RUSSIE
SECTION l'*.
Pierre (1682-1725).
Alexis Michailowitz , mort en 1677, laissait trois; fils , Féodor et Ivom , nés (l*un premier lit , et Pierre, issa d'an second mariage. Féodor, âgé seulement de quinze prince faible et valétudinaire , mais doué d'un esprit actif et réformateur » lui succéda. Il signala soa règnede cinq années par des travaux et des réglemens utiles,, auxquels sa mort prématurée ne lui permit pas de mettre * la tleroière main. Avant d*exj)irer (avril 16S:2 j , il avait désigné pour son héritier sou second IrerelMen e, au préjudice du priuce Iwaii, que ses infirmités morales et physiques rendaient iuhabile à régner. Une sœur des deux czars, la princesse Sopftiie , voyant Tincapacité de Tun, Fenfance de Tautre, projette de s'emparer da gouvernement. Au lieu de se jeter dans un cloître» comme faisaient jadis les filles des czars à la mort de leurs pères» elle s'était fait un parti parmi les nobles et les soldats. Soulevés par ses intrigues secrèles, les strélitz, après une sanglante insurrection marquée par le meurtre do tous ceux que la princesse a désignés à leur tureur, et par des atrocités dont le récit, selon Texpression de l'historien Lecierc» pourrait faire frémir un auditoire de bourreaux, proclament souverains Iwan et Pierre, en leurassociant leur sœur en qualité de co»régente. « Elle » eut tous les honneurs d'une souveraine; son buste sur D les monnaies, la signature pour tontea les expéditions »,
m BIX-HCITIÉHE SléCLl^. 579^
la première place au conseil, et surtout la puïssance » supiéme. Ejle avait beaucoup d*espril , faisait même » de» Terft dans sa langue » éemait et pariait bien : une » figure agréable relevait encore tant de taleQs;, son am- ».bition seule les ternit. » (ValuUre. )
Plusieurs séditions de la remuante çoldatesque des strélilz , qu'elle avait decliaînée uaguères, furent Fexpiation de sa grandeur mal acquise. Du reste , elle les réprima par la ruse ou par la force. Ayant affermi sa puislance, « elle la partagea pour Taugmenler avec le prince ». Bwile Galiizin, qu'elle fit généralissime , administra- », teujr de Tétat et garde-des-sceaux ^ homme supérieur it en tout genre à tout ce qui était alors dans cetle cour » orageuse; poli,^ magnifique* n'ayant que de grand». » desseins, plus instruit qu'aucun Russe el possédant » même la langue laliue presque totalement ignorée en » Russie ; homme d'un esprit actif, laborieux , d'un » génie au-dessus de soiu siècle , et capable de chniigi r la » Russie , s'il en avait eu le temps et le pouvoir comme il » en avait la volontés. » 11 contint la milice des. strélila en. distribuant les plus mutins dans de&régimens en Ukraine, à Casant» en Sibérie. C'est squs son administration que la; Pologne» long-ptemps rivale de la Russie, céda en 1686> toutes ses prétentions sur les grandes provinces de Sino-lensko et de rUkraiue. Eu 1687, il fit, pour la première fois, envoyer une ambassade en France, événement que l'académie des inscriptions célébra par une médaille, mais qui n'eut point alors d'autre résultat. Vers le même temps, il entreprit d'afiranchir la Russie du tribut annuel de 60,00(1 roubles qu'elle payait aux Tartaresde Crimée. Deux expéditiops échouèrent successivement par la diffi*eulté de traîner et de nourrir une non^reuse armée dans, les vastes solitudes de oette contrée.
Cependant Pierre avait atteint l'àge^de dix-sept ans , et se montrait impaiient et capable de gouverner. Sophie et Galitzin forment Je projet de lui ôter la vie. Après avoir, dit-on, tenté de ren^ipoisonner , ils organisent dans le corps des strélitz un con^plot contre le jeune ciar. Kpbapj^
Digitize<k)y
580 BISTOIBB GÉIfÉRALB
an péni par son Mivité et ses habile» mesures » mattre de •es ennenis qui ▼oolaieBt s'emparer de sa persoDoe, Pierre punit mi gnaid nombïB de strélitc du dernier sup* pliee« ooofis^e les biens îmmeases deOàllilzin quH rer lègue avec sa famille à Kargapol , et' confine l*ambitieuse Sophie dans un monastère. Que cette princesse, comme la plupart des historiens l'en accusent, ait réellement formé le dessein d'altcnfer à la vie de son frère ou qu'elle ait seulement VfMiîn IVnlever et le faire déposer , c*est ce que nous ne discuterons point ici et ce qu'il est difficile de décider. Ce qui parait hors de doute, c'est qu'elle nronrrissait une ardente et dangereuse ambition» qu'elle aTail un parti nombreux » qu'elle était très à craindre^ pour Pierre » et quelle lui donna de justes sujets de Péloigner de la cour et de la politique. Mats il n'est pat sans vraisemblance que le parli vainqueur ail exagéré ses torts après sa disgrâce pour flétrir et opprimer sa mémoire. Ouni([u'il en soit» on est obligé de reconnaître qu'elle eut de grands talens pour les alVaires , et qu'il fut heureux pour l'état qu'elle en ait pris les rênes , lorsqu'il ne pouvait être gouverné que par utf prince presque stapîde et par un enfant. Après l'éloîgnement de cette prin^ cesse* Pierre fut de fait le seul souverain. Iwan mena sur le trôoe une vie privée » n'ayant' d'antre part au gouyer-^ nement que celle devoir son nom dans les actes pobfics. Il mourut en 1696.
Au moment où Pierre fut czar autrement que de nom ,^ l'empire russe était loin d^èlre tranquille. Il y avait toujours des factions à craindre, la turbulence des strélitz à réprimer , une guerre presque continuelle à soutenir contre les Tartares de Crimée. Cep«sdant le génie réfor^. mateurd'Alexta parut dès-iors dans son fils. Un étranger», le genevois Le Fart» fut le confident de ses pensées et le principal instranent de leur csécntion. Les vicissitndes. de sa vie aventureuse l'avaient conduit d'un bout de l'Europe à l'autre pour être le compagnon d'un grand homme dans la réformafion d'un grand empire. Tous deuT M trouvèrent propres a cette tàcbe immense par la n^và^
Diyuizeo by
force de leur génie. L'éducation de Pierre avait été l^égUgée(^l); maUil avait Tesprit juste et hardi» prompt^à concevoir et à entreprendre. Ayant qiiitté à qualone ans la maison paternelle^ Le Fort, dans sa c^arrière agitée» n'avait étndté à fond aucun art ; mais il avait beaucoup vu avec le talonl de bien voir, et, comme le czar , à qui le desliii l'eDvoya , il ne devait rien qu'à lui-même. Unis par cette conforniilé , ils médilèrent d'abord la création d'une armée réglée qui mit le czar en état de casser un jour saus péril la milice séditieuse des slrélitz. Déjà» dans sa maiâQn de campagne de Préobajenski» Pierre avait formé une compagnie de cinquante de ses plus jeunes domesttquea ; quelques enfans de boyards en étaient officiers ; et > pour leur apprendre la subordination * il les avait fait passer par tous les grades ; lui-même , donnant Texemple, avait successivement servi roniuie tanibour, soldat , sergent et lieutenant danscelte compa^^iio. Elle deviul bientôt nombr(Miso, otfut depuisle réginiefit des ji-ardos Préobajenski. line autre compagnie , instituée sur ce modèle , devint Tautre régiment des gardes Semenowskî.
Il y avait déjà un régiment de 5»000 hommes dévoués formé par l'écossais Gordon» et composé presque entièrement d'étrangers. Le Fort se chargea et vint à bout d'en lever un autre de 12,000 hommes , et, sans avoir longtemps porté les armes, il se vil tout d un coup le général de celle petite aripée» qn ii exerça en capiLaïue consommé. ^
Le czar donnait également ses soins à la marine ; et comme il avait fait Le Fort général de terre sans qu'il eût encore commandé » il le fit amiral sans qu'il eût encore conduit un vaisseau» et avant.d'avoir une flotte» mol qui
(l ) « La princesse Sophie l avnit h di -sein prive d'éducalion , et I araît abandonne à lui-iuèmu au milieu d uuc itaïuie de jeunes gens sans expérience , se flaUaDt que , par aoe conduite déréglée , il se rendrut qd jour odieux au peuple , et que ton e^rit , doDt on concevait déjà de grandes espérances , et le bon tensy qn on , apercevait en loi , eennent étou^és par la débauche et le libertioasc* et qu'ainsi il deviendrait peu propre M foutemtnent^l «ut grande» •ntre|inses a ^4&4ioire«4i«r/aJlfos<oipe).
Digitizeo oy <s^;OOgle
382 BISTOIAE 6ÉMÉRALE
- ii*exi8(ait même pas dans la langue russe. Bientôt cependant Le Fort n*eut pas tout-à-fait un vain titre : il fit
construire par des Hollandais et des Vénitiens , à rembouchure de la Vêronisc, des banjut^s longues , et même deux vaisseaux d'environ trente pièces de canon. Telles étaient, en 1689 , les forces navales de la Russie.
Vers le même temps, les différends qui existaient entre la Russie et la Chine au sujet des limites furent «ispendus par un traité de paix qui posa entre les deox empires les bases d'en commerce avantageux.
Les circonstances semblaient inviter alors à attaquer les Turcs. Le vénitien Morosini leur enlevait le Péloponnèse ; Tempereur Léopold les battait en Hongrie. Pierre profite de ces conjonclures pour conduire une nonibreuse armée conlre Azow , dont la conquête peut lui donner iViupire de la nier Noire (1695). Il sert comme volontaire dans celte armée que commandent' pour lui Gordon et Le Fort, le prussien Shein et le russe Shérémétoff* Encore inhabiles à faire des sièges réguliers , les Russes échouent d*abord contre une place bien fortifiée et pourvue d'une garnison considérable. Après un vain et sanglant assaut , ils se refirent. Mais l'année suivante, Pierre» dont le caractère est de suivre ses entreprises avec constance , conduit devant Azow une armée plus forte que la pr»'itiit rt'. Lue peûte flollc ruî^se , bien équip ée el bien go;i\( I in <^ , concourt aux succès de l'armée de terre , et le 28 juillet 1696, la place se rend au czar victorieux. 11 en augmenta les fortifications; il ordonna de creuser un port propre à contenir les plus gros vaisseaux» et de tout disposer pour former contre les Turcs une flotte de cinquante vaisseaux dé trente à soixante pièces de canon : puis , il fit dans Moscou une entrée pompeuse et triomphale à la manière des anciens Romains , pour inspirer à son peuple l'amour de la gloire et le seuument de sa supériorité.
Cependant il soutirait de ne devoir sa marine qu'à des mains étrangères. Au mois de mars 1697, il envoie soixante jeunes Russes du régiment de Le Fort à Venise
bu DIX-HVlTiÉlIB siÉcito. 885
et h Livourue pour y a|>iirondre la construction desgalè<* res ; quarante aulres eu Hollande pour s'instruire de , la fabrique et de la manœuvre des grands vaisseaux. £nfin , curieux d'étudier par lui-même les arts de r£u* Tope qu'il veut transplanter dans sa patrie» ayant pourvu au gouvernement et à la. tranquillité de ses états pendant son absence , il part à la suite d'une ambassade russe dans le dessein de visiter incognito les conîrées de roeeidenl. On a mis en question s'il nMui fait sagement d'abandotmer ses états, lorsque Tesprit de sédition y fermentait dans toutes les classes , et lorsqu'il était encore en guerre avec les Turcs et les Tartares. Mais il venait de prendre Azow; il voulait en faire un arsenal maritime ; rêvant déjà l'empire . du Ppnt-ËuiLin et la cbute de ia puissance ottomane» il ne «ongeait qu'à construire des vaisseaux ; il avait sommé les seigneurs , les villes , les monastères de lui en fournir , sans qu'Us eussent l'idée de ce qu'était une marine, et en les menaçant d'une con'ribution double, si celle qu'il leur dcmaudaii irciait fouiiiit' daas l'espace de trois ans. Il engageait de toutes parts des constructeurs étrangers, et» dans sou impatience « il résolut de le devenir luimême. Son absence pouvait être imprudente; mais la fortune Ta justifié.
«r Ce voyage ayant été l'occasion ou le prétexte de la ^ sanglante guerre qui traversa si long-temps le czar dans tous ses projets, et enfin les seconda; qui détrôna le roi de Pologne Auguste, donna la couronne à Sianislas , et la lui ota ; qui fît du roi de Suède . Charles Xll , le premier des conquéraos pendant neuf années et le plus nialiieureux des rois pendant neuf aulres, il eut nécessaire, pour entrer dans'le détail de ces évéuemenSt de représenter ici en quelle situation était alors l'Ëurope.
c Le sultan Mustapha II régnait en Turquie. Sa faible administration ne faisait de grands efforts ni contre l'em* pereur d'Allemagne , Léopold , dont les armes étaient beuredses ea Hongrie, ni contre le czar qui venait de lui enlever Azow » et qui menaçait le Pont-ËuiLin» ui même
MA BnroiBB «tMÉ
coûîre Venise , qui euùu 8*était emparée de toat le
Péloponèse.
« Jeau Sobieski , roi de Pologne , à jamais célèbre par la victoire de Cboczim et par la délivrance de V ieooe» était mort le 17 juio 1696, et cette coaroone était dispn* tée par Auguste» électeur de Saxe, qui l'emporta , et par Armand, priace de Coati» qui n'eut que TboDoeur d'être élu.
« (Avril 1697). La Suède venait de perdre et regretlait peu Charles XI , premier souverain véritablement
absolu dans ce pa^^ s , père d'un roi qui le fut davanlage, et avec lequel s'est éteint le despotisme. Il laissait sur le trône rJiarlesXIl, son fils, âgé de quinze ans. C'élait une conjoncture favorable en apparence aux projets du czar ; il pouvait s'agrandir sur le golfe de Finlande et vers la Livonie...
« L'Allemagne en guerre à-la-fois avec la Turquie et «vec la France» mais ayant pour ses alliés TAngle* terre et la Hollande contre le seul Louis XIV » était prête
à conclure la paix , et les plénipotentiaires étaient déjà assemblés au chàlc au de Ryswick aupre? de la Have.
« Ce fut dans ces circonstances que Pierre et son ambassade prirent leur route, au mois d'avril 1G97, par la grande Moir-Uorod. » {Voltaire).
Après avoir passé par l'Estonie et la Livonie, provinces alors suédoises , et dont le gouverneur refusa de lui laisser visiter les fortifications de Riga , que Pierre se vanta il» vmler un jour à son aUê ; par la Prusse brandebourgeoise» ou l'électeur , depuis roî, Frédéric 111 , lui fit au contraiise une réceplion magnifique; par la Poméranie, par Berlin, par Hambourg, Minden et la Weslphalie , 1 ambassade arri\a enfin par Clèves daus /lm5(er(/am. Le czarîV avait précédée de quinze jours. Ayant pris un pcûi io^enu nt dans les cbantiers de l'amirauté et un babit de pilote , il se fit inscrire au nombre des charpentiers de Saardam, aoQS le nom de Pierre MùhaShff, et menant la vie de ces Mvriers qui» d'abord étonpés d'un tel compagnon» .le traitèrent bientôt avec familiarité et l'appelaient commu-
M Dix<-nvTnÂiiB stÉCLtt. 585'
nèment maître Pierre [Peterbas), le compas et la hache à la main, il travailla à la constructiuu des vaisseaux et apprit cet art daas toutes ses parties en construisaDt loimême un vaisseau de soixante pièces de canon qu'il fit partir poar Archangel. La marine n'occapait pas sente son attention : il allait de Saafdam à Amsterdam étudier i'anatomie chex le célèbre Ruysch. Il s'exerçait à la chirurgie et s'instruisait dans la physique. Il est très-peu de mélicrs et d'arts qu'il n'approfondît dans les détails. Il essayait des artisan» de loute espèce, et les envoyait à Moscou» après avoir jugé par lui-même de leur habileté*
Ayant vécu dans ces travaux jusqu'au milieu de janvier 1698» il partit alors pour l'Angleterre» toujours à la suite de sa propre ambassade* Il y continua ses études en tout genre » et, depuis la fonderie des canons jusqu'à la filerie des cordes , appliqua son attention et mit la main à tous les métiers. Outre un grand nombre d'ouvriers qu'il fît partir pour la Russie, il s'aîtaclia l'ingénieur Perri et le géomètre Ferg!is5on, qui lui apprit l'astronomie. Avant de quitter l'Anglelcrrc, il assista au spectacle d'une bataille navale que lui doaua le roi Guillaume. Enfin , ce prince lui fit présent d'un vaisseau magnifique» le Roycd Transport, sur lequel il repassa en Hollande à la fin de mai 1698 » emmenant avec lui trois Capitaines de vaisseau de guerre » vingt-cinq patrons de vaisseau » quarante lieutenans, trente chirurgiens, deux cent cinquante canon liiiîrs et plus de trois cents ariisans. Celte colonie fut dirigée de Hollande à Arciian^el, et de là disséminée dans tout l'empire.
Après les flottes anglaises et les ateliers de la Hollande» le czar veut connaître la discipline militaire de l'Allemagne. Tandis qu^une partie de l'ambassade russe» conduite parShérémétoff» visite Rome et Fltalie où elle engage quelques artistes» Pierre se rend à Vienne avec les autres ambassadeurs. C'est de là que la nouvelle d'une révolte des Slrélitz le rappelle dans ses états.
En son absence» l'influence extérieure de la Ilussie s'était accrue par une guerre heureuse contre les Tartares
366 BisToiai GÂinfcBÀLB
que soutennit la Turquie. Mais » à l'intérieur » la raperflti« tion des anciennes conlumes que blessaient les rérormafions du czar, fomentait des mécontentcmens. Des
boyards nourris dans les vieux préjuges, des prêlres eiiiu jnis des choses nouvelles, les partisans de la priocesse Sopiiie, irritent le peuple coulre uu prince quMls accusent de se livrer aux étrangers. Le mouvement se communique aux strélilz répandus sur les frontières ..de Litbuanie; ils s'assemblent, ils marchent sur Moscou, dans le dessein de mettre Sopbie sur le trône. Mais ils sont battus par les troupes mieux disciplinées de Shein et de Gordon. Sur ces entrefaites arrive le czar , empressé d'accourir à la nouvelle de la révolte. Il la punit impiloyablemenl. Dans un même jour, 2,000 Strélitz furent pendus , et environ 5,000 curent la lèle tranchée. Le czar donna le signal de l'exécution en prenant une liache dont il coupa lui-même une centaine de têtes, ordonna à ses courtisans de rimiter , et abandonna le reste des victimes à de moins illustres bourreaux. Ceux des rebelles à qui on laissa la vie furent dispersés dans la Sibérie , dans les pays d'Astrakan et d'Azow. Le corps entier fut aboli à perpétuité , et ce grand changement » dès long-temps prémédité , s'accomplit sans résistance, si ce n'est qu'en 1705, quelques faibles débris de cette vieille milice des slrélilz, conservant leur ancien esprit, se révoltèrent dans Astrakan ; mais ils iureiil Lneniùi k primes.
Quelques mois aorès son retour, le czar perdit son favori Le Fort , qu une mort prématurée enleva à l'âge de quarante-six ans ( 1699). U apparut bien alors que si cet illustre étranger avait confirmé Pierre dans ses pro* jets, il ne les avait point inspirés et n^était pas nécessaire à leur exécution. Le czar poursuit son œuvre; il achève l'organisation de l'armée en établissant des régimens réguliers sur le modèle allemand avec des habits uniformes. Ayant passé lui-même par luus les grades militaires, il veut que les fils des Boyards et des Knès soient soldats et matelots avant d'être olhciers dans ses armées de terre et de mer. Dans le même temps » il fait traduire divers
toix-Homins BiÈCLÊé 587
livres traitant du génie et de l'artillerie , et il ôuvre une école de marine. D*aatres réformes sont coramencées. Chaque boyard payait pour ses terres une certaine sonime qu'il levait sur ses paysans; Fierre chargea de cette perception des bourgeois qui n'étaient pas assez puissans {H>ur ne payer que ce qu'ils voudraient. La juridiction ecclésiastique avait pris une extension abusive ; le droit fut 6té aux évèques de condamner à des peines affliclives et à la mort. Les patriarches avaient plus d'une fois bravé l'autorité du trône ; le patriarche Adrien étant mort en 1703 , Pierre abolit cette dignité , et les grands biens du palriarchat furent réunis aux finances publiques et appliqués aux besoins de l'état , principalement au paiement des troupes. Par une ordonnance qui aurait pu servir d'exemple aux autres princes , Pierre fixa à cinquante ans les vceux monastiques. U réduisit enfin le clergé aux fonctions dé son ministère. Mais il lui rendit en science et en lumières ce qu il lui 6tait en puissance : il fonda à Moscou trois collèges, où ceux qui se destinaient à la prêtrise allèrent s'instruire dans les langues.
Les réformes et les élablissemens utiles se succèdent. L'année commençait au 1*^*". de scplcinhre ciiez les Russes; Pierre ordonne que désormais elle commencera au i"'. de janvier » comme chez les autres nations de l'Ëurope. 11 donne une marque de sa sollicitude aux marchands et aux voyageurs en faisant placer sur le chemin de Moscou à Véronise des poteaux peints pour servir de colonnes milliaires de verste en verste , c'est-à-dire à la distance de sepî cent cinquante pas , et en faisant conslruire des espèces de caravansérails de vingt versies en vingt versles. Pour adoucir la rudesse des mœurs moscoviîes , il introduit Vusa^e des assemblées f où il invite les dames avec leurs filles habillées à l'européenne ; il donne même de^ réglemens pour ces petites fêtes de société. Haïssant le faste dans sa personne » mais le croyant nécessaire pour la dignité d'une cour , il institue Tordre de Saint-André « h rimitation de ces ordres dont toutes les cours de l'Europe sout remplies» et qui aitaclicnt les sujets au prince
38ft Bifftom cfaifoAU
par le lien puissant de la vanifé. Persuadé qu'une grandeur réelle oe perd rien à s'humaniser » il abolit le mot de golut, eseUivet doot les Russes se servaient en parlant aux czars ou dans leurs requêtes f el ordonne qu'on se serve du mot de raad ou i^iei.
Tandis que Pierre poursuit constamment et heureusement ses améliorations intérieures, il conclut avec rempire turc une paix avantageuse par laquelle il demeure maîlre d'Azow et de quelques loris coiihlruils dans les euviiuns ( 1699). Alors, vers les frontières de la Suède, s'ouvrit une grande scène» qui attira l'attention et les armes du czar de ce côté.
L'Estonie el la plus grande partie de la Livonie avaient été abandonnées par la Pologne au roi de Suède Charles Xlf sous la réserve de tons leurs privilèges. Ce prince leur ayant porté plus d'une atteinte» PaAul, gentUbomme iivonien, vint à Stockholm en 1692 les revendiquer à la téte de six députés de sa province. Emprisonné , pour toiih' réponse, et condamné à perdre Vhonneur éi la vie, Pailvul s'rchap]i(' v[ se retire en Suisse. Cependant la mori (le Cii.uh s XI transmet le trône de Suède à sou lils Charles XII , à lu ine £igé de dix-sept ans. Dans le même temps, Auguste II, électeur de Saxe» devenu roi de Pologne» songeait à recouvrer les provinces détachées de ce royaume ; Pierre nourrissait le même projet par rap> port à ringrie et à la Carélie » anciennes dépendances . des Russes. Patkul court à Dresde et à Moscou» et, animant les deux monarques k sa propre vengeance , il forme entr*eu\ conlre Charles XII une alliancL' à la(iuelle se joint le uou\eau roi de Danemarck » Frédéric IV, et dont le jeune roi de Suéde semble deNoir être accablé.
Nous racontons plus amplement ailleurs (Voyez Chapitre VII, Section II) comment ce héros adolescent alla attaquer tous ses ennemis Tun après Taulre» termina la guerre avec le Danemarck en moins de six semaines » délivra Riga qu'assiégeait Patkul , et au milieu des glaces de novembre, avec 8 à 9,000 Suédois» défit près de JSarva 80,000 Uusses qui assiégeaient cette place* Indé*
W I»r&-HDITI£ME SIÈCLE. Z9^
Kndamment de la composition de Tarmée russe , où , à xceptioD de qudques colonels , les officiers et les soldat^ n^étaieDty sdon le/ounta/ <(s Pùrr€4i'Grand». que de» recrues t Tabsence du czar, qui se tenant assuré de la prise de la ville, était allé à ISow-fiorod, la jalousie de ses lit'uLenans (le duc de Croi, flamand qu'il venait de prendre à son service, et le prince Dolgorouki) t iureot les causes de cette grande défaite.
L^armée russe est dispersée; ses immenses magasins,, toute son artillerie ». sont au pouvoir des Suédois. Tandis que Pierre rallie ses débris t ordonne de nouvelles levées »v fait fondre deux cent cinquante canons avec Ie& clochesN des églises et des monastères, Charles» vainqueur- des^ Saxons au passage de la Duna, soumet la Couikindc , s'avance en Lilliuanie et soulève en Pologne la lac lion ennemie du roi Auguste. Mais déjà le czar a réparé ses pertes. Sans interrompre ses établissemens ,. qui prennent chaque jour un développement plus rapide, il pourvoit aux besoins de la guerre. En même tempe^ qu'il fait venir de Saxe et de Pologne des bergers^^ et desv brebis pour avoir des laine» propres à fabriquer de bons draps , qu- il fonde des manufactures de linge et de papier, qu'il seprocure des ouvriers en fer et en laiton, des araiuriers et des fondeurs , qu'il fait fouiller les mines de la Sibérie , qu'il travaille à joindre par des canaux la mer Baltique, la mer Caspienne et le Pont-Euxln , qu'il établit des écoles, de ^[éométrie , d'astronomie , de navigation , il fait cons--^ truire sur les lacs Peipas^et Ladoga (1701 ) des demigalères et des. barques armées en guerre qui tiennent en. écbec kl marine suédoise et jétent incessamment dès. troupes russes dans la Livonie et l'Eltonie. Les soldats du czar peu à peu s'aguerrissent et apprennent à vaincre les Suédois. En 1702, Shérémétoff bat deux fois en Ingrie le général Slîpenbac 11 , lieutenant de Ciiaries XH , et,, après line campagne glorieuse, est houoré dans Moscou d!uA triomphe solennel. En 1703, Pierre» servant alon en qualité de capitaine- de bom^rdiers sous le même Shérémétoff K a'empare de rim{»ortania forJteresse dib
390 WTOIRB «intJlALB
NjaDd , près de la Néva. Bientôt , à Teniboiicbiire de
celte rivière, sur le golfe de Fiiilaiide , s'élèvera la uouvelle ville des czars, Pétersbourg , la reiue iiiocitriie de la Balli(|ue. Les débris de quelques bastions do ISyanlz on sont les premiers foiideuiens. Malgré les diliicultes d'un terraiu marécageux 9 réloignemeot des secours » les maladies épidémiques qui eolèvent un nombre prodigieux d'ouvriers , les hostilités sans cesse renaissantes de la part des Suédois» Pierre en quelques mois forme une ville » protégée par la petite !)e de Cronslot ( t704) transformée en une citadelle imprenable , sous le canon de laqudle Içs plus grandes flottes sont ou sûreté.
Laissant son favori Menzikoff, qui , de garçon pâtissier, devint général et prince, poursuivre les travaux de Pétersliourg , le czar va s*emparor de Derpt en Estonie , venger par la prise de Narva l'aOront que ses armes ont reçu naguères devant cette ville» et achever la conquête de ringrie.
Cependant Charles XII domine en Pologne : sous son influence » StanisUv Leezinski est proclamé roi par une partie de la nation , et , malgré les secovrs des Russes ,
AuL:?is(e se vv>it menacé d'une cliule prochaine. Pierre redouble d'eflbrls pour le soutenir. Mais la forluue de Charles remporte. Les Saxons et les Russes cèdent partout à Tascendant du héros suédois. Charles envahit la Saxe : Auguste » chancelant sur le trône de Pologne , tremble pour ses. propres états; il implore la paix ; il négocie secrètement avec son vainq[oeur un honteux traité par lequel il renonce à la couronne de Pologne » à l'alliance dn czar, reconnatt Stanislas., et, pour comble d'humOia» tion , s' en gag (î à livrer à Charles XII le Hvonîen Paikul » qui , depuis le commencement de la guerre , résidait auprès de lui comme ambassadeur du czar , et conil>ai (ait pour sa défense. Malgré la victoire de Kalish roîiiportée sur les Suédois par Menzikoff durant cette iriste négociation , il ratifie, il exécute ce traité qui le déshonore», ^ant Charles XII inspirait de terreur!
(4 lutte n'est plus désormais qu^entre les Suédois et.
DU DIX-BOinèllB SI£CLE. 591
les Russes. De ses quartiers d*AU-Rans(adt près de Leip*
sick, Charles prend sa route , à la têîe de 45,000 hommes, par la.Masovie et la Lilhuauie pour aller attaquer l'empire moscovite. Après avoir forcé le passage Je la Bérésina cl du Vabis , il arrive à Mohilow sur les bords du Borysthèoe. On s'attendait qu'il marcherait à Moscou. Itfaîs sur la. foi de Thelmau Màzeppa, qui lui promet dë faire insurger les Cosaques en sa favènr, il* s'engage imprudemment dans l'Ukraine. Mazepppa tente vaine* ment rînsurreetibn qu'il a promise» et, au lieu de 50,000 hommes qu'il devait amener à Charles , il le joint ayecdeux faibles régimens. Dans le même temps le général russe Apraxin battait uu corps suédois dans Tlngrie , et le czar en personne écrasait près de Lesuau une armée de 18,000 soldats quele général Levenhaupt condui^t à Charles XII.
Cependant ce prince, toujours séduit par Tespoir de? faire déclarer toute l'Ukraine ^ s'enfonce de plus en plus dans cette contrée, où les Russes le suivent et le harcèlent. Résistant aux sages conseils du comte Piper, son chan-.
celier , (jiii le conjure de retourner sur ses pas et de rentrer en Pologne , il s'avance à travers des pays ravai^t s ( t déserts jusqu'à la petite ville de Puîtava , située sur le chemin que preuneni les Tartares pour aller en Russie. Tandis qu'avec le secours des-Cosaques zaporavîens • dont Mazeppa parvient à lui ménager Tidliance , Charles assiégeait cette- place» Pierre,, ayant enfin tout préparé pourun coup décisif, se présente avec 60,000 combattans. Après deux heures d'un combat où les deux princes > rivalisèrent de bravoure et coururent personnellement les plus grauds dangers (1.) Les Suédois furent mis ea
(!) « Le roi de Suéde , étant maladô , était -porté dans une litière pendant la bataill ' : celte liiiore fui trouvée ensuite avec le l)rancard , dont un côté avaîlrté fracassi- par un l)oul<;t de canon.. . Le ch:i|ioau du c/ar lut percé d"un roup de balle, cll on en trouva encore une dans N- hois do h» selle dt* son cheval » {Journal de Pierre le Grand). On lit dans le inènic recueil qu»* les généraux. , de Tarmée nctorieute reçurent desd^nités ou des terres; les ollicters, d«ft, ^KlrMU du csar garnis de diàmaots des médailles d'or j les soldats » de»ni<b.
HISTOIRE GtMÏnALE
déroule , laissant plus de 9,000 morts sur le champ de bataille; 14»000 hommes, débris de leur florissnnfe ar* mée détruite par la fatigue des marches oo par le fer de Teonemi» se reodirent quelques jours après à iOiOOO Russes p et Charles , pour éviter de tomber outre les maios du czar » se réfugia, avec un faible corlége , dans la ville de Bender , sur le Icrriloire des Turcs.
Une révolution géner;)le (l;iiis les affaires de Saxe et de Pologne suivit la balaillc dr IHiltava. Le parti d'Auguste reprit le dessus : ce |)riiicc prolesta sur-le-champ contre Tabdicalion qu'on loi avait arrachée , et se hâta de re— monter sur le trône de Pologne » tandis que Stanislas se retirait en Poméranie. En même temps,, par la prise de Vibonrg, de Kexholm^ de Riga, de Peman et de ReveU Pierre achève et consolide la conquête de la Carélie, de k Livonie et de l'Estonie.
Pour combler les chagrins du roi de Suède, une maladie contagieuse ravage son royaume, et enlève 30,000 personnes dans la seule ville de Stockholm. Charles avait
d»3les et des tomme* d* ifftnt» Apfés quoi ^ « ajiot remercié S . M. des récompenses et des grâces qu'elle leur avait accordées, ils lui rappellèrent ce qu'elle^ avait fnil rUe-mrmc dans ceUe fameuse bataille et dansd'aulre^ actions militaires, et la prièrent de prendre à celle occasion le rang de général dans les troupes de terre , el celui <le chef d'escadre sur mer; car, auparavant , il n'avait que le ran^ de colonel de ses gaities. En conséquence , S. M. accepta le rang de Keuteoaot-géDéral des troupes de terre el celui de chef d'escadre sur mer ; ce qui fut suivi des félicitations des généraux , des minisires , des officiers , et de» acclamations des soldats. « Ce simulacre cootinuel , dit M. de Ségur , ee speo* tacle soutenu de sooinissiou et de discipKDe qu'un despote donne àsM pev^, cette afTectalion persévérante qu'iLmeià ne 'voubir obtenir de nouveaux grades que successivement el à force de services , enlin , ce jeu de théâtre , unique dans son espèce , a paru bizarre el entré à quelques esprits. . . Mais il était nécessaire et suffît bi peine pour ôter à l orgueilleuse obstination des nobles russes tout prétexte de murmure et de désobéiâsance. Pour dompter leur orgueil ré- Tolté de lobligatioade gagner par le travail , par le mérite , et graduellement , des rangs quHb croyaieut dus è leur naissance , il fallait pouvoir se montrer et se proposer sans cesse conune modèle. » Pierre poussa cette comédie , jusqu'à» se donner en apparence un midire dans le vieux boyard nomodauowsky » président du conseil de gouvernement. Il le décora du titre de czar qu'il conserva^ toute sa vie , cl souvent , dans ses lettres el dans les ccrémoQÎes , IjS réiorjnal^ui;s'aj^pliquaii à oe j^ailre (j^ue \s Bt^tlde son 6Uj[et<..
m MX-oflumÉn siActE. 395
encore 11,000 hommes en Poméranie ; le czar, les roi» de Danemarck ( l de Prusse, l'électeur de Hanovre et le duc de Holslein , qui tous iODgeat à profiter des malheurs de la Suède , s* unissent pour rendre cette armée inutile et la forcer à la neutralité. Le sénat de Stockholm » n'ayant point de nonvelles de son roi» signe cette neutralité par laquelle Tarmée suédoise de Poméranie doit se borner à la garde de cette province , sans pouvoir en sortir pour aller délcudre ailleurs sou monarque. A la nouv elle de ce traité , Charles, irrité que son sénat ait lié les mains à son armée, lui écrit, dans sa colère, qu'il lui enverra une de ses bottes pour le gouverner. Cependant , privé de ses dernières ressources nationales , il en cherche d*étran< gères* De Bender il fait jouer à la Porte ottomane tous les ressorts possibles pour armer le sultan contre le czar. Acbmet III déclare en effet la guerre à Pierre I*' • mais pour ses seuls intérêts , et non pour le roi de Suède. Les vaisseaux russes sur les Palus-Meolides et sur la mer Nuire, la ville d*Azow fortiliée, le port de Taganrock , enfin les grands succès et Tambition du cmv , avaient fait ombrage à la Porte , et plus encore au Kan des Tartares de Crimée» qui» par ses instances, entraîna le divan à la guerre. Le czar est obligé de quitter le théâtre des hostilités en Occident pour aller combattre sur les frontières de la Turquie. En 1696 » Pierre avait répudié sa première épouse, Eudoxie Lapouchio, dont il avaft deux enfans. En 1702, il avait pris en grande faveur une jeune Livonienne , faite prisonnière à Marienbourg , et à qui on avait doiiaé le nom de Catherine, Par lesagrémens de sou caractère et de sa personne et par ses hautes qualités y elle le charma tellement qu*il Pépousa secrètement en 1707. Enfin , Payant jugée digne de partager puhliq[ttement son tr6ne » et ayant déclaré leur mariage ( 1) » il
( t } •L*ardieTèqtte âa JVow-Gorod, qui fit la cérémonie du mariage , voviaot profiter de cette circonstance pour obtenir le titre de patriarche, représenta au czar que cette fonction n^appartenait qa*à un patriarche.Le caar, pour réponse, lui appliqua quelques coups de canne ; et l'arebevéqae donna la bénédiction uw^Uaie. » ( Aiémpirts «ecrcct de Duch» }.
part avec elle pour aller éprouver sa fortune contre
l'empire ottoman.
Le maréchal Shérémétoff Tavait précédé avec un corps d*armée« et s'était avancé jusqu'à Yassi, capitale de la Moldavie. Baltagi Méhémet , jadis fondeur de bois dans le
sérail , alors grand-visir , ayant passé le Danube et marchant vers Yassi le loiii,' du Prulli ii la tête de 100,000 hommes , Pierre précipite sa marche de déserts en déserts, et traverse le Borystheue , le Bog et le Niester , pour aller dégager ShérémélolT. Il arrive trop tard pour empêcher lesTurcs de passer le Pruth. 11 avait compté sur le concours des Hospodars de Valachie et de Moldavie. Mais ils restent fidèles à la Porte , et laissent le czar avec 40»000 hommes contre l'armée de Méhémet , qui» renforcée des Tartaresi en compte plus de 200>000. Enveloppé par des forces supérieures et prêt à manquer de vivres, Pierre se résout à la retraite. Mais les Turcs l'enferment de toutes parts et l'arrêtent à chaque pas par de vives escarmouches et des combats sauglans. Sa perle semble inévitable. La czarine en juge autrement. Tandis que , retiré dans sa tente, incertain, après une lutte meurtrière (du 20 au 21 juillet ) » s*il tentera le sort d'une nouvelle bataille, il est en proie à l'inquiétude et à la douleur» Catherine lui conseille de tenter la voie de la négociation. Contre toute espérance » Baltagi prête ToreiUe aux propositions des Russes. Cevîstrn'aimait pas la guerre. Il crut d'ailleurs l'avoir faite assez heureusement, s'il remettait aux mains de son maître les villes et les poris pour lesquels il coTiibaltait. Il lui semblait plus sage de saisir des avantages certains que de les mettre au hasard d'une nouvelle lutte, où le désespoir pouvait triompher. Joignez à cela qu'un corps de troupes russes » sous les ordres du général Renne» ayant traversé la Moldavie » venait de prendre la forteresse de Brahilow » et qu'un autre corps d*armée s'avançait des frontières de la Pologne. Il est de plus très-vraisemblable que le visîr ne sa\ ait pas au juste l'état déplorable oii le czar était réduit. 11 ( uuseotit donc à négocier , et par un traité signé au*
00 DDL-BOITléJIE SIECLE. 59S
"vfllage de FàOcsm, sar les bords du Pruth^ 9 Ait conveDu
qu'Azow et son territoire seraient rendus avec les munilions et l'ai l illeiie dont il était pourvu avaiH 1(>9() ; que le port de Tagaiirock, sur la mer de Zabache, serait démoli, ainsi que celui de Zamara sur la rivière de ce nom , et d'autres petites citadelles.
Ce traité ne causa pas moins de déplaisir à Charles Xil que de préjudice au czar. 11 redoubla ses intrigues à la Porte pour le rompre et raDumer la guerre. Par toutes ces manœuvres il ne parvint d*abord qu'à se fûre retrancher son thaim , c'est-à-dire la pension que la Porte lui faisait pour sa subsistance, et qui se montait par jour à 1500 livres, monnaie de France. Enfin, on lui dé^iècha un ordre, en forme de conseil, de sortir de la Turquie, 11 s'obstina plus que jamais à rester , s'imaginaut toujours qu'il rentrerait en Pologne et en Russie avec une armée ottomane. Personne n'ignore quel fut finalement en 1714 le résultat de son opiniâtreté /comment il se battit contre une armée de janissaires» de spahis et de tartares , avec ses secrétaires, ses valets de chambre , ses gens de cuisine et d'écurie; qu'il fut captif dans le pays où il avail joui de la plus généreuse hospitalité, et qu'après avoir demeuré cinq années en Turquie , il retourna déguisé en courrier dans ses états.
Tandis qu'il était encore à Bender, faisant dépendre sa fortune et ses espérances du caprice d'un grand-visir » Pierre 9 à qui le traité de Falksen ôtait Tempire de la mer Noire» poursuivait avec d'autant plus d'activité ses entreprises et ses conquêtes sur les bords de la Baltique. Il réunit dans une ligue contre les Suédois, le Daueinarck et le Hanovre, la Pologne et la Saxe. (Charles, mîilgré le péril qui menace ses provinces , repousse tout accommodement , et ordonne de résister de tous côtés sur mer et sur terre. Malgré l'épuisement delà Suède , on ohéit; le sénat équipe une flotte de treize vaisseaux de ligne; on arme des milices; chaque habitant devient soldat et semble avoir pris le courage et la fierté de Charles XII. Vains efforts contre le nombre l les armées russe , saxonne ^ et
HISTOIRE GÉNÉRALS
danoise inondent la Pomêranie. Le général suédois Stein* bock défait d'abord les Saxons et les Danois près de Gade^ buseh. Mais il ne peut soutenir ce premier soccès et bien» tôt après il capitule dans Tonniogen avec tonte son armée. L'électeur d'Hanovre reprend Brème et Verden dont les Suédois TaTaient dépouillé ; les Saxons s*emparent de File de Rugen et noiet'tent le siège devant Wismar ; MeuzikoIT presse celui de Slralsund, tandis que le czar va débarquer en Finlande, dont toute la côte, avec Abc et Borgo, est bientôt en son pouvoir. Slanislas, vovant le déplorable état de ses affaires et rimpossibilité de reniouter sur le trône de Pologne « a résigné ses prétentions à la couronne, et, se rendant auprès de Charles dans Tespoir de fléchir son opiniâtreté » il est tombé entre les mains des Turcs qui Font retenu prisonnier. Charles était lui-même «captif : cependant il rêvait encore son retour en Pologne à la tète d'une armée ottomane, le rétablissement de Stanislas sur le trône , et riiumiiialion de tous ses ennemis. 11 ne fut pas même détrompé par la bataille navale à'Aland que Pierre gagna en personne et qui lui soumit toute la Finlande.
Le sénat de Stockholm» désespéré des malheurs de Tétat^ allait faire porter au czar des propositions de paix. Mais, dans ce temps-là , Charles ayant quitté la Turquie , arriyo à Straisund (22 novembre 1714^, et la guerre continue. Le roi défend Strahund pied à pied contre les Danois , les Saxons , les Russes , auxquels s'est joint le roi de Prusse , qui, héritier des ducs l1 e Pomêranie , prétendait rentrer au moins dans une partie de leurs domaines. La ville n'étant plus qu'un monceau de ruines, il fallut la rendre. Wismar ne tarda pas à avoir le même sort.
Mais les «lliés des Russes leur ayant donné quelque mécontentement et le baron de Goertz» alors principal ministre de Charles XII, ayant fait comprendre au czar que la Suède était assez abaissée et qu'à ne fallait pas trop élever le Danemarck et la Prusse , dès-lors ce prince n'agit plus que mollement contre la Suéde; et tandis que Charles, agresseur au moment où il ne devait songer qu'ft
mt vïT-mmÈME siècle. 597
*sc défendre , allait porter la guerre en Norwège, le czar fît en Europe un second voyage. Cette fois, il visita la France , après un séjour de trois mois en Hollande où il avait laissé tant de soovenirs. U fut reçu en France avec une magoificence digne de la nation et d*un pareil h6te.^ Il voulut s*y dérober en refusant le grand appartement du Louvre qu*on avait préparé pour lui , et en allant se logera l'autre bout de la ville dans i'bùtel de Lesdiguières, qui appartenait au marécbal de Villeroi. 11 y fut traité et défrayé comme au Louvre. On s'étudia à lui ménager d'à- . gréables surprises : dînant uo jour chez le duc d' Antin , à la fin du repas il vit son portrait qu'on venait de peindre pjacé tottt-à-coup dans la salle. Une autre fois , étant allé voir frapper des médailles dans la grande galerie du Louvre f comme il s'empressait d'en ramasser une qui était tombée , il se vit gravé sur cette médaille, avec une re« nommée sur le revers, et ces mois si convenables àPii rrele-Graud : Vires acquirit eundo. S'il visitait les artistes, on lui offrait tous les cbefs-d'œuvres, on le suppliait de les recevoir : s'il allait voir les hautes-lices des Gobelins, les tapis de la savonnerie , les ateliers des sculpteurs, des peintres, des orfèvres do roi, des fabricateurs d'instrumens de mathématiques, tout ce qui semblait mériter son approbation lui était offert de la part du roi.
L'académie des sciences étala devant lui tout ce qu'elle avait de plus rare : il reconnut cet accueil en corrigeant de sa main plusieurs fautes de géographie dans les caries qu'on avait de ses états et en s'inscrivant parmi les membres de cette docte compagnie avec laquelle il entretint depuis une correspondance active.
On sait de quel transport il fut saisi en voyant le tombeau de Richelieu p et qu'embrassant la statue du cardinal » il s'écria : Grand homme, j$ t'aurais dormé la moùié de mes ^ais pour apprendrede lot à gowoermr Vautre. Enfin , avant son départ , il voulut voir madame de Maintenon et montra d ailleurs dans cette visite un étrange oubli de la politesse et des égards auxquels elle avail droit par son sexe, par son âge et comme veuve de Louis XIV. A son départ ,
398 HI8TOIE1 QÈKiOLÀIM
il emmena plusieurs artisans français » ainsi qu'il en avaii
emineué d'Angleterre. Du reste, son voyage eu France fut utile aux deux cations par un traité de comnierec dont il remit le projet à ses miiiistres en Hollande et qui fut signé à La Haye par l'ambassadeur de France le 15 août 1717. Sa présence avait excité à Paris un vit' empressement . 11 avait étonné a par la singularité et la rare variété tê de tant de grands talens , qui en feront toujours un mo- » narque digne d'admiration jusque dans la postérité la » plus reculée, malgré les grands défauts de la barbarie » de son origine , de son pays et de son éducation* » {^Mém. de St, -Simon.)
La czarine l'avait accompagné jusqu'en Hollande : il l'y rejoignit , et continua ses voyages avec elle. Ils arrivèrent et furent reçus à Berlin sans appareil. De là , ils rciounierent dans leurs états par Dantzick et MiUau. « Pierre visitO'toutes ses conquêtes, donne de nouveaux réglemens dans Pétersbourg, va dans Moscou, y fait rebâtir des maisons de particuliers tombées en ruines; de là , il se transporte à Gzarisin sur le Volga , pour arrêter les incursions des Tartares de Cuban : il construit des li-
gnes du Volga au Tanaïs , et fait élever des forts de distance en distance d'uu fleuve à l'autre. Pendant ce tempslà même » il fait imprimer un code militaire qu'il a composé (1). Une chambre de justice est établie pour examiner
(i ) Pierre a fondé en Russu- le régime militaire , non sans être oblige de recoorir à des mesures violenies el à des lois tyraoniques pour y soumettre la noblcMeiiui mootnit pour le service beanooiip de répagnaoce. « Considérant qoe dans let troupes, beaucoup de gens du bas peuple deTeoaient officiers, tandis que les nobles évitaient le serviceet s'enseTelissaieot dans leurs villages , S. M. envoya en t7l i un ordre au sénat de rassembler tous les jnnnes nobles eldc les appeler à l élat mililaire. .. En I7i.">, les sénateurs Tinrent de MosctMi h Pélcr^liourg , et rei^résenlèrenl à S. M. qu'ils ne pouvaient venir à b<nit de rassembler tous les jeunt's gentilshommes qui évitaient le service , quuiqn on evU réitéré la publication de I ordonnance. Cela fut cause qu'on publi.t une orJonriance nouTolle , portant que tous les gentilsbomnies , ainsi que leurs entans et leurs parens , depub l'âge de dix ans jusqu'à celui de trente , vinssent se présenter I hiver prochain à un membre du sénat établi pour en fiùre la revue, et que celui qui enfreindrait la loi et ae se rendrait pas an tteu Marqué jusquaa
DD BIX-aomfiME SIÈCLE. 599
la conduite de se$ mÎDistres et pour remettre l'ordre dao»
les finances; il pardonne à quelques coupables, il en punit d'autres; le pnucc Menzikoll même fut un de ceux qui eurent besoin de sa cléaience : mais un jugenicut plus sévère, qu'il se crut obligé de rendre contre son propre fils » remplit d'amerlume une rie si glorieuse. » l Voltaire. )
Saperstitieasemeat attachée aax préjugés de son pays , Eudoxie Lapauchinp première femme de Pierre-le-Grand p avait déplu à son époux par son opposition aux changemenfr qu'il méditait. Il Tarait répudiée en 1696 et reléguée
dans un coQvent. Le fils qu'elle lui avait donné en 1690 {Alexis Peirowilz), soit conformité naturelle avec sa mère , soil effet de sa première éducation, ne se montra pas moins ennemi des nouveautés.
Selon le récit de Voltaire, emprunté en grande partie au Manifeste du procès criminel du czaremi:^ Alexis Petrowiiz, publié par le gouvernement rosse, Alexis était gouverné par des prêtres, chefs du parti des mécontens. lis Finstruisaient à blâmer et à réprouver tout ce que fesait son père. Le mariage du czar avec Catherine en 1707 et les eniaus qu'il en eut, achevèrent d'aigrir Tesprit du jeune prince. Pierre lenta tous les moyens de le ramener; il le mil même à la tète de la régence peudaiil une année ; il le fit voyager ,* iiie maria en 1711 avec la princesse de Wolfenbuttel. Ce mariage fut très^malbeureàx. Alexis, âgé de vingt-deux ans, se livra à toutes les débauches de la jeunesse , et à toute la grossièreté des anciennes mœurs. Sa femme méprisée, maltraitée, privée du nécessaire et de toute consolation , languit dans le chagrin et mourut enfin de douleur en 1715.
Les déporteaii îis d'Alexis faisaient craindre à Pierre qu'après lui tous ses travaux ne fussent détruîJs par son propre sang. Il écrivit au prince , après la mort de sou
mois de mars 1 7 14 , perdrait tous ses biens , mcnhles et immenhles , qui seraient donnés au déocndaleur » fût-il roènie le domsiuque de eelui qui aarait désobéi à la bi » {Jwmalik Pierr* U firam^.
i^iy\ca by GoOglc
épouse, une lettre où les mcDaces étaient mêlées aux réprimandes et aux avertissemens et qu'il finissait en lut aDDonçant que , s'il ne chaDgeait pas » il le priverait de sa succession comme on retranche un membre inutile p ai» mant mieux transmettre son héritage à un étranger qui le mérite» qu*à son propre fils qui s'en rend indigne. Dans ce temps-là même , Timpératrice Catherine accou> cba (l'uu prince, qui mourut depuis en 1719. Soit que la nouvelle de cette naissance abattît le courage d'Alexis , soit imprudence, soit mauvais conseil, il écrivit à son père qu*il renonjait à la couronne et à toute espérance de régner. Le czar lui manda : ce Corrigez-vous » rendez- Tous digne de la succession» ou faites<*vous moine» » Le prince répondit brièvement qu*il prendrait ce dernier parti. Avant le voyage de son père en Allemagne et en France , il lui coutiniia j)ar serment Tintention où il o{ait de se retirer dans un doilre. Le czar, en parlant , lui donna six mois pour se consulter. A peine arrivé à Copenhague , il est instruit qu'Alexis ne voit que les raécontens. 11 lui écrit qu'il ait à choisir du couvent ou du trône» et lui ordonne » s'il veut un jour lui succéder , de venir le trouver à Copenhague. Au lieu d'obéir, le prince , égaré par de pernicieux conseils, se rend à Vienne, et va se mettre entre les mains de l'empt reur Charles Vï , son boau-frère , comptant y demeurer jusqu'à la mort du czar. De Vienne il passe dans le Tyrol» et ensuite à Naples, qui appartenait alors à l'empereur. Le czar lui dépêche deux de ses officiers chargés d'une lettre par laquelle il le somme de revenir» lui promettant de Faimer plus que jamais, s'il obéit , et le menaçant de sa malédiction paler* nelle, en cas de refus. Le prince, cédaul aux représenlajions du vice-roi de Xaples et aux ordres de son père . rolourne à Moscou ou le czar était alors (février 1718 ). Apres uue réconciliation apparente, Alexis est arrêté et conduit comme prisonnier devant son père dans le château où sont assemblés les boyards , les conseillers privés , les évéques et les archimandrites. Il se prosterne aux genoux du czar , et lui remet en pleurant un écrit par lequel il
DU DlK-UtimÉME SIÈCLE. 401
ayoae ses fautes , se confesse indigne de lui succédert et pour toute grâce lui demande la vie. Pierre fait lire alors un acte dans lequel , après avoir énuméré ses griefs de père et de souverain contre son fils , il le déclare privé
delà succession au trône de Russie, et constitue pour son héritier, malgré son bas âge, son second lii s Pierre (le même qui mourut le 15 avril 1719). Cet acte signé du czaréwitz , est la une seconde fois dans la catbé* drale. Mais c*est peu que le prince se soit condamné luimême; on veut qu'il soit frappé d'une condamnation juridique. On fait valoir contre lui des propos imprudeus, quelques lettres repréhensibles , maïs sur lesquelles on ne pouvait fonder une at cusalion capitale. On l'interroge mt iue sur ses pensées Inliuieset ou s'arme de l'aveuqu'avec uûee}Ltrème simplicité (1) il ose faire de ses sentimens secrets. Enfin » malgré le vague des accusations, qui ne pouvaient prouver nul projet digéré, nulle intrigue suivie» nulle conspiration t nulle association , ëncore moins de préparatifs , il est condamné à mort par la sentence unanime de 144 coiuuiissaiicij. Lorsque l'arrêt lui Tut prononcé , il tomba dans des convulsions qui se tournèrent, dît-on, en apoplexie. Ayant re|)ris un peu ses sens, il fît prier son père de venir le voir. 11 lui demanda pardon , et le czar pardonna publiquement* L'exlrème-onction fut ensuite administrée au prince agonisant » qui mourut le lendemain en présence de toute la cour. Après être resté q uatre jours exposé à la catbédrale dans un cercueil ouvert , son corps fut inbumé dans l'église de la citadelle.
Voltaire, tout en reconnaissant ce qu'il y eut de monstrueux dans cette procédure, conclut que Pierre « fut 9 plus roi que père en cette occasion » qu'il sacrifia son » propre fils aux intérêts d'un fondateur et d'un législa-
( 1 ) Dans un écrit signé de sa main ou prétendu tel, il dit ou on lui fait dire que soD mauvais naturel le portait perpétuellement à désobéir à ton père , (ju'il leianâgnaitbeaocoap,Biii non d'une crainte fitiale,qu il avait en horreur non* seulement ses réformes» mais toute sa penonne , qu il aurait fait tout ce qu'aurait Youlu fempereur d'Allemagne , si ce prince eût consenti à le mettre k main armée en possession de la conronne de Russie , etc.
Mi WISTOIEB G&KiaALB
» teuir» et à ceux 4e sa nation qui retombait dans Fêlai
» dont il Favail lirée sans celle sévérité malheureuse. » D'au ires oui peosé que, [)ar une coupable faiblesse, il immola son iils à une marâtre el à F enfant qu'il avait d'elle ; el queiqu'aît d'ailleurs élé le motif qui rail porté à condamner son 6is , il est effroyable de penser que 9 non coulent d'avoir été l'accusateur et lejnge du malheureux czaréwitz > il fut encore son bourreau. C'est ce que Voltaire ne dit pas, et c'est ceqti'a révélé l'anglais Henri Bruce qui était alors a la cour de Kussie , et selon lequel, sous prétexte d*apo|)le\ie , le czar présent fit admiuisirer une potion forte h son fils qui expira peu de temps après de convtUsiom en convulsions. Irès-peu <k personnes, dit Bruce» regardèrent $a mort comme nMirette: mais U était dangereux de dire ce qu'on en pensait.
De barbares exécutions précédèrent cette catastrophe» Pierre avait ajppris, durant son voyage, quTudoxîe avait * dans son rouvenl, quitté l'habit de leli^^iLiise el pris les ornemens d'impéralrice. Les rapports adressés au czar accusaient celle princesse d'entretenir avec un ui licier nommé Glehow un commerce criminel et de tramer avec cet officier et l'archevêque de Rostow une conspiration en faveur du czaréwilz. A cette nouvelle, Pierre était parli à l'instant , et tout ce qui était coupable et suspect avait élé sacrifié à sa vengeance. Âbraliam Lapouchin, frère d'Eudoxie, avait été décapité; l'archevêque roué vif. Glehow, eu présence du czar, fut livré aux tourmens de la plus iiorrible question et eoiin au supplice du pal. 11 soutint jusqu'au bout Tinnocence de Timpératrice. Pierre le pressant d'avouer son crime et la complicité d'Eudoxie « Glehow ranima ce qui lui restait de forces pour lui cracher au visage , et expira. Le czar lui fit couper la tèfe, la prit par les cheveux , et, la montrant au peuple , s'oublia assez pour la charger encore d'imprécations.
En ce Icmps-la, comme pour faire oublier ces barbaries. Pi :rre redoubla ses soins pour civiliser ses élats. < Ce fut dans cette année 1718, époque '4e Texhéréda^
tton et de la morl de aon fils aîné , qu*il procura le pfaia d*ayaiitages à ses sojets , par la poUcegénérale auparavanl
inconnue , par les manu lad ures et les labriques en tous genres ou établies ou perleclionnées , par les branches nouvelles d'un commerce qui commençait à fleurir , et par ces canaux qui joignent les fleuves, les mers et les peuples que la nature a séparés.. • il y eut un lieutenani général^de la police de tout Tempire établi à Pétersliourg, à la tété d*an tribunal qui veillait au maintien de Tordre d'un bout Je la Russie à l'autre. Le luxe dans les habits, et les jeux de hasard , plus dang^ereux que le luxe , furent sévèrement défendus. On etablittles écoles d'arithmétique déjà ordonnées en 1716 dans toutes les villes de l'empire, ' Les maisons pour les orphelins et pour les enfans trouvés » déjà commencées » furent achevées » dotées et remplies. Ce fut daiis cette année et dans les suivi^ntes que toutes les grandes villes furent délivrées de la mendicité... Les poids et les mesures fun iit fixés et rendus uniformes > ainsi que les lois... Ces fanaux que Louis XIV alluma le premier dans Paris» éclairèrent pendant la nuit la ville de Pétersbourg... Le ozar établit un tribunal de commerce dont les membres étaient mi*partis nationaux et étrangers, afin que la faveur fût égale pour tous les fabricans et pour tous les artistes. Un Français forma une manu-* facture (le très-belles glaces à Pétersbourg, avec les secours du prince MeiizikotL Un autre fit travailler à des tapisseries de baute-iice sur le modèle de celles des Gobelins. Un troisième fit réussir les fileriesd'or et d'argent. Pierre donna 30*000 roubles avec tous les matériaux et les iostrumens nécessaires à ceux qui enireprirent les manufactures de draperies et d^autres étoffes de laine. Cette libéraliU' ullh; \v nul en étal (l'liiil)iller ses troupes de draps fai(s (hiris sou pays ; auparavant on tirait ees dra[)s de Berlin et d'autres pays étrangers. Ou fit à Moscou d'aussi belles toiles qu'eu Hollande ; et » à la mort du * czar , il y avait déjà à Moscou et à Jaroslaw quatorze fabriques de toiles de lin et de chanvre.
« Les mines de fer furent exploitées mieux que jamais;
M4 mtTotftB «iHteÀLic
on découvrit quelques miues d'or et d'argent ; et un coDseil de» mines fut établi pour constater si les exploi-* (ations douneraieui plus de profit qu'elles ne coûteraient de dépense.
« Pierre fil cette ânnéc 1718 le plan da canal et des éclates de Ladoga. U nivela lui-même le terrain ; on conserve encore les instrumens dont il se servit pon^ ouvrir la terre et la voiturer; cet exemple fut suivi de toute sa
courel bàlaun ouvrage qu'où regardait comme impossible; il fut achevé après sa mort. Le grand canal de Cronstadl» qu'on met aisément a sec et dans lequel on carène et on radoube les vaisseaux » fut aussi commencé dans le même temps» aînsî que le canal qui joint la mer Caspienne au golfe de Finlande et à l'Océan.
« Occupé de ces travaux qui s'exécutaient soiis ses yeux , Pierre portait ses soins jusqu'au Kamtschatka à l'exlrémité de l'orient, et il iil bàùrdeux forts dans ce pays si iong^temps inconnu au reste du monde. Cependant des ingénieurs de son académie de marine, établie en 1715 y marchaient déjà dans tout l'empire pour lever des cartes exactes et pour mettre sous les yeux de tous les hommes cette Yaste étendue de contrées qu'il avait policées et enrichies.
« Le commerce extérieur était presque tombé entièremcat avaul lui î il le fll renaître. Des caravanes sibériennes allèrent trafiquera la Chine , où les Russes (iront alors uu négoce très-avantageux; ils rapportaient de l'or, de l'argent et des pierreries. Le plus gros rubis qu'on connaisse dans le monde fut apporté de la Chine au prince Gagarin , passa depuis dans les mains de Menzikoff» et est actuellement un des omemens de la couronne impériale. Le commerce maritime amena dès-lors annuellement plus de dviix cents vaisseaux à Pélersbourg. Il s'accrut de jour en jour, et diminua beaucouj) celui d'Archanjj^cl , située dans un pays trop éloigné et trop impraticable. Celui delà Livonie reâta toujours sur le même pied. Mais, en général», la Russie trafiqua avec succès; mille à douze
WT l>rX-HtJmÉME SIÈCLE. 405
cents vaisseau eotrèreat tous les auft dans ses porls» el Pierre sut joindre l'utilité à la gloire.
« I,.e père da cztar avaijt fait rédiger an code soos le titre d*OuIogénie : i| était même imprimé;* mais il s^o fallait beaucoup qu'il pût suffire. Pierre le développa et racaéliora, en attendant qu'on pût rédiger un corps com-r plet de lois. Il y avait une cour de boyards qui décidait eu dernier ressort des alîaires.conlcutieuses: le rang et la naissaoce j donn^ent séance ; il fallait que la scieDce la donnât : cette cmv fut cassée. L'empereaf créa, nn pro^ cai:ear-général„-attqael il joignit quatne assesseurs dans chacun des gouvernemens de l'empire; ils fimnt chargés de veiller à la conduite des jup^es, dont les sentence» ressortirent au sénat qu'il établit : cbacun de ces juges lut pourvu d'un exemplaire àeVQulogénie, avec les additions et les changeniens nécessaires. La plupart des lois qu'il porta furent tirées de celles deSuè^iB, et il ne fit point difficulté d!admeltre dans les tribunaux les prisonniers suédpis inatmits de la jorisprndenee de leur pays , et qui , ayant appris la langue de l'empire , voulurent rester en Russie. Il acheva en 1722 sou nouveau code, et défçndit sous peine de mort à tous les juges de s'en écarter.'
et Dans le même temps 9 Pierre travaillait à«la réforme 4a clergé. Il substitua au patriarchat» qu'il avait aboli, un çonseil.dj» religion souslenom de lràs-«atfU sj/nade, com^ posé de douze membres, soit évèques^soit archimandrites» tons choisis par le souverain. 11 attribua à ce tribunal le droit de régler la discipline ecclésiastique,, l'examen des mœurs cl de la capacité de ceux qui sont nommés aux évêchés, le jugement définitif des causes religieuses dans lesquelles on appelait autrefoia an patriarche , la connaisr sauce des revenus des monastères et des distributions des aumônes* H porta aussi d'utiles réglemens sur la prêtrise et Tétat monastique. ». {Voltaire, Histoire djj Piçrre-le-, Grand.)
Cependant la guerre eontlnuait toojoursavec là Suède» ipais languissante et ralentie par les espérances d'une paij^. prochaine. Le cardinal Albéroni* premier.- ministre dfi>
406 msiomfi genéhalb
Philippe Y > roi d'Espagne, el le baroD de Goertz, qui gouvernait alors Charles XII» avaient formé le desseîa de changer la fiiee de L'Europe » en réunissant Pierro avee Charles, endétrl^nant le roi d'Angleterre Georges I^
eu rélablis^nt Slauislas ou Pologne, tandis qu'Albéroui donnerait à Philippe son maître la régence de France. Des conférenceg étaient ouvertes dans l'île d'Aland pour traiter de la paix entre la Suède et la Kussie, lorsque Char* les XU Alt tué devant Frédéricshall en Norwège. Alors^ furent ruinés les projets de Goerta, qui fut décapité à Stockholm ; au lieu de s'armer contre l'Angleterre , le nouveau gouvernement suédois s'unit avec elle contre le czar. A ia vérité ^ il iira peu d'avantages de cette alliance. Une flotte angolaise parut dans la Baltique. Mais le ministère britannique ayant réiléchi que l'établissement des Eusses dans cct^e mer ouvrirait de vastes débouchés au commerce anglais, rappela l'amiral Norris et abandonna les Suédois à la colère de leurs ennemis. Les Hoscovitea. firent cette guerre avec une barbarie dont on serait tenté d'attribuer les excès à la soldatesque , si le czar n'en avait revendiqué la complicité , en célébrant à Pétersbourg, le tO seplenibre 1719, un triomphe au sujet de ses aflreux succès. 11 tit répandre autour de son char et ensuite dans toutes les cours^ une rdation oùil se vanie d'avoir détruit aux Suédois» en six semaines» par les mains de l'amiral Apraxin et du général Lesly , huit villes» cent quarante et un châteaux , mille trois cent soixante et un ¥111^68 ou hameaux, etc. ï.es Suédois cédèrent enfln. Par le traité de Nysladl (1721), ils abandonnèrent au czar à perpétuité tout ce qu'il avait conquis depuis les lioiilières de k Gouriande jos^uJau, fond, du goUe de Finlande (1)*.
( 1 ) « Uii« dM «âUsB !«• plus inpoflames.dft la guerre éà Kwd , fot que U. Rossic passa de rélat de poÎMance asiatique à celui de puissance européeuoe ; : qu*cUe fonda uoe nouvelle capitale , St.-PéierslMMiit^; qu^eUe enplDya dea milliers de Suédois prisooniers à la civilisalion de ses sujets ; qu'elle organisa »
dans le roiirs de !a 2;iifrre , des troupes qui se composaienl d'excclJens officiers , (ris k r£uro^ eotièfe , «urtpul.aux débris d^ l'armée suédoife, et.de soldats de-
AÎDsi il resta souverain reconnu de la Livonie , de TEslo-»^. nie, de l'Ingrie » de la Carélie » du pays de Viboai|[ et des. lies voistoes. Cette paix gloriease fut célébrée par des. fêtes éclatantes , par la délivrance de tous les prisonniers,
excepté les voleurs publics, les assassius, les criminels de lèze-iiiajeslé , et par l*aboHlion de tout ce qui était dû au trésor du czar jusqu'au jour de la publication de la |)aix. ËoiiQ le sénal et le synode décernèrent à Pierre les litres de grand , d'empereur ét de de la patrie:.
11 ne fut pas long-temps eu paix. Sops prétexte de venger des marchands russes égorgés dans la ville persane de^ Shamachie, mais en effet pour profiler des troubles intérieurs qui désolaient alors la Perse, il conduisit en personne et accompagné de Timpératrice une armée de 50,000 liojames jusqu'au delà de la mer Caspienne dont il s*assura la domînatioQ par la conquête 'de Derbet^ (1723).
Cependant les travaux et les désordres de sa vie altéraient depnis long-temps sa santé. Il cherchait à s'é-
toiudir par des excès sur la diminution de ses forces. Dans le dernier mois de sa vie, il parcourait encore Pétersbourg , suivi d'un cortège de plus de deux cents mu-, siciens ou hommes ivres, et promenant la débauche dans., les maisons qu'il visitait. On le vit* à cinquante-trois, ans» en habit de matelot » èxécuter publiquement avec sa femme une danse tartare. Tout-*à-coup , an milieu des préparatifs du mariage de sa tille aînée avec le duc de HolsU in-Goltorp, il fut assailli d'une maladie cruelle dont il mourut en douze jours d'atroces douleurs ( 28 janvier 1725). Sa force d'âme en fut abattue, et La soullrance vainquit la fermeté du héros. Ses remords lui rappelèrent la perte de son fils; il crut en voir le spectre* et {Âusieurs . fois on l'entendit crier : « J'ai sacrifié mon sang. » Espérant fléchir le ciel par des actions qui lui fùssent agréables*^
eette naiion; enSo , queVarnée ruste te reerula toujours depuit des aventurier» . les plus habiles et les plus Mtelligens de TEui-ope, » ( ^chhsstTt Uitt9ire,tlu,.
408 BtsToiu «Muix
il délivra quatre cents prisonniers, communia trois foi^ en sept jours et voulut que, sans distinctioa de crojao* ces , on priât pour lai dans tous les temples.
Tandis qrne le czar philosophe expirait dans ces devoir» pieux » Catnerine donnait un spectacle non moins extraordinaire. « Cette esclave couronnée» qui ne savait pas même lire et écrire, remplit dans cette crise, avec autant de force de caractère que de présence d'esprit , les rôles de femme, de veuve, de mère et de marâtre, garda la confiance et ferma les yeux de son redoutable époux» satisfit à toutes les formalités de la douleur» mit le trésor en êùTPiô , gagna les soldats, fit agir à propos le favori Menlikoff» et» presipie ensevelie dans des flots de crêpe» suivant Tusage du pays, se montra partout pleurant» conspirant et régnant. La veille ou désespérait de sa fortune, et le lendemain elle était impérajtrice d« toutes les Russie» » quoique le c/arn*eùt pas disposé de cet immense héritage» et que la loi le déférât» en ce cas , à son petit-fils» seul rejeton du malheureux cxarewijU. » {Ifimontey).
Le prince » dont elle ne se moiitEa poÎQt indigne de porter le sceptre» fut peut-être un, homme extraoïvlinaire plutôt qu'on grand homme dans tonte Facepfion du mot. Il se distingua par d'émineutcs et puissantes facultés plus que par des vertus. Supérieur à sa nation par son esprit et ses connaissances, il conserva dans ses mœurs, toute l'ancienne férocité sarmate* Terrible en ses vengeances » il sut rarement pardonner» et souiUa flm d'up^ fois la dignité de la couronne en repaissant ses yeux de sang et de supplices» en faisant mêmerofflce de bourreau. Par. quelques prétextes qu'on cherche à la pallier , la mort de son fils pèsera éternellement sur sa mémoire. 11 voulut civi^ser ses sujets» maison despote (1)» et non. eu bien-
(1 ) « Despote de nuistaoce , desj)ole par étal , par nécessité , par ascortf^nm <1p , |>ar tempérament , vx ]v:irc(-i^u'h des esclaves U taui bien un niailre! M.ns de quel autre instrunicni que le despotisme pouvait-il se serrir chez un peuple où tout était servit i nie , où les enfans étaient esclaves de leurs pères et les femmes de leurs mari^ j vu ia barbai ie était si grande que les plus éruditsof maieQt compter qQ*«Tac des itoiile» eitliléef ; où les prêtres , greoi <l« reUgioa ,
faiteur de Inhumanité. Ses réformes laissèrent la nation
dans la servitude et ea firent seulenicat un instrument mieux organisé pour la gloire et la puissance du maître. Du reste, c'eût été trop demander sans doute à Thériticr d'un despotisme de tant de siècles que de s'attendre qu'il traTaQlerait pour la liberté (1). C'était beancoup que de remuer tout ce peuple inerte d'esclaves » Êraupea» de bétu qu'U avait , disait-il , habiOées en hommes , et que de dis-^ cipiiner pour de grandes entreprises sa passive obéissance. Pierre a créé l'existence politique de la Russie ; il a préparé à cet empire le premier rang parmi les nations ; c'est là ce qui le place lui-même au premier rang parmi les monarques*
Mais» nous sommes forcés de le dire » quelle différence entre la gloire pure et sainte d*nn bienfaisant législateur * qui fonde la liberté d'un peuple, et celle d'un génie despotique (lout les grandes actions sont accompa<^nées de grandes violences! C'est sans doute un admirable spectacle que celui d'un prince qui, par laforceet la persévérance de sa volonté , transforme une nation tout entière , qui * fonde des villes » des ports > des canaux > des écoles f des . étàblissemens» des manufactures de toute espèce; qui» n^ayant point de flotte , parvient à créer des forces navale» respectables, treule vaisseaux de Hj^ne avec un nombre proporiiouné de frégates et de petits bàlimens , deux cents.
ignoraient te le latin, MVftient à peine UfeetcroopiMaientdan«riYrogneriei o& la pintgrande partie des hommes était abrutie par Umisére , an point de croira . qne le eiel n*était point fiul ponr eni , mais aenlement pour lenrs princes et leun
bojards , pour ces grandf que cependant Von fustigeait publiquement pour vol , sans les dégrader , sans croire leur rang ayili ni par la honte du délit , ni par celle du cbMiment ; cher un peuple dont les Iwan avaient transplanté , d'un seul geste , des milliers de propriétaires du sud au nord et du nord au sud de leur empire ; qui avait souffert , sans murmure , que , dans les rues mùmc de la capitale , on lachAt des ours sur lui pour se divertir j dontles grands remerciaient le prince , lorsqu'au miUeu d un festin , il les battait ou les mutilait par forme dfi paise-temps , etc. » <^ ffùtoù^ de Rouie , par le comte de Sêgur. )
( I ) « On avait conseillé au czar d'abolir l'esclavage , et d introduire dans ses étau nne honnête liberté; mais le naturel des Mosoofites , qui ne se gouvernent que par la eiainte « lat un motif sulBsaiit pour f^etter cette prôposi-^ tion . » ( Mimainê w là Mbêeoyk. l
galères à rames et à voile » et une foule de matelots eipé-» rimentés ; qui 9 n'ayaot point d^armée , en organise une de 120»00d hommes • pourvue de monitions de toute espèce et d*une formidable arlillerie ; qui cutrepreud quatre guerres, et qui, eu leniiiiiaiit une de vingt et un aus» déclare (jutî auratt pu !a soutenir viugl-et-un ans encore mns contracter de dettes, lui qui, à son avènement» n'avait qu un revenu de quelques millions délivres. Une partie de ces prodiges peut s'expliquer par la puissance de Tordre et de Técunoinie. Pierre» qui n'épargnait riea pour la gloire et l'utilité de son empire • se refusait à lui» même toute superfluité. Il a trouvé de grandes ressources dans UiiC meilleure adiiiiuisUatiou des impôts indirects qu*il a commise à des chambres de finances composées <le marchands ciioisis , au lieu qu'auparavant elle était entre les mains des boyards ou des subalternes à qui ceux-ci vendaient les perceptions. U a considéri|blement accru ses revenus» en soumettant le clergé aux impôts comme les laïques, en diminuant le nombre des monastères par l'interdiction des vœux avant cinquante ans, et en réunissant leurs biens au domaine agrandi d'ailleurs par diverses conliscalioris , par la réversion de l'apauage du prince Iwan « et par les conquêtes sur les Suédois > en ouvrant laJB^ussie au commerce étranger et aux trésors, de l'Europe» en substituant un impôt en espèces à une partie des taxes jusque-là perçues en nature. Mais ces moyens économiques et plusieurs autres de même genre ne suffisent pas pour rendre compte des immenses résultats de ce réunie. Despotisme est le grand mot, le mot terrible de cette énigme, a Voyez ce despotisme recrutant son armée d'hommes que les villages lui envoient deux à * deux et à leurs frais ; soldats à un sou par jour payés, seulement tous les quatre mois» et le plus souvent mar*. chant sans solde; esclaves qu'il suffisait de nourrir, se contentant de quelques poi^^nees de seigle ou d'avoine en gruau ou en pain recuit ; mallit ureux qu'on (d)ligeait de vaincre, en dépit des fautes de leurs généraux et sous peme d'être décimés. Voyez-le ne donnant rien à ces serfs^.
©Cr DlX-ULITIKME SIÈCLE. 41 t
enrégimentés pour leur vie^ et en exigeant tout» et^ après vingt et un ans guerre» les forçant à creusa des eanaux » tomme d(e malhenreux eorrédïles*. £coatez ce gémissement sourd et prolongé qui semble s^'éleyer en*
eore de cliaque maison de Taganrock , de Pétersbourg et de ses forts, bâtis par corvées, peuplés par réquisitions. C'fest pour les construire que les babil ans des villages sont allés se relever par moitié de six en six mois. Arra« chés y siiDS aucune considération » à leurs familles , à leurs eharraes p à leurs ateliers » à leurs comptoirs » ils se sont ' rendus à ce long supplice ; ils ont ^availlé sana.paie ; on a forcé les uns de combler des marais et d'y élever des maisons ; les autres , d*y venir subitement établir leur commerce; et tous ces malheureux, surcbar^^és de travaux, ou dépaysés y ont été si mal nourris et abrités, ou établis dans un air si infect , que cent mille se sont engouffrés dans ces abîmes. Parcourez la triste nomencla-. ture de cette foule de tai^esjmposées sur tout et à touteoccasion» pour la guerre, l'amirauté , les recrues, les chevaux employés aux travaux publics , les fours à briques, à chaux, pour les constructions de Pr tersbourg, pour la poste , pour les bureaux , pour les dépenses extraordinaires, pour les contributions, en nature, pour les. reqtti$itions d'hommes et pour leur ratretien , enfin pour les appointemens. des employés; et tant d'autres sur les. moulins , les étangs, les. bains, les ruches , les prés, les jardins; et, dans les villes, sur cliaqiK^ toise carrée de terre dite noire ou non libre; puis, d'autres charges vexatoiros et exorbitantes, les artisans pressurés en raison de leur industrie et de leur bien-être supposé : d'où il résulte qu'ils cachent l'un et l'autre, les. plus laborieux enfouissant leur gain pour le dérober aux nobk^s , et ceux-ct confiant leur or aux banques étrangères pour le dérober^ Jiu czar. Ajoutez à cela toutes les oppressions subalternes, les collecteurs détournant à leur profit les deux tiers de ce qu'ils extorquent , exécutant les insolvables par la torture, abusant horriblement des pouvoirs illimités qui leur sont remis et du droit qu'ils ont d'imposée tous letkt
412 BUTOIRS GÉNÉRiXB
narcliés do pays , de taier à leur gré tontes iortM de
denrées, et de violer les domiciles pour prévenir on dé* couvrir les contraventions. Voyez enfin Tautocrale moDopoiisant tout à son profit , donnant aux espèces dans son empire la valeur qui lui convenait et ne les acceptant des étrangers qae suivant leur valeur intrinsèque » accaparanl l'achat ou la vente de mUle produits indigènes on étran^ gers, soit en taxant subitement diverses scnrtes de marchandises, soit en s'en déclarant l'acquéreur exclusif an taux qui lui plaisait , pour les mettre à un prix exorbitant , dès qu'il s'en trouvait seul en possession ; se constituant le seul nép^ociant de la Russie européenne avec la Chine et la Sibérie , comme aussi le seul monnoyeur le seul marchand de tabac , de talc et de goudron; se dé-i clarant le seul cabaretier d'un empire où régnait sonve* rainement l'ivrognerie , et faisant, par ce monopole» rentrer, chaque année , dans ses mains toutes les paies qui venaient d'en sortir , etc. » ( M, deSégur. ) Pour ai)soudro^ tant de violences, c'est à peine assez, des créations de^ Pierre-le-Grand.
SECTION n.
fivme et Pologne. — Catherine l^, , Pierre II , Anne , Élisabetb Fiene III. Auguste n , Auguste HI. ( 1735-63. )
Catherine ne survécut que deux années à son époux. Son règne , dans sa courte durée , n'offre guère de remarquable que l'aflaire de la succession de Cour^ lande* Cette province , anciennement placée par la concession de Gothard Kettler sous la suzeraineté de la Pologne , arait été occupée par les Russes , dans les dernières guerres du nord. Pierre V'. , dans le dessein de préparer la réunion de cette province à son empire , avait donné en mariage sa nièce Anne Iwanowna au jeune duc Frédéric-Guillaume , encore mineur sous la régence de sop oncle Ferdinand. La mort prématurée du jeu.n^^
hv mX'BximÈMA sibclb. 415
duc déconcerta les projets de Pierre. Comme il n'était pas né d'enfans de ce mariage , Ferdinand , dernier prince de la race de Kedler, pril le (ilre de due de Conrlande. Les Rass«s ae purent le lui contester, mais ils entravèrent da moins sa possession ; et , rentrant eo Goarlande sons prétexte d'aworer le douaire de la duchesse Anne 9 ils s'iemparèrent» à ce titre , des meilleurs bailliages du fief. Cependant la Pologne réclamait en vain ses droits. D'un autre côté, les Courlandais, ne voulant point de Ferdinand pour leur prince , appelaient ie célèbre Maurice de Saxe » fils naturel d'Auguste II et de la comtesse de Konigsmarck; une régence administrait au nom de Ferdinand retiré à Dantzick, et une commission cottsistoriale j^olonaise avait décidé» en 1717 y que les ducs de Gourlande absens seraient censés avoir abdiqué. Dans cette complication d'intérêts, MenzikofT imagina de s approprier le duché de Courlando. Il réussit à faire casser par les états rélection du comte Maurice, mais non à se faire élire lui-même. La mort de Catherine et la disgrâce du favori sous le règne suivant reculèrent encore la soumission de la Courtaude aux ordres de la Russie.
Catherine r% jeune encore» mais avertie de sa mort prochaine par les longues douleurs d'une maladie lente et peut-être d'un empoisouneuient, se noiiimapar testament un héritier. Par une réparation tardive . elle désigna Pierre 11 , hls de ce malheureux Alexis , dont elle avait sans doute hâté la condamnation. Dans le cas où il mourrait sans enfans, elle régla que la couronne passerait à la princesM Anne Petrowna , épouse du duc de Holstein , et à sa postérité. Après Anne , était nommée la princesse Elisabeth , fille de Pierre 1 , et enfin Naialie » fille du czaréwitz Alexis.
Pierre II n'était âgé que de onze ans, lorsqu'il succéda à Catherine, Cette princesse avait ordonné que» jusqu'à l'âge de seize ans» il régnerait soos la tutèle d'un conseil de régence » composé d*Anne et d'Elisabeth, do duc de Holstein , du prince Meozîkoff et de cinq séna* leurs. Maiâce conseil ne fut assemble t^u'une fois, parce
414 HISIOUUB eSRÉAALE
qu'on avait beaoÎB de sa signature pour ratifier le testa*
uieut : après quoi, MeDzikofT, s'emparant de Tautorité suprême et de la pcr&ouiie même du jeune souverain , re^na despoliquemenl. Un parti s'était formé sous le deraier règne pour porter au trôoe la duchesse Anne. L'implacable ministre recherche» persécute, exile tous les membres de cette faction. Abreuvant de dégoûts le duc de Holstein et son épouse » il les force à quitter la Russie. Ayant fiancé sa fille avec le jeune cm , espérant pour son fils la main de la princesse Nalaliu, dans l'orgueil de sa toute-puissance, il semble défler la haine publique el insnller à ses ennemis. Une misérable extorsion de quelques milliers de ducats fut inopinément la cause ou le prétesite de sa disgrâce et de la chute d'un pouvoir qui » après avoir impunément exercé sous trois règnes des proscriptions cruelles et des malversations énormes, se croyait inébranlable. MeozikolT osa intercepter un présent envoyé par Pierre II a sa sœur, disant que le prince était trop jeune pour faire un l)on emploi de son argent. Ce propos rapporté à Pierre II décida la disgrâce du ministre , dont la faveur naissante . du jeune Iwan Dolgoroukt ébranlait déjii le crédit auprès du czar. Exilé d'abord à l^anibourg, ville qu'il avait fait bâtir dans le gouvernement de Voroni je, il se consolait de sa chute par Tespoir de jouir au moins d'un doux L)isii dans la retraite que lui-même s'était préparée, et d'y ronscrvor son opulence , ses liireset ses honneurs, il part , accompagné de toute sa famille , et déployant uu faste royal , qui est comme un avertissement à ses ennemis de redoubler leurs coups et d'achever sa ruine. A peine a-t-il fait quelques lieues » qu*on vient lui redeoiaii* der les insignes de toutes ses dignités et lui annoncer que. dépouillé de ses richesses, il est réduit au simple nécessaire: puis, jeté dans une charrette de voyage, il est conduit captif à Ranibourg où des commissaires lui font ^ son procès et l'exilent à fiérézof en Sibérie. Coupable d'abus de pouvoir, de vexations» de rapines* les prétextes ne manquaient pas à sa sentence ; mais p aux yeux de ses
bu mx-ttcmÈiiE siÈCLSé 4i5
accusateurs el de ses juges, s6d vrai eriraé tùi son pouvoir. Daos rorigine , sa faveur fut peut-être un caprice de Pierre I; mais il la juslilia par uu mérite supérieur, par les services qu*il rendit à la Russie , soit comme général f soit comme homme d'état. Il moolra une âme ferme dans la disgrâce» et sa gloire « eu la consécration du malheur noUemeut supporté.
La domination de Henzîkofffait place à celle desDolgorouki. Le jeune Iwan reçoit la charge de grand-chambellan , qvr avait oup le lîls fie Texilé. Au lieu de la fille de Menzikoil , Ja sœur du nouveau favori est destinée pour épouse à l'empereur. A la célébration des fiançailles va succéder celle du mariage. Le jour approché où les Solgorouki vont s'asseoir sur les degrés du trône; ils sont an foite de la grandeur» lorsque la mort prématurée du czar ( 29 janvier 1750 ) vient confondre leur ambition.
Le iiaul-conseil , le sénat, les généraux s'assemblent pour disposer du s< cptrc. L'occasion semble favorable à celte oligarchie pour mettre le trône dans sa dépendance. Anne Petrowna, duchesse de Holsleio» désignée parle testament de Catherine F. pour succéder à Pierre II» étant morte avant lui , son fils Pierre III » si l'on suivait cette loi de succession , était Théritier présomptif de la couronne, ou hioii elle devait retourner à la branche aînée des Homari()\\ ; mais, dans cette cour où les lois n'étaienl rien sans la force , on ne songea point à l'ordre légitime. L'assembl^/e , dans le dessein d'établir une espèce de république aristocratique, fixa son choix sur Anne Ivomauma $ duchesse-douairière de Courlande » qui accepta le titre d'impératrice aux conditions qu'il plut aux; oligarques de lui imposer. Elles portaient que l'impératrice ne pourrait faire la pai\ uti la guerre , établir aiieun impôt ni conférer aucune charge , ordonner aucune confiscation , disposer des domaines de la couronne ni les aliéner 9 se choisir un époux ou un successeiir» sans l'agrément du conseil souverain. Outre le serment d'observer ces conditions , les députés , qui allèrent en Courlande les porter à la duchesse, exigèrent celui de ne point
416 HytSTOUUK «ÉMÉAAtB
«mener en Rnssie Birm, wa favori et gentilhomme de sa
^ chambre. Anne promit tout et se mit en mesure de ne rien tenir. Conseillée par le chancelier Osterman , elle sema la division dans le haut-conseil et sut y rendre suspects les Dolgorouki ^ principaux auteurs de la capitulation imposée à l'impératrice » en insinuant qu'ils n'a-^ Talent borné le pouvoir de leur souveraine que dans Tintérèt de leur tyrannie. Elle persuada aux classes inférieures de la noblesse que l'accès des grandes charges leur serait fermé tant que le haut-conseil resterait le mailre. Une intrigue habilement ourdie la remit bientôt en possession (le rautorité absolue, et la Russie tomba sous Tinilexible despotisme de Biren , qui commettait de sang-froid d'atroces barbaries y et prétendait s'en justifier ' parlanécesntéy diBait«*il» de traiter ainsi le'peuple russe.
La réaction» qui rendit à l'impératrice sa toute-puis- * sance, entraîna la perte des ])o1goronki. Chargés de plusieurs imputations vagues, ils obtinrent la vie, mais ils furent relégués en Sibérie. Après huit ans d'eiLil, sous prétexte qu'ils entretenaient des correspondances dangereuses avec les étrangers, on leur fit de nouveau leur procès. Les princes Vassili et Iwan» qui avaient joui de la faveur de Pierre II» périrent sur la roue; deux autres Dolgorouki furent écartelés» d'autres eurent la tête tranchée. Ainsi fut presque anéantie par la cruauté du farouche Biren une dts plus anciennes et des plus illuslres maisons de la Russie. Nous ne raconterons point ici les barbaries de cet homme , qui reudil exécrable le règne d'une princesse naturellement douce» mais dont il domina la faiblesse. On ne peut penser sans frémir au nombre des victimes qu'il fit périr dans les supplices ou qu'il confina dans les plus rigoureux exils » à ces exécutions sanglantes* à ces confiscations juridiques, à ces proscriptions effroyables, où l'intérêt de l'état servit trop souvent de voile à la vengeance et à l'avidité spoliatrice. Il semble qu'il eût entrepris de peupler la Sibérie des débris de la noblesse russe. On porte à plus de 20»000 le
• DU DlX-HUITIÉME SII^CLE. 417
nombre des inforUmés qu'il ensevelit dans les déserts de cet affreu pays.
L'adnmiîslralion politiqae de cet impitoyable despote
avait commencé par un acte qui dérogeait au système d'ao^randissement coiislaaimenl suivi par la Russie; riuiperalrice Anne avait renoncé aux provinces conquises sur la Perse par Pierre I. A la vérité, leur possession était dispendieuse et mal assurée; elles exigeaient una garnison de 30»000 hommes • et Thamas Kouli-Ran mo> naçait de les reprendre par les armes. On eut Pair de lea céder pour quelques avantages de commerce, quand on ne les sacriliaiL réellement qu'à la nécessiié. D'ailleurs, d'autres intérêts appekieal l'attention dos Russes du côté de l'occident. Auguste II, roi de Pologne , était mort le 11 février 1735. 11 avait été résolu » dans la dièle de convocation , de donner l'exclusion aux étrangers » et d'élire un roi polonais. Le choix de la diète tomba sur ce même SUmiihu Leezinski, couronné trente ans au para* vant par Charles Xll , et qui depuis, proscrit et exilé, mais honorant son malheur par sa graadeur d'àme , avait vu , par un merveilleuY coup du sort, sa fille monter au trône de France. La Russie » qui lui avait déjà ravi le sceptre » devait le lui ravir encore. Cette puissance favo* risa la candidature de Pélecteur de Saxe t Frédéric^ÀU" gmi» III p tant pour détruire l'influence française, qui était à la Pologne une sauvegarde contre l'ambition de la Russie, que pour s'assurer la cession formelle des dislricîs déjà dv'iachés de la Cuurlande pour son douaire, et la certitude d'obtenir Tinvesliture de ce duché pour le candidat qu'elle présenterait : car tel était le prix dont Frédéric-Auguste s'était engagé à payer sa protection. Deux évéques et quelques nobles ayant protesté contre Péleclion de Stanislas et demandé du secours à l'impératrice, elle feiut de regarder cotte démarche comme le vœu de la nation entière, ci lait entrer une armée en Pologne. Stanislas surpris est obligé de fuir devant les Russes dans un pays qui» d'un suOrage presque unanimCf l'a librement élu pour son souveraio. Retiré à Dantzick,
418 BlSTOUHB GàNÉAALA
faiblemenl §eeouru par la France » voyant la Pologne en
proie aux. Muscoviles , près enfin d'être forcé dans son dernier asile ♦ il s*écljappe à la laveur d'un déguisement et trouifte la fureur du maréchal Munich , qui a mis sa téteà prix. Le générai russe se venge surla ville» qui est liombardée t prise et rançonnée* Les Polonais ^ aa lien de se réunir pour défendre le souverain de leur choix» se divi* sent en partis multipliés» et n'opposent aux oppresseurs de leur patrie que des forces indisciplinées et une résistance inutile, suivie bientôt do leur soumission au roi que la Russie leur impose et dont les droils sont confirmés peu de tem|)s aj)i ( s par l'abdication de Stanislas appelé à régner sur la Lorraine. Ainsi la Russie » au mépris du vœu natio- 4ial» parvint à donner à la Pologne un souverain qu'elle repoussait et que la crainte où il serait toujours de ses sujets devait maintenir dans la dépendance de ses protec-* teurs.
Sur ces entrefaites , mourut le duc Ferdinand , dernier prince de Courlande de la race de Kettler ( 1737 ). I.'iinpérâlrice ayant déclaré son intention de lui donner liiren pour successeur » les étals de Courlande » cédant à la terreur des armes russes » demandèrent eux-mêmes ce favori pour leur souverain » et Auguste II!» fidèle aux honteux engagemens qu'il avait pris » s'empressa de lui donner Tinvestiture. Biren , retenu en Russie par les soins de la ^a^ our c( du gouvernement , ne remplit aucune dos formalités exii^res par les lois de Courlande |i()ur y prendre possession de la souveraineté et ne daigna point se montrer k ses nouveaux sujets. Il n'en fut pas moins reconnu par toute la noblesse courlandaise» qui jadis avait réfusé de le recevoir parmi ses memhres » et par toutes les puissances étrangères.
L'invasion de la Pologne était une violation manifeste du traité du Prutb, en ver!u duquel les Russes ne devaient en aucun temps s'ingi îer dans les alTaires de celte république. La cour de Russie ne s'en tint pas là. £ile sentait que, pour enchaîner entièrement la Pologne» il fallait lui 6(er l'espérance d'être secourue par les Turcs et bu-
M DIX-HOITIÉME SIÉCLB. * 419
niiîier Teinpire ottoman. Pçiidant lt»s premières hostilités, elle avait amusé le divan par de fausses ué^ocialioQS ; mais» dès-lors même , elle concertait le vaste plan d'une guerre oti les armes de la Russie , de F Autriche et de la Perse devaient eovelopper la Turquie de tous les côtés. Toutefois , ce plan ne s'exécuta point. Thàmas Kouli-Kan» après avoir demandé aux Russes , sous prétexte d'attaquer » Tennemi commun, des ingénieurs et des officiers d'artillerie , les employa à la conquête des Indes. Les Turcs, dirigeant tous leurs efforts contre les Autrichiens, obtin— rent de brillans avantages. Les Russes suivirent le dessein de Pierre^le-Grand , d'étendre la domination moscovite jusqu'au rivage delà mer Noire » et de s'établir sur cette mer, tandis que les principales forces des Turcs seraient occupées ailleurs. Mais , harcelés par 100,000 Tartares dans la Crimée (ju ils mirent à feu et k sang, ils n'eurent • que d'inutiles sucées. Tout-à-coup, le maréchal Muuich , changeant son pian de guerre» appela les provinces ottomanes à l'insurrection en annonçant le projet de relever l'empire grec. Ayant conduit son armée dans la Moldavie, ancienne province de cet empire, et dont les habitans coaseiN aient encore la môme religion , il y fut reçu comme un libérateur. 11 se préparait h passer le Danube et à porter la guerre au cœur même de l'empire ottoman, lorsque les choses prirent subitement un aspect inattendu. D'une part, effrayé de Tapproche de Kouli-Kan » qui revenait.de la conquête des Indes» le divan se hâta de consentira la paix que demandaient les Autrichiens vaincus ; deTaulre, les Russes étaient rappelés dans le nord par une guerre iniiuiaeMle avec les Suédois. La Turquie dut à la médiation de la France ( 1759 ) une paix assez honorable par la restitution de toutes les couquctes des Eusses et par Tacquisition de Belgrade» mais funeste par la révocation des conventions antérieures. Le traité du Pruth « cet unique bouclier qui restait à la Pologne » fut anéanti , et ce malheureux pays perdit la dernière sauvegarde qu*il conservât contre Tambiliou de la Russie.
Ce fut un boaueur pour celle puissance que la Suède,