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CHAPITRE PREMIER

SECTION PRËMIËRË.

DANSunloDg espace de trente-cinq années, depuis le * ' traité d'Utrecht jusqu'à, la mort de «feoi» roi de Portagal » ee prince vécut en paix* Les grandes affaires politiques de seu temps, les vastes projets de l'impétueux

Albéroni , les heureux elîorts de la branche espagnole des Bourbons pour élendre sa domination en Italie, la rivalité des maisons de Stuarl et d'Hanovre, la triple et la quadruple alliance , la concurrence de Stanislas Lecxifiski et d'Auguste III au trône de Pologne , la Toscane transférée de la maison de Médicis à celle de Lorraine » la pragmatique-sanction d'Autriche, la guerre pour la soecession

de Habsbourg les trailés de Séville , de Vienne et .d'Aix-la-Chapelle, ne Foccupèrent pas.

Ce prince singulier, dont le peuple portugais a chéri les vices et dont ii aime eicore la mémoire f le gouvernait cependant avec un sceptre de fer ; et Fou peut juger de ses autres violences par l'habitude qu'il avait de ne réprimander ses ministres qu'à coups de bâton. Son rè<]^ne est le premier qui s'écoula sans convoealioii de Coites, et dont tous les actes aient émané du pouvoir absolu. A ce despotisme, Jean V joi<înait une dévotion pusillanime et une débauche elFrénée. Plus ses désordres éiaiant grands» plus le superstitreux monarque y mêlait de saintes comw pensations. Il résolut » dans un accès de remords, de donner à sa chapelle une magnificence inconnue aux autres cours de l'Europe. En il obtint du pape

Clément XI Tércction de rarchevêché de Lisbonne en i^alriarcliai. Le patriarche fut nommé légal a lalere , comblé de prérogatives honorifiques et entouré d'uue pompe extraordinaire. A l'église palriarchale furent attachés soi:ianîe-dix chanoines mitrés, ayant rang de prélats et recevant chacun 5000 crnaades. Non-content de prodiguer ses trésors au clergé et aux moines de ses états « .k'an V en enrichissait la cour de Rome. On prétend que dans le cours de son règne il envoya au pa^^e 94 millions de piastres , c'esî-à-dire près de 500 millions (k* francs. Ces immenses trihulslui valurent le lilro ut* liai (rcs-fidêfe. (|ue le pape Henoît XIV lui delera en 174^8, e; (jiie ses successeurs ont conservé. A la vérité, taudis que le prince^ à: la fois licencieux et dcrvot , dissipait ses richesses en scandaleuses débauches et en pieuses largesses, i'agricut* ture dépérissait ; l'industrie et le commerce étaient anéaiH fis ; Te royaume dépendait des élrangers pour les blés et pour les draps ; les Anglais s*emparaient de ses vignobles; les finances étaient délabrées, Tadministration sans règle eî sans [ riiicipes. Toutefois, si la piété de Jean V négligea Tétat pour le culte, elle ne Téloigna prs des leiîres et des ,sciem:es. 11 fonda, en 1714, ï Académie poi^tugoise » et, en t726^, celle de VMistaire, dont les séances furent squ<»

▼enl honorée^ de sa présence. Oo peut dire encore à sa louange que sa dévolion ne Fempécha pas de veiller à ce que rinqvisilion Suivît » iam ses procédures « lee foriaes

protectrices de rinnocrace, et de soumettre les jugemens

de ce triiraaai à l'examen des conseillers de la couroDue.

En 1755 , la pai>L Tuf sur le poiul «rétine troublée entre 14-'^/ ^ ie Portugal et TEspague. Par Tarlicie 6 du Iraîté d'U- ' " trecht , Philippe V avait cédé au Portugal le territoire et la colonie dti St. -Sacrement sur le fleuve de la Plata» en. se réservant toatéfois la faculté d'oirîr» dans l'espace de dix*iiuit mois» an équivalent, quHl oflkit en effet et qué les Portugais refusèrent. Outre ôe sujet de contestation entre les deux peuples , il eu existait ua autre relatif à lenrs possessions dans l'Océan de Tlnde. En 1584 , les Espagnols avaient occupé l'imporiaut archipel des Philippines, et s'y étaient maintenus lors de la révolution de 1640, quoique» d'après les délimitations précédentes» il dût appartenir au PortiJgal. Ën 1735 , instruit d'an différend survena entre les cours de Lisbonne èt de Madrid pour certaines franchises et prérogatives d'ambas^ sadeur dont un ministre plénipotentiaire de Jean V avait abusé, le gouverneur espagnol de Bucnos-Ajres, sol! de son propre mouvement , soi? , comme il est plus probable, d'après les ordres du ministère espagnol, attaqua la colonie du St.-Sacrement. L'intervention de la France et de l'Angleterre prévint heûrénseilient une entière mptare. La querelle des franchises fut apaisée, et Tordre envoyé en Amérique de faire cesser les hostilités. Cependant Tan* cienne contestai ion touchant les Philippines et la colonie du Sl.-SacremeiU subsistait toujours. Elle fut enfin terminée en 1750 par une sage transaclioii qui substitua aux démarcations antérieures une délimitation uouvelie et invariable. Les îles Philippines furent déclarées appartenir à l'Espagne* Le Portugal lui céda la colonie du St.-Sacrement et tout le territoire adjacent sur la ritè septentrionale de la Piaf a, ainsi que la navigation de cétte rivière. En retour , il obtint tout ce qui se trouve entre

4 Ht^mc fiftniiAu

le bord septentrional de. i*Vbiari et le bord oriental ie rUraguay.

Les pays eoclavés entre ces rivières conlenaient précH aément sept des colonies on réductions que les jésuites avaient fondées au Paragnajr. a Depuis plus d*un siècle » la eoor d'Espagne» embarrassée du fardeau de ses immenses possessions dans le Nouveau-Monde, avait abandonné aux jésuites, comme à titre de fief» le vaste et fertile territoire qui compose la province du Paraguay. Heureux d'y trouver des peuplades dont l'extrême douceur de caractère paraissait tenir à la stupidité , ils eu avaient fait des. cbféiiens peu instruits et des esclaves dociles ; ils exerçaient sur eux la triple autorité de souverains , de maîtres et de pontifes ; ils s'étaient attachés à leur faire trouver le bonbeur dans un travail modéré. Leur espé-^ raoce était d'attirer les tribus voisines sous leurs lois palernelies et minutieusement régulières. Les dominicains voyaient avec une extrême jalousie un gouvernement ihéocratiijue qu'ils n'avaient pas su fonder dans des contrées où ils avaient accompagné les Pizarre et les Almagro« Ce fut« dit-on , par un eflet de leurs intrigues que la cour d'Ëspagno céda au Portugal quelques districts du Paraguay. » ( H. Lacretelle» Histùire du diœ^kuiûème siieb )• Les jésuites, craignant d'être troublés dans leur domina^ tioo par le gouvernement portugais, s'elforcèrent de prévenir l'échange stipulé par le t rai lé. ils exagérèrent au gouvernement espai^nol Tinconvénient d'une mesure qui lui enlevait près de 50,000 sujets, et qui, en ouvrant aux Portugais» et dès-iors aux Anglais, les maguitiques iorêts du Paraguay, leur procurerait des ressources navales qui leur smiraient à abattre la puissance espagnole dans le Nouveau-Monde. En même temps, ils représentaient à la cour de Lisbonne cet échange comme nuisible à ses intérêts. Leurs mou vemeus retardèrent, mais ne purent empêclier IVxécution du traité. Lorsqu'il eut été ratifié par les deux cours , le provincial du Para*^uay, sur un ordre du général des jésuites , enjoignit aux chefs des sept colonies de quitter leurs missions» sans toutefois s opposer

BU HX-HOITIÂIIE SIÈCLE. 5

à la cession de la souveraineté du territoire. Eliîs n'en

éprouva pas moins de grandes difficultés. Dans le voisinage des missions s'était formé , d'un ramas d .iveuturiers de foute nation, rétablissement portugais de St. -Paul. Ces iiommes farouches et intrépides étaient relirai ei l'horreur des Indiens , qu'ils désolaient par ïeurs încwsionff dévastatrices. Les indigènes ne les connaissaient que sons le nom de Portugais» La dominalion du Portugal' leur paraissait donc le plus terrible de tous les fléaux. Ils se soulevèrent contre le traité qui la leur imposait , et s'armèrent pour reiioiisser leurs nou>eaux iiiaides. 11. en résulta une guerre de plusieurs années , qui n'appartient pas au r^ne de Jean V et qui , sous k règne suivant» fut une des principales causes de la chute des jésuites.

Tômbé depuis six «us» à la suite^ d'une attaque d'apo-^ plexie 9 dans une égale faiblesse de corps et d^esprit » et devenu incapable du gouvernement, dont il abandonna le soin aux mains iueph s de son confesseur , le P. Gaspar(l de Govéa, Jean V, après avoir dépouillé le Poriugal de sa représentation nationale, livré ses riuiiesses aux étrangers» anéanti l'agriculture», tes fabriques» le commerce» rarmée» la marine , mourut en 1750» pauvre et dévoré de remords. Pour faireles frais de son enterrement » il ne se trouva point d'argent dans ses coffres» et il fallut emprunter de quoi porter en terre un des rois les plus riches de son temps, et qui, dans les magnificences do l aqueduc de Lisbonne et du palais deMafra» avait rivalisé avec les grandeurs de Louis XIV.

Il eut pour successeur son fils atné » Jimepli 1 » parvenu / ' à l'âge de trentensis ans » mais sans être sorti de la profonde ignorance ou ravait laissé ta négligence de son père. Dom Sébastien-Joseph CarvaHio» célèbre sou&le nom de ^. ' marquis de Prnnba/ , eut sous le nouveau roi la principale direction d^salfaires. On a prétendu qu'il avait été rtîcommandé à Joseph I par le jésuite Moreira , aumùui* i do cft prince: si le fait est vrai, ce jésuite». en portaul Carvaiho au pouvoir, a préparé la ruiue de son ordre. Mais» chargé «a 1745 d*une mission à Vienne > où Jlépousa en. seconde

0 HisToiafi ^Kjtaujz

Boce ime nièce de Tillastf e mai^liol Daun i U est p}ii« probable que ce mariage fol Torigine de m fortooe» en

lui procurant la protection de la reine-mère , Marie- Anne d'Autriche. A quelque appui t]u*il ait dû son élévation, Fombal (nous l'appellerons ainsi dès à présent, quoique ce titre ne lui ait été conféré qu'en 1770) la soutint par un génie apdacieux et entreprenant , qui a fait de son ministère upe époque méQiorable dansTliMitoire do Portugal.

Ses voyages» ses missions à réiraoger avaient répart pour lui l'oisiveté d'une jeunesse peu studieuse, et lui

avaient fait coiiiiaîli e des pays [dus avancés que le sien dans les sciences politiques. De la fréquentation des gens de lettres, des {tliilosophes, des économistes, il avait rapporté en Portugal des idées de rélorme qu'il suivit av ec une impétuosité trop souvent semblable à la violence» et quil appliqua du reste avec siiccès h h plupart des ]^ran«ches du gouvernement.

Il y avait de grands désordres à réparer. Les premières mesures de Carvalbo pour y porter remède ne méritent que des éloges. L'abolition d'une loi soinpluaire, ]uiljliée sur la fin du dernier règne, ranima les manufactures. Lef corsaires barbaresques troublaieul le commerce maritime; on arma une escadre pour réprimer leurs insultes et pro« téger la navigation. On éleva des forts dans Tile d^ Mozambique, la clef du commence portugais dans les Indes orientales. De nouveaux colons augmentèreiit la population du Brésil. On releva les fortifications des placcs-lroiiiières ; on assura la solde de l'armée. Enfin, divers édits ré<^l(Tent d'une manière plus avantageuse la perception des impôts , encouragèrent ragricullure , et donnèrent au Portugal une iiQuveUe industrie et 4^ nouveaux arts.

Tout le commerce de la nation était entre les mains de« Anglais, qui absorbaient i| leur profit la prodigieuse quantité d'or que le Portugal tirait annuellement de^

Uiiiics du Brésil. Pombal publia un édit qui défendait la sortie de Tor du royaume , sao^ une permission expresse.

un pn-onriter uietE. t

Mais, bientôt après, les réclamations de la cour de Lau* dres robligèrent df» Liisspr lonibor celle ordounaoce impuissante tentalive de rébellion contre U dominatioa eoBimerciale de rAoglelerre. Uoc loi boraa l'autorité du; St.-Ofûee ( 1751 ) et ordonna qu'à ravenir iiii'y avrail pln3 d*Aubihda'fé qu'après que le roi aurait eonfimé lit sentence inqaîsiloriale. Chaque année ». la )}v>[)ulatioii da Brésil soulTrait de Témigralion d*uD grand nombre dejeunes personnes, que leurs parens envoyaient en Portu- . ^ . gui, sous prétexte de leur y procurer une édui alioo plus* distinguée , et qui ^ élevées dans des cloîtres , ûnissaieiit ordinairement , et souvent contre leur gfé«. par j. profession. 11 fut détendu , sous des peines rigoureuses», à ious les habUans du Brésil» d'envoyer désormais kiifs filles en Portugal , sans le consentement du roi (1752}«.

Les monarques portugais avaient concédé à plusieurs familles puissantes des portions considérables de tcrnloiro eu Africjue et on Amérique. Pombal , pour diminuer le pouvoir de la noblesse, fit révoquer la concession de ces A ■ domaines ( 1753). Celles que, par la suite , il obiÎAi po«r lui-même sur ce riche-fonds «. ont fait penserque sa cupidité naturelle n'était pas étrangère- à la spoliation des. anciens possessenrs. Il a enconru le même soupçon 4ans< \ . Télablisseiuent de Ici L()!H[i^i<înie dé coniiuerce, ou plutôt du monopole, qu'il louJa vu 1751 jiour le négoce , libre jusqu'alors, de laCbineel des liuies. Un ricbe babitant de Lisbonne , FéUciea:Yelbo Oldenbourg , avait donné leplan de cette compagnie , dont iL eut seu) la dtrex^< ion absolue » avec des privilèges si extraordinaires, qu'il Bjeparut pas les posséder à titre gratuit. Les négocians por» lugais réclamèrent viveinent eontro cet établissement exclusif. Un nouveau mouopole, créé Tannée suivanl<> sous le nom de compagnie du Maragao» et dii Grand- Para, et auquel Pombal était accusé d'avoir un inîerèl considérable «.redoubla le mécontentement des commer- (ans libres», et pxovoqua d'amères doléancesr En c«t(e^ occasion, commença d'éclater celte, sévérité tyrannique qui fut le caractère habituel, du gouvcrnemjent- de Cafr-

8 HISTOIRE 6ilfÉRit£B:

valho. Huit des priticipaux méconfens furent relégués pour huit ans en Afrique, et uu plus graud nombre exilés^ dans de misérables bourgades de Portugal.

Au iQilieu djes cliangemens qu'il exécutait et de eenx qu'il méditait Popibd*. fut tout-à-coup arrêté par une grande catastrophe (noverabre 1755). Un affreux Ifern* blment de terre fit de Lùbonm un amas de ruines et up. vaste tombeau* Plus d'uu tiers de îa ville fut renversé sur ses habitans , et il périt près de (rente mille personnes. Pombal , dans ce désastre, se montra grand administrateur par des mesures réparatrices , et sévère justicier jpnrla répression des. désordres, Dan^ la confusion inséparable d^uB. tet fléau » Li&boiine était devenue un théâtre de brigan^Biges.et de crimes. Pour épouvanter la licence^. Fombal enferma, pour ainsi dire» la capitale dans uneenceinte de gibets , et y lil attacher par centaines les cadavres des malfaiteurs. A ce terrible appareil il joignit l'ordre npn moins (errible èe faire pendre sur-le-champ, et sans autre forme de procès tons les vagabonds et désœuvrés que le guet trouverait la nuit dans les rues, l^stice expéditi^e et barbare» qui. eut dai^s Texcès dp. ]||al sop motif et peutnétre son excuse..

Çombal'y partout impérieux et despotique» devait avoir beaucoup d'ennemis. Par une ordonnance digne de Séjan , il Ijt promettre une récompense de 20,000 crusades au délateur de quiconque parierait mal du gouvernement ou chercherait à nuire aux personnes employées dans le ministère. (. 175j[>). Bientôt après,.il châtia le sou/èimef^.' de Pofiù avec toute la rigueurqu*on avait lieu d'attendre de i'auteu^ d%n pareil édit. Il avait établi à Porto une compagnie de commerce » qoî avait le privilège exclusif des vins de tonte la contrée et à laquelle les propriétaires, élaîrnt tenus de Ixîs livrer à un prix déterminé. li s'ei) était institué le protecteur, patropage qu'elle lui payait trois crusades par chaque tonneau, c'est-à-dire environ 120t000cnis2ides, année commune. Ce monopole d'une compagnie privilégiée, ruineux pour les propriétaires, produisit enfin un soulèvement. La maison du directear

90 vn-mnÈME sfâciE.

de la compagnie fut pilléé par la miiUitiHle , la liberté rendue au commerce des^ vins. Ce triomphe du peuple ne fut pas de longue dnrée. Envahi par un eorps de troupes comme un lieu de conquête» Porto vit son premier magistrat livré au bourreau et^ralné ignominieusement par les rues , la corde au cou. Les procureurs de k ville et les corps de métiers furent, supprimés à perpéluile. Dix-huit personnes fureot condamnées à mort , vingt^ix aux galères et quatre-vingt dix-neuf au bannissement. Sur Tin-^ jonction réitérée de ia cour , le parlement de Porto déclara criminels de lèse-majesté tous ceux qui avaient eu part à la sédition. Enfin » pour frapper te» peuples d^ respect et die terreur> Pombal fit publier un édit qui déclarait traître quiconque résisterait à ta moindre disposi« tion du souverain , loi ^u'ii étendit depuis aux ordres, émanés des^ ministres.

Au faîte du pouvoir, Carvalho ne trouvait d'obstacle à son auforîté absolue que de la part des grands et des, c h* ' jésuites. La haute noblesse, jalouse de sa fortune, affec- * tait de le mépriser» comme d'une naissance inférieure à la sienne. La destitution récente de Mendosa de Gortereal, secrétaire d^état de k. marine , immolé à la haine du premier ministre , ayant été blâmée hautement de plusieurs, seigneurs, Pombal, par l'exil d'un Souza, d'un La Cerda, d'un Bra^anee , d'un Marialva , apprit aux grands que le plus noble nom ne les mettait pas à l'abri de sa colère. Quant aux jésuites , il était irrité de la répugnance que les missions de FUraguay avaient manifestée pour la domination portugaise, et qui avait été poussée jusqu'à une résislance Gaverle, dutiL ces pères, à la vérité, s'étaient ai)pliqués à ne point paraître les instigateurs, mais à laquelle il était impossible de les regarder comme étrangers. Imbu des doctrines philosophiques t Pombal était ennemi d'un ordre religieux qui youlait enchaîner la liberté des c<Misciences; en qualité de ministre- absolu» il kâssait un ordre ambitieux qui partout aspirait à régner çur les rois par la puissance du confessionnal. Fondateur 4.e divers monopoles de commerce, il ne pouvait être in-r

10 HtSTOIBjB QâhÈgiM

diJIérenl à la e^mcurreoce d'un ordre eotreprenaol et indu8lri«ii\ qui, ne n<»gligeant aucun moyen d'influence et d'figrauilihbeuKiil , Taisait, nial«;ré les deieuses de rEf;lise, un vaste coniuierce eu Europe ei auxludes (J). Les jésuites étaient nombreux à ]a cour de Porlvgal; les confesseurs du roi» de la reioe olde tous les princes» ap* partenaient à leur ordre» dont le ministre méditait la

(lerte. Ce fut dans la mk du 19 septeailire 1757 qu'il ui porta le precnier coup, en les chassant du palais de Bêlera, et en Km défendant de reparaître a la cour. Le roi ciioisit jH)ur confesseur le {)roviucial des Frauciscains. Le 10 fé>rier suivant, Ponibal , poursuivant la guerre déclarée, adressa au ministre de l^ortugal à Rome une /ei<re in^rruc/ive où il imputait ans jésuites les trames les plus criminelles > les accusant de noircir et défigurer par des artifices macbiavéliques les bonnes intentions da roi« de travailler à le brouiller avec les autres cours et principalement avec celle d'Espa^^uc , d'avoir excité le peuple de Porto coiilre la coniiiagnie des vins par foules sortes (le niachinaîions et d'impostures , et en abusant de sa simplicité jusqu'à lui faire croire que les vins vendus par la compagnie ne vaudraient rien pour la célébration du saint sacrifice de la messe ; d'avoir répandu, à l'occasion dtt désastre de Lisbonne , de prétendues prophéties injurieuses au roi et à ses ministres; de fermer au sein de- Félat une répu])]i(jue indépendanle , ennemie du ])ouvoir légitime, etc. Iji conséquence, il demaudail <]ue le pape ordonnât la réioriue de Tordre et lui défendît de se mêler d'alTaires de politique et de commerce. Conformément aux vœux du premier ministre» le pape Benoît XIV « par un bref du l^»**. avril 1758 » nomma un visiteur apostoliqoechargé de réformer les clercs réguliers de la compagnie de Jésus dans les états du roi très>fid^e. Le cardinal Saldanlia, invesli de cette mission , rendit, le 15 niai, un décrel, où rappelant que, depuis la ioudalion de l'Eglise ,

( i ) Il $*élail emparé du commerce et de la mercerie du Porltigal , et ruinait les marchanda particuliers , parce qa'il ne ait pas d'împ6t pour ses mardiandiaes.

U ayait teujeurs été défendu aax personnes consacrées par le saceidoce 4e souiller la sainteté de leur ministère en s'ingérant dans les choses séculières, et surtout en se

mêlant de commerce et de marchandise , il cnjoi^rnait aux jésuites , dans le terme peremplniro de trois jours , de déclarer leurs commerces, lettres de change, capitaux, actions et effets» pour qu'il en fût fait une application convenable au senrice de Dieu. Expulsés du confessionnal du prince et de leurs comptoirs» atta<)ués dans leurs intérêts spirituels et temporels » les jésuites se yengeaient par la prédication et faisaient retentir les chaires de discours lugubres od ils annonçaient les tremblemens de terre et les divers fléaux qui désolaient le royaume , comme les célestes chàlimens des scandales et des injustices publiques. Ces harangues où , sous le voile de la liberté chrétienne» se cachait mal une rancune séditieuse» provoquèrent contre eux une rigueur nouvelle. On les fit suspendre du pouvoir de prêcher et de confesser par le patriarche de Lisbonne, Enfin, un événement extraordî-r naire et dans lequel ils furent impliqués , leur attira coup fatal.

Dans ia nuit du 5 septembre 1758» un attentat , dont les motifs et les circonstances sont enveloppés de beaucoup de nuages» fut dirigé contre le roi. Ce prince» revenant d'une maison de campagne , fut attaqué par des hommes armés decarabines, qui firent feu sur sa voiture, et le blessèrent. On imputa le crime à la famille de Tavora, qui se tenait, disait-on, outragée par Taniour du roi pour doua Teresa d*Albor , femme de don Louia de Tavora. Ce jeune homme » le marquis don François et la marquise Eléonore , son père et sa mère» son frère don Joseph » le duc d'Aveiro t le comte d'Atonguia et quelques autres seigneurs de sa parenté , furent arrêtés , livrés aux plus cruelles tortures, et ensuite au donner supplice, par sentence du tribunal de Vïmonjidence , composé de Carvalho et de ses créatures, el ju«çeant suivant les formes odieuses de l'iaquisition. Dans la question» le duc d'Aveiro» vaincu par la douleur » avait avoué

12 HISTOIEE GÉIfÉEALE

lecoaiplot, puis avait déclaré qae le père Malagrida et d'autres jésuiî''s l'avaient approuvé; puis enfin, il avait tout (lî">.noué. Vraie ou supposée (1), la conspiration causa la ruine des jesuUes qu'où représenta comme ses. premiers auteurs. Leurs prédications factieuses après le tremblement de terre» l'illuminisme fattatique de Mala» grî<lta qui, d'un ton de prophète » avait menacé le roi' d^nn grand malheur s*il ne s'amendait pas, les liaisons des jésuites inculpés avec les maisons de Tavora et d'A-^ veiro , i l les doctrines trop coiiiiues de plusieurs casuistes de Tordre $ur le tyranuicide, donnèrent couleur et force à cette imputation. En conséquence, le roi de Porfuj^al demanda à Clément XliJ. la suppression de Tordre, i\ 'ayant pas obtenu de réponse satisfaisante, il renvoyale nonce du pape, rappela de Rome Tambassadeur Portugais , chassa les jésuites, par un édit du 3 septembre 1759, comme traîtres et rebelles » de tous les états et domaines de Por<i lugal, avec défense, sous peine de mort, d'y rentrer jamais, elles fit (h porter sur ks côtes d'Italie au nombre d'environ Imit cents. Un autre édit du 17 février 1761 , con^fisqua au proût du roi tous les biens meubles et immeubles de la compagnie dénaturalisée, proscrite et exter^ minée f et les réunit à perpétuité an domaine de la couronne. Ainsi fut abattue en Portugal h société des. jésuites; et , du royaume où eRe était le plus puissamment établie, partit le signal de sa procbainc et générale destruction, n fallait en effet ou qu'elle tombât ou que le mouvement d'én^ancipalion qui connnençait à emporter le monde fiXt élouiié; il fallait qu'elle vainquit Tesprit

( l) n l'iic (iMi(jui>--u)ii evlraonliaan'e jugea les prévenus sans à aslroiiulit; aux, fonueâ judicKurcs, ei sans reudic la procédure publuiuc. Sa septeqce cootienL une foule de «upposiiioiugraluiieâ ,<lu délitssans preuves , dl'acciuatioitt frifoles. qui alËiibliueDt les accusations iraponanfes....; ce quia bit croire à plusieurs 4]pe eeue conjurai ion n'avail jamais existé. Ce qui est certainii c'est qu*elle ser-v Tii au marquis de Pombal de prétexte pour humilier la haute noblesse, pourv faciliter rexécutiun de ses projets contre les jésuites, et pour aflermir son au-, torité en cITrayant l« rpi,sar les dangers dont il était environné. » f JlfuU^^ liisr^ toire univvrmllc , )

Nouveau du siècle ou qu'elle eo fût vaiucue. Je ne crois ni à toutes les accusalious dont ses détracteurs Voui cltargée» ni à toute Tinnocence que lui attribuent ses apologistes » société satanique sdon les uns» société angélique selon les autres* Mais un grand fait est certain ; fait avoué par ses partisans comme par ses ennemis, le fait de son immense pouvoir : « La cour de Lisbonne , dit le jésuite Georgel, n*avait cessé de prodiguer à ces {>ères tout ce qui peut caractériser la confiance la plus entière et le crédit le plus prépondérant; ils étaient à la cour, nonseulement les directeurs de la conscience et de la conduite de tous les princes et princesses de la famille royale» mais le roi et ses ministres les consultaient encore dans les alTaires les plus importantes. Nulle place ne se donnait dans le gouvernement de TEglise ou do l'élaf , sans leur aveu ou leur influence, etc. » Leur rondaunialioii est daus ces lignes tracées par un de leurs plus ardens défenseurs* Au fond» ce ne sont point des cas fortuits» tels que le complot régicide imputé à Malagrida en Portugal , et la banqueroute du P. Lavalette en France ; c*est leur toute-puissance qui les a perdus. Pombal, Aranda , Choiseul , ont mis la cognée à Tarbre , parce que le iiioude étouilait ^ous sou ombre, el demandait à respirer.

Aux sentences de bannissement et de conliscalion prononcées en 1759 contre les jésuites de Portugal» succéda j^^ en 1761 une sentence de mort contre Malagrida» que le tribunal de l'inquisition envoya au bûcher comme impie» apostat» faux-propbête » hérétique, et qui visiblement n'était qu'un fou (1).

( I ) Oo en peut jixger par sa f^ie Itéroïtfue et admirable de lagîorieute sattOe Annet où il avançait, enlr^autresclioses, que sainte Anne, Hèsie sein de sa mère , pleurait et faisait pleurer par compassion les Chérubitis el les Séraphins qui lui

faisaient compagnie; que sainte Anne , dès le s«Mir de sa mëre , avait fait ses vœux , etc ; et par son Traiié de la in'e ft dr l t iupîrr de I' /fntei lit isi , où il afUrmait , comme une ciiosc à lui rc-vt-lrL' , tni'il | aurait liois Anlechrisls , le • pere , le iils elle petit iilsj que ce dernier naîtrait ik !\Iilan d'un moine el d une religieuse, l'an 1930, et qu'il Be marierait avec Prose rpi ne, l'une des furies

niSTOIRE GÉNÉRALE

Dans le lem|)s que Fombal offrait cet auloddfé au peuple de Lisbonne, ce ministre s'occupait plud noblement à relever cette Ville de ses ruines. « Cette opération ( dit l'auteur des Mémoira du matqais de Pùmbtd, qui te juge d'ailleurs avec une extrême sévérité), est ce qui lui l'ora loujours le plus d*honneur. Lisbonne robAtie csl , en (ju('](|ue sorte, un moiiunienf érij^é à sa gloire, qui doit rrh^irr <m nom iinmortel. 11 ue fallail rien moins que son iuébraniuble constance dans ses desseins el le pouvoir sans bornes dont il était revêtu, pour surmonter foutes les difficultés attachées à l'exécution de cette vaste entreprise, et , dans le court espace de quelques années » donner au Portugal une nouvelle capitale qui , pour la beauté des rues, la régularité des maisons et la magnificence des bâtimens publics, ne le cède aujourd'hui u aucun;' des villes les plus célèbres de l'Europe. »

La France soutenait depuis six ans la guerre contre ]\\ii;:leicrre, lorsque, par le fameux pacte de famille de 1761, le roi d'Espagne, neutre jusque-là, joignit ses forces à celles de Loub XV. Ces deux princes tournèrent leurs regards sur le Portugal, dont les riches colonies semblaient ofïrif à la France un sûr dédommagement de la perle des sieiuiea, tandis que l'Espagne se flaltaii de conquérir facilement la métropole. Le Portugal aurait pu conjurer l'orage en adhérant à l'alliance des deux puissances. Mais Pombal demeura fidèle à celle de l'Angleterre. La cour de Londres lui envoya un secours de dix mille bommes et un général habile , le comte de la Lippe- Buckebourg , qui prit le commandement eu Chef des troupes anglo-portugaises, et repoussa l'agression espa-

infi-rnales. A pari la prouve juridique, contre laquelle l'iliégaJité et la viorencc ilf la procfflurf ont souîcvé des doutes, quoîqu'cile paraisse sunisniiinicnl ;»<• quise, il es.1 irés vr.tiseiubKiblu qu'uu cerveau exalté, comme M;ihi:;nda , cousuite p:»r les coujurrs, aura répondu qu'il n'y avait point de péché à tuer un roi qui éluignail les jé&uiles de sou contcâsionuâl. Mais, dans son proccs , ou ne parla nuttemeiit de rassassinal. On ne lui reprocha que ses absurdités mystiques , el il Ait brûlé comme hérétique et faux prophète , et non eoilifife pariicide , « de sorte qae , dit Voltaire , l'eicèsda ridicule fut jouit à ïttcéi de Phorreur. »

B0 nïïJL-JBXJVtltm BIÈCVE* 15

gnoîe. Ce lie fut pas lo seul service que ce capitaine rendil au PorîiJ^ial. Après la paix , qui fut signée en 1765, il réorganisa l'armiîe portugaise (ju'il avait trouvée dans us état misérable , la porta à 52,000 hon[imes, la soumit à Doe exacte diseif^ioe, et termina son utile mission en Portoga! par la réparation des forteresses et le rétablissemeat de ki marioe» qw ne dut pas moios à ses soins qnt rarmée de terre.

L'intervalle entre la courte guerre avec TËspagne et la On règne de Joseph ^^ , ou plutôt de son ministre, ne présente aucun évéHeriient poiili<{ue iiu[!orîant. Mais /i il est marqué par utk grand nombre de réglemeos dont la plupart sont dignes d'éloges et dont quelques-uns ont eneoF&ra m jaste h\ème. £a 1766 , tombai fonda bel ét&bKssemeiit du eoBégê reyël dé$ Mbles^ Vers le même temps , il s^occupa de Finslrnctiofi des classes inférieures. Une pari ie des bàtimcDs de* l'arsenal fut consacrée à recevoir dos erifansdu penple, qui devaieiil v èire entretenus pendaoi imil ajis aux frais de i'élat, vl apprendre des métiers qui les missent à même de pourvoir à leur subsistance. Le preidoit des lueas confisqués sur les jésuites ftit employé à rebâtir et réparer plusieor» églises détruites ou endommagées par les treoiblemens de terre. La maison professe de l'ordre fut donnée h ïhù^ pifal de la Miséricorde, dont les bàlimens avaient été renversés par la même catastrophe. En 1769 , une imprimerie royale fut établie à Lisbonne sous la direction d'un célèbre typographe, ^iicolas Pagliarini. Les lois porto- ^ses» tant civiles que crisrinelles , portaient encore Fempreinte des siècles barbares on elles avaient été rédigées. Leur ebscmié et leur confusion pmduisaient à chaque insiant des difiicultés insurmontables. Pombal forma le plan d'un nouveau «ode qui devait embrasser toutes le*? pariies de la lét,'isla?ion . S'il nVxécyla point ce \asU; et utile projet* il eul du nKiMus la gloire de l'avoir indiqué an règne saivant. Il sappriiiia> éiverses conirérics qui , par Tabus des pratique» eitiériei«re$ de la religion , la fai^ saieat dégénérer en snpiérstiiioB r il appliqua leurs re-

venuê a« soulagemeDt des familles pauvreB* Il abr»Ut un ^rand nombre de monastères» entf*aotres neuf conTeos

d'Augustins, dont il transféra les Mens au magnifique inonaslère de Malra , dans le but plus louable que facile à atteindre, d\ former une congrégation savante qui pùi rivaliser avec t elle de Saint-Maiir. Les gens de mainmorte envahissaient insensiblemeat toutes les propriétés. Pombal restreignit les legs qui pourraient être faits en leur faveur au tiers des biens du testateur^ On gardait dans quelques dépôts publics une liste exacte de toutes les personnes condamnées par sentence de Tinquisition » et on réputait infâmes (eus ceux qui avaient eu quelqu'un de leurs ancêtres inscrits sur cet affreux catalogue. Pombal s'éleva contre cet usage inique et absurde. Il existait une odieuse distinction entre les vieux et les nouveaux chrétiens. Ceux-ci > dévoués par le malheur de leur origine à l'opprobre et an mépris > étaient exposés à des vexations perpétuelles. Tout descendant d*aieux juifs ou hérétiques était, sous ce nom de nouveau chrétien , éloigné des emplois publics et de toute alliance honorable, et sans cesse menacé par la délation des cachots du saintoffice. Un édit également juste et sage pros( rivit sévèrement cette distinction , et établît Tégalité entre les sujets du même prince et les enfans de la même église ( 1771). Cet édit fut suivi d'un autre relatif aux mariages contractés sans le consentement des parens. Jusque-là » une simple promesse, signée des deux parties et présentée aux supérieurs ecclésiastiques, avait suffi pour motiver la celebi ation. Le roi rend 11 Ibrce à l'autorité paternelle en faisant du consentement exprès et authentique des parens, la condition indispensable des mariages.

Vindusirie naitowde , dont le marquis de Pombal s'était occupé avec chaleur an commencement de son ministère « et que depuis il avait semblé perdre de vue» attira de nouveau son attention en 1T72. Des divers réglemens dont elle fut Tobjet, le plus important fut celui qui défendait rinlrndiu lioii et Tusage de toutes les produclions de niauuiaciures étrangères » et obligeait les Portugais de se

DU mX.'U(jmElfE SIÈCLE. 17

bonier à celles dn pajs. La même aonée » Pombal réforma la fameose Unmrsiié d$ CéSmire, ^m était iombée en dé* ' ^' ' cadence , el il y fit revivre les études et les sciences qu'on y cultivait avec si peu d'ardeur , que les leçons ne duraient que quatre mois , sous prétexte qu*Hn grand nombre d'étudians venaient de pays éloignés. Peu de temps <aprè8y pour remplir le vide qu^avaît lussé dans renseignement TexpnUfon des jésuites» il pourvut à la âaiaHôn immirm knit cmu màitres chargés de donner des leçons jitaidiqiies et gratuites ( 1773).

Divers encouragemens furent accordes au commerce. Celui du tabac fut dégagé des enlravt s fiscales auxquelles il ( {ail assujetti. L*extractioa et lo débit de cette plante lurent permis à tous les citoyens, et sa sortie du royaume pour Tétranger fut déclarée franche de toute imposition. Oes lois semblables furent destinées à faire flearir l'agri* eoltere dans rAlentejo» o&« faute de bras ou d'activité, la plupart des terres demeuraient en friche. La construclion du canal d'Oëyras et l'établissement d'une foire publique dans ceUe villt* y produisirent un grand mouvement commercial. Des Tannée 1765 , Pombal avait fondé une école de commerce. Il voulut juger par lui-même des fruits qu'elle avait portés» et il fit suÙr à deux cents élèves 9 sur tous les points relatifs an négoce* un examen solennel auqud il assista avec les principaux seigneurs de la cour (1774). 11 n'avait pas mis la profession milifaire en lionueur, de peur que la noblesse ne l'embrassât et n'acquît par elle trop d'influence; une grande partie de larmée créée par le comie delà Lippe a^aii été congédiée depuis le départ de cet étranger. Mais Pombal avait eneouragé la mariné, comme le pnacipal moyeu de pi^spérité commerciale. Il avait appelé des étrangers , et particulièrement des Anglais et des Français , pour construire des vaisseaux à un peuple qui, deux siècles auj/aravaiU , avait dominé sur les mers. Le Brésil \h les autres colonies s'élaient promplement ressonîies du rétablissement de la marine» et leurs produits s'étaient considérablement accrds.

Tous ces efforts pour améliorer les diverses branches

18 niâTOIRB GÉNÉRALE

lie ra(liiiini»(ra(ioii aoui digues sans contredit d uo grand niiiiislre. Mais Pombal poussa quelquefois (rop loin la manie des rêglemens, et en fatigua la nation. S'occupanl do pclitcs choses en même temps qu'il formait de vaste» plans , il interrompait la rédaction des plus graves ordonnances pour donner un édit sur la vente des marrons ou changer la loroiule de permission pour les chevaux de posle. D'aulres fois il gâtait ses réformes par la violence despotique inee laquelle il en poursuivait Texécution. Enfin» rhistoire lui reproche des contradictions nom^ breuses qui ont fait douter tantôt de la fixité de ses princi^s» tantôt de la droiture de ses intentions. La tyrannie mercantile de4'Angleterre lui pesait, et souvent . il parut vouloir s*en affranchir. Mais, après des tracasseries piissagères , suscitées aux négocians iniglais , il retomba (oiyours sous le joug, aux premières réclamations de la cour de Londres. Le réformateur de T université do Coïmbre>, le fondateur des écoles publiques» semblait devoir appeler de tous côtés la lumière $ et cependant il empêchait la poste d'arriver des pays étrangers plus d'une fois par semaine» ne souffrait à Lisbonne aucun ouvrage périodique , et créait un Conseil royal de cemure char^^é d'antoriser ou d*inferdirc îous les livres ^ui j)araiUaieuL n Uûi^iûl iraduire les œuvres de Voltaire, de Ilousseau, <ie Diderot, et brûler celles de Kaynal. li supprimait les mouastères inutiles, les confréries superslitieusf s » et, d*un autre Ci»té, il accréditait un miracle qu'on disait opéré par Tévêque d'Osma » Jean Palafoac , ennemi des iésuites « et renouvelait avec une solennité extraordinaire la procession célèbre sous le nom de Bulie de la Croisade. Il resîreignait les abus de la puissance ecclésiastique , circonscrivait en d'éîroites limites la juridiclion du nonce pontifical, réformait le pa^riarchaf, incorporait aux do— maiues de la couronne les biens immenses de cette espèce . de papauf é por!ugaise ,* ce qui ne Tempéchait pas , après ayoir abaissé le tribunal <le Tlnquisition » de le rehausser par le titre imposant de Mq^esté, pour en faire un instrujmeBt plus redouté deses vengeances. 11 s'eflbr^^d'humilier

m DIX-HUmÂME SIÈCLE. 10

les grands, et en niémc temps il nVst poin} de ressorls ' iju'il a'ait employé pour aliter sa maison aux plus illustre» familles du royaume. Les uégocians portugais, voyant sa prédilection pour le commerce, lui ont décérué le nom de Grand. Les philosophes ont exagéré la gloire de son administration par haine du clergé et des jésuites. L'historien impartial reconnaîtra qu'il était doué d'un génie actif et hardi; qu'il remua peut-être trop do rlioses, et voulut faire trop et trop vite, mais qu'en somme il avait imprime au Portugal une impulsion salutaire ; que peu d'hommes d'état ont signalé leur ministère par un esprit plos réformateur et par an pins grand nombre démesures sages et utiles. Mais il regrettera que Pombal , en faisant le bien, Fait fait, pour ainsi dire, à coups de hache, et Fait souvent compromis par la violence de son caractère et de ses passions ; que ses qualilés brillantes aient été ternies par une insalial/Ir ( upidité, et que finalement il n'ait (léfruit les jésuites et humilié les nobles que pour substituer à la domination monacale et nobiliaire le despotisme ministériel le plus absolu. La fin de sa tyrannique . puissance fut celle de la vie de Joseph I, qu'il tenait luimême en étroite servitude, et comme en charfre privée, tellement que le mot : allons voir le rot dans sa cage, était passé en proverbe parmi les courtisans pour les jours, du reste extrêmement rares , où l'audience et la vue du roi leur étaient permises. Ce prince mourut le 24 février 1777.

Joseph I eut pour héritière la princesse Marie , sa fille ; atnée , qu*il avait mariée en 1760 à son frère don l ierre , lequel prit le titre de roi sous le nom de Pierre HT , mais sans participer au gouvernement , qui appartenait à Marie . en vertu de la loi fondaïueulale de Lamego.

Huit jours après l'avènement de la nouvelle reine, le marquis de Pombal, cédant à la haine publique qui ' s'exhalait en plaintes amères contre son gouvernement « se démit de ses emplois, et se déroba dans ses terres à hi vue de huit cents proscrits qu'il avait ensevelis dans les cachots , et qui, rendus par la reine à la liberté et à k

20 HiSTOlEE GÂMÉEÀLE

lumière 9 aecusaieiit leur persécuteur en leur taom e( au nom de quatre mille victimes qui avaient » disait-on , péri dans les fers.

Les frères iiaiurels île Joseph I , que Carvalho avait exilés, furent rappelés à la cour. La reine supprima le tribunal de Vlnconfiih ncc, rctablil celui de la nonciature dans ses anciens droits , abolit un impôt vexaloire sur le sel de Setuval» supprima la compagnie du Haragnon , et restreignit le monopole de celle des vins.

Quelques années après la paix de Paris « il s'était élevé des contestations nouvelles entre le Portugal et l'Espagne au sujel de leurs possessious respectives en Amérique. La guerre» long-temps imminente , venait d'éclater» lorsque Joseph I mourut , et uue flotte espagnole s'était emparée de Tile de Sie.-> Catherine» sur la côte du Brésil. La reine Marie termina promptement les hostilités par les traités de Si.-^Ildefome ( 1777 ) et du Pardo ( 1778 ). Le Portugal renonça à la colonie du St*-Sacrement » et céda à l'Espagne l'tle d'Annobon sur la côte d'Afrique» et celle de i ernando del Pô , daus le golfe de Guinée. Tous les points restés obscurs dans les conventions antérieures furent éclain is par ces traités nouveaux ; les deux nations se garauûrcnt réciproquement leurs possessions dans l'A— m'riqae méridionale» et, dans leurs domaines respectifs d^Ëurope» toutes les franchises et exemptions dont jouit la nation la plus favorisée* Il y eut dès-lors» et durant tout le règne de Marie, une intime union entre les cours de Lisbonne et de Madrid» et le Porlugal échappa pour un temps à riuilucnce dominante de l'Angleterre.

Depuis la chute de Pombal, les parens des personnes condamnées en 1759 comme régicides ne cessaient de solliciter la révision de leur procès. La reine l'ordonna enfin on 1780. On prétend que » le 3 avril de l'année suivante» quinze juges sur dix-huit prononçèrent l'innocence de tous les condamnés. Hais la reine conservait des doutes par rapport à quelques-uns d'enlr^eux. Eiie ne put se résoudre à sandionner ce jugement , où il entrait peut-èlre autant de haine de Pombai que d'amour de la

DU DIX-HDITlf ilE SIÈCLE. 2f

justice. It fttt tenu secret ». et cette affaire est demearée couverte de ténèbres*

Diinsle même temps-, qa'oii n'usait réhabiliter haute-. m^i le sang versé par Garvalhot un décret royal (16. août 1781) y rendu sur Tavis unanime des juges, déclarait ce ministre criminel et digne d'un châtiment exemplaire. Toutefois , la reine ^ « ayant égard à Tàge avancé du cou-, pable et à ses graves iniîrmités » , consentait à lui remettre les peines afflictiyes» et se bornait à lui eii|9indre de se tenir éloigné de û cour à la distance d'au moioa vin^it Keuesu Poinbal nuwAt d|ms. ^ terre. diix n^uk i|pri#« (8 mai 1782).

En 1786 , la reine perdit son époux et san Els aîné. La mélancolie naturelle de celte princesse s'en accrut, et avec elle Tanarchie où la cour était livrée sous son faible gouvernement (1), X/suidis que les factions se disputaient ] autorité, le royaume tomba dans la confusion. Enfin, l'étal maladif de la reine empira teilement qu'il devint impossible de lui laisser même le siinulaore m pouvoir. Én 1792, Pinfant don Juan, sans prendre le litre de. régent, s'en attribua les fonctions, et dès-lors fut, de fait , roi de Portugal^ quoiqu'il ne Tait été nojninalemeiit. qu'après la mort de sa.mère (.^816).

( i] « Dam IttGiotin do règnft 4e Ibrio U** il btfbmié d'ea^tUem l»<qîeta$ BaJàla Yolooté et la force d'ei^cution manquaisnt, d tous ces plans sont restés nais et incomplets. On créa, par exemple , une commissiouisbargée de la ré>

daction d'un nouveau code civil et criminel , leqael n*a jamais été terminé , 8oil par le manque d accord entre les membres de la commission , soii par la pensée secrt le de plusieurs d*entr'eux qu'il ne convenailpas de lirer la législation eiiilaiiic du cliaos où elle était plongée, ce chaos étant une mine trèsriche et inépuiâuble , et uue source de grand prolit pour la magisUuture et pour tont 4e fwteaait.à r^dmiBistiitiMi h justice » depuis l'aTocti et le procureur jusqa'à rhinnlier^et «a lec^ On ci^ égaleaitttt mm co^miBsioB peut rané* li0raij»n et laréfinme te voBtatAret-} mai» il,iiL*épffoiKfèMnt ni amâliontiM oi^ réforme. On. ordoooa roatwrtm 4^ imiiiellea routes , surtoul eotre les deux |irmmères viUes do royaume , Lisboone et Porto; mab on consuma plusieur». ■lillions de craaades et de longues années de travaux 9 ^ans avoir une seule . roule d'une certaine étendue sur laquelle pût rouler nans obstacle une dil^ence ou une voilure de puate, cl( . > ' l'Usai fiistarico - Politique xttr le rùrttftmfi^ 4k Portugal, par Jostph Liherato ti'titt de CarvalUv.)

SËCTiON IL

Ësi>agne (1715—88).

Au moment où la paix d*Utrecht affermissait Philippe Y • 5ur le trône d'Espagne » ce prince perdit son épouse Gébriette-Lmiiie de Savoie. Cette reine ehérie » brillante de jeunesse et de vertus , descendit à vingt-six ans dans la tombe. Elle avait eu pour eoulidenle et pour amie la princesse des Vrsins, frauçaise de Tiliustre famille de La TréiTioille , et qui , par son caractère ferme et courafjeux, ^ avait pris sur elle un grand et légitime ascendant. Cette femme célèbre , belle encore après deux mariages (1) » et soutenue à la cour par un parti puissant » fut soupçonnée d'avoir pensé à remplacer sa protectrice et à partager le trône de Philippe. Son âge » trop disproportionné à celui du roi, rend ce soupçon peu vraisemblable. Mais, si elle ne pouvait être reine, elle voulut du moins régner sous le nom d'une autre, et elle se flatta d'atteindre ce but en donnant à Philippe une nouvelle épouse qui lui dût tout à elle-même y et qui • se regardant comme sa créature $ s'abandonnât à sa direction. Elle jeta les yeux sur heUMh Fam^, héritière de Parme t de Plaisance et de Toscane , et chargea Tltalien Alberoni , qui s'était insinué dans sa confidence, de se rendre autres de cette princesse et de l'accompagner en Espajgrne.

Jules Alberoni, fils d'un laboureur ilu duché de Parme , et qui , de cette obscure origine» devait monter à une si haute fortune, n'était encore qu'un petit abbé, lorsque le hasard Pavait fait connaître du duc de Vendôme » qui commandait les Français en Italie. D'abord espion du prince , il devint bientôt son protégé par la bassesse plus

( 1 ) Aune Marie de la ïrémoille , femme distinguée par son médite , par Ba naissance cl par le grand rôle qu'elle joua , élanl veuvo d'Adrieu BUi&e de Tall« vraud , pfiuctt de Cbaloù , avaîl été remariée eu liaiie a i^'lano, prioce

w Bix-HcrriÉME slâcLB. Sis

^6 servSè dè ses adulations. Lorsqoe Vendôme fut envoyé en Espagne, Albcroûi le suivit a^u-delà des Pjréuées,» et cet avenlurieF , produit à la cour de Madrid , eut Vudresse dé gagner la laveur de la princesse des Ursiiis. Bientôt il aspira à la supplanter, et quand» après la mort de k reine, elle lui fit part du nouveau choix qu'elle méditait , il la confirma dans sa résolution en lui repré» sentant Isabelle comme simple, timide et facile h gouverner, au lieu de hautaine , dHmpériense et d^inflexible qu'elle était. Trop tard détrompée, la princesse des Ursins voulut en vain rompre la Dégœiatiau par laquelle lut conclue cette alliance. Instruite de cette teulative par l'astucieux Alberoni , qui redoutait la vengeance de la favorite» s'il ne se hMait de la perdre » Isabelle , par un ' secret et pressant message» exigea de son futur époux la * disgrâce de la princesse. Cependant celle-ci, ignorante de ee qui se tramait contre elle , alla, dissimulant son dépit, jusqu a la bourgade de Kadraqué à- la rencontre de la nouvelle reine; au lieu de paraître devant sa souver.iini' avec le i:espect servile de l'étiquette , elle l'.abocda d'uu air d'aisance et de familiarité. Quan fasse sortir eetu ftmme, dit aussitôt Falti^ Isabelle, «I ftt'on la conduise hors du royaume. L'ordre ftat exécuté à Fiostant même (1) et la princesse des Ursins à jamais exilée d'un pays qu'elle avait gouverné pendant quatorze ans avec une autorité pn ^que absolue, et, il faut l'avouer, en femme de lète et de cœur, et non pas en intrigante , comme ses envieux ne manquèrent pas de la peindre après sa chute. Dévouée à-ses maîtres » elle s'occupa de leur gloire et de leurs intérêts beaucoup plus que n'ont coutume de le faire les

(l) C'était le 13 Décembre 1714. La glace coutt-ùi la lerre ei le froid de lu ouil était si âpre que le cocher de la princesse on peidil ta main. Madame «iif.s Urtîos était seule , avec une de ses f«-muu.-4, saas.aulrc linge ni vclcmeQâ (juc ce qu'elle s'était trouvée eu avoir sur elle, dénuée do lout.dao» un pa^'s qui n'oflb^t anouM MtsMwce aux Toyagcura. Dan» ce cruel voyage , sa consiaocit fm iBâMmnhble } il oe lui échappa ni tarmea ni regrets sur sa grandeur décbua, ai même la jnoindrt plante du freid rigoureui qu «Uc épuottvait.Cil de l'inhiir . nanilé d'Isabelle.

24 Bi&TOlfiE 6i!féllALe

favorU* Sentant combien it importait à la France et à rEspagne de vivne en boane utteHigenee > elle fui long* temps le lien le plus fort des deux pays. Douée d^une âme ferme et virile, seule, dans le temps où Louis XIV

pensait à se retirer au-delà de la Loire, et qu^on proposait à Pliilippe V de se réfugier dans les Indes, elle ne perdit ni le courage ni l'espérance. Grande dans la faveur , elle fut plus grande encore dans la disgMce. £d£Bp elle portai noblement Tune et Taotre fortune. L^envie contemporaine n'en impose point à la postérité» et h postérité place la princesse des Ursins an rang des feimneft qui onjt le plus honoré leur sexe.

Le début d'Isabelle annonçait qu'elle voudrait gouverner le faible Philippe. Mais , pour k conduire , elle a,vait elle-même besoin d*un guide. Isolée , étrangère a tout ce qui l'environnait , dans la plus profonde ignorance de» nommes et des affaires, il lui fallait un confident , un moniteur : elle le chercha dans Albéreni (1) , dont l'obfr-

(l ) n Albéroni persuada h h reine d'Espagne que, pour gouverner le mi , son mari, elle devait le tenir entermé , comme avait fail la princesse des Ursins... Ce prince se laissa , en effet, enfermer' dans une prison fort clroile, garde âaus cc&âe a vue par la reio«, en lous les mstans du jour el de la, xiuit. Par là ette-mini* était géoUére et prisonnière : étant sans cene avec le roi, penonoe oe poaTait approcher (TeOe , parce qa*on ne le pouvait aana approcher dtt roi en même te«i|w, Aion Aftéfoû lea tint tons les dew eofinnéa , avec la clef de leur pfiaoo dans aa podie. » (il|^i{w>îres de St-Simon ) a AJi^éroni , dit ailleurs le môme écrivain , iroava une reine pleine d*eBpnt , de grà;ces , d'ambition , de volonté de gouverner et de dominer sans partage , hardie , entreprenante; haïssant les Espagnols à visage découvert , abhorrée d eux , el o'ajant de ressources que dans les Italiens qu'elle avança tant qu'elle put ; n'ajant de conseil el de confiance qu'au suje* et au roioistre de Parme qui l'était aile chercher et était venu avec elle j d ailleurs ignorant toutes choses, éleTée dans un grenier du palais de Parme par one mère austère , qui ne loi donna connaiaaanee de ifico , et pané* de là aana nilÎMi dua hupebMqiu du roi d'E^gno où eHe denenn tant qa*^ tésut, téduile à 9e toit que par loa yeux d'Albéroniy le mvI à qoi eJie crût ponvoi» aa confier par aa qualiiA de aqetet de ministre de Parme eoBipagoe, Ioaeal4ontelle fOolAl ao aenrirpoor gouverner le roi et la lAonarchio, parce que n'ayant point d'état , il ne pourrait se passer d'elle , ni jamais , à son nvi»; , lui manquer et lui porter ombrage Tel fut le champ otferl à Albéroni pour travaîUer à^fonune aaoa émule el^san» contradicteur. »

BU in-HVRliHB SIÈCLB. 85

cure orîgUç, r^iflience bumble eot^^urep le néant ou U rc^tomb^niit ^% osait jamais lui déplaire » assureraient sa jouverûn^ 4e dévQuement. Albéroit deviat fir^ini^ ministre eit efimte cardinal* Dès-lots ce génie reiwumt se dévoila. Il conçut des projets gigantesques , et s*év«i^ luaà bouleverser l'Europe. 11 voulait ôler la régence de France au duc d*Orléans» replacer les Stuarià sur le trône d'Angleterre, établir en Italie la prépondérance de I JEspagae et j détiwe çelle de TAutrictie. U échoua partout* ÎJae conspiration fu'il forma dans Pari^ pour se saisir de la pensonae do ré|^t, fîit découverte et bouffée m moh ment d'édater. (Voyez le régné d$ lom XV* ) Une ifiittrrectîon qu'il fomenta en Bretagqe fut promptemçut comprimée et punie. Il négociait une réconciliation entre Charles XII et Pierre 1*^''. , mé<îontens de la maison d'Hanovre, et complotait avec eux Tinvasion de l'Angleterre et le rétidUis^meat des Stuarts. Mais lorsqu'il espérait que hi nmge9 dt/knardfroéktiraieni de$ Ummrreê , le grand orage qu'il' avait préparé se dissipa tottt-à»cojap par la mort dq roi de Suède. Il attmidmt de la lutte où Tempereur était engagé contre les Turcs une diversiua lavorable à ses desseins sur Tltalie : les vie Loirçs d'Eugène et la paix de Passarowitz mirent iin à ceUe guerre que ses agens aupcès de la Porte-Qttontane s*efforcèrent en vain de ranimer. A Ift yérité.9 une expédition qu'il dirigea sur la Sardmgn$ eut on heureux succès» et les Esp^œk, ep mdQf de deux n^is, chassèrent les Autrichiens de cette lie qui appartenait alors à l'empereur. Mais , Tannée suivante, ils trouvèrent plus d'obstacles à la conquête de la Sii^e (1) , do^t le duc de Savoie était eu possession depuis le trajyt^ d'Utr^çht , et une flptte anglaise anéantit en quelque! ^grci de ^oindHit ta marine espagMle» dont le i^i^UimmiM' a^t «ctftté à AlMroni deux années de

(i ) L«» Skifiept iTa|Mity da reste , coove !«• Sairdes , ehaudemeot seconaé FinnMnm. méat, dit Iieiuiiiley ÇJKiCoôv dëhM^mee ), S Mt di^e de reeiarque que , dans tene le* p«fê catholiques MMuIntts à b dcNaioetioD espa gnole , les peoplef, toqôaie legfetié eette puMiaiioe pereiteeae qui les^ fottTereakiealyMitqiiileifemniiilpeii. »

26 msToniB générale

travaux et cinquante liûiiions. Amiral, contre-amiraux » vingt-trois vaisseaux, cinq mille quatre cents prisonniers, sept cent trente canons devinrent la proie des vaiii«quenrs. Enfin ». les frontières de FEspagne fiireiit attaquées par les Français, et le maréeM de Berwick s'empara des deux clefs du royaume , Fontarahie et St." Sebastien. Les désastres de la guerre retombèrent sur son auleur. Une intrigue habilement tramée et dans laquelle, avec les princes et les grands , la nourrice de la reine joua son rèie, précipita la chute du ministre. Alhéroni fut disgracié soudainement! et un ordre royal ne lot laissa que trois semaines pour sortir du territoire d'Espa» gne. L'Allemagne, la France, l'Angleterre lui étaient fermées. Il avait pour ennemis en Italie non-seulement les Autrichiens et le duc de Parme , mais encore le pape Clément XI, dont il avait frauduleusement obtenu une bulle pour lever de l'argent sur le clergé d'Espagne , sous prétexte défaire la guerre aux infidèles. Après avoir risqué d'être assassiné au moment de sortir d'Espagne et mené quelque temps, sous un nom supposé, une vie errante dans les villes du Milanez, il alla se fixer à Gè^ nés. Innocent XIII , successeur de Clément XI , l'appela depuis à Uonie comme membre du conclave, et il y acquit tant d'iriiporlance que, dans plus d'une élection, il ne lui maui^ua que peu de voix pour parvenir au trône pontifical.

Aibéroni avait les qualités nécessaires pour l'administration intérieure d'un grand royaume, l'activité, Tapplication (il travaillait dix-huit heures par jour), Tesprit de détail et d'économie , une intellij^ince supérieure, une

fermeté inébranlable. Il remit l'ordre dans les finances par des réformes utiles (1) , notamment par une réduction dans les oliices trop nombreux de la maison civile et

(l) « Albérooi travaillail à rc former ïv» dépenses d«s nuiions royales, d«» conaeils, des iribunam, et celle qui éuit destinée au paiement des pensions et des giftocs. Il se plaignait que les gages des ofliders étaient montés au quadruple depuis que Tbitippc était en Espagne* » ( Mém, de SL^mon. )

m DIX-HUmÉME blECLE. 27

militaire du roi , opération qu'il soutint courageusement contre le ressentiment de la noblesse. Il rétablit la discipline dans les troupes, répara le port de Cadix , ranima

le commerce et Tindustrie (1), créa une marine royale. Mais il perdit tout le fruit de ces heureux: travaux par ses folles entreprises au dehors. Subitement élevé au faite du pouvoir , n'ayant pas eu le temps de compter lf$ éehdmu, selon l'expression de madame des Ursins» il . fut étourdi de sa fortune. A la manière des panrenus y il ne songea qu'à Pétaler. Il s'éblouit» il s'aveugla et sacri-

(l) «Le cardinal , dit-il dans \m écril qu'il fit répandre en 1721 , introduisit les manuiactures en Espagne. 11 Ut élever à cet effet , avec une dépense et des travaux immenses , les eaux de la rivière de Henarès , et établit à Guadalaiara uue lubrique vraiment royale de drapa très-fins , après avoir fait venir eu une lente fou de Uolbode cinq cenu faroUIes...» Il tù» des ]iô|iiUQX de Mâdrid nn^ grand nombre de jeunes garçons , qui bientôt te rendirent habiles en Fart de filer. Il appela d'Angleterre de bonsteintttfiert, peuplant ainsi, avec Tes nouveaux Tenus , la vaste solitude de l'Espagne , et retenant Fargent dan» Tintérieur du royaume t tandis qu'auparavant , de compte fait, rjE^^P^gne , parla vente des laines , ne retirait pas des étrangers le quart de ce qu'il Lui en coûtait ensuite pour acheter les draps dont elle avait besoin.... Par l'entremise du baron fîî* Hipperda , il introduisit à Madrid des fabriques de Hnse de table et d'autres toiles de Uollande , etc. » C était , du reste , une diilicile entreprise que d'exciter en Espagne l'esprit commercial, h en juger par h passage suivant du Ustament politique d Jlbét-oni : a Le commerce dans i uUtneur du royaume n'a pas plus de facilités que dans les pays les plus sauvages : Tes chemins sont encore les mêmes qu'au temps où , chaque province Causant un royaume parcîeniier , elle n*avait pour tonte ridiesse que ses moissons , et devût cbéiir les ' défilés qui retenaient son voisin de les venir ravager. A peine les mulets peuvent traverser les CastiUes. Dans un pays coupé des plu» belles rivières , on %noFe russ^ des bateaux. Les marchandises remontent et descendent la Guadiana , l'Ebre et le Tage sur des sommiers. On n'a point tenté de rendre ces fleuves navigables; on s'est même refusé aux oflres qu'en faisaient les Holj;in<l:tis. Les restes encore admirés des£;rands chemins des Romains n'inspirent I iiiij uno noble émulation On a eriieiidu, pour ainsi dire , le bruit des travailleurs qui joignaient les deux mers par un caiial de soixante lieues; on les a vus aplanir des montagnes , hausser des vallées, percer des rochers, faire * passer des rivières sur dee ponts. Un si beau modèle n'a produit qu'une admiration stérile.

» Après la construction des grands cbemins et la navigydbilité de ses fleuves,

l'Espagne ne sera plus inaccessible à un commerce digne d*elle j mais il restera pour l'y établir quelque chose d'aussi difficile pour ses ministres : c'est d'iospi- 1er aux Espagnols le génie du comioorce Ini-mème . » -

9B HISrOlRB GftHteJM

fia tout à rosieutation. Plus intrigant que politique, il s'agita sans cesse d'uu mouvement vain et stérile. Trompé par une imagination ardente et vagaboJDule p regacdaal le bat et jamais TobstAcle, et» elïl en rencontrait, voulant « bon gré malgré U renversée oa le franchir t il lisqaa tout et ne calcula rien. Préoccupé d« Ufauase idée 4e aa puissance» avec des moyens faibles, il voulait faire le fort : il ne parut que fanfaron. Ou ne peut nier cependant qu'il n^eût de la grandeur et une sorte de puissance créatrice dont il garda la conscience. VEspagne , dit-il un jour au cardinal de Polignac , est un cadavre que faioais mimé; maie, à mon d^foiU» U s'eet recouché dam ea Umbe^

Son exil rétablit la paix de l'Europe que son ambition avait tfonUée. Les troupes espagnoles forent rappelées.

d'Italie pour aller combattre sur les bords de TAlrique. Depuis un quart de siècle» les Maures assiégeaient incessamment la forteresse de Ceula. Leurs efforts, long-temps infructueux » dirigés enfin par des artilleurs français et anglais que le roi de Maroc avait attirés à son service ^ semblaient devoir être couronnés d!un prochain triom-

Éhe. Seize mille vétérans» sons les ordres du marquis de< eyde , firent voile de Cadix pour aQer délivrer la pkce assiégée , et , trois fois victorieux , refoulèrent les Maures dans les murs de Tétuan et de Tanger.

Les vices intérieurs du gouve^ruement étaient plus difficiles à vaincre que les infidèles. Des abus sans nombre régnaient dans l'administration. Philippe, enclin à la paresse et mal secondé par des ministres inhabiLes, était accablé du poids des aÂôres. Xm d'un sceptre qui pesait à son mdolenee et que des efuinles superstitieuses lui faisaient regarder comme un obstacle à son salut, il abdiqua dans la vigueur de Tâge , à quarante ans. Par son acte de renonciation qui fut lu solennellement dans l'Ëscuriai, il annonça k ses peuples que désirant, après un règne rempli de troubles» îpnir d'un repos qui lui était devenu nécessaire » et employer le. reste de sa vie k mériter une couronne spirilneUe» il désignait sa couronna

De mx*«VlTIÈBl£ SIÈCLE. 29

lemporeKe à lamn , M>à aîné , et tovitait ses sujets à lui être fidèles. Usé fa** de glorieux travaux , Chaïles- QuÎQt avait abdiqué nohiciucnl la royauté à laquelle sa caducité ne suffisait plus. Jeune encore et dans toute sa force , Philippe abdiquait honleusemenl par fanatisme et par nonchalance. Gharles-Quilàt , en s euferniant au monastère de St.-Just, avait renoncé à toute idée de grandeur , et ne a'éfait réservé qtt^nne modique pension de cent mille écos. Philipfie» en rejetant les charges da iroûc , eut soiû de s* en conserver les revenus : pour jeûner et prier dans le palais de St.-îldefonse , il devait recevoir anîmellement trois millions , sans compter l'immense trésor qa*0 y avait fait transporter en s'y retirant.

Cette retrûte où le repentir, fruit ordinaire des abdications, ne parafi pas Tavoir Miivi , ne fut pas de longue durée. Le jeune roi Lcuii, agréable à la nation» qui aimait en lui Tenfatit né au milieu d'elle , imbu de ses préjugés , passionné pour ses mœurs jusqu'à détester celles des autres peuples, mourut dès la première année de son règne. Le second fiî<; de Philippe V et de Louise de Savoie» don Ferdinand n'avait pas encore atteint sa douzième année. Sollicité par le conseil de Castille et surtout par son épouse» 4e reprendre son autorité» Philippe résbta long-temps à leurs instances. L'ambassadeur de France et le nonce du pape parvinrent enfin à vaincre sa répugnance en lui représentant les inconvéniens d'une tninorilé et eu faisant décider , par une commission de théologiens, qu'il devait remonter sur le trône sous peine depédU morteL II se l«ssa gouverner par un nouvel a^ entnrier politique» qui eut qudqne temps l'influence d'Albérom. Le baron de Ria^rda, envoyé extraordmaire de Hollande h la cour de Madrid , après le traité d'Utreebt » s'elait établi en Espagne, Ayant renoncé à la religion protestante , il avait obtenu pour prix de son abjuration ia surintendance des riiaimfaclures , foncîioii convenable à un homme élevé chez un peuple commerçant. Ce n'était pas assez pour ^on ambition. Par son adresse il parvint à gagner la confiance d« monarque qui l'admit dans son in-

50 HISTOIRE GÉMÉIIALË

limité» le consulta sur les aOaîres les jlus importantes, et le chargea 9 en 1725» de conclure avec l'empereur un traité d'alliance et de commerce. A son retour, il fut

créé duc el grand d'Espagne. Bientôt après, il devint ministre des tiflaires étrangères ; enfin , il joignil a ce département ceux de la guerre et des finances. Il remplit toutes les places de ses créatures , et gouverna avec une autorité aussi absolue qu'aucun des favoris qui l'avaient précédé» Mais ses talens et ses connaissances n'étaient point au niveau de ses fonctions éminenteset multipliées. L'Espagne , qu'avait d'abord séduite en sa faveur le snecès de sa mission à Vienne, ne tarda pas à murmurer des désordres de son administration. Un cri universel de réprobation s'éleva contre la toute-puissance d'un étranjjer aventurier et apostat. Philippe, cédant au vœu publie » le fit arrêter. Enfermé à la tour de Ségovie , Ripperda .s'en échappa en 1728, passa en Afrique, embrassa l'Islamisme sous le nom d'Osman » servit le dey de Maroc contre les Espagnols , et mourut en 1737 de chagrin d'avoir encouru la disgrâce de son nouveau maître.

Une àe% clauses du ii aité qu'il avait conclu avec l'empereur slipnlait ractjuioscement de l'Espagne à la création d'une compagnie des Indes établie par ce prince à Ostende, et donnait aux sujets de l'Autriche d'importans privilèges de commerce » par préférence aux Anglais * aux Hollandais et aux Français. Ces trois nations» pour s'opposer à l'exécution de ce traité» en conclurent un autre à Hanovre» auquel accédèrent la Prusse, le Daneroarck et la Suède. Le roi d'Angleterre envoya même une escadre pour bloquer los galions espagnols dans le port de Porto-liello. Philippe, par représailles , assiégea (rîôra/lar. Les Espagnols échouèrent dans cette tentative» et , l'escadre anglaise dans sa mission . Le cardinal de Fleury » pacifique ministre de Louis XV »^ intervint pour faire cesser les hostilités. Sous sa médiation » il fat convenu entre les cours de Madrid et de Vienne , que la jouissance U > privilèges accordés à la compagnie d'Oslende serait suspendue pendant sept ans; que d'ailleurs la successiou

DU DlX-HlifTlÈM£ SIÈCLE. 51

éventuelle aux duchés de Parme» de Plaisance et de Toscane serait assurée, conTormément au Irailé avec rempereur, à don Carlos, fils de Philippe et d'Isahelle. Celte riche succession ne larda pas à s'ouvrir par la mort du duc de Parme. L'empereur, malgré les convcnUons réeeotes, tenta de mettre obstacle à Tavènement de don Carlos. Mais» soutenu d'une armée espagnole et d'une flotte anglaise , le jeune prince brava sa mauvaise vo- ^ •lonté f et prit possession des duchés vacans.

L'année suivante (1752) fut marquée par une heureuse expédition des Espagnols en Afrique, où ils s'emparèrent à Oran. Bientôt s'éleva une guerre plus sérieuse. 11 restait toujours en I re Philip jie et Charles VI des germes de leur longue animosité. L'établissement de don Carlos en ilalie était un sujet de vives alarmes pour l'empereur. Il se représentait les Espagnols n'attendant qu'une occasion favorable pour reprendre les possessions qu'ils avaient perdues en cette contrée. Il se défiait du roi de Sardaigne Emmanuel , qui avait contre lui des motifs de mécontentement. Il redoutait les dispositions des Napolitains et des Siciliens qui , généralement , haïsi5aient la domination autrichienne. Dans ces circonstances » il donna le signal d'une guerre universelle en se réunissant à la Russie pour arracher la couronne de Pologne à Stanislas Leczinski, beau*pèrede Louis XV « qui venait d*êlre librement élu par les Polonais. Les cours de Madrid et de Turin secondèrent le ressentiment de la France, et les hostilités eclalèrent immédiatement sur le Rhin et en Italie. Don Carlos , avec trente mille Espagnols, lit rapidement la conquête du royaume de Na|[<1es , tandis que le comte de Montemar faisait celle de la Sicile. Dans la haute Italie» les maréchaux de Villarset de Goîgny triomphaient également des Impériaux. Humilié du mauvais succès de ses armes , Charles VI dcmauda la paix. Ljs puissances maritimes , d'abord satisfaites de l'abaissement de l'Autriche, avaient fini par voir avec jalousie les progrès de la maison de Bourbon. Leur médiation, favorisée par le caractère pacifique de Fleury, mit fin à la guerre. Par

32 11IST0IR1E GÉlCÉRAta

un traité signé à Vienne» il fat réf^ qoe Stanisbi, re-' nooçani à la Pologne , awail la Lorraine > qni serait »

après sa mort , rénnte à la f onronne de France ; que le duc de Lorraine recevrail la Toscane en échange de ses domaines héréditaires; que le roi de Sardaigne serait mis en possession des villes et territoires de Novare et de Tortone. Enfin» Charles VI consentit» quoiqu'avec répugnance » à reconnaître don Carlos pour roi des Deux-Siciles» et reçut, à titre d'indemnité» les duchés de Parme et de Plaisance.

Après cela, TEspagne eut quelques annéesde paix. Il eût été à souhaiter elle eût joui plus long-temps de l'administration bienfaisante du mar^j^uts de Casteïlar, qui dirigeait la marine et les finances» et avait la principale influence dans les conseils du roi. Elle perdit cet homme d'état, qui aimait la gloire et la patrie» au moment où des démêlés naissans avec FAngleterre rendaient ses services plus nécessaires. Philippe » lors de la paix d'Utrecht » avait accordé aux Anglais de grands avantages eommer-* ciaux dans les colonies espagnoles. Ceux-ci, non-conlens des bénéfices légitimes , profitèrent des établissemens qui leur avaient été concédés au Me-xique et au Pérou pour se livrer à une contrebande qui portaà TEspagne uu énorme préjudice. La cour de Madrid » pour empêcher cet abus , établit des croisières sur les cMes des provinces que visitaient le plus fréquemm^t les contrebandiers. Soit que les officiers de ces navires eussent outrepassé les ordres de leur gouvernement , soit que rAuglelerre ne cherciiàt qu'un prétexte à s'allranciiir de ces entraves , elle se plaignit que les garde-côtes eussent non-seulement saisi des vaisseaux dont la destination était légale, maïs encore traité l'équipage avec la dernière barbarie ; et , par une brusque invasion de Topulente ville de PoriO'-BeUo, où Tamiral Vemon et ses marins se rassasièrent de pilK.ge, elle déclara la guerre à FEspagne. Malgré la supériorité de la marine anglaise, les Espagnols soutinrent la lutte avec peu de désavantagée. Des tentatives des Anglais !^nr le Pérou et la Floride lurent déjouées ; une formidable expé--

DU WÏH-Hl ITIKME SlKCi r.. 55

dition qu'ils dirigèrent coiitre Carthagènet le meilleur port de rAmériqae méridionale» échoua par la belle résistance du marquis d'Ëslaba, gouverneur de cette place importante. Leurs succès se bornèrent à Fincendie ie quelques -villes des -côtes , et à des brigandages de corsaires qui troublèrent le commerce de TEspagHe, mais laissèrent ses po>sessioDS intactes.

Sur ces eulrelaiies ( 1740) , mourut l'empereur C/îarïes VI, priace faible, dont Théroïque fille » Marie-Thérèse, recueillit le vaste hérilage. De nombreux concurrens le lui disputèrent à divers titres. Philippe V avait des prétentions qu'il se fdt contenté de déclarer sans entreprendre de lès faire valoir. Mais son ambitieuse épouse ( 1 ) le lança dans la guerre que cette succession ralluuia par toute l'Europe. Isabelle aspirait à douiier uii sceptre à don Pliilippe, son second fils, comme elle avait fait pour son fils aîné , et voulait lui former un royaume du Milanez et des duchés de Parme et de Plaisance. Depuis cinq ans, rinfant combattait en Italie avec des succès divers pour seconqoérirun trône, lorsque Philippe V mourut en 1746» après un règne long et agiié. Ce prince avait montré dans sa jeunesse de la valeur personnelle et une certaine capacité. Sou debul en Espa}:çne a>ait été de favorable augure : il avait annoncé, en arrivant , la résolution trop démentie par Ta venir, de ne point vivre dans Tisolement comme ^s prédécesseurs « et de gouverner par lui-môme. Un jour f questionné -sur la place que le monarque doit occuper dans les combats » il avait répondu ( parole digne de Louis XIV) : Là, comme partout, c'est la première, lutte qu'il soutint pour la couronne d'Espagne eut de Téclat. Elle retrempa le courage des Castillans; l'antique génie de la monarchie sembla revivre; elle parut vouloir redevenir dominante et se montrer capable encore de

( i) « La lie! le spariiate, l'opiniâtrett^ iinglaUe , la linesse italienne et la vivacité française formaient le caractère de cette femme singulière ; elle mnr- «hait audadeuMinnit à raocoafrflMeiÉtfit de set deiseiiu; rien ne lé sarprenaît, rien ne poniraît r arrêter* » ( Frédéric If, Htitoirê-deMon Temps, ekap. /.)

54 nisrolniB QÉiiiBALB

vigoureux eiïorls. Si Philippe maiîquait d'éoergie, si au couraj^e du taur , qui brave les dangers et qu'il avait reçu delanalure (1), il ne joignil pas celui de l'esprit, qui doDDc de k force aux résolutions et du nerf à la voioaléf le waeière mâle et eourageux de ses deux épomes y suppléa. Ces deux princesses régnèrent pour loi» tandis qu'il s'occupait à l^ler le cérémonial des processions ; et les Boma de Louise de Savoie et dlsakelle de Parme ne sont pas sans relief dans Fiiistoire. Après tout , que Philippe V ait plus ou moins contribué par lui-même à relever l'Espagne de sa décadence, il est cerlain qu'elle repriî sous lui quelque ressort. S'il ne lui rendit pas la splendeur où elle avait été sous Charles-Quiot et Philippe H , il la mit du moins dans un état plus (lorissaot qu'elle n'avait été sous Pliitippe IV et €harleall..]>epuia Vafermissement de sdn tr6ne» la dure nécessité de voir Gibraltar , Minorque et le commerce de PAmérique espa» gnole entre les mains des Anglais, avait seule, maiscontiiiueUement, traversé le bonheur de son administralioa. Du reste, la conquête d'Oran sur les Maures, la couronne des Deux-Siciies enlevée à l'Autriche et assurée à don Carlo»» une participation active à la guerre de la suecea* sion autricbienne » rendirent à l'Espagne » sous son règne, un peu de son ancien lustre depuis long-temps eflàcé. Philippe ue voulut pas lui donner seulement celui des armes. Petit-fils de 'Louis XIV , i( encouragea les lettres et les ar*s. Madrid lui doit sa bibliollièque royale et la fondation des académies des Beaux-Arts, de la l angue et de rnjsïoire , dont l'existence n'a pas éîé stérile jtour les '4rl$ , les lettres et les sciences » et en a étendu le goât la capitale aux provinces (â).

( f ) « Aana ses campagnes , fl se laissait mettre où oa le plaçait, aoos im len vir Bsiw en être ébianlé le moins du moode , et s'j amusant à examiner si quelqu'un nyait peur» {Mimoù^ de St.Simon. )

(s) C'est depuis ce temps qu'il s'est établi h Séville et h Barcelone une académie «!l's belles lettres ; h Sarragosso et h Valence , une acadénne (les beaux arts ; à V;illa(l()Ii() , une de géographie et d'bistoire j à Grenade , une de MalUé— 0)aliqucs,eiv de dessin , etc.

DU Dtk-HtJîtlÈME SIÈCLE. 35

Nul pays » aa reste » n'avait plus besoio que FEspagne d'établissemenis propres à répandre les lumières. Le joug d*iiiie sombre et barbare intolérance pesait encore sur it^ette malheoreuse contrée. Philippe V , trop disposé au

fanatisme, s'éloigna peu des cruelles roatimes de ses prédécesseurs, et continua ou laiss.i ( oiuinuer les persécutions religieuses. En 1725, trois ccnis personnes, suspectes d'islamisme , furent arrêtées à Grenade par <>rdre du St.-Oftice» dépouilléés de leurs biens et condamnées à la déportation ou à une prison perpétuelle. En 1752* on renoutéla un ancien éiUt qui faisait un ca^ de conscience aux Espagnols de dénoncer quiconque montrerait du penchant pour les religions juive , mànométane ouluthérienuc, ne rendrait point de culte aux sainis, aurait un pacle avec les démons, s'adonnerait à l'astrologie, etc. La dynastie nouvelle n'éteignit point les bûchers, vengeurs de l'hérésie ; et » sous le règne de Phili{)pe , la seule Tille de Malaga vit cinqnante-deux aiUUhda'fë, et celle d* Arcos soixanle-quatorie*

Le nouveau roi» Ferdinand VI, débuta par dés actes de clémence ou de justice. Il accorda nn pardon général aux proscrits et aux déserteurs, et rendit à la liberté les tristes victimes de la supers! ilion qui gémissaient dans les cachots. Accessible au\ moindres de ses sujets, il fixa deux jours par semaine pour ses audiences publiques* U trouva nn digne ministre dans le marquis de la Ensenada ; et t secondé par cet homme vertueux , il travailla à mériter le surnom de Sa^e, qui devait être le prix de sa sollicitude pour lè bonheur de ses peuples. Il eût désiré les délivrer immédiatement du fléau de la guerre; mais, voulant la krmijier a\ec Itonoeur , il fît de nouveaux eiiorts qui d'abord ne furent point heureux. Ses troupes et celles des Français, ses alliés, éprouvèrent des revers en Italie ( 17i7 ). Mais les succès du maréchal de Saxe en Flandre disposèrent à la paix les puissances belligérantes. Par le traité i^Aicc-la^Chapette (1748), don Philippe obtint, â titre de souveraineté, Parme, Plaisance et Guastalla, soùs !a condition que,

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