‹ Histoire générale du dix-huitième siècleChapitre 13 sur 26 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

Suède. ( 1607-1792. ) • • •

En 1697, Charles XI ï , âgé de quinze .ms, succéda à son père Charles Xi sur le trône de Suède. Depuis long-

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temps, Tascendant que les victoires de Gustave-Adolphe,

de Cbarles-GusUne, et le génie du cliaueelier OxcnsCiern avaient donné à la Suède, excitait la jalousie des puissances du nord. Cette jalousie ne s'était point aflaiblie sous le rè|j^nc moins guerrier, mais sage , ferme et vigoureux de Cliarles Xi. Une coalilion se forma contre sou fils, qui , jeune et sans expérience, semblait facile à humilier. L'électeur de Saxe, récemment élevé au trône de Pologne sous le nom d'Auguste II , aspirait à reprendre la Livonie ; le roi de Danemarek , Frédéric IV , se souve^ naît (juela Scanie avait lon<;-tenîps relevé de son royaume, et, d'autre part, il a\«iil des démêlés a\ee le due de Holsh'in-Gonorp, heau-frère de Charles XII; le tzar Pierre i , se voyant allermi sur le trône de Russie par la destruction des Slrélitz , convoitait Tempire de la mer 3dUiqoe, Ces trois princes se concertèrent pour accabler le jeune roi de Suède.

: £n 1692, un geolilhomme livonien, Reymid Paikui, 4vait été condamné à mort pour des écrits et des actes réputés séditieux et contraires à la domination suédoise.

Etant parvenu à s'évader, il avait erré de contrée en contrée jusqu'en 1G98, où il avait été accueilli a la cour de Saxe. Altaché comme général-major à larmée !\(Hine qui envalîil en i700 la Livonie, il Icnfa vainenieîii lîe ^lever le pays el Je s'emparer de Kiga» au siège de laquelle Auguste 11 édboua en personne quelque temps après.

Pendant que çe prince attaquait la Livonie ,i le roi de Dapnemarck avait fait une invasion dans les états |lu duc do Holstcin. Charles XII, vivement attaché à son bean-

frére et le re<iardanl comme victime d une injuste agression , s'élail lîàîe de \oler à son secours. S'arrachant aux plaisirs de son âge , l'aduliisceut avait soudain j)ara un homme mîir pour la guerre et pour la victoire. Il descend en Zéelande sous le feu de Vennen)!, et campe à deux lieues de Copenhague; tremblant pour sa capitale, Frédéric tV signe la paix à Trav$ndai (8 août 1700) et donne toute s^i^lio^ au duc de . Hplsteipu De la Zélande ,

M nn-HumÂn héglk* 351

Charles passe en Livonie, ou il apprend que le czar de Russie, 'qui jusque-là lui prodif^ail des assurances de

{m\, lui a (ouf-à-cou[) déclaré la guerre ♦ et quVnlré en ngrie, il assiège Narva, à la tête de 80,000 hommes. Le jeune roi, avec 5,000 hommes d'iafaQlenei 5,000 de cavalerie, et 57 pièces de campagne, courl aflronter cette muilitode (20 novembre). Le czar n'était plus à son ar^ mée. Il l'avait laissée sous les ordres du duc de Croy • La jalousie qu'eratait le commandement de cet étranger, une foi ic ueige que le vent chassait au visage des Russes, la supériorité de la discipline, la présence, le religieux et intrépide courage du roi , dont le mot d'ordre était Accc l'aide de Dieu , donnèrent la victoire aux Suédois. Elle frappa TËurope d'admiration et les Russes d'une supers" tilieuse épouvante. Ils crurent avoir été vaincus pai un pouvoir surnaturel et que les Suédois étaient des magi^ ciens. Us adressèrent des prières publiques à SL*Nicolas» patron delà Moscovîe , pour lui deinaoderdela soustraire à la fureur de ces sorciers.

Cependant le czar, alULiaiû de puldier que l'échec de Narva était sans iniporlance, travaillait aciivement à le réparer. Il levait de nouvelles troupes; il sollieiiail le roi de JJauemarck de rentrer dans la lutte, cl resserrait ses liaisons avec le roi de Pologne. Giiarles XII » animé par le succès, s*apprètek poursuivre ses triomphes* Tandis qu'il.envoie un corps de troupes en poméraoie pour ob^ server les Danois et un autre sur les frontières de la Livonie pour contenir les Russes, lui-même, à la tête de sa priucipale armée grossie de déserieurs saxons et de recrues suédoises, il dirige ses plus grauds etlorts contre Auguste IL Le 9 juillet iTOI , il j)asse la Diina a la vue d'une armée saxonne et lusâe» lui tue 2,000 homuyes» disperse le reste, et s'empare du camp^ des magasins et de l'artillerie de l'ennemi. Bientôt il est maître de Mittau et de tout le duché de Courlande. Un sage ministre , Benoît Oxenstiern , conseillait au princn victorieux de faire la paix. Mais, à vingt ans, il était diiûcile de résister au prestige de la gloire, et à renivrameot du triomphe.

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Charles poursuit Anjjuste en Polocfue, bat les Saxon» à Cïùaow f170!3) et à PuUusch (1705) , se rend maître de Thora et d'tlbingen la même année» et, plus flatté de donner que de gagner des royaumes, comme il le dit aa comte Piper qui lui conseillait de prendre pour lui-même )a couronne de Pologne déclarée vacante par la dièt e , il la fait décerner an jeune 'Aonîsjltu Leezmski, palatin de Po9nanie(1704).

Les Polonais étaient peu satisfaits d'Auguste II. Les troupes allemandes qu'il avait iiilroduites dans le pays , leur faisaient craindre pour leur liberté. Ils voyaient avec peine la ^erre entreprise par le roi sans leur aveu, ses tentatives pour donner aux étrangers les plus importantes, charges du royaume» et son alliance avec le czar. Aussi n'avait-il trouvé que peu d'appui en Pologne contre les Suédois, et son parti s'y était enfin trouvé si faible qu'il n'avait pu le garantir de la déchéance. Cependant Auguste tente pour se relever un nouvel effort. Tandis que Charles, après la proclamation du nouveau roi , va soumettre le reste de la Pologne, Stanislas est resté dans Varsovie pour rc^1(T quelques allaires qui demandent sa ])rr^ence. Tout-a-eoup il apprend que , par une marche habile, Auguste, à la tête de 20,000 hommes, s'approche pour l'enlever dans sa capitale. N'ayant point assez de forces pour la défendre, il est obligé de l'abandonner et va rejoindre le roi de Suède, pendant que le Sàxon entre dan« Varso?ie en maître irrité et victorieux. Auguste ne jouit pas long-temps de cet avantage. Charles , avec l'élite de se^ troupes, revient chercher son cnn iiii. Partout ranuec saxonne fuit devant les Suédois. Le comte de Schullembourg en sauve les débris par uue admirable retraite, plus prolitable toutefois à sa gloire qu'à son maître. Auguste abandonne une seconde fois la Pologne et se retire en Saxe, ou il lève dé nouvelles troupes, qui , vainement secourues par une puissante diversion dea Moscovites, sont dissipées, après un quart-d'heure de combat , à la journée de Frattenstadt ( 12 février 1706 ) , par le grand-maréchal Renschild, digne lieutenant do

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Charles XII elle Parménion de l'Alexandre do nord. Au-

<;r|]s(e désormais se voit perdu sans ressources; il ne lui resUil plus que Cracovie où il s'est enfermé avec quelques faibles régimens, lorsqu'il apprend que, vainqueur des Russes en Lillmanie, Charles XII a entin tourne ses armes contre la Saxe, et que , de sou camp à'Aîiramiadt, non loin de ce champ de Lutzen , fameux par la victoire et par la mort de Gustave-Adolphe , il dicte des lois à rélectorat. Dans cette extrémité» il se résigne à subir celles d'une paix humilianter Charles exigea non-seulement qu'il renonçât à la couronne de Pologne et qu'il en renvoyât à Stanislas les pierreries et les archives , mais encore qu'il écrivit k sou rival une lettre de félicitations sur son avénemeut. A ces dures conditions, il ajouta celle de lui livrer le livonien Paîkul, qui, du ser>ice de la Saxe, était passé à celui de la Russie, et qui , amhassadeur du czar auprès d'Auguste 11 > avait été récemment arrêté* malgré son titre, sous prétexte d'une intrigue que le général Fleming, favori du roi , et le chancelier de Saxe l'accusaient de tramer contre les intérêts de leur maître. Charles , affectant de ne voir en lui qu'un sujet révolté, au lieu de l'ambassadeur du czar, le lit jw^cT par un conseil de guerre qui le condaniua ix elre rompu vif et mis en quarliers. Palkul mourut d'un long et horrihle supplice, dont la rigueur cruelle laissa trop voir, pour l'honneur de Charles Xll» que ce prince avait moins voulu punir que se venger.

Tandis que le roi de Suède imposait des lois à Auguste ' et aux Polonais y le czar avait formé ses troupes par une guevre heureuse contre les lieutenans de Charles dans les provinces suédoises voisines de la Russie. Il avait jeté les fondemens de Pélersbourg, et bienîôt sa marine «liait • dominer sur la Uallique. Au uàilîeu de ses trioîiiplies , Charles faisait peu d'attention à ce qui se passait dans les marais de l'Ingrie, et , dédaignant les elForls d'un prince dont il n'appréciait pas les talens et les projets, il ne voyait en lui que le chef d'un peuple barbare dont le vainqueur de la Saxe et delà Pologne tirerait facilement

raison. Dès qu'il eut dicté à Auguste II les conditions dé la paix d'Altranstadi, il tourna enfin ses armes contre ]a Kiissîeel résolut d'abatire la puissance naissante du czar. Hielii'des dépimilles de reiuicini vaincu, et pouvant avec le fruiî (le la guerre récente nourrir une guerre nouvelle, il (juitîe la Saxe à la téle de 43,000 homnnes. Un de ses meilleurs généraux, Lewenhaupt, en a\ail 20,000 en Pologne ; 15»000 défendaient la Finlande » et un grand corps de recrues suédoises était en route pour rejoindre le roi.

Au mois de Janvier 1708 « Charles passe le Niémen , et ^ chassant devant lui les Moscovites, il arrive au mois de juin sur les bords de laBérézinadont il force le passage ^

délai; 20,000 Russes dans les marais d*Hollosiii , Iranciiif le Horisthène , tiiilic en pièces un corps de cavalerie près i\r Siuoleusk , et répond à des propositions de paix que lui fail porter le czar : Je traiterai dans Moscou, Gonflé de l'orgueil de Narva, il partage d'avance entre ses officiers les dignités de l'empire russe. San fouet, disait-il, svf/i^ Tait pour chasser cette eahaiiUe moseovite, non»seu!ement de Moscou, mais du monde entier. Cette jactance fut promp<* tement rabattue. L*approche dé l'hiver, le mauvais état . des chemins, le défaut de vivres, les retards du général Lewi'iil ;a[i; qui devait lui amener des renforts, arrêtèrent sa ni iii lie ^ ers la capitale , et les proniesses de jI/a— zeppd, hvïinim des cosaques de l'Ukraine, qui cbercli;iit à se rendre independani des liasses, Tat tirèrent dans cette contrée. Il comptait, après s'en être assuré, aller, au printemps prochain, conquérir la Russie. Son espoir fut tristement déçu. Ayant traversé, avec des peines infinies, des pays couverts de bois et de marécages, il voit enfin arriver Mazeppa , mais plutôt comme un fugitif que comme un puissant alliée Instruits des desseins de ce cosaque, les Uussos l'avaieul accablé par une attaque imprévue, avaient réduil ses villes en cendres, pillé ses trésors , saisi les provisions qn*il préparait au roi de Suède : à peine avait-il pu échapper avec 6,000 honinies et quelques chevaux chargés du débris de ses richesses.

DU Vn^^HUITIÂME SIÂGLB. 355

Dans le même temps, Gharle» âttendaU J.ewenhaupt avec 15^000 Suédois. Mais, attaqué dans sa marche par le czar^ ce géuerai, après cinq combats glorieusement soutenus contre des forces triples, n'amena au roi que 5,000 soidats» reste de sa vaiUaate armée. Occupé en Pologne fàt les Moscovites et par des troubles domestiques, Stanislas ne pouvait porter secours au roi de Suède. Pour comble de mdheuré Thiver se déclara avec une rigueur inouïe (1709) , et décima l'armée suédoise dans ces régions iuconnues où le défaut de provisions et de ressources doublait pour elle rinclémence de la saison. "Consumée par ses souiïrances et par de petits combats que sans cesse lui livrait le czar , elle n'était plus, au mois d'avril , que de IStOOO Suédoise! d'un nombre à peu près égal de cosaques qui avaient rejoint Mazeppa.

Charles I avec ces forces diminuées» rêvait encore la conquête de Mosiïou. Vers la fin de mai» il va mettre le siège devant Piûiam^ qui» étant prise, lui rouvrait lé chemin de cette capitale , ou du moins loi donnait une place d'armes où il pouvait attendre dans Tabondance de toutes choses les secours qu'il attendait encore de Suède , de Livonie, de Poniéranie et de Pologne. Tandis qu'il presse le siège avec ardeur , un coup de carabine lui fracasse l'os d\i talon. Malgré la douleur de sa blessure, il ordonne nn assaut pour le lendemain* A peine, a-t-il donné cet ordre » qu'on lui apprend que le czar approche avec 70»000 hommes. Charles commande aussitôt an maréchal Renschild de tout disposer pour attaquer les Russes le lendemain (8 juillet). Dès l'aube du jour, porté sur un brancard à la tête de son infanterie, il marche à l'ennemi. Dans cette journée décisive, la fortune trahit son courage. L'avantage du nombre et d'une formidable artillerie , tandis que les Suédois étaiei|t presque sans canons» donna la victoire aux Moscovites. Ayant perdu t8»000 hommes tués ou prisonniers» Charles» arraché malgré lui du champ de bataille par le polonais Ponia-^ towski » et suivi de 500 cavaliers qui se firent jour à tra* Tm Tarmée russe, gagna les bords du Borislbène. Là,

9&6 MiStOIftK GilléRÀLtt

îî fat joint par Lewenhaupl et par le débris fugitif de ses troupes. 11 avait eucore près de 20,000 hommes, Suédois, Polonais et Cosaques. S*il avait eu toute sa iovce physique et morale, intrépide et téméraire comme il était, il eftt sans doute livré un dernier combat. Mais» faible et malade» ayant la fièvre par suhe de sa blessure* il se laisse entraîner au-delà du fleuve, etTarmée, sortant d'une liataille perdue t ayant foi pendant deux jours » épuisée de fatigues» ne voyant plus son prince et n'étant plus soutenue d'aucune espérance , se rendit prisonnière de guerre : triste contrepartie de ce qui s'était passé a Aai va neuf années auparavant.

Cliarles , en un jour, a perdu le fruit de tous ses travaux l I de tous ses combats. Poursuivi par les Moscoviles^ dangereusement blessé , il fuit , avec une petite troupe ^ au milieu des déserts. Pour échapper à l'ennemi qui le presse , il est obligé de demander asyle atix Turcs» et il est conduit à Bmideri où le sultan Aehmet III pourvoit généreusement à son entrelien et à celui de sa suite. C'est de là que toujours attaché à son projet de soumettre là Moscovte » il intrigua long-temps à Gonstanlînople pour armer les Ollomans contre le czar , mi dilanl dans son exil des conquêtes chimériques, tandis que, réveillés par ses disgrâces, tous ses ennemis attaquaient ses éta's. balaille de Pnîfava fut immédiatement suivie d'une révolution en Pologne. Auguste , désavouant son abdication et le traité d'Altranstadt » rentra dans ce rovaumeàla tête d'une armée brillante d*or« d*argent et de soie , et fut de nouveau proclamé à Varsovie. Le czar Pierre s'eni« para de Vibourg et de la Carélie» envahit la Finlande» as* siégea Riga , et envoya un corps d'armée pour soutenir Aii^nsîe en Poloj^ne. Le roi de Danemarck, oubliant le trai.'é de Tra\ ('ndnl , comme Télecteur de Saxe celui d'Allransladl , renouvela ses prétentions sur les duchés de Holstoin et de Brème. Ces trois monarques, dans une entrevue qu'ils eurent à Dresde, réglèrent le partage de Inirs conquêtes futures. Le roi de Ftusse entra dans leuc aiiiance pour faire revivre d'anek^S: dfoita^ sur. la Pomé*

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raaie suédoise. Leduc de MeckleniLourg aspirait à reprcn- , jtrela yille de Wismar. Les dépouilles de Charles tentaient aussi l'électeur de Hanovre et Tévéque même de Munster^ Pendant que les généraux du ciar bloquaient Riga et s'emparaient du reste de la Livonie, 1T»000 Danois Aé^ barquaient en Suède et prenaient Helstmbourg. La Suèdi» à qui la guerre avait coûté plus de 250,000 soldats, n'a^ vait alors pour sa défense , ou Lie sis milices provinciales^ que 8,000 iiomraes d'anciennes troupes. Avec ces vétérans, et 12,000 hommes de milices qui suppléèrent à Texpérience par Fintrépidité, le général Sleinbock tailla, les Danois en pièces et força leurs débris à se rembar-^ quen Gbarles reçut cette nou\ elle dans son camp près de* Bender au mois de juillet 1710. Peu de temp» après , un autre événement le confirma dans.lea espérances qu'it s'obstinait à conserver. Le grand- visir Couprougli , qui. s'opposait à ses desseins , ayant été déposé, le parti de la guerre l'emporta dans le sérail , et le premier ordre (jue recul le nouveau grand-visir, Ballagi-Méheniei , lut d'aller comhadrc les Moscovites avec 200,000 hum mes. Dans, cette guerre qu'il s'était efforcé d'éviter, le czar conriit le plus grand péril. Entouré sur les bords du PrvÀk par une armée quatre fois plus nombreuse que la sienne » ILse crut perdu sans ressources, il dut son. salut à son épouse Catherine. Lorsque Pierre se préparait à risquer* une bataille où sa débite semblait certaine» elle le dis-», suada de hasarder cet effort désespéré avant d'avoir tenté - la voie tirs négociations , et le tit consentira demander la paix au ;:(rand-visir. Méhémet n'était poiiU guerrier; il crut faire assez jjour les intérêts de son maître de con-. clure une paix avantageuse, et signa , le 21 juillet 1711 ». un traité par lequel le czar s'étant engagé de rendre Azow, de brûler les galères qui étaient dans ce port, de démolir les citadelles bâties sur les Palus-Méolides et de retirer ses troupes de la Pologne > eut la liberté de se retirar avec sou armée» son artillerie et son bagage.

An moment où s'exécutait cette retraite, le roi de. Suède » informé de la mauvaise position des Russes, ar^-

S5S BISTOIAE &ÈmRAhE^

rivait aa camp de Méheiiiet (1) , ayant couru pllis die cfo'!* quaDte Heuesà chevalv impatient de combattre et d'a¥oiir son ennemi en son pouvoir. Il eut la douleur de voir cet ennemi lui échapper , et , le désespoir dans l!Ame , il reprît la route de Bender. Toutefois, il ne cessa pas de solliciter la Porte de le renvoyer en Pologne avec une noptibreuse armée. Les retards du prince moscovite k exécuter le traité du Pruth paiureut un instant df^voir renouveler la guerre entre les Russes et les Ottomans., liais la politique de Pierre écarta cet orage. Le czar par^. vint ménie à prévenir la Porte contre 6harles en insinuant que le projet de ce prince, était de se rendre maître de bi; Pologne sous le nom de Stanislas 9. et d*àttaquer entité l^s Tnrcft» de copcert avee Tempereur d'Afiemagpe. Le* séra»quier de Bender eut ordre d'engager le roi de Suède è partir » et, s'il refusait, de le conduire mort ou vif à Andrinople- Chacun sait comment Charles s'opiniâtra à rester et se défendit avec les officiers de sa maison et 500^ Suédois dans son petit camp qu'il avait transporté à Yarnitza , contre 6,000 Turcs et 20»00Q ï.artares ( février • 1713). Ayant été forcé, non sans peine, dans ses re-. trancnemens , il fut conduit à la petite ville de Demotica». dans le voisinage d^Andrinople, où la pension de cinq* cents écus par jour , que la Porte lui avait faite jusqu'a-t lors, fut réduite' à> vingt-cinq. Ne voulant avoir à^eune» communication avec les Turcs , il resta dix mois au lit , . feignant d'être malade, et s'occupaut à écrire et à lire.. Quelques jours après Tetra uge combat de Varnit/a , Sta-. nislas était arrivé à B^»nder où il croyait trouver le roi de Suède, pour l'engager à consentir au traité d'abdication qu'il s'était vu réduit à conclure avec Auguste. Charles s'indigna de ce traité : S^U refuse d'être roi,^ dit^il en par-

( 1 } <r Le rQi âe Saédç se mit à reprocI|er,«o Vii^r d'avoir concla en son dwence la ptaix atwc le Cwy il loi repr^ntà qu*il aurait po prendre pri« toiiaière tonte Tannée lUise , etipi'jj n'avait. qu à Jui donner encore le comman-. depentde ses trompes; qu'il raUaquer^it et la battrait^ .. En effet, la grande •iipériorité <\p !'<>nnemi aurait causé noire perte assurée , s'il eût agi «uÏTaot lea^ conseils du r'>i de Suède m ( Journal de Pierre le Givrul).^

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lant de Stanislas, j'^en saurai hien faire un mire. Toujours obsliué dans ses desseins et dans ses espérances , il poursuivit ses stM refes tentatives auprès du sultan pour l'armer contre la Russie. Cependant une guerre cruelle désolait &e& provinces d' Ailemague. Le général Steinbock, après avoir quelque temps soutenu Thonneur des armes suédoises et Téclat de la victoire d*Helsimhourg , était obligé de céder aax forces réunies du czar, des rois de Prusse et de Dauemarck, et de capituler dansToDDiDgen* (mars 1715). La inortvîol^te du grand-visir Ibrahim Mollah , qui se montrait favorable aux projets de guerre contre le czar , les tristes nouvelles mandées de Suède à Cliarh s Xll par sa so ar Ulrique-Eléonore, déterminèrent eulin c e prince a retourner dans ses étafs. Mais , avant de quitter la Turquie , il voulut étaler Ja pompe d'un grand roi> quoiqu'il fût dans la misère d'un £ogUif, et ïi envoya à €onstantinople une ambassade extraordinaire pour> prendre congé dans, les formes. Ensuite le oc^ tobre 1714, il se mit en route avec une escorte turque*, il la congédia à Targovitz sur les frontières de la Transi!^ vanie, et, devançant les gens de sa suite auxquels il donna rendez-vous à Stralsund en Pomi ratii^^ , il partit déguisé avec un seul officier, courui à ( lieval durant seize jours à travers les états de Tempereur et de Tempire, arriva à Stralsund dans la nuit du 11 novembre» et» après six ans d'exil^ revit ses sujets^ également surpris et joyeux de sa présence inattendue. Ayant à peine dormi quelques heures» il fit la revue destroupes^ visita les fortifications, et, le jour même» il envoya par- ' fout ses ordres pour recommencer la guerre avec une vivacité nouvelle contre tous ses ennemis.

Les bras manquaient en Suède à la cullurc des terres. Cependant tel était encore l'enthousiasme des Suédois pour Charles XII que la jeunesse des campagnes se présenta en foule pour s'enrôler. Luttant avec une inflexible opiniâtreté contre une ligue formidable » il fit une mémo* rable défense dana 5a>i2niiMl assiégé par une armée coipbinée de Danois» de Saxons, de Russes. et de Prussiens^

DigiiL

560 BI&TOtRB GtSÉÊLÀLE,

ToQi 1«B iBoyenf de réflbCwieeétnit épaisés > 3* céda eofiii an nombre , et , voyant k ville foreée de se rendre > il se

j» la dans une barque et , à travers les flottes Russes et Danoises, aborda eu Scaiiie , d*où il se rendit à Cari se roon^ dans uQ état bieo difTéreut de celui où il en était parti quinze ans auparavant pour aller donner des lois au uord. Ayant ordonné de nouvelles levées de troupes et pris des meiores pour mettre les côtes à Tabri des invasioiis, il:, .étonna to«te r£Brope, lor8qii*an lieu de demeorer dans son royaume menacé de toutes parts » il passa tout-à-conp. en Norwège avec âOtOOObommesan mois de mars 1716.. Ce uvA n'étonna pas moins» ce fut que le czar restât tran-. quille en cette circonstance, et ne fît pas une déserte en Suède, comme il en était couveuu avec ses alliés. Voici le secret de cette inaction.

Le baron de Goerlz, qii(> Charles avait connu en Allemagne et qui lui avait rendu des services importaiis pendant son séjour à Bender , était devenu son lavori et £oa premier ministre. C'était un homme entreprenant, actif, et dont les conceptions hardies convenaient au génie du monarque suédois. Goertz avait remarqué que ce pffince> était vivement piqué contreGeorges» électeur de Eanovre. et roi d'Angleterre , qui avait acheté à vil prix du roi de . DaiiC'oiarck l(;s villes suédoises de Brème et de Verden. 11^ avait aussi entrevu que le czar était secrètement mécon-. tent de ses alliés, dont l'inquiète jalousie craignait qu'il ne prît trop dMnflucnce en Allemap^ne et Tcmpèchait d'y former un établissement. Goertz bâtit sur ce fondement le projet d'une alliance de Charles XII avec ie czar», moyennant la cession des provinces conquises sur les. Suédois par le monarque moscovite, et que , dans l'état de la fortune' de Charles» il paraissait impoisîfale de re-. qouvrer. Le ministre du roi de Suède lui faisait envisager > cette alliance comme la source féconde et prochaine de. grands événemens. Ajjissaut de concert avec le czar, le roi pourrait facilemeiil. allaiblu le Daueniarck parla conquête de la Norwège ; puis, guidant en Ecosse, au nom du ^étendant» son armée v^torieuse, il irait punir-

DU DIX-EUmÉMB SIÈCLE^.. • 561

Georges I de son injuste «ndntion et détrdûer h maison de Hanovre*. Hfani des. pleins-pooroirs de son mattre » Goertz parcourat les cours et noaa partout des intrignes

secrètes. En Hollande, il vif deux fois le czar qui parut goûter ses desseins. Il lia ses plans audacieux à ceux du cardinal Albéroui. Il forma des relations avec les chefs du parti jacobite. Dénoncé à la cour de Londres par le régent de France 9. arrêté à La Haye sur la demande du ministre d'Augleterre» puis remis en liberté quelques mois après, il retourna en Suède, où il braya la hame publique par l'établissameat de nouveaux impôts et la création d*une monnaie fictive destinée à proeurer an roi les ressources urgentes dont il avait besoin ; après quoi , il se rendit • dans Tîle d*Aland pour terminer avec les plénipoleiiiiaires de Russie les arran^femens ébauchés avec le czar. La fortune de Charles semblait devoir bientôt prendre une face nouvelle; ce prince se trouvait à la tète d^une armée de 3o»000 hommes de troupes réglées ; Pierre ëntraitdans ses desseins ; une partie de la Norwège était au pouvoirdes Suédois »,el la prise de FridericêMi allait les rendre ipattres du reste* Une balle atteignit le roi de Suède ao moment où il visitait la tranchée ouverte devant cette forteresse (ôO novembre 1718} , et prévint peut-être de Bou voiles révolutions.

« Ainsi périt Charles Xïl, à Vâge de trenle-six ans et demi , après avoir éprouvé ce que la prospérité a de plus grand et ce que Tadversité a de plus cruel , sans avoir été amolli par Tune ni ébranlé un moment par Tautre. Presque tontes ses actions » jusqu'% celles de sa vie privée et unie , ont été bien loin au-4ldà du vraisemblable.... Il ^ porté toutes les vertus des héros à un excès où elles devienoent défauts , et où elles sont aussi dangereuses que les vices opjiosrs. Sa fcnneté devenue opiniàtrelé fit ses malheurs dans l'Ukraine et le retint cinq ans en Turquie; sa libéralité dégénérant en profusion a ruine la Suède. Son courage poussé jusqu'à la témérité a causé sa mort ; sa justice a été quelquefois jusqu'à la cruauté, et , dans« Sjes dernières années » le maintien de son autorité appro?^

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36^ HISTOIi^E aÉKEAALE

ch^if delà tyrannie*.. . Homme unique plutôt que grand homme , et admirable plutôt qu'à imiter ( Voltaire, Hist.

de Charles XII), » ses grandes qualités, n'étant point accompagnées de modération et de prudence , furent le fléau de son pays. 11 h' \in>>.i dans un tel état de dépopulalion , la géneraliou des hommes faits y élail , pour ainsi dire , détruite. On ne voyait plus que des eniaus et des vieillards. Les femmes labauraient la terre et faisaient le service même des postes.

Après sa mort, les Suédois» plus aeeablés encore qne flattés de la gloire de leur roi , ne songèrent qu'à faire la paix avec leurs ennemis , et à réprimer chez eux la puissance absolue que le baron de Goertz avait poussée au dernier excès. Ce ministre fut immédiatenieut arrêté , et , sans égard pour la méiiioire de Charles Xil, condamné par le sénat de Slotkbolm à avoir la tête tranchée au pied de la potence de la ville. La princesse Uhique-EléoiBMre , élue reine par les états sous ia condition d'une renonciation solennelle à tout droit héréditaire sur la couronne , s'engagea par des sermens réitérés à ne tenter jamais de reprend^ le pouvoir arbitraire. Une nouvelle constitution fut établie pour circonscrire Tautorité royale et assurer les libérés delà nation. D'après cette constitution , les élals étaient composés, comme parle passé, des (juatre ordres , les nohles , le clergé , les bourgeois et le^ liiivsaiis. Ils devaient s'assembler tous les trois ans, ou plus souvent , si le roi , ou , en son absence, le sénat, croyait nécessaire de les convoquer. Dans le cas où le roi et le sénat négligeraient de les assembler au bout des trois ansit ils avaient le droit de s'assembler d'eux-mêmes. La durée de la diète devait être de trois. mob; mais, dans le fait, les états ayant seuls le droit de: se dissoudre , il dépendait d'eux de prolonger leurs sessions autani qu'ils le jugeraient à propos. Tant qu'ils siégeaient, c'était en eux que résidai! réellement le pouvoir suj>réme. L'aulorité du roi et du sénal était suspendue, et leur participaliou au gouvernement se bornait à apposer leur sceau et leur çi^uatujce 41UIL. décÎMons souveraines de ia diète. £U^

j^sédait, à leur exckisioii, ie pouvoir législatif en soi^ entier. Us n'a¥aieni pas même 1» faculté de s*opposer aux résolatipns qui attaquaient directement les droits royaux et sénatoriaux , dont la conservation n*avait ainsi d'autre . garantie- que la modération d'une assemblée populaii^e. Le pouvair de faire la paix ou la guerre et de changer le titre de la monnaie , appartenait aux seuls étais. Pendant la tenue des diètes, ils exerçaieut une grande partie du pouvoir exécutif par un comité secret choisi dans les trois, ordres de la noblesse , du eiergé et de la- bourgeoisie. Enûn ,.ils s'attribuaient le pouvoir judiciaire , quand bon leur semblait y en évoquant à enx et en faisant juger par * une commission choisie dans leur sein les causes pendantes aux tribunaux ordinaires* A Fexpiralion de la diète 9, Fautorité administrative était partagée entre le roi et lesénat , mais le prince y avait la moindre part. Il n'était distingué des sénateurs que parce qu'il avait deux voix , et qu'à égalité de suffrages, son opinion prévalait. Ne pouvanl ni lever des troupes, ni équiper des flottes, ni bâtir des forteresses san& le consentement des états» ni» de sa propre autorité, faire guerre» paix ou- alliance ». dépendant de cbaque diète pour son rovenu et n'en obtenant qu*ttn. très-modique Y ne disposant d'aucun emploi et ayant à peine le cboix de ses domestiques , U n'avait plus de la n^aùlé que le nom, et n*était qu'un souverain de parade qu'on montrait à certain jours entouré de tout l'allirail du trône-, pour eu imposer au peujileet lui taire croire qu'il avait un roi. Telle fui la forme de gouvernement établie en Suède après la mort de Charles XII , et qui, destinée à préserver l'état du despotisme» tomba dans l'excès contraire et l'exposa à l'anarcbie*.

Le 4 avril 172(X» la peine Ulrique-£léonore » du con- é sentenent des états» associa au tr4ne son époux Friiène^ ^ Hèitê^Ctmêi: Le 1*'. février précédent» la Suède avait obtenu la paix de la Prusse en lut abandonnant la forte^ place de Stettin. Le 1 i juin suivant , la paix fut pareifle- Hient signée avec le Danemarck. Elle fut ujoins désîivau-. t;^ei]seà la Suèd^» qui rentra en possession de Wij5ai,aj^

564 EISTOIRE GÉNiRAtIC

et d'une partie de la Poméranie. Mais le traité de Nystadt avec les Euftseft(50 avril 1721 ) lui enleva Wibour^ en Finiande, avec Tlngrlc , la Cafébe» la Livonie et TEs- IboDÎe. FrédéFie employa vingt années, dn tranquiltité extérieure qui guivirent à réparer les niaux qu'une iNiguegnerre avait causés. Mais les dtssenâéns intestines dont la. Suède était travaillée formaient un grand <d>ttacle à sa prospérité. Ces discordes étaient principalement produites par les intri^^ues des puissances étrangères qui , voyant tout le pouvoir aux mains des états, semaient l'or dans, une diète vénale pour y acquérir une influence conforme * à leurs \ui}s et à leurs intérêts politiques. Depuis le règne de Gustave Wasa , une étroite liaison avait subsisté entre^ ta France et la Snède* Tant que les monarques snédoia. avaient été les plus puissans souverains du nord» que la^ Russie encore barbare n'était d'aucun poids dans la balance de l'Europe, que l'électorat de Brandebourg était loin dudegré de puissance où il devait s'élever , que la Suède pouvait prétendre à jouer un rôle important eu Alleuiagiie et la France attendre de la Suède un secours puissant et efûcace contre la maison d'AulricIie, ralliaiicc des deux nations avait eu des motils raisonnables et naturels. Mais lorsque la situation du nord eut changé » que la Suède fut descendue au rang des étals de second ordre» que le petit électoral de Brandeboui^ fut devenu un grand royaume* capable de servir seul de rempart à l'Allema-.

Sue contre la Suède, que la Russie Ait un empire formi* able contre lequel la Suède ne put espérer de lutter seuleou même avec le secours lointain de la France son alliée, cette aiiiauce ne répondit plus aux vues et aux besoins^ d'où elle élait née primilivement.

Lors du changement de constitution , le nouveau gouvernement suédois avait adopté un nouveau système de politique extérieure. Pensant que le temps des conquêtes, était passé et que la Suède affaiblie devait, pour sa sûreté,, vivre en bonne intelligence avec tous ses voisins et surtout avec les Russes, il avait entttvé l'alliance moscovite et négligé celle de la France. Cep^idiint Ter die celte pai^^

Dhi-^înuTiBMjB siàctlâ; 365

isance lui faisait dans la diète uû parti nombreux. Sans doute aussi le sentiment de l'antique gloire n4tioaale rendait insoppor table à un grand nombre la domination de la Russie » déguisée sous le nom de paix et d'amitiés Ainsi deax parfis divisaient la diète , le parti français oïl des Chapeaux i qui voulait rompre avec la Russie et tenter de reconquérir les provinces que la Suède avait perdues; le pai»i russe ou des Bonnets, opposé à la guerre, et , même au prix de Thonneur, préférant la paix et le bonheur domesliques aux cbauces trop basartleuses d'une lutte inégale. Dans la diète longue et orageuse de 17589 les Chapeaux prévalurent et s'emparèrent de la direction des affaires. La conséquence de ce changement d'administration fut une guerre malheureuse avec la Russie. Battus près de ViimomiTmdi en 1741 , resserrés dans Helsingford l'année suivante » sans munitions , sans espoir de secours , et forcés de capituler , les Suédois n'eurent de ressource que dans une prompte paiv dont les conditions, grâce a la médiation de rAnirleforre, furent moins désavanlageuses qu ils n'auraient ose l'espérer. Le mauvais succès de la guerre devait naturellement s'imputer à la disproportion des forces. Les Chapeaux aimèrent mieux Timputer aux fautes des généraux Lewenhaupt et Buddenbrock » qui furent condamnés par le sénat à être décapités*

Frédéric V mourut en 1751 , sans laisser d*enfans. Adolphe- Frédéric de Iloïslein-Eutin , désigné son successeur par le ehuiv des élals en 1745, fut couronné roi, après avoir jure la consfihjtion de 1720. La diète de 1756, où les Chapeaux doiuiiiiiiî Tif , consomma Tavilissement de 1 autorité royale. La reine, Louise-Ulrique de Brandebourg, princesse d*utt caractère ferme et décidé» tentait de créer dans la diète un parti d'opposition monarchique. Dénuée de ressources, elle avait» dit*on» engagé une partie de ses didmans dans une des villes anséatiques. La diète , se prévalant d'un règlement de 1725, ordonna un examen des immeubles el ùiamaus de la couronne , étendant cet examen aux diamans même qui avaient été

Digitizeci

5ë6 HISltOlRS GÉlfiBAUB

donnés à la reine en présent de mariage. Cette princesse prolest0 vainement contre celle mcsun^' injurieuse. La diète insista à plusieurs reprises et sembla se complaire à mortifier ie roi et la reine dans des remontrances insultantes. Bientôt après , une nouvelle prétention des états signala leur despotisme, ils conteslèreat au roi le droit exclusif de diriger Tédacatioii de ses enfans et nommèrent d'office un gouverneur au prince royal. Enfin » ils pous* sèreat Tandace jusqu'à enleTer an roi le droit de sign<^ son nom » en exigeant qu'il laissftt graver sa signature et quMl en r^tt l'estampille an sénat , qui dès-lors pnt disposer du nom royal à sa volonté. Le parti des Bonnets , écarté du gouvernement , s'unit au parti de la cour contre les Chapeaux. Les comtes de Brahé et de Horn , et la plupart lies officiers de la couronne , formèrent un complot pour renverser le parti dominant et rendre au moins au roi tout ie pouvoir que lui donnait , dans son premier établissement » la constitution de 1720. La conspiration fut découverte au moment d'éclater. Arrêtés par ordre du comité secret, Horn » Brahé et. leurs complices furent traduits devant un de ces tribunaux monstrueux, qu'on nommait hautes-cours de justice secrètes , dont les membres étaiisil choisis par la diète dans son propre sein, et qui présentaient tous les caractères d'une inquisition d'élat. Après avoir >nhi les horreurs de la-torturo, les deux chcls de la conjuraliou et six de leurs complices furent condamnés à la peine capitale. Les supplications du roi et de la reine ne purent iléchir les juges sangui* naires, et la senteoce fut exécutée sur la place publique de Stockholm.

Le parti des Chapeaux, soudoyé par la France, fit ^ accéder la Suède , dans la guerre de sept ans , à la ligue lui iin r ( outre le roi de Prusse. A la lin de cette guerre, la France se trouvait devoir à la Suède 12,000,000 de sui»sidcs arriérés, et se montrait peu disposée à s'acquit- 1er. Cette dette fut la matière de longues négociations durant lesquelles les intrigues, et plus encore Targent de la Russie et de T Angleterre i rendirent Tascendant au

DD Dl\-ni ï TlÈME SIÈCLE. oQ't

^rli des BoDoets ( 1765 ]« Us le consrervèreni; juaqQ'ea 1769 9 où les Chapeaux le recouvrèreot dans nne diète extraordinaire dont ils avaient obtenu la convocation. Les Bonnets pressaientla réunion d'une autre diète où il»

espéraieiil a\oir la majorilé , lorsqu' Adolphe-Frédéric mourut d'une aiMcuie d\ipopîexie le 12 lévrier 1771.

Son {'ils f^nsla ce II / iuï succéda. Ce prince élail alors en Frauce. Il se hàla de revenir, avec la résolu! ion de tout tenter pour rendre à la royauté les prérogatives dont on Tavàit dépouillée. Parvenu à Tâge de vingt-^ix ans » et joignant à Tactivité de la jéunesse une prudence consoni*» mée f une grande connaissance des hommes et une inébranlable fermeté de caractère « il n^était point au-dessou» du difficile projet qu'il méditait. Il ne le découvrit pa» tou(-à-coup , et, do retour en Suède , il aflecfa de se moiUr» r iiidillV'rejii auv eliaiiues du [)ouvoir el favorable aux liiîcrM's ; uMiques. Dans le discours par lequel il ouvrit ia dièle qui i'aliendail , il déclara qu'il uc couuaissait pas de plus grande gloire que d'être le premier citoyen d'une nation libre. 11 s'employa, avec l'apparence du plus grand zèle» à réconcilier les partis poliliques » et enfin» après son couronnement* il parut mettre son bonheur à fuir le bruit de la capitale pour s'abandonner aux douceurs de la vie champêtre el au commerce des muses <laiis ses maisons de plaisance. Les Bonnets furent les maîtres dans la diète. Tandis <iur Inir rjduiinistration arbitraire excitait un vif mécoiiuntcaient , h roi, comme par manière de passe-temps» réunissait autour de sa personne cent cinquante officiers que le colonel Magnus Sprêngtparten , homme rusé et entreprenant , exerçait dans la tactique militaire. Gustave' assistait à leurs manœuvres » et ses manières affables et polies gagnèrent les cœurs de ces jeunes gens qui se dévouèrent à lui, et entraînèrent dans sou parti i^s gardes e! la plus grande partie de ia p^arnison de Stockholm. Celle de Sweahorg' élait composée de 1,500 Aileniands , Irès-mécontens de Ja diète, qui avait laissé percer le jirojet de les réloruier; Sprengtporten 9 muni d'argent français, passa en Fin-

^68 BISTOIRE GÉNÉRALE

lande pour te mettre à leur tête. Les deux frères du roi sè rendirent t sous des prétextes plausibles t Tun eu Scanie » Tautre en Ostrogotbie » pour travailler à gagner les troupes. Cependant les Bonnets eurent des soupçons

de ce qui se tramait. Tandis que • résolus à publier uoc nouvelle constitution qui devait conférer au sénat un pouvoir absolu, ils n'alleiidaieiit plus, pour ce (oup audacieux, que Farrivée d'un régiment (rinfaiilerir , un des oiliciers de Gustaye , Ahralimn IlelUchim , cammaii* dant par intérim la forteresse de ChrùlkmUuU, en souleva la garnison ( 12 août 1772 ) » se mit en possession de l'arsenal » déposa les chefs civils » et répandit dans la place et dans les environs un manifeste par lequd il renonçait à l'obéissance des soi-disans étals qui avaient ruiné le pays par leur mauvais gouvernement et avili l'autorité du roi. A cette nouvelle, Gustave ioua rélonnemenl et ne parut occupé que de concerter avec les éla(s les moyens de réduire les rebelles et de maintenir la tranqpillilé de la c.ij>itale. 11 alleiidaif , pour éclater , l'arrivée de Sprengtporleo avec les troupes de Finlande , lorsqu'un incident imprévu le força de précipiter Tcxécution de son projet. Une lettre oti il le découvrait à Louis XV y et dont les Anglais s'étaient procuré une copie , ayant été communiquée aux états ( 18 août ) » le comité secret s'assembla immédiatement» et prit la résolution de faire arrêter le roi le lendemain. Informé du péril qui le menaçait par un des Bonnets qui était à ses gages, Gustave, le 19, à dix heures, au mouK nt on le comité était assemblé pour donner suite à la décision de la veille , se rendit à la place où se faisait la parade. Il y trouva la garde à cbeval» A sa téle , il marcha au château » où.le suivirent en même temps une foule de militaires auxquels il avait assigné rendez-vous. Après s'être assuré du château où il laissa une partie de la garde sous le comte Frédéric Horn , il envoya le capitaine ArainolT et dix autres officiers à la salle des sénateurs qui furent désarmés et mis aux arrêts. 11 alla en personne s'emparer du parc d'artillerie, parcourut ensuite les rues de Stockholm , et fui salué par lesr

DU DIK-BUmÉME MÉCLB. 569

acclâmalioos unanimes des soldais et des bourgeois. Le 20 août , il reçut le sermeal des autorités et de la boiorgemsie ; il apprit le même jour que les troupes en-» vojées pour assiéger Christianstadt l'a?aieDt reconnu; Le lendemain • la diète fut sommée de se réunir au château. Gustave lui fit donner lecture d'une nouveBe consfttution qu'il signa le premier ; à son exemple et sur son iuviialion , tous les assistans la signèrent et en jurèrent avec lui l'observation. Alors, levant les mains au ciel et tirant de sa poclie un livre de cantiques : « Remercions - Dieu » dit^ii , d'avoir permiscet iieureux événement ; » et » après avoir déposé sa couronne, il entonna le TeDûMm, que toute l'assemblée chanta avec lui.

Par la nouvelle diarte , les états-généraux étaient maintenus ^ ^ le roi ne pouvait faire ou abroger des lois sans leur consentement; mais il lui était réservé de fixer le licQ ei le temps de leur convocation, et leurs sessions ne de\ aient durer que trois mois au plus. Les sénateurs étaient nommés par le roi ; ils n'avaient que voix consultative ; après les avoir entendus » c'était au roi à décider. Il avait le pouvoir de conclure la paix» les trêves et les alliances fdTensives et défensives; mais pour déclarer la guerre» il avait besoin dé i*aveu et de racquiescement des états. Le commandement général dee forces de terre et de mer loi appartenait , ainsi que la collation de tous les emplois civils et niiliiairos. i.cà impôts établis 'lui étaient accordés à pcrpéluité; mais il ne pouvait en mettre de nouveaux qu'en cas de p^uerre défensive e! pour la sûreie du royaume, droit modiiie par l'obligatiou de convoquer les états à la lin de la guerre et d'abolir les nouv.eaux impôts. Telle fut la constitution donnée par Gustave à la Suède, ^près une révolution accomplie à Stockholm quelques heures > et dans tout le royaume en qplquéi jours* sans résistance et sans effusion de sang. Un désordre effréné, une rupture compléta de l'équilibre des pouvoirs, deux factions jalouses et persécutantes, des chefs avides et ambitieux, une dieie vendue à des puissances étrangères» ua^nat usurjpatauret.deapotjLque* un.goa«

870 IIISTOIEB eèsÉEALB >

Ternemeut qui portait cnr ore le vain nom de mon;irchîe i mais qui n'était au loud qu'un mélange révoltant d'arislocralie et de démocratie, réunissant au plus haut degré les abus de ces deux régimes, voilà le tableau que préseo-^

. tait la Suède, lorsque Gustave eutreprit et opéra cette révolution. Quelques écrivains l'ont accusé d'avoir détruit la liberté de son pays; il ne détruisit réellement que l'anarchie.' Sans doute » dans la constitution nouvelle , il fit une large part à la royauté. Mais il fit aussi celle de la liberté en laissant subsister les états, lorsque le dévouement du peuple et des troupes lui permettait de (oui oser, et en refusant au roi le droit de faire et d'abroger les lois» d*établir des impôts et de déclarer la guerre sans le consentement de ses sujets. Ces restrictions apportées à sa puissance , la défense de prononcer à l'avenir les noms odieux de Bonnets et de Chapeaux, la plus complète amnistie pour tout le passé , sont les preuves d'une singulière modération dans un jeune prince que la première ardeur du triomphe et le ressentiment des longues injures de fa royauté semblait devoir précipiter au deruier terme de la réaction.

La Russie , qui depuis la paix de Nysladi , trouvait sa principale garantie contre la Suède et ses principaux moyensd*iniluencedans Tanarcbiqua constitution de 1720, en vit àvec douleur Tabolition. Mais, lors de cet événement, elle était en guerre avec les Turcs. Elle fut longtemps encore agitée par la révolte du cosaque Pugatscheff; enfin , le partage de la Pologne fut pour elle une source féconde de craintes et d'embarras. Quelque déplaisir que lui cnusAt la révolution de 1772, elle fut d'abord obligée de le dissimuler; mais on pouvait aisénu^nt pré-

. voir que sa maiveiliaoce éclaterait tôt ou tard , quand le» circonstances le permettraient .

Gustave ) qui pressentait le danger, travailla de loin à le prévenir ou à le braver eu rendant son royaume florissant et redoutable. Le début de son administration sage et bienfaisante fut une loi d'humanité. Peu de jours aprc;3 la révolution , il ordonna par uu cdit Pabolition de

DU DIX-HUmÈME SIÈCLE. 371

la torture et la (Icslnu iioii <le tous les édifices et de tous les instrumens qui avaieul servi à cet usage. Au moment aù il était monté sur le trône » la disette désolait le royaume. Plusieurs mauvaises récoltes auccessives la prolongèrent les années suivantes. Gustave » pour adoucir la misère de son peuple » fit ouvrir à Stockholm une maison de travail qui fournissait de l'ouvrage à tous ceux qui n'en trouvaient point ailleurs , et les occupait d'une manière utile pour eux et pour l'état (1773). Bientôt après, il fonda dans les autres villes de semblables établissemens, qui eurent les plus heureux résultats. En môme temps V il fît acheter tout le blé qu'il fut possible de se procurer dans le royaume et au-dehors* et le fit répandre dans les campagnes par les gouverneurs des provÎQces » soit pour apaiser les souffrances du peuple affamé » soit pour fournir des semailles aux laboureurs. La famine avait amené à sa suite des maladies qui achevaient de <iepeuplt T un pays déjà si pauvre en habitans. Gustave fit distribué 1 des remèdes gratis aux indigens et envoya de tous côlés des médecins dont il stimula li^ zèle par des récompenses et des distinctions. Pour favoriser la popu- , ]alion « il afTranchil de toute imposition personnelle les paysans 9 les journalier^ et manœuvres» les soldats de terre et de mer qui avaient au moins quatre enfans. Il veilla avec un soin paternel sur l'administration des - ^ maisons dWphelins et des hôpitaux. Passionné pour les souveairsde raiicienne chevalerie, il n'avait point oublié que, dans l'origine, elle cumpiait parmi ses devoirs et ses fondions le soin de protéger l'enfance et la vieillesse. En conséquence, il remit la surintendance des maisons ,d'orphelins et des hôpitaux à deux chevaliers de l'ordre des Séraphins. Attentif à préserver son peuple des fléaux de la nature, il ne Fêtait pas moins à maintenir la sûreté publique par la bonne administration dé la justice. Ayant reçu diverses plaintes contre le tribunal de Jœnkœping , il se rendit en personne dans cette ville , et , après s'être assuré par une commission de sénaleurs nommée à cet etiet de la réalité des griefs, il .fit déposer les juges préva*

S7à ËtSTOIRB «ÈNÉBALtt

ricalcurs par ceux de leurs collègues qui furent troOTéi irréprocbables. Regardanl la liberté de la presse comme le meilleur moyen de contenir dans le devoir les agens de i*autorité et de lui faire connaître les vœux et les besoins des peuples * il favorisa cette précieuse liberté que la plus grande partie des sénateurs conseillait d'interdire ou de restreindre.

Gustave s'appliqua soigneusement à faire fleurir le conunerce et Tindustrie. Le produit des mines, source principale delà richesse de la Suède , fut doublé ou triplé par une meilleure exploitation. Ou commença à travailler dans le pays le métal brut, qui jusqu'alors avait été façonné à Vétranger. D'babiles ouvriers , attirés des diverses contrées de TËurope dans la ville d'£skils(una en Sudermanie , y perfeclionnèrént les manufactures de fer et d^acier. Le commerce trouvait un grand obstacle à ses progrès dans le délabrement des flnances et le défaut de circulation des espèces. Gustave, pai de li<Hi nés mesures , rétablit le cicdii , rt le eommerce en ressentit les heureux eilels. En mènie tciups, la fraociiise acrordtîe au port de Marstrand y attira des navires de tous les pays» et la navigation nationale fui encouragée par Tordonnance de 1777, qni, pour empêcher les matelots suédois de s'expatrier et d'aller servir chez l'étranger , déclara les matelots des navires marchands exempts de Timposiliott personnelle. Il s'établit une société du Groënland , qui alla partager avec les autres nations les profits énormes de la pèche de la haleine , et qui devint comme Técole des jeunes niarins.

Un prince aussi jaloux que Gustave de la prospérité de ses étais, ne pouvait négliger Tagriculture. Afin d allacher le cultivateur à sa ferme par la certitude d*une lon-^ gue jouissance, les nombreux ilomaines de la couronne 'furent ^Oermés, à plus longs termes qu'auparavant ; quel- ^ques-uns même furent assurés d'avance aux ffils atoés des fermiers qui en avaient alors Texploitation. !Un décret abolit plusieurs fêles inutiles, et par là vingl-deux jours furent gagnés. dans TiMiuée. au proût 4e rindastjrie. Gus-

vu IVIX-QIJITÇSW SIÈCLE. 575

tare umbicionnait de mettre la Suède en étal de le nourrir par elle-même et de s'affranchir du tribut qu'elle payait

sous ce rapporta l'étranger. Ce fut dans ce but qu*il créa une commissioQ d'agriculture chargée de s'enquérir des ressources agricoles de chaque province et d'aviser aux . moyens de les accroître. En tin , pensant que la prospérité du cultivateur repose essentiellement sur la i'a<^iUté> du débit 9 il déclara le eommerci^ des graini libre sans aucune espèce de restriction.

Gustave se délassait des travaux du gouvernement parla culture des lettres et des sciences, il entretenait une correspondance instructive avec plusieurs savans de l'Europe. L'université d*Upsal , jadis si renommée, refleurit par ses soins et recouvra la célébrité qu'elle avait perdue par la mort de Linné. Une commission d'éducation na-. tionale fut chargée de composer un pian pour perfection*, ner l'instruction dans les écoles supérieures et inférieures; il se forma aussi une société d'instruction qui publia desouvrages élémenlaires et d'autres livres utiles. L'académie des sciences de Stockholm déploya une activité nouvelle et, désertant l'érudition pédantesque , proposa à l'ému» lation des savans des questions d'une utilité évidente et générale. Les beaux-arts furent iirotcj^és. L'académie do. peinture el de sculpliire fut rétablie sur au nouveau pied. Une commission d'architecture veilla à ce que tous les nouveaux édifices, surtout les édifices publics, fussent bfttis avec solidité et élégance. Enmémç temps» d'habiles . écrivains cultivaient la littérature avec ardeur et l'enri^. cbissaient de plusieurs beaux ouvrages où la langue sué* . doise brilla d'an éclat inaccoutumé.

Au milieu de ces accupations pacifiques, Gustave,, prévoyant la guerre, réparait l'armée et la flotte. Il avait trouve l'une et l'autre dans l'étal le plus déplorable. Fardes efforts et des dépenses qui semblaient presque insoutenables danç l'épuisement où étaient alors les finances, il réussit à porter l'armée de terre à 47,000 hommes ef*. feetifs. Il allait les exercer lui*méme de province en pro-. vinee et les animer par sa présence. L'artillerie de cam-:-

S74 HISTOIRE CÉNiBÀLB

pagne fut perfcctioimée , mmi que la fonte des canons et la fabrication des armes et de la poudre. Les forces^ navales fureat augmentée» el un édifice immense , coos^ irnii à Carlscroon,. leur principal dcpcU^ put contenir à sec tons les bàtimens de guerre et les mettre à Tabri de la foreur des tempêtes. Tels furent les soins qui rc^nplirent les six premières années du règne de Gostaye* époque benreuse et brillante, quHl' put avec un Juste orgueilétaler à ses sujets , lorsqu'en 1778 il convoqua les étals qu'en 1772 il avait ajournés à six années. Dans un méiiioirc r((li;,^é par lui-même, il leur exposa la manière, cooscitucii use et légale dont il avait usé du pouvoir pendant cet espace de temps.. Les états lui adressèrent de solennelles actions de grâces pour tout le bien qufil av^it fait et demandèrent que le mémoire où il leur av^t rendu compte de spn administriition fC^t imprimé e( conservé* pour servir d'exemple à a^s successeurs. Cependant 9. avant la clôture de cette diète , Gustave eut te cbagrin de* s'apercevoir que les mécoutens cherchaient à reprendre de Finlluence et à semer la discorde. Les principaux membres de la noblesse, ceux qui s'étaient arrogé la possession exclusive de toutes les grandes places , avaient eu le loisir de juger ce qu'ils avaient perdu depuis^ Tevénementdu (9 août* Gustave, ayant pénétré l^urs sourdes, cabales contre le nojuvel ordre de choses, se hà,ta. à'eur prévenir Peflet par la dissolution de la dièfe qu!il congédia. Ie25 janvier 1779. Les factieux allèrent répandre, dans, les provinces la malveillance qui les animait et fomenterle mécontentement des paysans qui, ayant eu le droit de disiiiler eux-mêmes Teau-de-vie dont ils faisaient une grande et habituelle consommation , soulTraiont avec une extrême impatience que la couronne s'en lut attribué la fabrication. En 1785 , un soulèvemeut éclata sous ce prétexte en Oalécarlie. Il fut prompleroent réprimé ; ittaî& il annon^it à Gustave ce qu'il avait k craindre de ses, ennemis* L'esprit d'opposition , qu'il cherchait à désar* mer par la modération et par la douceur , se manifesta hj^uteo^ent dans la diète de 17$G. La plqpart des propo-

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silioDS du roi furent rejetées par les états. La seule qu'il viol à bout de faire adopter fut celle qai établissait des greniers publics destinés à secourir le peuple daus les années de disette et qn^on devait ftMider «qx frais de la banque nationale. En prononçant la clôture des états» il ne put s^empècber de leur déclarer que leur résistance et leur indocilité le forçait df ne plus songer de long-temps à les eo^voquer. Un éveoement imprévu ne permit pas. qu'il en fût ainsi.

Ea 1767* l'impératrice Catherine H , partant de Pé-. lersboai^ avec une suite également brillante et redoutable» aHa s'emparerde la Crimée. C'était ^voquer les Turcs à la guerre qui» en effet» éclata immédiatement* Gustave se plaignait que » depuis long-temp»» la Russie s'efTorçAt de rallumer en Suède les anciennes discordes éteintes par la révolution de 1772. Jugeant l'occasion favorable pour se venger de la mauvaise volonté de cette puissance et pour rendre à la Suède la gloire des armes, il résolut de profiter du moment où les forces de la Russie étaient occupées à trois cents lieues de la Baltique » et l'Europe étonnée apprit tout-à-coup, au mois de juin 1788 » qu'il était sur les frontières de la Finlande russe à la tète 4e S3»00& hommes.. Haitre de cette province qui, presque sans défense» ne pouvait résister long-temps^ il ne projetait rien moins que de s'avancer d'une marche rapide jusqu'à Pétersbourg et d'aller y dicter la paix. Mais les menées du parti aristocratique firent échouer ce ^ hardi projeL Gustave, arrivé devant Fredéricsliam » ordonne l'assaut de cette forteresse. Plusieurs des. principaux^ officiers » qui n'aspiraient qu'à rétablir la constitution de 1720 sous la garantie de Timpératrice» déclarent ^'ils^^ n'iront pas plus avant et qu'ils: ne prendront aucune part à une guerre offensive déclarée sans^ Taveu des états. La plus -grande partie d* l'armée, qu'ils ont remplie de leur esprit, imite leur exemple, et Gustave, arrêté dans sa course par la désobéissance et la désertion de ses suidats , retourne à Stockholm renouveler le coup {ludacieux de 1772 et consommer l'abaissemenl de cetto

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noblesse qui l'entrave dans ses grands desseins. La guerre contre la Russie était populaire en Suède. Le clergé ^ le» paysans, la bourgeoisie presque toute entière partageaient a cet égard les sentimens du roi et demandèrent la continuation des hostilités dans la diète qui fut convoquée m mois de février 1789. Mais les nobles manifestèrenl l'ap* position la plus vive et multiplièrent à dessein les retards el les difficultés pour empêcher la diète de prendre nue résdution. Gustave » assuré de l'appui des bour|^eois die Stockholm qu'il aivait armés et des troupes de la gaomison» fit arrêter trente des plus séditieux, et, le 21 février ,^ dans rassemblée des états » il publia un nouvel actê cans^ titutionnel qu'il avait concerté avec des députés des trois ordres intérieurs. Cet acte portait que le roi seul, sans consulter personne , aurait le droit de gouverner et de défendre le royaume comii|e il Tentendrait, de faire la guerre, la paix et les alliances , d'administrer la justice fst de déférer les emplois publics; que le séuat n'aurail plus» à l'avenir» aucune part au gouvernement et ne serait plus que la cour supWlme de justice ; que fous les Suédois étant également les citoyens libres d un même état, tous jouiraient de droits égaux, sous la protection des lois; que les lumières, Texpérience et le patriotisme seraient désormais les seuls titres à toutes les charges supérieures et inférieures du royaume ; qu'on n'aurait plua d*égardni au rang ni à la naissance» sauf dans les emploisde la cour» qui seraient exclusivement réservés à la uo^ blesse ; que tous les Suédois jouiraient pleinement de la liberté personnelle i que tous auraient le droit de posséder des terres ou autres propriétés, de quelque nature q u'elles pussent être, etc. Le clergé, les bourgeois et les paysans acceptèrent sans hésiter le nouvel acte constitutionnel. Les nobles qu'il rangeait sous le niveau de rég ililL', îe rejetèrent d'abord; uiaisenlin, cédant à l'ascendant de la royauté appuyée sur la majorité de ia nation » ils 1'»*. doptèrait le 27 avril. Ainçi » le momeul qui avait paru si favorable aux ennemis de Gustave pour rfaunulier et ' anéantir son autorité», fui piécisémeut celui 4e sa. plus^

grande pnissauce. Les états se chargèrent de (oiite îa dette natioDaie p de tons les empronts (fu*0Q pourrait faite à l'avenir pour la couronae» et accordèrent en même temps tontes les contributions nécessaii^s pour soutenir la guerre*

La campagne de ITS^y^oè les Suédois et les Russes se livrèrent sur terre et sur mer une multitude de petits

combats, ne décida ricu. L'année suivaule iul marquée par des batailles sanglantes. Celle de Suenskesund, où la flotte suédoise fut victorieuse , termina la guerre. La paix de Wereîœ, conclue le 14 août 1790, remit les cboses sur le même pied où eUes étaient avant les hostilités.

Gustave III » porté aux projeta héroïques et gigantes-^ f ues» se préparait avee ^us deeottrage que de jralsëance à intervenfr dans la Fi^velatioa française et à s*armer ett. foveur de Lavis XVK lorsque, le 16 riiavs 1792, au milieu d'un bal masqué, il fut lué d'un coup de pistolet par le capilaine Ankarstroem, qui aux motifs généraux de mécontentement qu'avaient les nobles conirc le roi joignait des griefs particuliers. La Suède perdit en Gus-^ tave m un grand prince , ardent pour la gloire, amide son peuple t administrateur habite, guerrier distingué, et qui» par des qualités supérieures ei un bon usage du pouvoir^ » fait excuser des coups d'état r despotiques •ans doute f niais provoqués |iar les excès d'une anarchie Cj^ue el orgueilleuse ariâlocratie.

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