‹ Histoire générale du dix-huitième siècleChapitre 15 sur 26 · niSTOIRE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

niSTOIRE GÉNÉRALE

cédant trop tard aux insligalions de la Fraoce et an sen** tîinent de ses propres injures {voyez h ehapimpréeédmt) ^

ertt aUendu , pour faire éclater ses résolutions liosliles , ](> inoïiicnl où la paix de Belgrade ailitil laisser a ja Russie la libre tlisposilion (!(» foules ses forces. Colles de la Suède, désormais trop inégales, ne pouvaiiul balancer i'immeuse supériorité des Busses» qui eurent presque constamment Favautage dans cette guerre. L'impératrice n^eu devait voir » pour aiosi-dire t que les préludes. Elle mourut le 28 octobre 1740. Quelques semaines auparavaot élail né du mariage de sa nièce Anne avec lepriuce Ahdnne-Vlric de lirunstoick, un enfant (IwanAntonotcùz), qui, souverain au . berceau , était destiné à expier par uuc éternelle prison sa royauté prématurée. La czarioe» docile aux insinuations de Biren , qui voulait s'assurer le pouvoir pendant une longue tutèle , désigna le nouveau né pour son Hoecesseurt et , prête à rendre le dernier soupir, elle signa de sa main mourante un mémoire obtenu par rifjlripjue et par la crainte el dans lequel tous les ordres priaient le favori d'accepter la régence jusqu'à la majorité du jeune prince, qui fut fixée à Fage de dix-sept ans.

Biren t dans son nouveau pouvoir t continua de gou<<vernor par les tortures et par les supplices. Sa tyranoie excitait et bravait la haine universelle. Elle insuUait au père même el à la mère de l'empereur. Tantôt Biren enjoignait au prince Antoine de garder les arrêts et de deniaiiUer la démission de loules ses charges; lauloi il menaçail la princesse Anne de la ^^'n^oyer en Allemagne avec son peîil prince , si i lie faisait la mutine. Ce despotisme arrogariL touchait à sa fin. Munich, élève d'Eugène et de Marlborough » h^ile ingénieur , grand capitainet célèbre parla construction du canal qui joint Pétersbourg à l'ancienne Ijioscovie et par des victoires sur les Polonais , les Tartares et les Turcs , était mécontent du régent qui lui aviii< refusé le lilre de géiu raii>?iiiiie des armées rn'î^-rs. îl trama sa perle de coiicerî iwcv le duc el la due '.esse de Brunswick. Dans la nuii du 18 iioveni— bre 1740 » trompant la vigilance de ses gardes , iï le sur*

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prit dans son lit et le fit charger de chaiues avec toute sa famille. Une commission de sénateurs le déclara criminel d'état et digne de mort ; mais, substituant à la peine capitale celle dé Texil et de la captivité , la princesse Anne, nommée régente , le relégua en Sibérie dans nue Affreuse prison, dont Munich avait luî-raôme (racé le dessin. Cet ambitieux guerrier ne ga^^iia rien à la révolution qu'il avait iaile. Ce titre de geiiéra!i>siiiie où i! nspiniit fut donné au priuce Ulric. Dans sou mécontente meut , il offrit sa démission du poste de premier ministre où il avait été élevé : il eut le chagrin d'être pris au mot* Un plus grand mialheur ràUendait encore » et il allait être victimé d'une nouvelle révolution qui, le 18 décembre 1741, précipita dans les fers l'empereur Iwan , ses pareus, tous ceux qui s'étaient attachés à la lortune de cette famille et tous ces étrangers qui depuis si long-temps gouvernaient l'empire moscovite. La seconde fille de Pierre I , Elisûbeih, moins par ambition que pour s'assurer la liberté de ses plaisirs dans lesquels on voulait la contraindre en lui imposant un époux (le {irince Louis de ftrunswick ) , détrôna le jeune ïwan. Avec soixante grenadiers du régiment de PréoLajenski, elle se rendit la nuit au palais, saiîiif Tempereur dans son berceau , et, prête à le jeter au\ bayotinettes que présentaient les soldats pour le percer , se laissa désarmer par les prières de la nourrice» par un sourire de l'enfànt» et lui laissa la vie» mais pour la traîner dans les fers* On défendit » sous peine de mort , de prononi^er son nom , de garder une seule pièce de monnaie frappée à son image , et il fut enfermé dans une forteresse d'où il ne devait plus sortir. La régente et son époux furent également arrêtés et conduits d'emprisonnemens en emprisonneikiens jusqu'aux rives glacées de la mer Blanche» où la grande-duches'ie termina ses jours eu 1746 f hteureuse de mourir, si elle n*edl laissé son époux et ses filles dans utie captivité qui ne finit que par la morl du prince en 1780. On arrêta également Osierman, Munich , tous ces étrangers qui dominaient la Russie, mais ^,qui elle devait sa grandeur. Les vétérans qui avaient

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mis sur le trône une princesse uniquement élevée dans lesnuiuis du l>i>ys , lui doniandaient pour toute réconij)ense le massacre des Allemands. D'etlroyables sentences lurent portées coulre les personnages les plu^ dislkigaés du dernier r^oe. Conduits à Téchafaud > les uns pour y être éçartelés» les antres pour y être roués Tifs», ils y reçurent grâce de la vie « mijis pour aller langjair en d'affreux exils » Osterman dans le désert où Menzikoff était mort , Munich dans la prison ( onslruile pour liireii sur ses propres dessins, et où celui-ci le vit entrer, en en sortant iMi-mème pour un exil plus doux. Le vice-chancelier Golofkine , le seul russe qui eût occupé un poste ^leTé dans Tadministration delà régente et qui, peu de jours, levant la chûte de cette princesse • conspirait liyec elle pour la faire proclamer impératrice» fut relégué au-delà du cercle polaire. D'autres proscrits eurent d'aussi tristes, destinées.

« Jamais , dans unel«»t , révoluliou ne fui [ilus générale, ni plus prompte. Dans toutes les villes russes, les étrangers furent poursuivis, quelques-uns massacrés. Ceux qui servaient à l'armée ne durent là vie qu'à leur nombre, à leur réunion et à leur intrépi4ité« L9, plupart se pressèrent d'abandonner cet empire et de passer cbez des nations plus reconnaissantes: tels furent Reith , Lascy, Loweiidal, qui trouvèrent ailh urs les honneurs et la gloire; Mansfeld , aide-de-camp de Munich , et qui l'avait suivi dans toutes ses campagnes; Euler, dont les travaux ajoutèrent une n<>iavelle célébrité k l'académie de Berlin, l^es anciennes mœurs russes reprirent aussitôt leur cours. Partout l'ignorance et la barbarie reparurent avec la Ta* nité. Un luxe sans bornes continua de régner dans un, pays où manquèrent hientôt les arts nécessaires. Les vastes projets formés sous l'aduiinisfration des étrangers restaient encore dans la mémoire des Russes. Ils voulait i»t avoir une esqadre à l'eiLlrémUéde TAsie, aiind'y décou-. Trir de nouvelles terres» et ils n'avaiept plps un pilote â| J^étersbpurg. Us, se croyaient destinés, à, co|iqué|ir

inonde, et, dénués des talions qui les avaient conduits^ lis ne savaient plus assiéger une ville.

« Elisabeth» douce plutôt qae clémente, avaii fait serment de ne punir personne de mort ; mais cette iiidiil> gence coostsiait nnitittenient dans une horreur snperstitîeuse de tout ee qui poavait lui rappeler l'idée de la mort. C'était aiiu d'en écarter jusqu'à la moindre pensée, qu'elle n'osait en signer Tordre pour uu criuiineK Mais, pourvu que le sang ne lut point versé, les ordres. les plus sévères, s*ils. étaient demandés par un favori» ne coûtaient rien à^la bonté de soa cœur. Elle laissait exercer dans tout soa empire une efirojaMe tyrannie», et les. cachots étaient peuplés d^lne multitude de malheureux. Tout était eu proie aux vexations et aux brigandages des gouverneurs. Cependant l'inipéralrice était adorée; et, quoique sous les derniers règnes les étrangers eûssent, rendu Le gouv^ernemeot entièrement militaire, bientôt, sous le joug d*iiiie- princesse^ russe- ^ superstitieuse à la. manière dji pays, et qui suiyjdt eu tout les. anciennes, mœurs» on vit reparaître cet ancien esclavage volonlaire», cette espèce de religion qui avait le souverain pour objet de son culte... Pierpe-le-Grand. n'avaii pris en main la puissance du patriarche que pour la détruire; mais, sous le règne d'Elisabeth » jointe à l'aulorité impériale , elle la rendit encore plns.sacrée. Le synode ou. conseil des prêtres se fit gloire de considérer la. ciarine* comme chef de la religion » et le despotisme fui encore agrayédu.pou«» yoir même qui autrefois l'avait balancé. Ainsi les> Russes, retournaient par la pente invincible de leurs moeurs à la servit udjc religieuse , et formés en même temps au despotisme militaire, ils étaient parvenus au plus bas degré d'esclavagid qui ait jamais .é^ ch^. les hommes* n.

Un esprit paresseux.» un- earaclère léger-et facile» un goût ardent pour les plaisirs , rendaient l'impératrice incapable d'applicalion aux affaires. Be$tmheff , russe da nation , mais élevé à Londres et vendu à TAngleterre , homme profondément immoral.» perdu de iui^e commft;

le furent tous les courîisans sous ce règne , et disposé à entrainer son pays dans tous les projets qui ponrraiait serrir sou insatiable cupidité « s'empara de la confiance d'Elisabeth. Selon lui, l'état naturel de la Russie était la guerre ; elle deyait tout sabordouuer au but de régner au dehors par la terreur et avoir toujours sur ses frontières 100,000 lionimes prêts à fondre sur l'Europe. Faisant par-là rechercher l'alliance de sa cour, il eu trafiquait à son profit personnel. Quoique les intrigues de l'ambassadeur français eussent contribué à la dernière révolution , Beslucheff négligea l'alliance de la France» protectrice de la Suède et de la Pologne » pour celle de TAutriche et de TAngleterre. L^ambadsadeur de France , LaChétardie, et un chirurgien français, nommé Lestocq , avaient été les agens les plus actifs de l'intrigue qui avait prépar<^ r<^lévatîon d'Elisabeth. L'impératrice leur avait d'abord témoigné sa juste reconnaissance. Mais bientôt Beslucheff réussit à les lui rendre suspéet s. L'ambassadeur eut ordre de s'éloigner'» et Lestocq fut exilé dans la province d*ArchangeL

La guerre contre les Suédois, poursuivie avec succè» sous le règne d'iwan , continua sous Elisabeth. Après des négociations infructueuses, suivies de menées plus efficaces pour semer la division dans l'armée suédoise , les Russes l'enfermèrent dans Helsingford et la réduisirent à capituler. La diète suédoise demanda la paix et crut obtenir des conditions plus modérées en offrant la succession éventuelle de la couronne de Suède au jeune duc Pierre de Holstein-GfOttorp , neveu de Fimpérâtrice; Mais G'étfte princesse qui ne régnait qu'au préjudice de ce jeune iioinrn( , fils de sa sœur aînée, et qui craignait qu'il ne fût quelque jour appelé par un parfi , venait de Tappe'er d'elle-même à St.-Pétersbourg et de le désigner pOur sou héritier. La veille dtt jour où les àmbassâeurs suédois vinrent lui offrir la couronne de leur pays» il avait , j^oûr son malheur» accepté la succession d'Elisabeth. A sote défaut» la diète de Stockholm élut Adolpbe^Frédérie» évéquede Lubeck, de la même maiion.de Hoislein. Les

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Russes n'en exigèrent pas moins , par le traité d'Aho (juiQ 1743)» quelques dictricts de la Finiandey ainsi qu'âne alliance défensive entièrement à leur avantage , el ils prirent sor la Snède nne influence telle » qu'ils parent regarder , à pen de chose près » cette contrée comme une

de leurs provinces.

Ils tcD aient la Pologne dans la nxême depeuciance. Auguste IIl , roi de ce pays depuis 1755, prince d*une tigure imposante, mais d'un esprit si indolent et si borné qa'il n'avait pu apprendre la langue de son royaiime, , passait tout son temps à la chasse et abandonnait le soin des affaires de Saxe et de Pologne an comte de BruU» ministre dilapidateur d'un roi désœuvré , dont il conservait la faveur imméritée en lui prodiguant les respects serviles de la plus rampaule adulation , et en fournissant à ses profusions qu'il surpassait de bien loin lui-même par sa folle magnificence. Aussi, en Saxe, il gréva la banque de l'état de plus de billets qu'elle n'avait de fonds* et f en Pologne » il mit à l'encan (ous les emplois de la république. Le roi , trouvant ddns les forêts dé son électorat une chasse plus agréable que dans les forets de son royaume , préférait le séjour de Dresde à celui de Varsovie. 3Iais le ministère polonais ne pouvant avoir d'activité que par la présence du roi , la diète et le conseil du âénat ne pouvant s'assembler que sur nne convocation royale , ses longues abseinces laissaient là république dans une complète inaction. Là Toi qui obligeait de convoquer une diète tons les deux ans le rappelait à cette époque. Mais , après quelques séances tumultueuses , Toppositioii de quel (] lie lionce forçait la diète à se dissoudre. Pendant les trente années de ce règne » elle fut toujours vainement assemblée , et la Pologne restiai sans administration. Il n'existait aucun pouvoir lé^ntîme pour demander compté M 'd'e là pèrbeption des impôts ; ni de l'état des troupes. Lè trésor était vide, la république sans défense. La subordination à la Russie était une consé(|uen( e (oi cée de cette anarchie de la Pologuo. Aussi le roi et son favori s'étudiaient-iis à complaire à Timpératrice et à son

0igitiz6cl%

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ministère Âncan péril immédiat n'averlissant la nation qu'elle était désarmée, elle sommeillait dans cet avilissement voilé par une trompeuse' aj» pareil ce de prospérité. On laissait tomber les ctablissenieus qui eutretenaientaulre^ fois l'esprit militaire » et la noblesse ne pouvait offrir aux premiers dangers qai menaceraient le pays qu'un amas de gens intrépides sans doute, mais^saps armes y sang discipline» également incapables de commander et d'obéir.

La plupart des Polonais , séduits par les douceurs de cette anarchie où le frein des lois n'était plus sensible , la reïjardaieiit comme le plus heureux et le meilleur régime qu'il j eût au monde. Mais les plus éclairés sentaient qu« cet état précaire et bizarre ne pouvait durer long-» temps. Mécontensde la conr« ils formaient deux factions qui désiraient une réforme , mais malheureusement dans un but et par des moyens tout contraires. Une de ces faclious , que dirii^ea long-temps la puissante maison des Poioi ki , tout en reconnaissant la nécessité absolue d'abolir dciiis les diètes la folle lui deTunanimité , pensait que, dans l'état présent des choses, établir la pluralité dessuffrages » ce serait établir le despotism^e du roi » qui ». disposant de toutes les grâces, aurait un infaillible moyen de gagner le plus grand mpmbre des députés. Elle youlail donc , en abrogeant la loi de Tunanimité , élever une autre barrière contre Taulorilc ro}al»' {)ar la création d'un conseil permanent el souverain , qui aurait la nomination à tous les emplois. Du reste , elle gardait ses desseins^ secrets et en ajournait l'exécution à l'interrègne , époque toujours marquée pour les réformes législatives. Une autre faction • alors beaucoup plus puissante et plus acr créditée à la cour, celle des princes Cxartorinskif méditait une réforme ou plutôt une révolution bien différente.^ Peiisanf (|ue la Pologne était trop vaste, ses mœurs trop dégéiu ri vs, ses voisins trop redoutables pour qu'elle piÛ avec sécurité rester sous un régime républicain» les* Czartorinski Toulaient changer son gouvernement en une véritable monarchie » abolir Tunanimité, accroître les. {trérogatives royales , rendre la. couronne héréditaire «,.

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restreindre l'autorité des premiers emplois , augmenter celle des tribunaux, abaisser la puissance des grandes maisons, projet qu'ils suivaient avec d'autant plus d'artifice » qu'ils oourrissaient le secret espoir de former cette monarchie pour eux-mêmes , qu'un pareil changement devait révolter une nation si jalouse de sa liberté » et quMls osaient se flatter d'employer à Vj contraindre le concours même de la Russie et les forces qu'elle leur conlieiait sans en soupçonner l'usage.

Tel é!ait depuis vingt ans sous Auguste III l'état de la Pologne, iorsqu'éclata la guerre de sept ans ( 1756). Un de ses premiers et plus importans événemens fut l'invasion de la Saie par les Prussiens et la fuite d'Auguste III en Pologne. Aussiti^t , à Tenvi Tune de Tautre, les deux factions rivales, saisissant ce prétexte de confédérer la république, proposèrent à leur roi 100,000 Polonais pour la délivrance de ses états héréditaires. Le comte de Bruhl, qui tremblait de voir la nation se rassembler sous l'autorité de l'un ou de l'autre parti , préférait le secours d'une armée russe et sollicitait l'impératrice d'entrer dans la ligue/ormée contre le roi de Prusse. Cependant Elisabeth refusait de prendre part à la guerre. Sa douceur, sa timidité, ses scrupules lui tenaient lieu, en telle occasion , d'une sage politique. Elle frémissait en songeant que d'une seule signature elle pouvait faire couler des flots de sang humain. Pour vaincre sa résistance» il fallut mettre en jeu sa vanité de femme et lui persuader que sa personne et ses mœurs étaient l'objet des outrageante» railleries du roi de Prusse. Alors elle signa , quoiqu'en pleurant, la déclaration de guerre qu'on lui arrachait, et 100,000 Russes , destinés à combattre les Prussiens , traversèrent la Pologne, sans avoir même demandé le passage. Nous renvoyons , pour le détail des hostilités » 9U Chapitre VI, où elles sont exposées avec quelques dévdoppemens. Nous nous bornerons à faire observer ici que cette guerre à laquelle les Russes devaient , ce semble , rester étrangers , eut pour résullat d'augmenter leur Ç^l^^/umée militaire et leur ascendant politique.. £lle eut p.

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au contraire , de fâcheux effets pour les Polonais par le prétexte qu'elle donna à la Russie do détruire Tinfluencc française daas leur république et de violer impunément leur territoire par le passage continael de ses troupes* fieslucheff avait le plos contribué à y entraîner Timpératrice. Mais ce fut le dernier effort de ton crédit. En 1757 , ce ministre, tout-puissant durant dix-sept années * avait encouru la Jéiiance et le courroux de sa souveraine, et , depouilli- (le toutes ses charges* il avait été relégué dans une de ses Icitos.

Le roi de Prusse était près d'être accablé par le nombre de ses ennemis, lorsqu^Ëiisabeth mourui le 29 décembre 1761. Dès long-temps elle avait désigné pour son successeur le grand-^uc Pierre , son neveu. Hais» depuis, ce prince était tombé dans la disgrftce de sa tante ; on ne saMiil s'il tiait déshérité. Il avail été question, dar)s le consoil secret, de lui substituer son fils et de delérer la régence à sa femme. Le trùne parut un moment vacant , el Pétersbuurg attendait dans un morne silence le souverain qu*il plairait aux gardes de lui donner. Quelques favoris 9 en proclamant Pierre III f fixèrent les incertitudes ; toute la cour salua le nouvel empereur. Il semble que la fortune ait voulu ramasser sur ce prince tous ses dons, puis toutes ses rigueurs. Réunissant aux avantages de la jeunesse , d'une fi^^ure noble , d'une taille imposante, le sang de Charles Xll el de Pierre I, on le voit appelé à choisir entre deux couronnes. Une princesse capable par ses talens et par sa beauté d'ajouter à Péclat du plus brillant diadème» Catherine itAnhàlt^Zerbsit lui est donnée pour épouse. La veille de ses noces , il est atteint de cette affreuse maladie qui laisse son empreinte ineffaçable sur les traits défiirurc^. Bientôt Catherine ne tient plus à lui que par Pambilion de porter un sceptre. Le dugoût , la haine , de scandaleuses dissensions les séparent. Ceux qui voulaient écarter Pierre du trône excitent son ardeur pour la débatiche et le rendent odieux à Pitnpéràtrice.- Elbigilé du cabinet et du conseil d'état » entouré d^esj^ions, n'ayant de liberté que pour se livrer à des goûts dissolus oUt

bizarres» il se consolait de ses chagrios dans la société d'une maîtresse improdente ou dans ses parades militaires d'Oranientiaum. Epris d'une admiration romanesqiie

pour Frédéric-le-Grand» à qui Elisabeth faisait la guerre» ii s'iiouorail d a>oir élé lieutenant au service de Prusse. Il vantait les belles manœuvres de son héros , singeait toutes ses habitudes, et semblait désirer la délaile de |a nation qu*il était appelé à gouverner. Fier de son régi> ment de Holsteinois^ il ne pouvait déguiser son mépris pour les gardes russes. Ses travers > ses propos » sea déréglemens^ dénoncés à sa tante, aigrissaient contre lui le niécontcnteiueut de celîe princesse; et , à la mort d'Elisabelli, les passions qui fermentaient dans le palais pouvaient taire craindre quelque changement funeste à Pierre 111 , lorsqu'un moment de résolution retarda la triste destinée qui Tattendail.

Le règne de ce prince , que Rulhière représente comme en démence, et qui, selon les expressions d*un autre historien ( Alalii^l du Pan ) , n'a peut-êlrc élé connu en Lurojic que par les calomnies de ses assassins , commença par quelques actions où il entrait de la jusiice et de ia grandeur. 11 rappela de Sibérie tous ces illustres exilés qui avaient fait autrefois la gloire de Tempire russe. L'empereur affecta d'oublier les injures qu'il avait reçues comme grand-duc , et combla de bienfaits plusieurs de ses ennemis. On lui a justement reproché des écarts impardonnables , des excès dignes de 1 ancienne bai uarie moscovite, qu'on n'aurait pas remarqués du Iciiips de Pierre 1» mais qui répugnaient aux nouvelles mœurs. Il ne sut pas renfermer dans les bornes convenables son respect pour le roi de Prusse» qu'il appelait ordinairement h Bùi mon matlre ; et lorsque » à peine monté sur le trône» il restitua à ce prince , sans aucune condition , foutes les conquêtes des armes russes , il ii: 'a oy Lon marché du sang dont elles étaient le pri\ ei des intérèJs de Tempire. On prétend qu'il roulait une foule de projets propres à bouleverser le système de rEuro;,je , qu'il voulait faire une alliance des princes de la maison de Uoistein contre

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ceux de la maison de Aoarbon , balancer la ligue des

puissances du midi par la icdeialiou de celles du nord » rendre le royaume de Tologne béredilaire , en réformer la eonslituiion et le doiuier au prince Henri de Prusse. Il est au moins certain qu'il songeait à recouvrer le Sles— wtek et les domaines qui autrefois avaient fait partie de riiéritage des ducs de Holsteini et que ses prétentions et même ses préparatifs à ce sujet inquiétaient vivement le Danemarck et TEmpire» « Mais , dit Lévesqne , ce ne soiii jloint ces desseins d'une ankliiûoii peu éclairée qui maKjuenl le règne de Pierre III; c'est le bien que de sages conseils lui ont fait faire à la Kussie, et qui doit eOacer le souvenir de ses vices. La crainte des maux qu'ils auraient pu causer à l'état a eéssé avec lui ; mais les Russes jouissent encore de ses bienfaits et doivent c«msacrer le souvenir de leur bienfaiteur. » Il abolit cette horrible cbancellerie secrète, dont le nom seul faisait trembler les citoyens, celte infâme inquisition d'étal k laquelle un fils pouvait dénoncer son père, une femme son époux, un esclave son maître , et qui condamnait les accusés sans les avoir entendus. La question destinée à obtenir la révélation des crimes fut supprimée, ainsi qu'une commission établie par Timpératrice Elisabeth pour juger les causes extraordinaires , et il fut ordonné que toutes les allaires fussent décidées d'après les lois. Pierre améliora les cours de justice et institua un tribunal cliargé de la police génende de tout l'empire. Il lit des changemens considérables dans le militaire ; il exerça ses troupes à la tactique prussienne, qu'il regardait avec raison comme la meilleure que Ton connût; il introduisit une discipline mieux entendue « et abolit pour les soldats les traitemens trop inhumainsdont on châtiait leurs fautes, eî pour les ofOciers les punitions incon:j)atil)les avec les seaiimeiiïj d'honneur nécessaires dans leur éîat. Il >()ul<iit licencier les gardes qui s'étaient rendus les maîtres du trône, comme autrefois les strélitz. En même temps, il travaillait à releyer le commerce et la marine marcbande de la Russie , et , persuadé que cette partie essentielle de

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la {liNispérité d*un étal ne peut fleurir qu'autant qu'elle est libre» il diminua lesentraveâ qui Tavaient gênée jusqu'alors. Les richesses immenses du clergé lui paraissaient un capital mort, qui pouvait ôire employé plus utilement pour le peuple, et particulièrement pour le commerce. 11 se proposait de séculariser les biens d'église • et de les réuuir aux domaines de la couronne ; les ecclésiastiques devaient être pensionnés désormais « et, pour diminuer le nombre des moines, il eût été défendu aux maisons religieuses de recevoir des novices qui n'auraient pas atteini l'Asie de trente ans ; projets que sa fin précipitée lie lui hiissa pas îe temps d'accomplir, mais qui furent exécutés par Catherine 11. 11 lira la noblesse de Tétat de contrainte et d'assujétissement où elle était depuis le règne d'Iwan Basilowilz» et permit à tous les gentilshommes de son empire de voyager dans les pays étrangers, sans avoir ' besoin , comme auparavant , de demander Taveu du czar; il leur accorda la faculté de prendre du service chez toutes les puissances qui ne seraient pas en jiuerre avec, la Russie , et la liberté illimitée de disposer de leurs biens. Il rendit aussi diverses ordonnances favorables au peuple, entr'autre^ celle qui diminuait irrévocablement le prix du seL II projetait l'affrancbissement des serfs. Enfin , lés nombreuses améliorations qui signalèrent son règne de quelques mois annonçaient le continuateur de l'œuvre de Pien e-le-Grand ; et , s'il n'avait pas le géuie de son aïeul, il en avait au moins les bonnes intenlions. Une soudaine ci tragique catastrophe Tarrèta dans le cours de ses uliies desseins.

Il est remarquable que le moderne empire russe présente presque à sa naissance le même spectacle que l'empire romain dans sa décadence. Depuis Pierre-le-Grand , dans une succession de cinq à si\ souverains en moins de quarante années, on voit une troupe de soldais preuji ieus donner ou ôter plusieurs fois la couronne. Catherine, à peine appelée en Russie, avait mis dans ces satellites toutes ses espérances contre un époux qu^elle avait promptemeni cessé d'ûmer, qu*eUe outrageait par des amours

coupables, et doul elle méditait la luioe» loiig-lemps avant qu'il fûl sur le trône. Au lit de mort d'Elisabeth , les deux époux » mandés en présence de Timpératriee expirante» avaient pistru se réconcilier. Maison redoublement d*aversion n*avait pas tardé à les désunir. De sa re* Ir.iiti' de Pétershoir, Catherine épiait toutes les demarclies du c/ar. Son unique élude était de gaj^nor les cœurs qu'éloignaient de lui des n lormcs , louables à la vérité, mais précipitées, son mépris pour les liusses et sa prédilection pour les Allemands. £n conspirant contre l'époux qu'elle offensait» elle avait l'art de se faire plaindre comme une victime de sa jalouse tyrannie ; élevée dans les usages de r Allemagne, elle flattait la barbarie moscovite; ennemie de la supcrslilion et imbue des doctrines des pbilosopbcs , elle s'astreign.ul >4 1 upuleusemeut aux pratiques les plus minutieuses de l'église grecque. Peu à peu elle attirait à son parti les lamiliers même de l'empereur ; ell6 devenait maîtresse de ses secrets et en quelque sorte de ses actions. Car» non contens de trahir la confiance de leur souverain , quelques-uns de ces lâches courtisans encourageaient perfidement ses goûts et ses desseins les plus contraires aux préjugés nationaux, et le chargeaient d'uue baiue doiil ils venaient se vanter auprès de Catherine.

Pierre, par ses imprudences, hâta la fatale catastrophe. Tandis que Soltikoff^ JPoniatowski , et , en dernier lieu» Grégaire Orloff, se succédaient dans l'amour de rimpéralrice » le czar» lui rendant adultère pour adultère» s*était attaché à la comtesse de Woronzow» et laissait même éclater parfois le dessein de partager son trône avec elle. En même temps, se ci ojaut condamné par la nature à un hymen stérile et désavouant le jeune grandduc, Paul Pétrowilz » dont il attribuait la naissance à Sollikoff, il forma le projet de se donner un autre successeur. Il jela les yeux sur ce malheureux Iwan qui , détrôné par Elisabeth » languissait depuis vingt ans dans une forteresse. Il alla le voir secrètement , parut s'altendiij MJi ses longues infortunes, et ordonna de construire un pa\ iiiou plus commode pour recevoir le prisonnier.

Catherine » préparant uoe excuse au sort qu^elIe réservait à Sun époux , fit répandre le bruit que ce bâtiment était destiné pour elle-même. L'entrevue de Pieire et d'ïwaa Tavait avertie de porter prompteraent le coup qu'elle méditait. Ses principaux inslrumens furenl Grégoire Orhff, dont les frères servaient dans les gardes qu'il corrompit par leur mojen » et une jeune femme de dix-neuf ans, intrigante et hardie» la princesse Do^c^/T*, qui, avec le comte Panuie , gouverneur du prince Paul, fit des recrues parmi les grands. Ea;re les personnages influens liés à la conspiratiou , on disûaguail Phelmau des Cosa- * ques de la petite Russie , Cyrille RazumoiTski , le majorgénéral des gardes Wolkonski , et l'archevêque de Nowogorod f ingrat aux bienfaits de l'empereur qui venait de le tirer de l'exil. Pierre , s'apprétant à faire la guerre au Danemarck au sujet du duché de SIeswick, était sur le point de partir pour Revel , d'où sa Hotte devait le transporter à l'année qui l'aUendail eu Pomérauie. 11 voulait auparavant céi.ébrer à Pétershoff la fête de St. -Pierre , à la suite de laquelle l'impératrice devait être arrêtée. Mais elle le prévint. S'échappant soudainement de sa retraite dans la nuit du S juillet 1762» elle se rend à Pêtersbourg, et marche au quartier dés gardes d'Ismaîloffl Mes amis , leur dit-elle , le czar, celte nuit même, a do)uié l'ordre de me tuer, moi et mon fils; nous venons nous jeter entre vos bras. Tous jurenl de mourir pour sa cieiciise et le prêtre du régiment reçoit leur serment sur le cruciiix. Quelques voix la proclament régente: Il ne faut pas faire Vouwage à démit s'écrie Orloff; le ftemier qmpnmmcera le mot de 'régence, je le poignarderai de ma main. Les gardes Séménouski et Préobajenski et, bientôt après, le régiiuent d'arlillerie suivent l'impulsion donuce, et Calîicriuo , déjà environnée de dix mille hoininos d t liu» eî accompagnée d'un nombreux cortège de peuple, se rend à l'église de Casan , où l'archevêque de Nowogorod Patteudait à l'autel en habits pontificaux. U lui place U couronne impériale sur le front» la proclame-souveraine de toutes les Rossies, et déclare le jeune grajoid^dnc » Paul Petrowitz , sou suc-

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4S4 RISTOULE GÉllèllALfi

cesseur. Calherinc II est installée dans le palais de Péters-' bourg, et Pierre, (iaits Oraiiiejibaurn , refuse encore de croire à la révoluliou. Gaîmeiil , en voilure élégaote, avec sa maîtresse , ses favoris et des femmes de la coar» il prend le chemin de Pétershoiï. 11 arrive» et ne peut jAus douter de PéTasioD de Catherine. Bientôt on message trop sAr lui confirme la nouyelle et les progrès de la révolte. Use trouble , il hésite, perd le temps à s'emporter eu imprécations contre Catherine ou à dicter des manifesles. 11 se sou> ient enliiuprii a laissé 5,000 Holsteiuois à Oranienbaum el leur envoie Tordre de le joindre avec leur artillerie. Soudain un héros qui lui doit son rappel de la Sibérie» le vieux Munich se présente» ^t relève son courage par de sages et mâles consrils. Mais Catherine 6*avance avec des forces considérables. Pierre de nouveau s'intimide avec les femmes qui demandent à regagner Oianienbauni. Munich représente que c'est un lieu sans défense; que si on n'ose aller combattre les relj* 11- s , il faut au moins chercher coutr'eux un sûr as} le; qu ou le trouvera dansCronstadt, avec une floUe redoutable» une nombreuse garnison fidèle encore^ et que de là on pourra faire aisément l'entrer Pélersbourg dans le devoir. Mais» quelques heures après» Catherine est reconnue dans CroDstadt, comme dans la capitale. Quand Pierre se présente, les canons sont braqués sur le rivage contre ses yachts. Prince, lui dit son aide-de-camp Goudowitz » $aule:i à terre ; on n'osera faire feu , et Cronstadt est encore à vou9* Mais le czar éperdu recule» et donne Tordre de s'éloignera force de rames. Reste encore , pour dernier parti» de joindre l'escadre qui stationne à Revel» de passer sur un de ses vaisseaux en Poméranie et de rentrer en Uiissie à la tête de l'armée. Les rameurs , disent les l'enimes et les courtisans , n^auront point assez d ' force pour gcrgner licief. — Lh b'im ! s'écrie l'intrépide Munich , nous rainerons tous avec eux, Pierre , sourd aux exhortations du vieux guerrier, se fait ramener à Oranienbaum. Là » ses Holsteioois l'assurent de leur fidélité » de leur dévouement» et implorent à genoux la grâce d'al-

1er se f«iire lucr pour lui. Au lieu de tenter la foriuae d'un combat, il écrit à i'impéralrice une ledre piisilla- Dime où 9 implorasàl sa merci, il offrait de lui céder la couroane, ne demandant qu'une pension » avec la liberté de retourner en Allemagne. Ne recevant pas de .réponse » il se détermine» sur les conseik perfides du chambellan Ismailoll , qu'il a chargé de son message, à quitter ses troupes et à se remettre aux mains de Calheriac, dont le (railre lui proiiu t un favorable accueil, tandis que, s'il tarde » ses jours sont en péril. A peine s'esl-il livre avec une aveugle confiance , que , dépouillé de ses insignes et desesvètemens» il est abandonné, presque nu , aux outrages de la soldatesque. Transporté -secrètement dans une maison de campagne de l'hetman Razumoffskî , il y est eD4)ois(>iiné et élraiiglé par un des Orloii (Alexis,, , un ofûcier nommé Téploil" cl un des prinee;» Uaraliaski. Catherine, le crime consommé , dîna en public, comme à l'ordinaire, et tint sa cour avec gailé. Le lendemain , lorsqu'elle se fit annoncer la nonvelle qu'elle feignait d'ignorer, elle versa des larmes hypocrites. Renfermée dans son appartement, elle donna durant plusieurs jours des marques de la plus profonde douleur. Cependant une déclarai ion officielle aiiaouiaii que le priaee était mort d'une colique hémorroidale. Pendant trois jours, son corps lut exposé aux regards du peuple. Les marques de la violence et de rempoisonnement étaient visibles. ]\lais les coupables se crurent moins intéressés à cacher le crime qu'à prévenir, par la certitude de la mort du prince , des mouvemens dangereux elles tentatives des imposteurs qui , cus'emparaul de sou nom, auraient pu agiter Fem^iic.

SECTlOiX m.

Russie et Pologne. — Catlierine Jl (i76â-96 )i Stanblas-Âuguste

Le deuil public accompagna les funérailles de Pierre III, Le peuple et les soldats, touchés de sa fin tragique, s'é-

I$6 HiSTOIHE Gé!liBÀL«

tounaionf , non snns qiH^lque indignation, d'avoir sacrifié h* pe(il-tiU de Pierre-le-Graud à uue princesse allemande* Catlierine ^ntaît qu*il lui iraporlaii les distraire de celte pensée par un règne éclatant et par des entreprises grandes el henreuses. Hais» avant de précipiter dans la carrière des conquêtes son ambition et rorgaeil de ses sujets, il lui fallait remplit le vide laissé dans ses armées et dans son in sor par la cruelle guerre de sept ans. Ajirès que le trailé d*Hubcrstbourg eut confirmé la paix que Pierre ill avait déjà donnée à la Russie en rappelant les troupes qui servaient contre le roi de Prusse , Catherine parut se Kvter tout entière à l'administration de son vaste empire. Le commerce^ la marine» les finances surtout furent Tobjet de son attention , et , malgré le luxe asîafique qu'elle trouva établi à la cour de Russie et dont elle continua le fastueux i iala^c pour tromper les nations sur le vérilablc état de ses ressources , elle accrut coosidémblement ses revenus. Cependant elle se ménageait entre les principales puissances de TEurope. Elle témoignait une prédilection particulière à PAngl^erre» mais sans se déclarer contre la France; elle sembla d'abord vouloir quitter FalHance de la Prusse^ mais elle ne prit point parli j our Marie-Thérèse. Elle observail , e!, en altendant, H li)rî l'expression de Munich, elle se conduisait comme une coquette halnle avec les princes étrangers.

Le vieux maréchal, qu'elle avait réconcilié avec son usurpation » et Bestuchetr, qu'elle avait rappelé de Texil» l'entretenaient de projets gigantesques trop conformes à ses propres inclinations. Ce fut sur le imhé de Cùurlande qu'elle fit Tessaî de sa puissance. Pendant le long exil de fh'ren, les états de Courinnde le regardant , même d'après les insiiiualions du cabinet russe , c«mme mort c\\ ileiuent et déchu de tous ses droits, avaient élu à sa ])lace le due Charles de Saxe, troisième fils du roi de Pologne. Ayant pour lui le choix légal des états » Tbommage libre de la noblesse, l'amour de ses sujets» l'investiture solennelle du roi et delà république de Pologne» il semblait n'avoir rieu à craindre de la concurrence d^un rival qili n'avait

DU mX-HUtTIÉME SIÈCLE. 45T

laissé daos les €<£urs que le souyeaiv de ses cruaulés^ Maifl Gatberiae voulait un duc qiû gouvernât la Courlande sons les ordresi de la Russie* N*aja&l pu corrompre par ses émissaires la noblesse courlandaise et la soulever coa-^ tre le duc Charles , elle appuya d'une armée les prétentions de Biren. Charles fut outrageusement chassé de Millau» Bireo élu pour la seconde fois sous la proleclion des armes russes, et le roi de Pologne forcé de donner l'investiture de la Gourlande au spoliateur de son fils. . La dictature que Catherine affectait sur çe duché , elle* se Farrogea bienUU sur la Vdoan»^ dont le trdne fut vacant cette même année par Ta mort à^Àuguàtê III (5 octobre 1765). Depuis la fatale alliance d'Auguste II et de Pierre l , la Pologne avait été liée au système de la Russie. Les troupes russes y étaient, sinon ♦ n garnison permanente , du moins eu état de passage habituel ^ vio* lation de territoire incgseammenl renouvelée sous divers, prétertes» et contre laquelle protestaient en vain la Porteottomane et les Tartares de Crimée. Les voisins, de la Pologne paraissaient plus jaloux de son indépendance que ses rois eux-mêmes, qui , sous le nom d'ailiauce, acceptaient réellement le joug de la Russie. Insensihlement la, Pologne s'affaissait dans une trompeuse et funeste tranquillité » et ^ selon les expressions mêmes du primat de Pologne d^s la diète convoquée pour remplir le trône , « le royaume » u*ayant ni forteresses bien munies » ni; garnisons nombreuses et bien pourvues , ni frontières à-, l'abri de Tiusulte , ni armée pour sa défense , était semblable à une maison ouverte , à une habitation sans, possesseur et prêle a s'écroulei sur ses ioudeuiens ébranlés. » La Russie dicta ses lois à la diète qui suivit la mort d'Auguste 111. « Pendant lesf derniers siècles, la couronne de Pologne avait toujours été un objet d'émulation et de concurrence entre les grands de cette république, les. souverains des contrées voisines , et tout ce qu'il y avait en Europe ou de généraux illusfres par leurs victoires, ou (h' jcuiK's princes sans étals, n^iis .umoncés par Téclat; d.e leurs actious- Pendant toute la durée des interrègne^

45â HISTOIRE GÉNÉRALE

c'était un grand et singulier spectacle que les assembléetf de cette Dation » où les envoyés de cette multitode de concurrens Tenaient briguer pour leurs maîtres les suflra-

ges d une noblesse belliqueuse, en exposant à Tenvi ce que chacun avyil fait d'héroïque , les verlus qui le rendaient (ligne du trône, et les diflercns avanta«;es que son élévation promettait au royaume. On ne vil point cette fois une si belle concurrence ; et , sous le despotisme nissor ce champ d'honneur se trouva fermé. » {Rulhière), Le nouvel électeur de Saxe fut le seul étranger qui s'offrit; mais Catherine lui écrivit de ne pâs compromettre ses intérêts et sa dignité dans une aifaire où tT ne pourrait réussir f et il se retira. L'impératrice destinait le trône vacant à Stanislas Pouiatowski, jadis son timant , lorsqu'il résidait à Pétersbourg en qualité de ministre plénipoieatiaire du roi et de la république de Pologne. Du reste ^ son choix était moins dicté par l'amour que par la politique. Poniùtaiosiip pauvre et d'obscure noblesse, n'avait par lui-même ni crédit ni puissance; et son caractère faiDiC et flexible, la position précaire où le jlaceTait l'irrégularilé d'une élection violente accomplie sous la terreur des bayonn*»tfes étrangères , l'impossibilité où il allait être de se maintenir sans fa main qui l'avait élevé», assuraient Catliorinede sa dépendance. Elle fut secondée dans ses desseins par le roi de Prusse qui » ayant failli périr» dans la guerre de sept ans> par l'inimitié de la Russie , cherchait à se rapprocher de cette puis* sance. Désirant se rendre agréable à llnipératrice en appuyant son choix , et trouvant d'ailleurs son |)ropre intérêt à nourrir Tanarchie polonaise , il conclut avec Catherine un traité d'alliance défensive» où ils s'enga^ geaient , par un article secret, à empêcher que le royaume de Pologne ne devînt héréditaire » à combattre les entre*, prises de ceux qui voudraient y changer la constitution» et , de plus , à prendre des mesures pour que l'éligibilité fût restreinte à uii Piasl ou seigneur polonais. Ce Piasl elait Ponialowski. Toutes les clauses de ce traité altenl^aieat auix droits d'une nation iudé{)endante. Exclure de

M l>lX-HUm£Mfi SIÈCLE. 459

la conroDiie tout euididat éCranger» dans na pays où elle était élective » était déjà une violation manifeste de la

liberté de ce pays; mais interdire à tout un peuple la faculté de modifier ses lois , de réformer des abus devenus intob^rables , et de chercher dans Thérédilé du irùne la garaulijs de son repos, c'était déclarer que la Poiogue avait perdu la vie poUtique et que; le bon plaisir de la Russie? devait d^noaia régler ses actions et ses^ mm-vemeos.

Cependjant la plus grande partie de la nation polonaise* ' parut d*abord appreudre avee joie le dessein formé par, l'impératrice de placer un Polonais sur le trône. La voix publiqjue y portait le comte J^rontcK » grand-général du royaume» vieillard riçhe et fastueux» mais d'un caractère noble et ferme» et conservant dans un âge avanoé la vigueur t Tactivit^i et les penséesgénéreuses de b jeunesse* Un membre de la famille Czartorinski , le jeune eomte Ogùiski , se mil aussi sur les rangs,. et fil mèiiK' li> voyage de Pctersbourg, dans l'espoir de plaire à riiiiperalrice et de détruire par des impressions plus récentes le souvenir et Pascendant dj& I^oniatowski*. Mais il échoua dans cette conquête préméditée d*un cœur impérial et d'un royaume* Poniatowski* Pélu de . Catherine » le fut bientôt de la Pologne* La diète se tint au milieu des troupes russes, qui remplirent la salle des sénateurs, celle de^ lioiices , tout le château de la république , sous prétexte d'assurer la liberté de l éleetiou. Le nonce Mokranoiiski , ayant osé protester contre leur présence , fut sur iei point d'être massacré* Un grand nombre de sénateurs et de nonces s'étaient abstenus de paraître^ à cette assfemblée tenue sous le sabre des conques. Le paiti des Czartorinskî s^y montra seul et y décida tout.. Neveu de ces })rin( es par son mariage, Ponialuwskit avaii long-temps vu leur anlique et opulente faniille rougir de son alliance: depuis, lorsque, par la faveur de Catherin^ » il était sorti de sa médiocrité t.ç'avait été pour leur ravir l'espoir d'une couronne et supplanterleur ambilion : cependant» ijQççoinmodapt aux cirojoostances et sa Battant de régner/

i40 mSTOIRB «iNÉRALr

sotts 800 nom , ils avaient fini par se rallier à aa candicfatore, et ils diri^àTent la diète incoiiij)lèfe e( mutilée rassemblée durant 1 iiilerrcj^mp. Proiilaul de leur influence pour accomplir la réforme constilulionnelle qu'ils méditaient depuis long-temps, iU eatreprirent de changer la démocratie royale de Pologne en une yéritable monarchie, el ils bras^vèrent cette révolutioo « lona le yoite de Télablir simplement nn meillenr ordre dans quelques parties de l'administration , et sans que les puissances qui protégeaient leur parti, ialéressées à tenir les Polonais dans rabaissement, s*aperçusse!it d'abord qu'on employait leur protection à donner une nouvelle constitution à la répabltqae> Ce que les rois de France ont en peine à faire en pins de quatre siècles » Pabolition des grande»' chaînes dont Fantorité était presque indépendante de edie du roi * l'abaissement des grandes famHles • la no» blesse aflaiblie par la diminution de son pouvoir sur les esclaves , Tabrogalion des privilèges particuliers des^ grandes villes et leur réduction à l'obéissance immédiate, des provinces entières dépouillées de leurs droits , Téta* blissement arbitraire des impôts , tout cela fut Touvrage de six semaines. » [Rulhière). Les Czartorinski firent > en outre » stipuler dans les Paeia eémmta qui devaient être firésentés au nouveau rot , que les quatre régimens des< gardes seraient immédiatement soumis à ses ordres, que les hôtels des monnaies et les bureaux de s postes seraient remis otUre ses maius , et qu'il aurait le droit de s'appro-^ prier , à son choix , quatre des plus beaux domaines: destinés à la noblesse. Telles furent les nouvelles pi>érogatives de la couronne à laquelle Poniatowski fut appelésous le nom de Stœniëkiê'Augiiste ; le T septembre i764 , fMir toute ta noblesse qui se trouva présente au cbamip électoral. Ainsi fut élu le candidat de la Russie , en contravention aux lois fondamcnialcs de la Pologne, qui déclarent nulle toute élection faite pendant le séjour des troupes étrangères sur le territoire de la république. Les^ Polonais, qui depuis plus d'un siècle s'étaient persuadé que le niaintien de leur liberté étûl nécessaire au système

DIT DIX^HDITIÉIIB SIÉCLCV 441

politique de TEurope, se virent avec étonncment et douleur abaudouDés à la tyrannie moscovite. Les puissances, et la France même, dont les palrioles avaient espéré i'iaterventioa et l'appui , se bornèreut à protester par le rappel de leurs aaitNissadeurs , bouderie noo^seulement ioutUe » mais eocore nuisible à la Pologne » en ce* qu'il n*y resta plus aucun ministre capable de ecmtreba* lancer le crédit et Fautorilé des minislrcs russe et prussien.

L'édifice improvisé par les Czarlorinski oe reposait pas sur dos hases solides. Stanislas, exposi^ aux dangers d'une révolution dès que la Russie cesserait de le proté* ger» ne pouvait réellement régner que par elle* Le nouYean gonveniement , n'étant pas fondé sur des réfor* mes avouées de la nation » était généralement odieux. Les^ différentes fatctions polonaises, n'attendant plus aucun' appui de l'étranger , se précipilaient en foule aux pieds de la czarine, et de toutes parts on injplorail contre les auteurs de la réforme la même protection qui les avait élevés. Mécontente des modifications apportées par les» Czartorinski à l'anarchie polonaise ^ si chère à Tambition de la Russie » vivement offensée d'autre part qu'ils eûssent fait rejeter, dans la diètedecouroanement, la proposition d'une alliance olTensive et défensive entre les cours de Pétersbourg et de Varsovie, de peur que les Polonais ne fassent entraînés par cette alliance dans des guerres étrangères à leurs intérêts, Catherine accueillait avec empressement les plaintes déférées à son trône impérial contre on roi qu'elle avait créé pour être son humble créature » dt qni osait » ms une antre influence » faire acte d'indépendance et de souveraineté.

Elle commença à témoigner sa mauvaise volonté par l'appui qu'elle prêta aux Dissidms. On appelait ainsi les Grecs non-unis» les Ariens, les Frotestans luthériens et calvinistes, tous ceux enfin qui ne professaient pas la r<digloa catholique. Dans le seizième siècle, à l'époque même de la plus grande effervescence rdigiense, le gou« v^ernement polonais les avait tolérés , et ils avaient obtenu à la diète de Wilna, en 1563, le droit de voter aux

442 HICTOiaS

diètet d^élection et d'être admis à toutes lies ebargeft

publiques. Depuis, la prépondcraDce de la religion dominai) le, le retour (les principales familles au calliolicisine, la division des sectes dissidentes , !a diniinulioQ cousidérablo du nombre des sectaires, enhardireut à les moins mena* ger» et , en 1733, ils furent exclus des diètes électorales et des dignités de l'état. Poussés à beat par la persécution » les dissideos grecs implorèrent rioteroession de la Russie», les protestans celle des eom de Berlin » de Stockholm de Londres et de Copenba^ue, garantes de la paix d'O— liva, qui avait assuré ( 16(10 ; les privilèges desréclamans. Catherine se déclara leur protectrice; elle préseiila leurs mémoires à la diète, et demanda le redrcssemcnl de leurs griefs. Il eût peut-être été d'une boune politique d'èter à la Russie, par des concessions prudentes» ce prétexte d'intervenir dans les affaires de la Pologne. Loin de là» le fanatisme de la diète ( 1766) , échauffé par révéqu*^ de Cracovie, confirma les lois intolérantes portées contre les dissiiieris. Alors un corps de troupes russes &'avança jus-, qu'aux portes de Varsovie , et le prince Rcpninc , l'ambassadeur ou plutôt le dictateur russe eu Pologne, signifia à la diète les ordres de l'impératrice. Non-seulement il insista pour que satisfaction fût donnée aux dissidens» mais encore il annonça que» si la diète adoptait le projet qui alors lui était proposé d*établir un nouvel impôt et d'allrancbir h' u^uvernemnit delà loi <lu Uberum veto en ce qui touchait l'augmeutalioii de l'année, la Russie rf'g.iiderait cet acte comme une déclaration de guerre. Kufiu, la loi de l'unanimité ajant été abolie plus ou moins explicitement pour un certain nombre d'affaires» il exigea que» par un éclaircissement précis des nouvelles consli* tutions» elle fût mise à l'abri des atteintes qu*on s'efibr^ çait de loi porter. La Prusse joignit ses menaces à celles de la Russie. Poiiiaîowski , que ses Ireres tlattaient du cbiniérique projet d'une alliance avec une archiduchesse el des secours de la maison d'Autriche , voulait résister» liais, s^s oncles eux-mêmes « voyant les périls quirctnviTw

DU Drx-ncmÉME siècle. 445

ToimaieBti l'engagèrent à céder et consentirent au ren* i^ersement de leur ouvrage.

Le prince AugusteCzartorinsld» d^ïceord avecRepnine». se rendît à la diète , y exposa les demandes des conrs de

Pétersbourg et de Berlia et conclut à l'eiilicr rétablissement de la loi du Hberum veto , de manière que roj){)osi- • tion d'un seul nonce suffit désormais pour rendre uulle toute délibération qui aurait quelque rapport aux atlaires d'état. Ainsi Tanarchie légale fut de nouveau consacrée en Pologne par un acte solenneL Quant aux dissidens^ la diète ne fit droit qu'à une partie de leurs griefs. Les Russes s'attachèrent à ce prétexte pour achever de subjuguer la Polo'^ne. Ils portèrent l épouvaDle dans la diète de 1767 par l'enlèvemeïit deTevéque de Cracovie et de plusieurs de ses adhérens qui furent déportés en Sibérie. La terreur de cette violence » que Repnine * dans une procla* mation impudente » prétendit n'avoir commise que pour assurer la conservation des lois et libertés polonaises, arracha le^ consentement de Rassemblée au rétablissement de la noblesse dissidente dans tous ses anciens droits et privilèges. Enfin, l'anibrissadeur russe fit noiainer une commission législative chargée de donner à la Pologne un nouveau code destiné à confirmer et à augmenter les. abus de l'ancienne anarchie* « Il y fut statué que désor^ mais les trois premières semaines de chaque diète seraient employées à traiter» à la pluralité des suffrages, toutes, les matières économiques ; mais que les matières d'état , traitées pendant les trois dernières semaines, ne pourraient éfro décidéos que par l'unanimité. La simple contradiction d'un nonce devait suffire alors pour rompre la diète, sans qu'il fallût, suivant l'ancien usage, un manifeste , ni aucun écrit pour justifier cette rupture , et pal* lier le blftme qn^on encourait autrefois par cette démarche... L'élection des rois fut éternellement soumise au. caprice dulîbenim veto. Il fut établi d'une manière irrévocalile qu'un roi ne pourrait jamais être élu que ])ar une pleine et absolue unanimité de tous les sutirages. Il était 9itatué anciennement qu'un gentilhomme ne pouvait avoij^

444 HUTOI» «ÈllÉRAU '

de voix ni J'activilé dans un district, sans y avoir de possessions ;ii fut décidé <^u*àraveoir il sut lirait d'être gealilbomme pour arvoir activité dans toute Tétendue des terres de la république* On répondit à ceux qui tentèrent de s'opposer à eette innovation daogereuse , que Fimpéra* trice de Russie le voulait et qu'on devait éviter de lui déplaire. On eut bientôt Texplicalion de cette volonté en voyant (Jonmr rindigénat à une fouie de Russes, aux ' satellites de Kepnine, aux oppresseurs de la Pologne forcée de recevoir ses tyrans au nombre de ses citojens. Toutes ces lois étaient contenues dans la première partie 4e ce code» sous le noin de lois cardmaln » qui ne pou- Taient être ni changées » ni abrogées» ni altérées d'un seul mot , même par on consentement unanime de tons le& individus delà nation; c'était le sceau de Tesclavage, et la république par ceiji seul était dégradée du raug d'état souverain.

« La seconde partie de ce code comprenait toutes les matières qui devaient être toujours soumisesà l'unanimité. Les impôts ne pouvaient être augmentés» leur nature changée » les taxations une fois établies ne pouvaient être

altérées sans cette unanimité de suffrages. L'augmentation (les Iroupes, toutes les espèces de traités avec les pui&sauces elraugéres étaient sujets à la môme nécessité.

•t La troisième partie, qui devait contenir toutes les matières économiques* était remplie de réglemens sur les, intérêts de quelques particuliers et sur des querelles de propriété* dont le jugement aurait dû appartenir aux cours de justice. Sous le nom de dédommagemens pourdes pertes particulières, on y avait répandu une quantité iiilinie de grâces pécuniaires sur des gens doiil la plupart ne devaient leur existence qu'à l'asservissement de leur patrie. On avait disposé pour de tels objets des revenus de la Pologne * avant même de savoir où les prendre. On avait songé ensuite à faire monter les impositions jus*, qu'à cette somme totale ; et la Russie s'acquitta de cette manière* aux dépens de la Pologne même* de toiutes les.

dispenses qu'elle avait faites pour corrompre les Polonais. »

[HuUmre.)

Taudis que Catherine étoutlait la liberté polouaise > elle avait à comprimer à Pétersbourg le méconteniemeot et la haine qu'excitait le crédit ÎDSolent et l'iosatiable cupidité des complices de son usurpation. En butte à des complots sans cesse renaissaus , elle revint à cette ancienne et barbare opinion , que les Russes ne pouvaient être contenus que par la terreur. Ses vengeances , soil publiques , soit ciaudestioes , furent implacables. Elle ue fit grâce à aucun conspirateur; et t comme presque tous les complots se tramaient au nomi qooiqu'à l'insçu du malheureux Iwan t la mort de ce prince fut résolue ; Catherine' le fit assassiner dans sa prison. Cette femme ambitieuse et cruelle qui, de ses ni«ins !einles du sang de deux empereurs, élreignail ia Pologne et se préparait à la (U rliirer , était cependant alors admirée et vantée par toute l'Europe. Prévenant de ses largesses les gens de lettres les plus illustres^ les artistes les plus distingués de la France, ces dispensateurs de I9 renommée lui payaient en panégyriques les intérêts de sa muniBcence ; et , célébrant ses bienfaits» oubliant ou ignorant ses crimes , ils pensaient qu'on pouvait se jouer impunément de la vie des rois et de la liberté des peuples , quand on approuvait roncyciopédie, et que, du haut du (rone de foules les RussieSf on flattait Diderot» Voltaire et d'Alembert.

Accablée sous la tyrannie moscovite, la Pologne es- ' saya enfin de se relever. Une cùnfSdéreiwn se forma à Batren Podolie , pour la défense de la 'religion et de la liberté. Elle fut prècliéc comme une croisade. L( s coiilédérés jioiiiiienl des croix brodées sur leurs habits^ avec cette devise , vaincre on mourir , et la > ierge Marie et l'enfant Jésus étaient représentés sur ie^irs étendards. Ces hommes, à qui la défense la plus légiûme avait mis les atmes à la main » furent » dans une déclaralion impérialci^ traités de séditieux et de brigands , « dont impératrice , toujours portée à veiller au repos et au bonheur de Tliuiiiaiiiléy devait, comme garante des lois et de la liberté

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446 HISTOIRE GÉNÉaALB

<lc la république , déraciner la lébelliou. » Celle déclaration menaçaulc et les soudaines agressions de Kepniue contre divers ra^scMiibleiuens de confédérés furent dans toutes les proviuceâ un signal de soulèveuieut. Le roi» dans cette crise , prêt à se souvenir qu*il était polonais , fut détourné par de perfides conseils d'une résolution généreuse » et se joignit aux Russes* Les dissidens secondèrent aussi Tennemi de la patrie» Ainsi une guerre à la fois civile cl étrangère allait désoler la malheureuse Pologne. Elle se flattait que l'Europe ne l'abandoTinerait pas dans le péril , et qu'au ir.oins une foule d'oliiciers intrépides yieudraient prendre parli dans la confédération. Mais ce n'était plus le temps de ces héroïques aventuriers toujours prêts à grossir les armées des peuples faibles qui défendaient leurs libertés et à voler partout où il y avait des dangers à affronter et de la gloire à recueillir. Toutes les milices européennes étaient soudoyées et dans la dépendance des gouvernemens. C'était donc aux souveiains qu'il fallai! demander de l'appui ; c'était dans la balance de la politique qu'allait être pesée la question de la Uhcrié polonaise*

Si la confédération devait compter sur quelques secours extérieurs » il semblait que ce dût être sur ceux de la maison de Saxe ^ récemment frustrée par la Russie d^une

couronne qu'elle avait portée durant soixante ans. Mais» bien instruite des mutuels mécontentemeus de Puniciio\v^ki el de Catherine, elle ménageait l'impératrice dans l'espoir qu'abandonnant cet ancien favori, elle ferail tomber sur un prince saxon l'honneur d'un second choix* La cour de Vienne désirait voir la Russie épuiser ses forces et ses finaoces dans une guerre contre la Pologne. Elle excitait même secrètement les Turcs à prendre les armes pour les confédérés ; mais elle ne s'engageait pas k les seconder. Elle promettait seulement à la Porte de rester neutre. La France poussait également les Turcs k la «guerre et n'élait pas éloignée d'y prendre une part directe. Mais le duc de Choiseui. qui dirigeait encore le cabinet de Versailles » craignant l'esprit mobile des Polonais » voulait prévenir

bu lltX-^ftUITIÉlIfi SIECLB4 447

qu*iis n'employassent les sim ours qu'il leur prometlaità se j)rorurer un meilleur accoiiuuodt ment , et il exigeait, avant de s'eri;;a{^er plus loin , que les clioses fussent portées aux dernières extrémités» que la Goofédéraûon fût devenue générale et que la vaeance da trône eût été pro^ damée. Les ministres ottomans paraissaient prêter To-* reille anx insinuations de la France t mais* an fonds , il» étaient pen disposés à les suivre. Les sentimens du grandvisir étaient pacifiques, et, tant qu*il conserverait soa poste, les Russes n'avaieul point à redouter de rupture*- Les Polonais étaient donc véritablement abandonnés. 11g D*en luttaient pas moins avec courage contre les armées dévastatrices des Rosses. Les revers des confédérés de Barr n'empêchèrent pas de nouvelles confédérations de se former dans la plupart des provinces.

La cruauté des Cosaques Zaporo^uos jeta un horrible épisode au milieu dos scènes de désolalion (Iomî la Tolopme était journelieiiienl le théâtre. Ces brigands, j)recedes de missionnaires russes , parcoururent l'Ukraine^ massacrant impitoyablement et avec des circonstances de barbarie qui font frémir > tout ce qui n'était pas de la religion^ grecque. Ils égorgèrent ainsi 50,000 victimes » selon lescalculs les plus modérés. Une troupe de confédérés qui avaient échappé à Fi xîci'iiiinaîioa , s'était réfugiée dans la petite ville de Balta, dépendante du Kau des Tarlares. Elle y fut poursuivie par les Russes, qui , en donnant Tassaut à la ville » tuèrent un grand nombre de MusuU mans. Le sultan Mmiapha, indigné que son empire eût reçu cette insulte sous son règne » déposa son grand-visir et déclara la guerre à la Russie (1768). Il en confia la direction absolue au Kau des Tartares de Crimée , au vaillant et habile Crim Gueray , qui la commença pendant l'hiver par une incursion dans la Xouvolle-Servie , d'où il emmena près de 40,000 prisonniers en esclavage. Do là, il se préparait à marchera la délivrance de la Pologne, lorsqu'il mourut subitement * non sans soupçon de poison. Au printemps snivant , les Russes , sous le prince Galttzin , ouvrirent la campagne par l'invasion de la MoU

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448 BISTOULS a&N&AALS

'^avie. Dfl échanèrent deyanl ChoesBim, qu'ib eroyai^t surprcudre sans défense, et dont rimpératrîce, impalienie

ii'iuaugurer el de jusiiiier la guerre par des succès , avait fait d'avance célébrer la conquête à Pélersbour*^ et dans tout Teuipirc par des réjouissances publiques. Tandis que les Russes ae retiraient précipitauuneat et aliaient venger €et échec sur les ceofédérations polonaises dont l'ioterventioD turque avait ranimé les espéranees» le nouveau fraud-visir» Mékémei Emm^ était en marcke pour la Moldavie à la téte de 500,000 hommes. Cette armée , si ^ l'on peut donner ce nom à une multitude sans ordre et sans d!sri[)line , innombrable cohue, marchant confusémeut el campant au hasard , fui grossie par uu nombreux corps de Tartares » et plus de 100,000 homme» de cette nation* qui servait de cavalerie légère aux armées ottonanes» devaient successivement s'y joindre. Les Russes» bravant Tapprocbe de cet immense ramas d'hommes « qui, entravé par des difficultés de tonte espèce, et surtout par le défaut deviM(s et de fourrages, ue s'avançait que lentement, mirent de nouveau le siège devant Choczim. Secourue par un gros détachement de Tarmée .turque, la place fut une seconde fois délivrée et les Russes forcés à la retraite, qu*ils exécutèrent en bon ordre et sans éprouver aucune perte.

Cependant les lenteurs de Méhémet Emin déplurent à son maître et provoquèrent sa disgrâce. Son successeur, Mohlavangi , prit rolîensive , jeta un poiil de bateaux sur le \ieslcr , et le hl traverser à une partie de ses troupes. Les cours de Pétersbourg et de Varsovie étaieul eu proie à de vives alarmes sur Tissue de la guerre. Poniatowski» voyant , à rapproche des Turcs , les confédérations se multiplier en Pologne t ne doutait plus de son prochain renversement , et se tenait prêt à fuir de sa capitale, sans savoir où il chercherait un asile. Un événement inattendu dissij)a ton! es ces alarmes et donna à la guerre une autre face, l ne crue d'eau soudaine et violenh^ emporta le pont jeté sur le Niester, et coupa la retraite aux Tur^s qui avaient passé le fleuve ( 16 septembre). AsmUi9 pftrlea

DO mx-Bumin siècle* 449

Russes dans cette position critique» ils se défendirent en

4lésespérés» el furent presque tous taillés en pièces , à la vue de leurs frères qui ne pouvaient les secourir. L^aroiée ottomane , livrée à une confusion séditieuse , éclata en midédictioDS contre le grand-visir, déserta ses positions près de Choczim , et reprit à la hâte le ehemin du Da^ nabe» en s'écriant que Dieu et le frqphétê n'étaieni pat dûee MoUavangi* Les Russes prirent aussitôt possession de Choczim sans trouver de résistance ; de là , ils pénétrèrent dans les provinces de Moldavie et de Valachie, abandonnées sans défense par la retraite de l'armée turque , et s'emparèrent des villes d' Yassy , de iiucharest et de Gallatsch.

A la nouvelle de ces succès » nne ivresse de joie avait succédé dans Pétersbouiig à TeaLcès de J.*abattement« La czarine yenait de voir toutes ses entreprises près d'être

renversées, sa gloire compromise, sa personne même exposée à tous les funestes effets d'un mécontentement • général. Eu un seul événement elle avait (ont recouvré. On ne pariait plus à sa cour que du démembrement , de la destruction même de Tempire tare. Des courtisans flattaient Torgueil de l'impératrice en demandant d'à- * vance le gouvernement des provinces qui allaient être conquises. Si la campa^ue de 1770 ne remplit pas les superbes espérances de Catberine, elle fut néanmoins des plus briliaules. Le maréchal Romanlzoff, successeur du prince Galitzin dans le commandement de l'armée de Moldavie, remporta, le 18 juillet et le 1". août, aux environs du Pruth et du Kagul » deux victoires signalées qui le rendirent maitre du Danube » des places d'Ismaïl » de Kîlia et d*Akkerman» et lui valurent le litre de Transdanubien. Une autre armée russe , sous le comte Panine, frère du principal rainisUe de Russie , emporta d'assaut la forlcresse de Bendcr , défendue par 16,000 hommes de garnison. Mais les succès des armées mosco* vites furent balancés par les ravages de la peste t qui , de leurs camps, se répandit* avec une rapide et meurtrière fureur y jusqu'à Moscou , où elle enleva plus de 80,000

450 HISTOlfiB (^ÈNÉaÀLK

hommes « et pair l*émigralioa de 600^000 Tartares kal-^ moucks» qui» fatigués de la tyrannie russe , allèrent «i ce temps*]à chereher une existence plus paisible sous la protection de Templre de la Gbine.

L ini^eralrice ne se bornait poiiil à presser les Turcs sur les bords du Niesler et du Danube , et à troubler leur commerce dans la mer Noire. Elle résolu! de les al laquer eu même temps dans les iies de T Archipel et sur les côtes de la Grèce et de la iVlorée. Dès long-temps les Grecs , sur la foi d'une vieille prédiction accréditée parmi eux » que l'empire tore sera détruit par une nation blonde» regar-» daient les Rosses comme devant être leurs libérateurs. Munich fut le premier qui soii^ea à profiter de cette opinion; mais une paix prémaiurée rompit sou euheprise, avant que les Turcs eussent reconnu le danger dont elle menaçait leur empire. Lt5 dessein de soulever les Grecs, négligé sous Elisabeth , fut repris sous Catherine II. A peine fut-elle montée sur le tràne» qu'un Grec de Larisse, Papasb-Ogli, servant comme capitaine dans le corps de Fartillerie où il avait connu OrlofT avant son élévation , vint entretenir ce favori du projet d'une révolution qui pouvait placer sa iHcuiresse ^ur le Irùne de Consfantiiiople et rendre l'empire de Russie le plus puissant comme le plus étendu de i'uuivers. Papaz-Ogli, envoyé en Grèce sous des prétextes de santé et d'aQaires , pour s'assurer des dispositions des peuples t en fit les rapportslesplusfavorables»et Orlo(rqui,versle même temps, avait vu , malgré sa haute fortune , échouer ses plus hardis desseiiis, celui d'épouser rimperalrice, celui de fair;^ ériger pour iui-mènic un royaume d*As!rakau , ' entendit alors avec un nouvel enthousiasme parler d'étals à conquérir 9 de sujets qui ne demandaient qu'à se soumettre* et non-seulement de l'espérance de rétablir l'ancien empire d'Orient ^ mais« ce qui flaltait bien plus son ambition et celle de sa famille , de la perspective de renouveller quelque jour , à la faveur de celte révolution, les ro}auines de Macédoine et d'I^iire. Le projet de faire soulever la Grèce lut adopté dans le cabinet de St.-Péters-

DU DIX^HOITIÉMK SIÉCLB. 451

bourg. Une escadre partit en 1769 sous l'amiral russe Spiriloff, avec un petit corps de débarquement qu'elle devait jeter dans le Péloponnèse , choisi pour le foyer de rinsurreclion. Une antre escadre , destinée» disait-on , à forcer les châteaux des Dardannelles et à bombarder Constantinople» mit à la voile sous le commandement de Técossais £/^Atn5/on, dont T Angleterre consentait à prêter les talens à la Russie , dans Tespoir d'obtenir de la czarine, par cette i omplaisauce, un trailé de commerce avantageux. Le débarquement de Théodore et d*AlexU Orloff k la téte de sept ou huit cents Russes » dont la renommée exagérait le nombre , quelques succès» tels que la prise de Hisitra et de Navarin , facilement obtenus contre des places sans défense, soulevèrent la plus grande parlie du Péloponnèse. Le mouvement se communiqua aux iies vénitiennes , dont la populace, malgré les édils rigoureux des gouverneurs, passa sur le continent et vint oOrir aux Russes le secours embarrassant de ses bandes indisciplinées. L*heureux début de Pexpédition ne se soutint pas. Des divisions ne tardèrent pas à éclater entre les Russes et les Grecs. Les uns se plaignaieiit du peu de ressources qu'ils trouvaient dans le pays , les autres de la faiblesse de Paruiemeut dont ils avaient alleiidu leur délivrance.

Cependant le pacha de Bosnie traversait l'Istlime avec 30»000 Ëpirotes , lUyric^s et Albanais , battait les Mainettes et pénétrait jusque dans la Messéoie. Abandonnés de la plupart des Grecs» qui» voyant leurs espérances déçues , s'étaient réfugiés dans les montagnes et dans les îles, les Russes évacuèrent précipiJaiiiuient le Péloponnèse. L'escadre de Spiritoff, ayaut joinl celle d'Elphinston , alla livrer bataille à la flotte turque dans le canal qui sépare l'île de Scio de la Natoiie (ô juillet). Après un combat acharné où le feu prît aux deux yaîs^é^ux amiraux et les fit abîmer Pun après l'autre au milieu des ondes , les Turcs se retirèrent dans le petit golfe de Tchesmé, comme dans un asile inexpugnable. L couyre le çhçc de la flotte euuemio^ muin, non poii^t

45i IMStOMB ^ÉMÊEAlft

eoatro ses brûlots , vingl-qualre vaisseaux turcs, pi*e^sé$ dans cette baie étroite, y furent la proie des flamme» ilaos la nuit du 7 juillet* A la nouvelle de ce désastre ^ CoDstaDtiDople fut frappée d'épouvante. Si les Russe» avaieot profité de èette première frayeur des Turcs pour franchir le passage ides Dardannelies , mal défendu par des forts en ruines , ils pouvaient , selon toute apparence » bombarder cette capitale et dicter la paix sous les murs du sérail. Elphinston , qui avait promis sur sa tête à riui|)ératrice ce glorieux dénouement de la guerre , insistait pour faire voile vers le détroit. Mais Alexis Orlofft qui sentait une invincible aversion pour cet étranger

V d'une liumeur violente et aitière , s*opposa à cette tenta» tive. Elpbinston » dans son dépit , brisa son navire sur un écueil et se retira en Angleterre. Les Russes perdirent le teiMps, dans les paniges de Tchesmé , à rechercher les débris de la flotte inceudiee et à en repêcher i*ar[illp- TÎe. De là, ils allèrent mettre le siège devant la citadelle de Lemnos, Taudis qu'ils se consumaient en vains eUorts pour la réduire, Hassan-Bey, capitan-pacha, avec quelques cbétifs navil'es et trois mille volontaires déterminés ,

' les attaqua à TimpToviste, et délivra la ville assiégée. Pendant les quatre années que dura encore la guerre , les Russes, maigre la Je^îriK {ion de la marine oHomane et la révolte de la Syrie et de i Egypte, restèrent dans une honteuse inaction, et ne firent aucune couquéle considérable ni dans TArchipel » ni sur le continent de la Grèce.

En même temps qu'ils attaquaient les Ottomans en Moldavie» en Valacbie et dans le Péloponnèse » ils avaient tenté d'envahir par la Géorgie les provinces de la Turquie asiaîi(|ue et de s'avancer en face de Constantinople sur Tau Ire rivage du Bosphore. Mais la petite armée, employée h rexécutioa de ce grand proj»'? , avait été rcpoussée par le pacha de Irébisonde. Au moment où la Russie semblait prés de succomber sous le poids de ses vastes entreprises y elle allait se voir obligée à de nouveaux efforts contre les confédérés polonais. Ceux-ci, loin de perdre courage en perdant Tespoir de devoir aux Turca

DIT m^mmiMB siècle. 455

lenr délivrance , s'étaient au contraire roidis de plu& en plus coutre le joug que la Russie prétendait leur imposer et ils étaient en ûn parvenus » à travers mille obstacles et ' mille périls» à réunir cette nombreuse assemblée noblesse des> cent soixante dix-neuf districts du royaume», réunion nécessaire pour former cette confédération gé-. Bérale à qui les anciennes lois attribuaient désormais * l'autorilé souveraine et qui aliait donner à la résistance de la Pologne plus d'euseaible, de régularité et de vigujBur. Soutenus enfin des secours de la France qui leur envoyait des ingénieurs « des officiers et des subside » les confédérés tentèrent plusieurs entreprises heureuses dans, rhiver.de i770;à 1771 « occupèrent des. positions avantageuses et se montrèrent assez redoutables pour fixer l'attentioii des cours voisines et leur suggérer la. pensée d^arrêter cet essor de la valeur renaissante des Polonais. Les destinées de la Polo^yne s'agilaient à Vienne et à Bj^rlin non moins.qu a Pétersbourg « et la.Russie , perdant l'espoir de l'assorvir tout entière » consentait à la parlaiger« Le prince HenrL de Prusse s*était rendu à Pétersbourg > au mois de décembre 1770 » comme pour assister^ aux iétes qu'on y célébrait en réjouissance des victoires, obtenues sur les Turcs, mais en effet pour traiter de divers intérêts et d'un nouveau système d'alliance entre la Russie et la Prusse. C'est à ce voyage du prince Henri et aux conférences qu'il eut avec la czarine qu'on a. coutume de rapporter l'origine du projet de démembrer la Pologne* c. Cet événement , que le roi Jean-C^tsimir avait prédit dès le dix-septième siècle , fut amené pso* la médiation dont les cours de Vienne et de Berlin s'étaient ciiargées pour le rétalisseiiieat de la paix entre la Russie et la Porte. Les conditions de cette paix , dictées par l'impératrice Catherine il > ayant fortement déplu à la cour de Yiennet et cette cour ayant même montré des intentions, bostîles contre la Russie en faisant marcher des troupes pour prendre possession de quelques districts de la Pologne qu'elle revendiquait comme un ancien domaine du royaume de Hongrie « la ciarine en prit occasion de faire

454 HISTOniB GÉllÉftALB

observer an prince Henri, que A FAntriche Tonlàit démembrer la Polof^e , les autres v<Hsins de ce royaume

pourraient bien eo faire autan i. Cette ouverture, communiquée par le prince au roi son frère, fut un trait de lumière pour ce monarque, il y entrevoyait un moyeu propre à dédommager la Russie » à contenter l'Autriche et à arrondir ses propres états en combinant son royaume de Prusse avec ses états de Brandebourg. Ces considérations rengagèrent à entamer une négociation avec les cours de Vienne et de St.-Pétersbourg. Il fit entendre à la première que , si la guerre éclatait entre l'Autriche et la Russie , il ne pourrait se dispenser d'y prendre part comme allié de cette dernière puissance ; il représenta à l'impératrice de Russie que , si elle consentait à restituer aux Turcs la Moldavie et la Valacbie pour prendre son indemnité dans la Pologne, elle éviterait une nouvelle guerre et faciliterait son accommodement avec la Porte. C'est ainsi que ce prince réussit , à la suite d'une négociation assez longue et assez difficile, à faire aji^réer aux deux cours iuipcriales un projet (jui «lovait donnera l'Europe l'exemple d'un déni* mbrenient iondé sur de simples convenances. » {Koch, labUau des révolutions de f£u^ rope.)

Tandis que cette conspiration se tramait contre la Po-. 1ogne,lesco{kfédérésqneraccroissement de leurs forces.

au commencement de 1771 avait enhardis jusqu à publier la vacance du trOiu' , continuaient , avec plus de conra;;(' que do succès, à liiMrr (onlre les Russos et le parti qui restait encore au faible Poniaiowski , malgré le méprisgénéral où ce prince était tombé. 5aioa et Ptdawski, deux de leurs principaux chefs » et le français Dumowriez que le duc de Choiseul avait accrédité en Pologne, mais qui, depuis la chute de ce ministre, ne s'y soutenait plus que par sa propre influence, furent successivement défaits dans l'espace dedeux mois i).ir i infatigable Souwaroff. O^ins/ri, grcind-général (l(s I.ilhuaniens , qui, après de longues hésitations , s'était entin déclaré pour les confédé»^ rés» livra d'abord qudqnes combats heureux; mais il eu.

perdit le fruit à Stoulavies où, surpris par Souwaroff, il essuya une déroute complète qui ue lui laissa d'autre ressource que la fuite et l'exil. La mort du grand*général^ Brmicki , dool la yieiilesse infirme ne pouvait servir cause des patriotes» mais dont la géoépense opulence lenr^ fournissait d'abondans subsides» mit le.eomble aox mal-, heurs de la confédération , déjà ébranlée par ses défaites, et minée par les discordes, compagnes ordinaires des revers. Sans ces fatales discordes, sau6 l'irrémédiable anarchie des Polonais» sans Timpolilique déd4ralion4e la vacance du trène » qui fournit aux trois puissances un. prétexte d'inonder de leurs troupes une grande partie do, royaume sons couleur 4e le conserver au roi» laPobgne» pouvait encore secouer le joug de la Russie et se faire . respecter des autres états voisins.

Dans la campagne de 1771 contre les Turcs, les Russes^ forcèrent , à la vérité » les lignes de Pérékop et se rendi-, peut maîtres de la Cr/fntfe» importante conquête et Tun des plus brillans événemens du règne de Catherine IL Mais sur le Danube »t.si l'ineptie du grand-^^isir Sélictar- Méhémet leur livra une victoire facile, ik ne surent pas., en profiter et ne poussèrent \)ds leurs conquêtes au-dela du fleuve. Leur flotte de l'Arclii])( 1 ne repara par aucune action glorieuse la levée du siège de Lemnos. Les ordres , avaient été donnés pour qu'une autre flotte partant des^ embouchures du Tanaïs » fit voile sur Constantinople avec 85»00(^ hommes de débarquement ; mais elle était encore • sur les chantiers et la construction en fut à peine com* . mencée Tannée suivante. L'impératrice voulait étonnerpar l'étendue de ses projets; mais les moyens lui man-. quaient pour l' exécution. La population de Tempire russe était notablement diminuée par le double fléau de la guerre et de la peste , et par l'émigration des Kalmoocks* La . composition réelle de l'armée ne ressemblait en rien auta^bleaiL trompeur qu'en étalait l'administration militaire. ^ Une cupidité publiquement avouée trafiquait des forces , de l'état; les recrues ne se faisaient qu'avec peine dans . l<^s,proyinc(Bs ,dçpeuplées,^et ne suffisaient pa^s pour majup^^

tenir an complet les régimens décimés par les combats et la contagion. Epuisées par des prodigalités fastueuses non moins qae par les frais immenses de la guerre , les finances ne présentaient pas un aspect pins favorable , et il avait faUn suppléer par on papier-monnaie au défaut de numéraire. Enfin> un aventurier fameux» le cosaque Pugatscheff (1) , prenant le nom de Pierre III et soulevant les paysans depais Orenbourg et Casan jusqu'aux environs de Moscou , menaçait l'empire d'un bouleversement intérieur. Mais la Pologne était travaille*' do maux plus grands encore , et le moment approeiiait où elle alkit expier par un douloureux déchirement ses étemelles diasenriona. Les défenseurs de sa liberté firent encore de glorieux, mai» vains efforts , qui ne servirent qu*à honorer sa cbute. Un corps auxiliaire d'officiers et de soldats

(l ) Pugalschefl, après avoir è\ô quelque temps soldat, avait d»î!*^rfé: puis, ayant fait partie d une l»an«le de voîeura , A a-vait «' îf* pris avec le chef et mi» aux fers à Casan. Il s évada et se tint caché près d Ort iiUourg. La crédulité iiuLurelle des Co»âques leur persuada que ce fugitif qtii 'éviuiit si soigneuse' ment les regards était renpereur IHerre nr échappé à ses assassins > Bientôt eette erreur s'acerédîta et rassembla autour de înî- une multitude ande de* ■lerTeilleus, qui le recannut pour chef et «ouTerain*^ Tout, le pAjs étant dégarni de troupes par la guerre de Turquie, Pugaiscbeff exerça sans obstanln les plus grands rarages, et proGtant du mécontontomer^t des paysans, se pro • clama leur libérateur, prit hardiment le nom de Pierre ITT, et se trouva à la tête d'une armée redoulal)le , au moins par le nom1)re. S'il eût marclié droit à Moscou dont lept nplp érait prêt à ro déclarer pour lui , il pouvait faire dans l'empire une révolutum, Mais , au Ueu de se porte r sur celte ancienne capitale-, il alla faire le siège d'Orenbourg. Le général Carr , envoyé contre lui, fut abandonné de ses troupes qui se réunirent aux rebelles. Galilzin, plus heureux, .força PngatscliefT de lever te siège. Gélui-cif faisant la guerre en Cosaque, désolait toute la contrée avec ses bordes de paysans armés. Poursuivi par le» troupes Russes, il livra jusqu'à dis-sept combats , se vei^eant de ses défaites par le brigandage. Il se porta jusque dans Casan , dont il fut maître pendant trois jours et qu'il incendia, après avoir pillé les maisons et les églises, et fait pendre les gentilshommes. Attaqué sous les murs de cette rille , il soutînt «n combat sanglant et se retira du côté de Saralof, qu'il livra pareillement aux flammes. Enlîn, la paix élant faite avec la Turquie , le comte Panim' , qui s'était illustré par la prise de Cender , fut envoyé avec des forces consuh rables dans les provinces que Pugatscheiï occupait ou inquiétait encore. Le rebelle , Vaincu , fugitif , livré par des traîtres ( 1774 ), fut conduit à Moscou et décapité' atoc cinq de sea principaux compiieea.

français, sous le brave Choisy^ s'empara de la ville et du château de Cracovie ( 1772) , y soutint un long siège , et enfin» cédant au nombre fut fait priëoonier de guerre. . Lea confédérés, après s'être yaillamment défendus dan» CMsstokoWf Tynieck et Landskroon, se virent pareille-^ meM forcés de rendre ces- places. Alors la confédération fut dissoute r et la Russie , la Prusse et 1* Autriche « pour prévenir tout nouvel essai d^opposition , déclarèrent de concert que lous ceux qui s'attrouperaient encore, sous quelque nom que ce fût, seraient poursuivis, arrêtés et jugés comme brigands , meurtriêrê et incendiaires^

C'était ainsi q.ue les trois cours usurpatrices préludaient à Todieux traité de partage qu'elles, conclurent le 5 août 1772 , et qu'elles^ rendirent public le 36 septembre suivaut , en faisant notifier par leurs ambassadeurs au roi et à la république de Pologne que « l'impératrice-reine Marie-Thérèse, rimpératrice et autocratrice de toutes les Russies, Catherine II,, et Frédéric II,. roi de Prusse, Youlant arrêtes L'eibsion du sang en Pologne et y rétablir k tranquillité ^ avaient résolu de faire-valoir leurs droits sur plusieurs provinces polonaises ; qu'en conséquence elles demandaient la coûvocation de la diète, afin de régler avec elle les nouvelles limites de la republique. » Les ministres de Prusse et d'Autriche fouillèrent les vieilles chartes pour en exhumer ces droits prétendus sur lesquels ils fondaient leurs réclamations t et torturèrent l'histoire pour justifier par des sophismes diplomatiques la plus évidente des iniquités. L'impératrice de Russie dédaigna de joindre cet abus de l'érudition à l'abus de la force , et ne parla qu'en termes généraux des légitimes prétentions des puissances; du reste, insultant à la vérité avec non moins d'impudence que ses complices , elle osa» dan& le manifeste où elle annonçait le projet de démembrement, le présenter comme destiné « à prévoir la ruine et la décomposition du rojaume de Pologne et à rétablir sur un fondement solide l'ancienne constitution de cet état et les libertés de la nation b ^

Ce ne fut point assez pour les trois puissances, de sa

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mettre par la violence en possession des pays reconquis ^ comme elles appelaient les provinces qu'elles s'étaient adjuGfécs. Elles exi'.n'rent de la répulllvjue qu'elle sanctiounal la révolution eu reconnaissant icui^s droits; :;S(anislas-Auguste* réduit depuis long-temps à un sous le patronage despotique de la Russie » montraaSft cette cnrconstance une tardive et impuissante énergie. II i adressa à toutes les cours de l'Europe une protestation solennelle contre le traité de partage et l'injuste et violente occiiiMtion des provinces polon.nses. Le slaroste de Leopol ayaiil eîr (h slilue par rAulriche pour avoir refusé le serment de lîdéiité à Marie-Xbérèse » il lui écrivit une lettre de féticitation sur cette courageuse résistance aux entreprises d'une cour étrangère. Ayant eoQToqué le sénat» réduit alors de cent vingt-trois membres à vingt* sept , il retrouva dans ce petit nombre de sénateurs un patriotisme qu'il s'elVorça de partager , et il lit entendre une voix lil>re contre l'usurpalioii et la tyrannie. Mais la Pologne ne pouvait plus que maudire ses oppresseurs en leur obéissant. Les trois cours ordonnèrent au sénat de se borner à convoquer la diète qui devait ratifier le démembrement» et de ne plus s'assembler après cette convocation. Indiquée à Varsovie pour le 19 avril 1773 , cette diète, où la plupart des nonces avaient refusé de se rendre, lui d'abord sommée de déléguer des commissaires pour régler avec les ambassadeurs des puissances les limites des provinces envahies et la nouvelle forme du gouvernement polonais. Le roi et les nonces demandant qu'au moins les commissaires lussent tenus d'en r( !< rer à la diète t qui ne pouvait renoncer au droit de délibérer elle-même sur de si grands intérêts , on leur déclara que tout opposant serait traité comme ennemi de sa patrie et des trois cours. Ces menaces arrachèrent à la diète son consentement, et une délégation, tirée du sénat et de l'ordre équestre.» fut nommée pour transiger avec les plénipotentiaires des puissances co-partageantes sur les. cessions que devait faire la république. Les commissaires,, gagnés ou eflrajés» excepté trois qui furent inébranla-s.

bles , adhérèrent à la convention du 5 août , que la diète ratifia ^ après de nouvelles et inutiles résistances.

La maison d'Autriche » par son traité avec la république, se fit restituer les treize villes du comté de Zips^ hypothéquées en 1412 à la Pologne, et qui furent réincorporées au royaume dé Hongrie. Elle acquit , en outre » la moitié environ du palatinat de Cractme , une partie de ceux de Sandomir , de lielz , de la Podolie, avec la Pokmie et le palatinat de la Russie-Rouge, On forma de toutes ces acquisitions un état particulier sous le nom de royaume de Gallicie et de Lodomérù. Un de ses principaux avantages était de renfermer les riches salines de Wielîcza» de Bochnia et de Sambor , qui fournissaient ie sel à la plus grande partie de la Pologne.

Le roi de Prusse eut les districts delà Grande-Pologne^ situés en-deçà de la Netze , et toute la Prusse-Polonaise , à Texcophon des villes de Danfzick et de Thorn , qui furent réservées à la république. Le lot de Frédéric lui offrait te double avantage de rendre son royaume de Prusse eontigu de ses états d'Allemagne » et de mettre dans sa dépendance la plus grande partie du commerce de la Pologne par la possession des bouches de la Vlstule.

La Russie obtint , pour sa part , la Livonie polonaise , tou( le pr'îlalinat de Msctslaw , les deux extrémités de cHui de Minsk, et une grande partie de ceux de Witepsk et de Polozk, D'ailleurs» les trois puissances renoncèrent delà manière la plus positive à toute prétention ultérieure sur le territoire qu'elles voulaient bién laisser à la république, et lui en garantirent la paisible propriété, garantie vaine» pure formalité de diplomatie, et qui ne devait pas les empêcher un jour de convoiter ou d'engloutir les restes de la malheureuse Pologne.

En attendant, et comme pour amener plus inévitable^ ^ent ce résultat » après avoir envahi son territoire » elles envahirent 9 en quelque.sorte,. sa législation , et» le 15 mars 1775 , elles firent passer un acte qui consacrait les anciens vices de la constitution polonaise et en ajoutait de nouveaux. Le lihmim veto et la loi de runauimité furent

460 BXffrontB G&BcéaALi

maioteiivs. La cooronne fut déclarée à perpétuiléélectfrer

et l'exclusion prononcée contre les princes étrangers. L'âuforilé du roi , déjà si faible, fut encore diminuée par rétablissement d'un conseil permanent chargé de l'inspection de Tarmée, de la direction des ailaires étrangères, de la haute-police, de rinlerpréfation des lois existanteSr ei de la répartitioD des grâces, a Cette répartition ayail ja8qa'*aloirs appartenu an roi ; l'espoir d'obtenir les grâces dont il disposait loi rendait par le fait une partie de l'aotorité que la constitution lui enlevait. Le nouveau projet, transférant ce pouvoir au conseil permanent, en faisait une véritable oligarchie. Otant au roi le moyen de récompenser et la faculté de se faire obéir, il laissait le trône , ainsi dépouillé» à la merci des puissances voisines qui, à chaque vacance, pourraient susciter une révolution ou une guerre civile. 11 était aisé de prévoir , ce qui se manifestait déjà , qu'elles dirigeraient la composition de ce conseil, pour qu'il n'accordât de grâces qu'à ceux qu'elles lui indiqueraient ; qu'ainsi elles auraient toujours à leur disposition un moyen de corruption nationale , et que les places les.ftlus importantes de Tétat ne pouvant plus être données que de leur aveu, le gouvernement serait entièrement entre les mains que la Pologne avait le plus à redouter. » {F^nanifHist. destrûi^Shiiembren^ Les trois puissances co-parla;^eantes prirent sous leur garantie cette constitution , à laquelle il lut statué qu'on ne pourrait plus ap|)orl(T aucun changement. Ainsi , après avoir pris à la république la moitié de son territoire, elles donnaient de propos délibéré les plus mauvaises lois passibles à ce débris d'état qui portait encore le noin de Por logne et lui en faisaient une condition et une nécessité de son existence : barbare et infâme combinaison, dictée par le génie de Machiavel .

Tandis que le démembrement de la Pologne, cet assassmat politiijuo d'un grand et noble peuple, s'exécutait à la face des nations civilisées , dans toute la lumière du dix-huitième siècle, la guerre se poursuivait entre la Porte et la Russie* Uh: moment iirterroinpues.par imft

DU mx-^HUmÉHS 8IÂCLB. 461

Birspension d'armés en 1772 et par les congrès infructueux de Focszany et de Bucharest , les hoslilités recommencé* rent en 1775. Les Rasses portèrent la gaerre sur la rive droite du Danube; maiç le visir Mussun^Oglou leur fit lever le siège de Silistria» leur enleva une partie de leur artîHerie et les repoussa par deux fois vers le fleuve audelà duquel ils furent enfin rejetés. La même année , après avoir échoué dans une entreprise sur Tile de Négrepont et avoir pille les îles de Chypre et de Candie, la flotte russe fut rappelée dans la BalliquOt le cabinet de St.-Pétersboarg ayant conçu quelques inquiétudes sur les intentions de la Suède. Les pertes causées par la contagion et par la guerre , et plus encore la rébelUon de Pugatscheir, disposaient à la paix la cour de Russie. Le sullau AbduI'Hamid , qui venait de succéder (1774) à Mustapha, son frère , y inclinait pareillement. Mais, de part et d'autre t on voulait se préparer par des succès des conditions avantageuses. On fit donc pour cette campagne des eflbrts extraordinaires. Une partie des troupe de Pologne rejoignit Tarmée de RomanlzoA". Le sultan leva jusqu'à 500,000 hommes; mais les Russes savaient déjà ce que valaient ces multitudes désoidoniu es et (umullueuses que les Ottomans prenaient pour *lcs armt'os. Cependant les Turcs paraissaient vouloir enfin mettre de la suite et de Tensemble dans leurs opérations. Un plan de campagne leur avait été donné» et* pour l'exécuter , leurs noa3>reox soldats avaient été partagés en cinq corps abondamment pourvus de munitions de tout genre. Mais il échoua par l incapacité du gi aud-visir el |Kir les vices destructeurs des cirraées turques , ri^j^nuranee de tout art militaire et le défaut de discipliiie. Sur la fin de juin, Romauizolf passa le Danube sans que l'ennemi tentât de s'y opposer. Le grand-visir, avec le gros de son armée» avait établi son camp dans les environs de Schumla » à de très-grandes distances de ses corps détachés. Le général russe , par d'habiles manœuvres , lui coupa la communication avec ses corps et même avec ses magasins. Uu convoi de quatre à cinq mille charriols , envoyé au graud-

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46S BISTOIBE GÉNKRALB

▼isir sous la protection d'ane armée de 28»000 hommes ,

ayant été pris ou brûlé et rescorte battue et dispersée, la terreur et la désertion se mirent dans l'armée ottomane. Le visir, en celte extrémité, demaiula un annislice à Romantzoiï, qui l*accorda , mais a la condilion que des commissaires turcs viendraient sur-le-champ traiter à Silistria. Après une courte négociation » la paix fut signée^ le 10 juillet 1774» au camp de KaSnardji, dans la tente mémedeRomantzotr. La Porte rabit la loi du vainqueur. Elle reconnut l'indépendance de la Crimée, et ne se réserva sur ce pays que les droits sacerdolaux du califat. Elle accorda au V Russes la libre navigation du Pont-Euxin et de THellespont , et leur abandonna les places de Kinburn , de Jénikalé , de Kertsch, d'AzolT et de Taganrock» ainsi que les districts situés entre le Dniéper et le Bog, sacrifices considérables, mais moins funestes aux Turcs que le déeoura{2;ement dont les frappa l'issue de cette mal- Leureuse guerre. Oulre ces concessions de territoire, la Russie obtint une somme de 55,000,000. En rendant la Moldavie, la Valachie et la Bessarabie, elle exigea que les habitans lûssent maintenus dans toutes leurs dignités et possessions» et que son ambassadeur fût autorisé à leur servir d*organe et de défenseur auprès de la Porte. Une amnistie fut stipulée pour tous les Grecs. Enfin » le plus grand triomphe de la Russie fut qu'on ne s^occupa point de la l*ulogne. Cette république avait été le sujet de la guerre, et dans le traité de paix sou uom ne fut pas même prononcé. Bien plus, comme il en avait toujours été question dans les traités antérieurs* ils furent tous expressément anéantis. Ainsi furent consommés par ce silence Tabandon et la ruine des Polonais. Soit hasard, soit arrangement calculé d^avance» le 10 juillet se trouvait être Tanniversaire du traité du Pruth. Cette circonstance sembla rehausser encore la victoire de Calherine , et la gloire du traité dv Kainardji s*accrut de toute la honte que sa date rappelait en reiïaçant.

Dans Tannée qui suivit ce traité et l'acquisition de la Crimée par la Kussie, Catherine mit fin A ia biMtrre

)répiibliqoe des Cosaques Zaporogues» établis vers les cataractes da Dniéper ( Borystbène) » où ils servirent de milice frontière, d'abord aux Polonais et ensuite aux

Russes. Ces co.^iiques , connus en Pologne sous le nom <Je lla vdainacks , c'est-à-dire les Scélérats, étaient un lanias de brigands de toutes les naliuii». Le siège principal de leur république était un vaste retrancbement {iSeUcha en langue russe ) , d'où ils portaient le ravage cbez les peuples voisins. Leur Setscha se divisait en trente-huit iSrtfféfies ou quartiers , et les babitans de cbaque Kurèae formaient comme une seule et même famille. Semblables aux anciens Spartiates, ils \ivaient à la même table. On nonimait Ataman le préposé de chaque Kurène pai liculière» et Kosclievoi-Ataman le chef de toutes les Ku renés. Ces chefs étaient élus , TAlaman par sa Kurène, le Kos^ chewoi par toutes les Kurènes réunies ; ils étaient déposés de la même manière » dès qu'ils cessaient de plaire au peuple. Les assemblées de la Setscba étaient ordinaires ou extraordinaires. Dans celle qui se tenait régulièrement le i^^. janvier de chaque année , on faisait entre les Kurènes la répari iiion des champs» des lacs et des rivières. On procédait à cette opération par la voie du sort » afin d'éviter les disputes , et on la renouvellait tous les anSf pour corriger par ces chances successives les inégalités des précédons partages. C'était encore dans cette assemblée que Ton élisait de nouveaux chefs, si Ton éiait mécontent des anciens. Les assemblées extraordinaires se tenaient quand il s'agissait d'une excursion, d'une guerre 9 et généjralement dans toutes les occasions où l'intérêt commun semblait l'cxigen II y avait un juge et d'autres officiers dans la Setscba pour les attàires et différends de moindre importance. Les questions graves exigeaient l'intervention de tous les chefs. Les Zaporogues ne souflraient parmi eux aucune l'emme; ils se recrutaient par des déserteurs ou transluges de lous les pays, et parles jeunes gens qu'ils enlevaient dans leurs courses et qu'ils formaient à li^urs coutumes et à leurs mœurs.

464 HISTOXaJB ÇÉNÈaULB

La tfère d'AadriiBsow f de 1S67 p entre la Russie et la

Polo<;ne, les avait laissés soos la protection eommone des

deux elats. Ils se donnèrent à la Russie eu 1676. Impliqués depuis dans la révolte de Mazeppa, ils se inirent , après la bataille de Pultava, sous la souveminelé des Tartares de Crimée , jasqu*en 1735 où ils prirent le parti de rentrer sous la domioation msse. Comme ils ne cessaient d'exercer le brigandage sur les frontières , ne ménageant ni amis ni alliés» Fimpératrice Catherine II résolut d'anéantir cette singulière association. On leur reprochait, outre leurs pillages» l'usurpation de différentes contrées entre le Dnieper et le Bog , et de plusieurs districts qui, de tout temps , avaient appartenu aux Cosaques du Don, L'impératrice était surtout irritée de leur attachement opiniâtre à leur constitution vicieuse , de leur opposition à tout projet de réforme qui avait pour objet de les faire vivre en société régulière , et de leur répugnance à se laisser enrégimenter, ainsi que les autres Cosaques. Ils s'étaient aussi refusés à envoyer des députés à Moscou pour coopérer , avec ceux qûe Caliierine avait mandés de toutes les parties de l'empire , à la formation d'un nouveau code de lois ; on craignait même de leur part quelque révolte à l'occasion des changemens querimpéralrice se proposait de faire dans les gouvernemens de ses provinces. D*après ces diverses considéra** lions, elle fit marcher, eu 1775, un corps de troupes contre la Selscha. Attaqués à l'iuiproviste, en\ L'u'-j)[>és de tous cotes , les Zaporogues furent soumis sans résistance. Leur repaire fut détruit» leur association dissoute, et tous ceux qui ne voulurent pas embrasser un nouveau genre de vie > renvoyés dans leur patrie primitive.

Catherine , ayant étendu les bornes de son vaste empire et comprimé la révolte dans les provinces les plus éloignées, semblait ne devoir plus s'occuper qu'à jouir Irauquillement de sa puissance. Mais le repos était incompatible avec l'ambition qui la dévorait. En attendant l'occasion de rentrer dans la carrière des conquêtes et de faire de nouveau retentir TSurope du bruit de fies triom*

toc lilX-HClTIÉME SIÉGLËi 466

phes. elle saîisfaisait par d'autres moyens sa passibri pour ia célébrité. La vénale Renommée publiait avec emphase les actes écialans de sa munificence , les encouragemens qo'elledonnaitatax sciences et aux ar s, les prix qu'elle •assignait aux talens, les bieuiaiis (lu ellc répaiulnit sur les étranoreï-s, et les nombreuses institutions qu'elle créait pour an . rnenîer rindustric el les richesses de ses peuples. Seslouauges résonnaieut en tous lieux, répétées par Téchô des gazelles. Les liîtératcors préconisaient la grande czari» ne , et Tacadémie de Pétersbourglui décernait quelquefois tine apothéose anticipée. Quand Timpératrice ne se rendait pas-à ses séances , on élevait à la place qu'elle devait occuper un busle qui la représentait avec les attributs de Minerve.

Calheriûe, cependant, était plus près de ï^essemUer à Messaime qu'à la chaste fille de Jupiter. A l'époque où BOUS sommes parvenus, le successeur de Soltikoff et Je Poniatowski,Orioffavait été supplanté parle sous-lieu levant aux gardes WasîltchikofT, qui lui-même a euaii de lairê place à Po^m/in. Celui-ci usait plus haut qu'ato titre de favori. 11 aspirait à la coiiliance plus qu'à l'amour de sa souveraine, et , conservant rinfluenCe de confident e[ de conseiller en perdant le Cœur de l'impératrice, il la Vit sans regret^ dans le cours d'un long ministère , ttnnsporter sa faveur, que souvent il dirigea lui-même, sur des hommes qui ne pouvaient lui faire ombrage et alarmer son crédit. Nous nous disnenserous d'enregistrer dans nos pages la scandaleuse nomenclature de ces amans auxquels la sulhiiie moscovid proslilua sa Couche impériale el qui dans sou règne de trente-quatre ans , reçurent de sa prodigue tendresse , soit en argent, soit en terres pour près de 450,000,000, le plus énorme impôt qu'un peuple ail jamais payésansdouteà l'inconlinenced'unso iverain

éJfll ^f'"" ^^"^^^ ^"^ '""^ P^^"^ ^'^^-^^ Iroublee en

1779. Les Turcs souffraient avec peine que la Crimée eût été soustraite à leur dépendance, et, encore plus , aue I m lueuce russe y fui devenue dominante par rélecliou du kbau Sahm^GuéraJè, désoué à la cour de Pétersbour-.

466 MIstôiRB éàNÉaÀLK

ll« n'était'Ul pas moins ii riles du patronage que les Russe! allVcl aient sur la Valachie et la Moldavie dont ils demandaien! que les hospodars ou gouverneurs ne pù>s( nt t Ire déposés sousaucau prétexte. La médiation de la Fraoce prévÎDt la guerre prête à renaître * et par le traité de CoDsIantinople ^ ia Porte reconnut de noaveali Tindépendance de la Grimée et la sonveraînété de Sahim-Gneraî g ( un lirma les privilèges de se» slijets de la religion grecque, etétendiî encore la libel le cic na\i^^alion j)rccedciijment accordée aux laisses dans les mers ottomanes. Les Russes, de leur côlé, se désistèrent de leurs prélentioDs les plus exagérées sur la Valachie et la Moldavie» et s'engagèrent à évacuer la Crimée où ils avaient enyoyé des troupes pour soutenir le khan de leur choix*

La même année i la czarine intervint avec la France comme médiatrice entre la Prusse et rAulriche dans Taffairc de la succession de l>ci\itie, cl, sous les auspices de son plénipoleuliaire Kepnine et du ministre français Breleuil , fut conclu le traité de Teschcn , auquel TAllemagne dut le rétablissement de ia paix, et la Russie Tavantage . de se mêler plus avant dans la politique de l'Europe.

Bientôt il 8*oifrit à Catherine une occasion plus favora-^ ble encore de montrer son influence dans les affaires gé< nérales. A la paix de 1763 , l'Angleterre avait cru pouvoir se passer de (ouïe liaison continentale par rasccndaiu de sa marine. >,î.iis l'insurrecîion de ses colonies d'Amérique, Tailiance de la France et de TRspagne avec les hi- . surgéSt Tattitude imposante que prirent tout-à-coup ces . deux puissances et le début alarmant de cette guerre , firent sentir au cabinet britannique le besoin des alliances coniinenlales qu'il avait négligées: il rechercha celle de la Russie ei envoya le chevalier Hafris à St -Pélersbourg. Ce négocia leur s'insinua daîis les bonnes grâces de Potemkin el llatta l«'s idées ciuihilieusos de Catherine sur Conslanliuople. lliuilit même entrevoir que la cour de Londres ne serait pas éloignée de la seconder de ce cùié /dans ses projets de conquête. L'impératrice» séduite par cette perspective* inclinait à une alliance et mém^ è une

médiation armée. Maïs le premier ministre Panine , prévenu contre les Anglais , l'en détourna en lui représentant ^tte ie& circoastaoces rappelaient a jouer» non pas un rôle secondaira » eomme alliée de TAngleterre , mais m rôle supérieur comme protectrice des droits de tous les neu*» très , mécounus par les puissances belligérantes et principalement par les Anglais. En effet » la guerre d'Amérique ayant donné une activité immense au commerce du nord par le débit des bois de conslruclion et des munitions navales de toute espèce qu'il eut à fournir aux états du midi, l'Angleterre, pour empêcher les Français et les Espagnols de tirer du nord ces ressources, profilait de sa suprématie maritime pour faire saisir indistinctement tous les bâtimens marchands à pavillon neutre et pour contisquer les elicis qu'on y Irouvcrail ajjpartenans à des sujets ennemis. Panine montra à l'impératrice qu'en prenant sous sa garde les droits des neulres , elle pouvait faire servir la défense d'une cause générale à l'accroissement de sa prépondérance particulière et satisfaire à la fois à sa gloire et à ses intérêts. Recueillant fout ce que les conventions existantes et les écrits des publicistes offraient de plus favorable aux droits qu'il voulait mettre SOU& ré;j;ide de sa souveraine, il en forma un plan de neutralité qu'il présenta à Catherine comme un sysîême qu'elle aurait Tiionneur d'avoir créé , qui rallierait tous les peuples autour d'elle, la rendrait la législatrice des mers» et la conduirait à faire la paix maritime» comme «lie avait fait à Tescben la paix continentale. Ce plan de haut patronage , de protectorat universel , devait plaire à l'orgueil de Catherine. Elle l'aLlupla avec enlhousiasme et approuva la déclaration ou son ministre avait consigné les j)rln( ipes de la neutralité, la liherie du commerce neutre et la franchise des pavillons. Cette, décida (ion fut immédiatement envoyéeà toutes les puissances quaritimes (février 1780). En même temps» Timpératrice engagea la Suède et le Danemarcfc à en publier de semblables et -conclut des conventions avec ces puissances, à Vdhi de protéger par des convois la pavigalion do lour& sujob «C

468 HISTOiaB GÉNÉftALK

de se f K UT muî ui llrmont assistance en cas d'insulte f;n(c h It'urs bàîiiiicii^ HiiHclïaiids. Los cours de Berlin el de Vkiiue t 1(2 Portugal, les Deux-Siciies et la Hollande adfaérèreni successivement à Ja rmitraliié armée et aux principes élaUisdaDS la déclaration de l'impératrice de Russie. La France et TEspagne y applaudirent ; i'Anglelerre seule prolesta; mais la crainte de perdre les avantages que Ini procurait le cumituTce de l'empire russe» l'empêcha de roiiii>re onverlemenl avec la czarine.

T,ui(iis que Caîlierine lî proclamait les droits des nations el s'en déciarail la prolectrice» elle prolitait des embarras des états belligérans pour suivre avec plus d'activité ses desseins sur la mer Noire et sur la Grimée ; et sa fortune venait de lui donner un auxiliaire sur lequel sa politique n'avaii pas dû compter. « Tant que Marie-Thérèse avait vécu, le cabinet aulrichien, l'œil ouvert sur les prétentions delà Russie et réserve daus son associa» ion avec elle , redoutait sou voisina<^(M't l'accroisstMiii'iii de sa puissance. Mais celte princesse était morte en 1780 , et sa modération ne retenait plus l'inquiète activité de Joseph 11. La sagesse du ministre Kaunitzfut forcée de 'céder à la turbulence de son jeune maître» et mille projets de conquêtes et de réformes entrèrent à la fois dans la f('(o de ce prince qui ne sut en achever aiaun. Dans un M>yi?ge qu'il fit celte même aiinèe à l*é-ersboiïr2f, il fut que»; ion du par(a<re de Tonipire ottomau vi du rétablissement des républiques grecques. Pour le gagner à ses idées» Catherine s'engageait» tautùt à favoriser l'échange qu'il désirait de la Bavière eontre les Pays-Bas* tantôt à soutenir ses prétentions su? Touverture de l'Eseaut et son projet d'établir une marine à Ostende » en dépit des réclamations de la Hollande et de l'Angleterre. fjt\ cfia même, le but de Catherine était d'avoir, sous le nom de son allié, un port où ses vaisseaux pussent relâcher daùs les expéditions qu'elle méditait. Joseph, préoccupé d'espérances dangereuses*» quitta la Russie» égalemeut étonné de la grandeur>4t des faiblesses de Ca-

BU MX-HUrnÉME StÈCLE. 469

llieme* et de ce mélange de loxe et de barbarie que ce pays avait , efleit à ses regards.

« Forliûée d'une alliance si conlraire aux vrais inlérels de VAutriche, rimperalrice s'ottuita sans dilai des moyens de réunir la Crimée à sou euipiri . Sahiiu-Gueraï n'avait éié élevé à la dignité de khan que pour ètrel^instrument et bientôt la victime de l'ambition de Catherine.. A petoe était-il sur le trène , qu'elle lui avait envoyé» sous le titre d'ambassadeur » un espion chargé de le rendre odieux à son peuple, d'acheter les mécontens et d'allumer la guerre civile. Les Tartares avaient en lioireur iovS Russes , leurs usages, leur gouvernement. On avait persuadé au malheureux Sahim de solliciter les faveurs de la cour ; il avait obtenu le cordon de Sle.-Anne et le grade de lieutenant-colonel dans les gardes Préobajenski» bon» neur subalterne qui le dégradait aux yeux des Tartares* Les agens russes lui avaient inspiré le goût de leurs mcBurs^ de leurs irivoUlés, de leurs débauches, de leurs folles proiusiouset de leurs parades militaires. On lui suggérait, à lui qui chancclaii sur sou trône, l'idée d'avoir une marine et de dominer sur la mer Noire; et tandis que l'accroissement prodigieux de sas dépenses excitait des murmures» l'ambassadeurrusse, actif dans sa douUeintriguo ne cessait d'encourager à la fois les folies du khaïi et- les complots des mourzas ( nobles) , jusqu'à ce qu'une révolte générale réduisit enfin le khan épouvanté à s'enfuir à Taman et à implorer le secours des Russes : c'est où la perfidie l'attendait. Alors pénétrèrent de toutes paris en Crimée ( 1783) les légions moscovites dès long-temps rassemblées pour cette expédition. Le sang coula 9. mais non pas dans les combats; nulle victoire n'honora cette conquête. Elle fut achetée par des proscriptions et proclamée sur des échafauds. Des milliers de nobles tarlares furent massacrés et hi |ii(lés sous les yeu\ du khan par ceux mêmes (jui les avaient pousses à la révolte. Lon<;-îemp^ abusé |>ar des promesses, forcé de vendre la souveraineté qu'il avait avilie , envoyé prisonnier dausKaluga, réduit à la misère la plus profonde, exposé aux Iraitemens les plus barbares .w

i70 HIStOIAB OiKÉRALi

Sabim fti enfio abaodosDé à la veogeaace ottomaiie ; oi

le jeta sur la frontière. Il fut saisi pat les Turcs et en\oyé k H II 0(1 es où il eut la lèle tranchée.

a Apres celte invasion , tramée a^ec tant de perfidie, exécutée avec tant de cruauté et qui violait si scandalei^ sèment la foi des traités conclus avec la Porte r on ne a'at" tendait pas à voir cette puissance accusée d'avoir eHe^ même enfreint ie traité de Rainardji. C'est cependant ce que le cabinet de Pétersbourg eut randace de lui inipii>ter dans le manifeste qu'il publia pour justifier sa sanglante usurpation (1). A cette nouvelle indignité, la Porle délibéra si elle ne vengerait point par les armes sa sûreté compromise et son honneur outragé. Mais l'influence d'une ancienne alliée ( la cour de France) modéra ce» justes monvemenB de sa colère , et le conseil de teropori-r aer l'emporta sarcekii de se défendre. Le graod^seigiiear se contenta de faire pnblier une réfutatbn éloquente du manifeste russe; et, voulant toujours conjurer par la patience l'orage qui grossissait sur sa tête, il consentit ( 1784) à souscrire un nouveau traité par lequel Catherine acquit, sans combat , la possession de la Crimée et du Kuban, des droits nouveaux sur la mer Noire , et des avantages, calculés pour la destruction future de l'empire ottoaaan. » {Progrès de ta ptÊistanee ru$8§)* L'impératrice rendit à la Crimée et au Knban leurs anciens ndms de Tanride et de Caucase. Potemkin , que la mort récente de Panine laissait sans rival dans la confiance de Catherine , fut honoré du surnom de Tauq^ezewsii ( ie.Tauhdiea ) , du

( 1 ) Suivant ce manifieste, « c'était Tamour do bon ordre«t de là tranquillité qui avait amené tes Russoft en Crimée... L'in^métade mtaAreille a«x Tartarea,

fomentée par îles inHiiualions dont la sortr'ce n'était pas inconnue à Vimptratrice^ avail aflaiMi el miné l'édifice que ses soins 1»ii'nf;u?ans avaicnl élevé pour leur bonheur , en leur procurant la liberté et 1 in(ié(»en(lrH)r^ sous l aulorilé ^'un chef élu par eux-mêmes.... Enltn , les dépenses occasiunnées par la néce»lité de rester toujours armée pour la protection de la Grimée , et le besoin d« mettre fin ^ aea troubles, lobligeaieni k réuelr à reaaptre russe la presqu'île de la Crimée , lï^e de Tamau , et tout le Kuban , comme «ne juste iodenimté des pertea et dés dépenses qu'étte avait faîtt s pour y nuunteDir U p«ux le tom^

M HIX-HUmÉIK tlÂCLC. 47 i

Çouveroemcnt de la Tauride et du titre de grand-amiraL de la mer Noire.

Depuis le dernier traîlé , la paix l pompeuse laissée à la Por^e ne fut employée qu a augmeater les moyens de lui faire la gaerre. Héraclius» souverain de Kacheitet delà Kartalinie» Salomon • sultan de la Géorgie el de l.'lrimet, elTrafés par la présence inopinée dune armée russe ou gagnés par de perfides bienfaits et des promesses mensongères, tirent hommage de leurs étals à i impératrice. En Egypte, sur le Danube et dans l'Archipel , ses consuls étaient autant d'émissaires chargés de répaudr<î l'esprit de révolte parmi les sujets do grand-seigneur. Elle protégeait ouvertement les hospodars rebelles; elle allait jusqu'à s'ingérer dans l'administration tptérieure du divan , et à prescrire le déplacement des officiers qu'elle n*avait pu corrompre. Les exigences russes croissaient avec les condescendances de la Porte.

« A ces difTérends que tant de traités ne terminaient point» à ces veiLations toujours suivies de nouveauiL em-. piétemenSt se .joignaient des outrages, avant-coureurs d'antres usurpations. A la cour de Pétersbourg » dans lesi. cercles » au théâtre» le nom ottoman était voué à la baine on au ridicule. Tous les arts célébraient la destruction de l'empire et delà religion des califes; riniprimerie publiait mille projets de partage; la <Travure représenlait Catherine relevant les ruines de la Grèce et ioulaui aux pieds, i'étendard du prophète. On donnait une nourrice grecque, et le nom de Constantin au jeune prince (second fils de. Paal I) destiné à monter sur le trône de Byaance. On: élevait le favori Potemkin sur celui de l'antique Dacie; et louk' cette cour , ivre d'orgueil, se croyait déjà transportée des bords glacés de la i\eva sur les rivages niagailiqiies du Bosphore. C'est alors qu*eul lieu (1787) ce voyage fastueux* cette pompe triomphale , où Catherine», escortée d'une armée de 40,000 hommes , accompagnée . de tous les ambassadeurs des premières puissancea, mar-. chait au bruit des acclamations de vingt peuples transplantés à grands frais sur son passage , misérables serfs..

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habillés à neuf par Potemliio » logéa dans de jolies habit»* fions improvisées pour cette parade» et offrant aux yeox trompés de Timpératrice l'imagé de Fabondance et ivt

Loiiheur. Reçue aux Lords du Duiéper par le roi de Folagne, à Khersou par Teuipereur d'Allemagne, elle alla jircffilre possession de celle hcUe Tau ride, alors déserte par l'émigration des Tarlares et portant encore Tempreinte du ravage et de la destruction. Mais TiBsolence russe avait enfin réveillé rbonneur du divan :

' rimpératriqe était encore à Cherson » sur h chemin de Byzanee, que le pavillon ottoman vint y chagriner ses regards, et ariacli(T à son dépit celle cxclamalion : « 11 semble que ces Turcs ne se souviennent plus de Tchesmé! » Elle u'élail \)i\s rentrée à Pétersbourg , que la mer Noire était couverte de voiles turques et que les drapeaux du SuUau parurent sur ces rivages» indignés de Torgoeil moscovite. » {Progrès de la puissance russe )^

Le voyage solennel de l'impératrice à Kherson et dans la Crimée en compagnie de Fempereur Joseph II avait jclé ralarini; |iariiii 1rs Otlomans. Le peuple de Gonstanlinopli' < 1 oyait \ voir une menace des cours de Pétersbourg et de Vieune, et io | rt lude d'une agression prémédilée contre Tempire oltomau |iOur s'en partager les dépouilles.

cour de Londres, appuyée de celle de Berlin » enve- BÎmait secrètement les griefs de la Porte et fomentait sca lessenlimeus prêts à éclater* L'Angleterre était mécontente des difGcultés qu'avait rencontrées le renouvellement de son (raiu Je commerce avec la Russie, et des conditions avaiîlageusc's que celte puissance venait d'accorder au commerce de la France. Elle voyait avec jalousie la grande açtivité de celui des {lusses sii|r la mer ^oire» depuis leurs dernières conventions avec la Porte» et craignait que celui qu'elle faisait avec eux par la Baltique n'en reçût une fâcheuse atteinte. Les Turcs , à son instigation , se résolurent à braver les chances, d'une guerre qu'ils éludaient depuis si long-temps ; et , déployant une suhiîe énergie après tant de condescendances , ils deman- 4<^i:<^at ie rappel du çonsul ru9$e eu Moldavie», ^u'il^

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accQsaient àe chercher à troubler la paix èl la boiioe

iutclligence entre les deux empires, et exigèrent, en outre, que rimpératrice retirât ses troupes de Géorgie, et que les vaisseaux russes qui passeraieut le déiroit fussent assujélis à la visite, pour empêcher la contrebande. Emportés par Tardeur belliqueuse qui les avait tout-à> coup saisis y ils n'attendireiit pas même la réponse de Catherine à leurs demandes» et» le 18 août 1787» ils proclamèrent la guerre en envoyant aux Sept-Tonrs le ministre russe Bulgakofî. '

Celte rupture combla de joie rimpératrice. Elle avait désiré , provoqué , prépare la guerre ; et , non-seulement la Porte en courait les hasards , mais la précipitation des Ottomans semblait mettre de leur côté le tort de Tagression. Catherine avait des troupes dans le Koban et dans la Grimée » une armée nombreuse échelonnée depuis Kaminiek jusqu'à Balta» et commandée par Souwaroff» Repnine, Kamenskoi et d'autres généraux distingués, sous le cummandenieut suprême de Potemkin , une Ûolle sur la mer Noire, une autre dans la Baltique, destinée ' pour la Méditerranée. Toutes ces forces, secondées de 80»000 Autrichiens qni entrèrent en Moldavie, s'ébranlèrent à la fois pour attaquer de tons les côtés l'empire ottoman, précédées de manifestes où la Turquie était accusée d'avoir enfreint les traites et de prophéties qui exaltaient le courage superstitieux des Russes en leur proiiH'ttant le trône de liyzance. Les Turcs , pousses à la guerre par les Anglais » mais n'en recevant aucun appui réel, ne furent secourus que parles Suédois» dont le roi Gustave lil» prince entreprenant» crut l'instant faTorable pour se venger des manœuvres que les Russes pratiquaient dans ses étals ou ils encourageaient l'esprit de rébellion. Mais lors(ju'ilse flattait du supei be et spécieux espoir d'allerdieterla paixdaus Pétersbourg surpris, la trahison l'arrêta dans sa marche et donna aux Russes le temps de se mettre en défense. L'occasion passée de porter le grand coup qu'il méditait ne se retrouva plus. Après deux campagnes navales mtiées de succès et de revers» il

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