cavalerie avait été fort négligée sous le règne précédent; Frédéric parvint à la rendre digne de son infanterie et la forma à des évolutions rapides et précises qui firent l'admiration des gens de l'art.

Maître d'une aussi puissante armée , Frédéric semblait la regarder désormais moins comme un instrument de conquêtes que comme un moyen de conserver la paix en

356 BISTOIAB OftNÉRALE

imprimant le respect et la crainte aux étrangers. Ce[>endant , en 1772, une occasion lui étant ollerle d*agraudir ses éiats sans verser de sang » il la saisit » sinon en roi juste et philosophe , du moins en«polUique hahile. La Pologne» travaillée de dissensions» perpétuel et inévitable fruit de sa constitution vicieuse » offirait une [)roie facile à l'annbilion de ses voisins. Les cours de Berlin , dePéterdiourg et de Vienne, abusant de la faiblesse où ce malheureux royaume était réduit par l'anarchie, couiplotèrenl son dt'niombrement , et conclureal un traité de partage en verlu duquel le roi de Prusse acquit laPoméranie, les palaliuats de Cul m et de Mariembourg , Févèché de Yarnie» la ville d'tilbing et une partie de la Cujavie et de la Posnanîe. « L'avantage de cette acquisitien consistait principalement en ce que» joignant laPoméranie à la Prusse royalè » elle rendait le gouvernement maître de la Vistule, par conséquent du commerce de la Pologne; et en ce que, vu la quantité de blé que ce royaume exporte, les ( la; s prussiens n'avaient plus à craindre désormais ni la dist'!(e ni la lamine. Mais lorsque cette province tomba sous la domination prussienne, tout s'y ressentait de Tanarchie et de la confusion qui doivent régner chez un peuple barbare, croupissant dans l'ignorance et dans la stupidité. On cadastra les terres pour proportionner les cbarges ; la contribution fut réglée sur le même pied que dansia Prusse royale; les ecclésiastiques payèrent à l'instar des évèques et des abbés de la Silésie ; les starosties devinrent les biens de la couronne; elles avaient été des fiels donnés a vie comme ceux des Tiraariots chez les Turcs; le roi dédummai>ea les propriétaii ts par une somme de 500,000 écus , qui leur lut payée une lois pour toutes. On introduisit des postes dans ce pays agreste et sauvage, surtout des collèges de justice, dont le nom avait à peine été connu dans ces contrées* On réforma quantité de lois aussi bizarres qu*extravagantes. On appelait en dernier ressort de la sentence de ces collèges au tribunal supérieur de Berlin. Le roi fit creuser un canal ^our joiudre , de Nakel a Bromberg, la heUc avec la

Vifliule, au moyen duquel ce grand fleuve avaîf Tine corn* municatioQ directe avec l'Oder , la Havel et TEIbe. Les villes étaient dans Tétat le plus pitoyable; elles furent rebâties et repeuplées. On établit des maîtres en dilTérens

endroits pour rinslruclion de la jeunesse; on ne savait ce que c'était que Téducalion dans ce malheureux pays; aussi étail-il sans mœurs comme sans connaissances. On renvoya en Pologne plus de 4,000 juits qui mendiaient ou volaient les paysans. Eniin , on rechercha soigneusement tout ce qui pouvait étendre le commerce ; la ville d'Ëlbing y gagna le plus» en attirant à elle celui qui préeédemment s*était fait par Dantziek » etc. » (Frédéric II, Mém. hisêariqu$8 de 1763 à 1775. )

Quelques années après le premier partage de la Pologne, un aalre événement menaça la paix de l'Europe, et arma de nouveau deux puissances rivales, dont la paix d*Huberlsbourg semblait avoir afltruii la bonne intelligence. En 1777 » mourut Maximilien-Joseph » électeur et duc de-Bavière , et avec lui s*étoignît la ligne masculine de sa maison. L'empereur Joseph 11 prélendit à son héri-^ tâge et se prépara à l'envabir. Le duc de Deux-Ponts , qui avait des droits réels à cette succession »- les maisons de Sflie et de Mecklembourg , qui en réclamaient aussi une partie , rceherchei ent Tappui de Frédéric. Ce prince, trouvant k la fois F occasion d'empêcher racrraiidissement de la maison d'Autriche el d'ac(|iierir une iiouvclie espèce de gloire en se présentant comme le déleuseur désintéressé de la liberté et de la constitution germanique , mit en campagne deux armées, l'une sous son propre commandément , Tautre sous les ordres du prince Henri. On développa de part et d'autre» dans une courte guerre , des forées nombreuses ; mats il n'y eut ni choc important , ni t^rand événemeiil miliUiire. Pendant six mois, trois ou quatre cent mille lioimiies semblèrent épuiser loutes les ressources de la strate^' ii' pour éviter pliiUM (jue |)our livrer une bataille : après quoi, parla médiation de Timpéralrice de Russie, la paix fut conclue à Jeschen (13 mai 1779). L'Autnebe eut quelques districts de la Ba»

538 «ISTOdlK eÉMÉEAU

vière; le rcsle de cet électoral passa à la maison de Deux-Ponts. La tour de Dresde obtint 6,000,000 de florins. Le duc de Meckk mhourg ne resta point sans indeuiniié. Seul, Frédéric n'exigea rien , et ne voulut retirer de cette guerre que la gloire d'avoir été l'arbitre de TAl- Icmngne et le défenseur de sa coDStitution. Son vériiable prolil élait d*avoir mis obstacle aux ambitieux desseins de TAutriche» comme il y réassit encore quelques années plus tard* lorsque l'empereur voulut céder les Pays-Bas à Télecteur palatin en échange de la Bavière. Sentant ( oiubicu 1 AuiJ icbe gagnerait à cet arrangement par la concentration de sa puissance, Frédéric forma ihins l'empire une ligue qui obligea 1* s deux souverains d'al)dJHJuJiner uu projet dont ils allendaienl des avantages réciproques, mais qui eût compromis les intérêts de la Prusse. Ce fut son dernier acte politique : il mourut le 17 août ,1786 f après un règne de 46 ans.

-, Frédéric s'est placé au premier rang parmi les grands capitaines. Il fut conquérant ; cependant il n'était point né belliqueux. Les doQceurs d'une vie tranquille et sludiiuse l'eussent exclusi\ émeut charmé, s'iln a\;Mt puint occupé uu trùne. Mais, désireux, de gloire eî de reuuuimée, senianl d'ailleurs qu'un étal foude par lis armes ne pouvait se soutenir que par les armes, il lut guerrier , contre son penchant naturel » par calcul et par nécessité. Que s'il fit la guerre avec autant d'éclat et de succès que les conquérans les plus passionnés pour la vie militaire » c'est qu'il avait un de ces génies supérieurs qui dominent toutes les circonstances par laj force de leur volonté et l'énergie de leur résolution. Il nous apprend lui-même dans son Epilre à sou Lspnl , que , Wwuiiu admirateur de César et dWlcidc , il eût suivi par goût les vertus d'Aristide. Aussi, lorsque 1 iieureux déuoutmient de la guene ûe sept ans lui eut permis de se reposer dans sa gloire, ou le vit renoncer à la guerre pour ne plus s'occuper^ que des 3oins paisibles du gouvernemeul et de la culture des lettres t des arts ^t ^e la philosophie. Il avait conlÉracté dès X'enfaqce et il <^serva t^le sa vie l'aiiMNir de la littér^ir

DU PI^C-HCITIÈME SI&GLK. 539

ture, principalcinenl de celle de France. Il culîiva la poésie el l'éloquence ; il étudia e! écrivit rhis(oire. Il eut un goût très-vif pour la lausiqui; duiiî il a composé des morceaux irès-rcmarquables , et il excellait à jouer de la flûU. 11 avait puisé de bonne keure d au s la lecture des poètes français une urbanité qui n*était point d'abord dans son caractère et une élégance de langage qu'il perfectionna dans le commerce des littérateurs célèbres avec lesquels il fut en intimité ou en correspondance , tels que d'Alenibert, iMauperUiis . Algarolli , Volîaire , e(c. }ûiiuperluislui noinnié pn sideul deTacadémie de Berlin avilie par Frédéric-Guillaume el relevée par Frédéric 11. Voltaire, après quelques voyages momentanés à Berlin, y fixa sa résidence, en 1750, en qualité de chambellan du roi^ avec 20,000 francs de pension. Frédéric le reçut avec enthousiasme et » pour ainsi dire , avec tendresse» et pendant un an il travailla régulièrement deux beores par jour avec le grand homme qu'il appelait son maître et soïi ami. Mais des brouilleries enlre Voltaire el jMauperluis élevèrent des au.ij^es qui Iroubièrent Thorizon litléraire de Beriiu el, fiiialofiienl, riuliuii é du roi et du poëte-chambellan. Le^i eircons'ancf s qui désunirent ces deux hommes ccl^bre^ sont peu digues de Tun et de l'autre ; mais les principaux torts paraissent avoir été du côté de riiomme de lettres.

Frédéric avait la conversation facile et gracieuse. Il y mettait beaucoup d'abandon et de liberté , et janaais, dans SOS enlreiiéiis, il ne fil senîirle pouvoir du roi. Seulement on peut lui ruproclier d'avoir Iropairaé \h sarcasme et l'epigramnie dont il avait pris riiaL#iiu<k* à iViole de Voliaire. En rcvanclie, il soulTraiî aiséaieu^ ioul ce qu'on pouvait,' dire, écrire ou imprimer conire lui. Sous sou règne, malgré quelques ordonnances de censure « la liberté de la presse fut réellement sans bornes el poussée jusqu'à la licence. Jjvpais .souverain ne fut en butte à plus de libel- * les sans en punir un seul. Voyant un jqur la fouie asseni* blée devant une affiche satirique contre sa personne , il la til placer plus bi^s jpour en faciliter la kclure. Trop in-

540 nsToiRB «Mbalk

différent sur la religion , il se montra du moins fort tolérant envers tous les cultes, et les catholiques de la Silésiep

ÎiUi rayaient d*abord redouté » n*eurelit point à se plaindre e sa domination. 11 accueillit même dans ses états les jésuites que repoussaient les souverains catholiques, et il les employa dans Tenragnement. Très-sévère pour Texéeution de ses ordres • il ne fut jamais cruel et ne prit jamais sur lui d'ordoDtier la mort d'un homme. On cite de lui divers Irails de clémence et d'humanité, et il oublia les injures avec une magnanimité vraiment royale. Plusieurs circonstances de sa vie prouvent qn*il ne manquait pas de sensibilité; quelques autres ^ qui! n'eut pas toujours assez de reconnaissance.

Malgré quelques défauts de caractère et certaines singularités f ce fut un grand roi. Par Téclat de ses victoires • et ta forte organisation de ses années, il a élevé la Prusse au rang des puissances prépondérantes. Par son amour pour les lettres et par ses principes de tolérance , il a étendu les lumières dans ses étals. Sous son roixne , la liberté de penser et d'écrire excita l'esprit d'examen, et les sciences reçurent une impulsion rapide. Ses efforts pour réformer les tribunaux , quoiqu'ils n'aient pas atteint leur but, ne sont cependant pas restés sans fruit. Les procès ne furent plus éternisés par Tart odieux de la chicane ; on fit moins de cas des formes pour s^attacher plus au fonds ; la philosophie pénétra dans la jurisprudence auparavant livrée au pédantismescholastique; on perdit enfin Tusage barbare d'écrire en latin sur des objets que le peuple a le plus grand intérêt de connaître, et d'où dépendent la vie , la liberté et lasûr« fr des citoyens. Par la simplicité de sa vie el de ses manières, Frédéric a deerédité le luxe chez ses courtisans, chez ses sujets, chez la plupart des princes d'Allemagne. De tous côtés , on vit les souverains , renonçant à l'émulation folle et ruineuse du faste de Louis XIV , comprendre que la véritable grandeur cbnsiste moins dans rétdage d^une vaine pompe que dans le zèle du bien public et dans cette affabilité populaire dont Frédéric avait donné l'exemple et dont la

tradition a*est perpétuée ehex ses successeurs. On a'oc<* cupa mobs des orgaeilleuses puérilités de l'étiquette,, et davantage de milice « de popidation^ de législation» de finances» d'agriculture, des principaux objets du gonvernemenl. Le prince qui a préparé celle heureuse révolution et qui a fait tant de choses utiles ou éclataates , rËurope lui a donné le surnom de Grand, rAllemagne lui a décerné celui à' Unique,, il a wf^rilé ces titres glor riew..

SECTION FBElirKRE;.

DanfUMick. (tTao-1806.)

Après nne loDgae guerre ( Voyez la section suioanle ) , la paix de Slockholm réconcilia la Suède et ie Danemarck (1720). Elle est pour cette dernière puissance le commencement d'une longue, période de tranquillité et de bien^tre* Ce fut un bonheur pour le Danemarck de sentir que désonnais il. lui, f«Qllait renoncer à l'espoir de recon<* quérir les provinces, que la Suède lui avait enlevées. L'abolition deFimmunité des droits du Sund, dont les Suédois avaient joui , ue fut pas moins avantageuse aux Danois, soit parce qu'elle accrut leurs revenus., soi| parce qu'elle détruisit une dos principales causes de$ disputes qui avaient si long-temps, troublé le nord. L'af-. faiblissement de la Suède par la constitution vicieuse-qui lui fut imposée après la mort de Charles XII fut encore un évéoement favorable au Danemarck » qui trouva » de

542 HISTOIRE GÉNÉRALK

plus, an grand soulagement pour se? finances dans îe paiement de 600»000 reichslhalers , moyennant lesquels la reine de Suède avait racheté la Poméranie , occupée par les troupes danoises. Celle sonimc , la diniinulion de Tarmée , de sages t'coiiomies et diverses opérafions de finances, mirent Frédéric IV en élal de supprium ou de réduire les impùts exiraordinaires <4ue la guerre avait nécessités*

Ce prince s'intéressa vivement aux progrès du com-^ merce et de la navigation. Il essaya de faire revivre les rapports que les royaumes du nord avaient anciennement eus avec le Groëoland » et qui avaient été interrompus depuis la grande peste de 1549. Il fit passer une colonie dans ce pays; nirds elle eul (anl à soiinVir de la rigueur du ciima! ^ la [)liij)arl des colons se Iiàlèreut de retourner en Europe, i^n 172() , il octroya à la ville de Copenhague la charte connue sous le nom de Privilège des quatre espèces. Elle concédai! aux habilans de cette capitale le monopole et le droit d'entrepôt du vin» du seU de Teau^de-vie et du tabac, sous la condition que ces denrées y seraient portées sur des navires danois» qui gagneraient ainsi le nolis qu*on avait payé jusqu'alors aux étrangers pour Tintroduction de ces objets. Le roi espérai! en ui-'iiic temps augmenler le produil de ses douanes ea meitant iïn à la contrebande élrangère qui versait ces marchandises dans les ports du .ïu'îand occidental, d'où elles entraient dans le royaume sans payer de droit. Mais on manqua de moyens pour empêcher ce commerce interlope, et la révocation du Privilège des quatre espèces, fut un des premiers actes du règnç suivant. Frédéric ne fut pas plus heureux dans ses tentatives pour relever la compagnie danoise des Indes orientales. Cette société ». d*abord florissante, et possédant, outre Tranquebar» des facîoreries sur la co!e de Malabar, au Bengale et à Banfam , s'était aliuililie p \r les fautes do ses gouverneurs, par SCS guerres conire le roi de Tanjore , et une eonnmission avait été nommée en 1726 pour examiner sa situation. Tandis qu^on procédait à cet examen» wol

DC DIX-HCmÈME SIÈCLF. 545

Hollandais , Josie d*Aspera , naguères membre de la compagnie d'Ostende » proposa au roi de fonder à Altona ^ pour le commerce de Tranqaebar, du Bengale, de la Chine et des Indes orientales en général nne société non- Telle qui jouirait de tous les privilèges deTancienne, et se chargerait de ses dettes, si elles ne dépassaient pas la somme présumée de 100,000 reichsthalers. Cette entreprise , pour laquelle il se présenta de nombreux actionnaires, fut éloudée dès sa naissance par la jalousie des Anglais et des Hollandais. Georges II et les Ëlats-généraux signifièrent à Frédéric leur opposition formelle à un pareil établissement dans la proximité de TSlbe. La ville d'Amsterdam fit emprisonoer la femme et les enfans d'Aspem f Confisqua ses biens , et le condamna k, être pendu » parce que , citoyen d'Amsterdam , il était entré dans une com* pagnie de commerce* étrangère. La société d*Allonane put donc se former , et Tancienne compagnie, ayant remis au roi ses privilégies, fut dissoute en 1729. Vers le môme temps, un négociant de Brème, Pierre Backer, fondait sous les auspices du prince royal une société asiatique » à laquelle le roi accorda un privilège de quarante ans » et qui eut une existence durable et prospère.

En 1728» un horrible incendie éclata dans Copenhague et consuma les deux tiers de cette capitale , six églises, rhôtel-de-ville , tous les bâtimens de l'universilé et plu- ' sieurs bibliothèques. Frédéric IV mourut deux années après ce désastre, le 12 octobre 1750. 11 eut pour successeur soo tils Christian VL Ce prince, comme la plupart de ses prédécesseurs depuis plus d'un siècle , avait une srande piété» un zèle extrême pour la conservation des bonnes mœurs et un vif attachement à la r^igipn protestante. En 1738 f il célébra Tanniversaire biséculaire de la réformation enDanemarck. La même année, il institua la confirmation solennelle et publique des jeunes gens qui se présentaient pour la première fois à la Table gaiiile , et il prescrivit aux pasteurs de n'y admettre que ceux qu'ils auraient reconnus assez instruits dans les vérités de la religion. 11 fit rédiger un livre de cantiques à Tusage des

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protestans , et ordonna de faire dans les églises des villes des instructions publiques sur le catéchisnie ( 1757). Utt collège général de ïimpeclion des églisrs fut chargé de veiller à ce que la craiDtc de Dieu fût maintenue dans le royaume t l'évangile prêché dans toute sa pureté, et le» pasteurs uniquement adonnés à leurs devoirs, sans se mêler d'affaires mondaines et de fonctions étrangères à leur état. Hais Christian YI excéda les homes d*un zèle sage en soumettant à l'amende quiconque n'assisterait pas régulièrement au service divin , en portant des peines rigoureuses contre les juremens et blasphèmes, et en défendant toute espèce de représentation théâtrale. Cependant , ce même prince dont la piété paraissait dégénérer en bigoterie et toamer à Tinquisilion , rendit en 175^ une ordonnance digne d'un esprit éclairé et libéral, par laquelle il enjoignait à tont selgnoar territorial de faire bâtir dans chaque village une école et une habitation pour un instituteur. Toutes ces écoles forent ouvertes en 1742.

En 1752, Christian VI confirma la société asiatique fondée sous le règne précédent. En 1733, la compagnie danoise du commerce de la Guinée et des Indes occidentales acheta du roi de France l'ile de Sîp. -Croix, la plus grande et la plus llorissaole des Antilles danoises , surtout depuis qu'en 1755 elle fut devenue domaine de la couronne. En 1735, Christian VI érigea un deparlementgénéral de f économie runûè et du commereek Ce département ou collège fit interdire dans tous les états danois Fusage des joyaux » dentelles , galons et étoile» de laine et de />oie, fabriqués à TeUangcr. L'année suivante, le roi fonda ia Ijaiique d'assignation de Copenliague. Trois années après, il approuva la Compagnie noire ou société d'c( ()!!()]iiie rurale de Norwège, qui s'occupait des moyens d'introduire ou de perfectionner la fabricalion delà poix, du goudron, du noir de fumée, de la poudre, du fer , du souffre, de Talun, du vitriol, etc., et quia vivifié Tin^ dustrie par de puissans encouragemens.

Christian VI protégea les sciences. En 1732, il créa de nouvelles chaires dans runiveraité de Copenhague. H

Dix-HomÉm SIÈCLE. 545

fonda le théâtre d'auatomie et de chirurgie en 1756 , le collège de médecine en 1740, et la sociélé d'histoire et de langue danoises en 1746. Le château royal de Fiiedrichsbourg à Copenhague et le chautier de Chri&iiaQ&havea soot de beaux moDumeDS de son règne.

En 1734» Christian VI avait conclu avec la Grande- Bretagne nu traité par lequel les deux puissances contractantes se promettaient assistance réciproque dans Toccasion. Ce ^t en verto de cette convention que le rei de Danemarck, lorsque la guerre pour la succession d'Autriche éclata, fit marcher au secours de l'éleclorat d'Hanovre un corps de 6,000 hommes. En 1742 , la paix fut sur le point d'être troublée entre Christian Vi et la Suède. Christian aspirait à faire désigner son hls sucées-* seur futur au trône de ce royaume. Le duc de Holstein- Gottorp» et» immédiatement après» Tadministrateur de Lubeck» ayant obtenu cette succession éventuelle» quoi* que le clergé et les paysans eussent donné leurs voix au prince de Danemarck, Christian protesia , et fit des préparatifs de guerre. Des négociatious prt vinrent une rupture totale, et furent suivies en 1744 d'un arrangement par lequel le prince royal de Danemarck renonça à ses

(^rétentions au trône de Suède » moyennant quoi le roi et es états de ce royaume promirent d'employer leurs bons offices pour obtenir du prince successeur une renonciation à ses droits éventuels sur le Sleswick. Christian VI mourut deux ans après, le 6 août 1746.

Christian VI eut pour successeur son fils Frédéric V , un des plus illustres et des plus hienfaisans monarques du dix-huitième siècle. Le Danemarck lui doit une foule (în Ijoniics lois et d'établissemens Utiles. 11 commença son règne par la diminution des charges du peuple , par de sages réglemens destinés ji accélérer la conclusion des procès , à faire administrer une justice exacte » à faire fleurir l'industrie et le commerce. Le 4 septembre 1747, jour de sop sacre et de son couronnement , il fonda la société générale du commerce, dans le hut de rendre Copenhague l'entrepôt de toutes les marchandises de la

Digiii^uG

5M msromv GiiiiHALB^

Ballique. Il conclut en 1748 un traité de commerce avec le roi des Deux-Siciles , et , en 1751 , avec les élaîs l»;irbaresques. Deux années après 9 il accorda à une compagnie» qui fut nommée société africaine» le privilège du commerce de Barbarie pendant quarante ans. €elte entreprise n'eat qa'ua médiocre succès » et la compagnie cessa d'exister en 1768. Frédéric V resta neutre dans la guerre qui éclata en 1755 entre la France et la Grande- Bretagne. A cette occasion , il signa avec la Suède » qui observait le même système pacifique , uu traité pour la deleuse commune de ia llberléel do la sûrefé du commerce danois et suédois. La même année ( 175(>), il s'unit à la république de Gènes et à la Porte-Ollomauepar des traités d'amitié , de commerce et de navigation. £n 1754 , il rachela pour la somme de 2,000,000 le privilège delà société des Indes occidentales et de la Guinée » et déclara le commerce libre pour tous ses sujets en Afrique et en- Amérique. En 1757 1 il fit venir des mineurs allemands pour perfectionner Texploilation des richesses que renferment les iiionlagnes de la Norwége, et institua une école (les mines à Kongsbeig. Panui les nombreuses insîiluUoiis de Frédéric \\ on remarque le maj^nifique jardin des plantes, la maison des invalides de Copenhague» un grand hôpiial dans la même ville» Tinstitut d'éducation de Christiansbafen pour deux cents jeunes gens qui se destinent à des métiers » Tacadémie de peinture , sculpture et arcbîtecture » Tacadémie militaire de Soroë. Il fut puissamment secondé par son ministre , le comte de- Bcrnstovff , qui a niérilé d'èlre surnommé le Grand , et que son ?.èle pour les progrès de l'industrie et des manufactures a fait appeler le Colbert du Danemarck. Frédéric fut un prince lelfré. Plusieurs écrivains distingués fleurirent en Danemarck sous son règne» et la fondation d'un opéra italien » d'un théâtre français, et enfin d'un théâtre danois pour perfectionner la littérature nationale» j répandit le goût de l'art dramatique.

Frédéric V mourut en 1766, et son fils Cilftiilûifi VII lui succéda à l'âge de dix-sept ans. Ce jeune prince»

DU DIX-HUmÈME SIECLE. 547

entraîné par ramour des i^aisirs » négligea les affaires. Leur direction demandait cependant nnemain ferme et vigilante. Le goût An dernier roi ponr le laxe, le faste de

sa cour, les avaLices faites aux entrepreneurs des fabri* ques, une mulliliide de fondations uliles, mais dispendieuses, la création d une marine nombreuse, el, pendant la guerre de sept ans, TenlrelleQ d'une armée d'observalion en TTolstein, avaient élevé la dette de l'élal à 26,000»000de reichsthalers. Christian VU eot d'abord le bon esprit de conserver les ministres de son père, auxquels il adjoignit son ancien précepteur » ReverdiU homme de bien, qui se fit le promoteur de Taffranchissement des serfs. Il engagea le roi à nommer une commission cbargée de proposer les moyens d'accomplir cet acte de bieufaisance. Il fut disgracié peu de temps après , par suite d'intrigues de cour. Mais la commission subsista sous le nom de Collège génércU de Vindustrie rurale » et eut ordre de procéder au partage des biens communaux • à la diminution des corvées et à l'adoucissement do mode de perception de la dime. Ses travaux provoquèrent diversea ordonnances royales qui préparèrent peu à peu raflran* cbissement.

Kn 17G8 , Christian VIÎ voyagea en Hollande, en Angleterre, en France et en Aneningne. Dans sa suite était le médecin Struensée , allacbé depuis peu à sa personne» et qui lui plut extrêmement par sa conversation agréable et spirituelle. Il ne plut pas moins à la jeune reine CaroHne'MathUdê par les soins qu'il prodigua au prince royal» lorsque cet enfant fut inoculé en 1769. L*adroit médecin jouit bientôt de la plus baute faveur. 11 était ambitieux, Mathilde l'était pareillement, et souffrait avec pi ine d'être sans influence à la cour. Elle se servit de S i uensée pour renverser les anciens ministres, et le nouveau favori prit leur place. Dans son élévation subite, il n'était point préparé au rôle qu'il se trouvait appelé à jouer. Son instruction était variée » mais superiicielie ; il «tait philosophe et philanthrope ; mais , avec des inten-> tians pures» il manquait d'expérience et de discernements

Digiii^

948 niSTOIBB'GÉNÉEAU

Comme plusieurs réformateurs du dîx-linJtîème siècle , il entreprit trop et aiia trop vite. Daus l'espace d'une seule année ( 1770)» on le voit attaquer le faste de la cour par des réductions on suppressions d'offices , abolir presque entièrement les corrées el poursuivre Taifranchissenient des serfs, diminuer le nombre des fêtes religieuses, changer divers articles de la K^gîslatîon , proclamer la liberté de La presse , borner l'actiou de la police a l'extérieur et lui défendre de pénétrer dans l'intérieur des maisons, licencier la j^arde à cheval, etc. Plusieurs de ses relormes, quoique louables en ellomêmes , étaient imprudentes par leur précipitation. £iles irritaient contre lui le clergé et Taristocratief avant quHl se fût mis en mesure de braver leur mécontentement. 11 croyait se concilier la populace par des distributions de vin et de viandes ; mais il en recueillait moins de popularité que de mépris. Sa prédilection pour les Allemands et pour la langue allemande clioquail l'esprit national. Quelquesunes de ses ordoiiiiances, dictées par un philosophisroe outré, offensaient la morale publique : ainsi, il avait donne la liberté à l'adultère d'épouser sa complice après la mort de l'époux , et aboli la difl'érence entre les enfans légitimes et naturels. Cet oubli des principes» la licence de mœurs qu'il avait introduite à la cour et ses liaisons suspectes avec la reine soulevaient les âmes honnêtes*. Pour des raisons diverses , l'opinion lui était plus ou moin$ contrairedans tontes les classes, lorsqu^en septembre 1770 des mouvemciis excités par des uialelo'.s eongédiés sans paie, et qu'il n'apaisa qu'en aeeordaul toul aux rebelles, encouragèrent ses ennemis eu devodant la laibiesse de son caractère. Quelques mois après, il ne sut pas mieux réprimer une insurrection des gardes à pied dont onavai.t prononcé le licenciement. La pusillanimité du ministre invitait à l'attaquer. La reine-douarière Juliane» épouse de Christian YII en secondes noces» qui abhorrait Caroline-Mathilde et Struensée , machina leur perte , et eut pour principaux coopérateurs son fils Frédéric, Guldberg» précepteur du jeune prince , le comte de Rantzau , mé—

DU nn-BUlTIÊMC SliCLE. 549

content de Siruensre , et le ( olonel KoUer , dont le régiment était en garnison à Copenhague. Après un bai où les soldats de Koller étaient de garde au château , les eoDjarés pénétrèrent dans rappartemeut du roi et le forcèrent de signet l'ordre d'arrêter la reine et ceux qa'iis appelaient ses complices. L'ordre fut immédiatemenl exécuté. Stniensée , mis en jugement comme coupable de desse ins abominables contre la personne sacrée du roi, de commerre illicite avec la reine, de prévarication et de tyrannie daus l'admiiiistralion des affaires, fut condamné à la peine capitale. 11 subit sa sentence le 28 avril 1772. Le divorce de la reine Malhilde fut prononcé. Elle mourut trois années après » à l'âge de vingt-quatre ans;

Après la chute de Struensée, le comte André de Bemstorff, neveu du grand BemstoriT, eut la principale direction des affaires de Danemarck* Il fîit dîsgrâcié en 1780 et rappelé en 178i, lorsque le prince royal Frédéric fut admis à siéger au conseil. Ce prince , dans sa co-régence, réforma un grand nombre d'abus qui s'étaient glissés dans le gouvernement par la négligence de son père» améliora les finances, et rendit plusieurs ordon-t nances qui complétèrent raifranchissement des seifs auquel Struensée n'avait pas eu le temps de mettre la dernière main. Un édit du 8 juin 1787 détermina le^ rapports entre les seigneurs et les paysans. Le 20 juin- 1788 , le Slernsband, c'est-à-dire le lien qui attachait le* paysan a la glèbe, fut déclaré devoir cesser au 1*'. janvier 1800. D'autres ordonnances déterminèrent ce qui restait à régler par rapport aux corvées et au partage des biens communaux. Le prince royal succéda en 1808 k son père Christian Vil , sous le nom de Frédéric YL '

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