ITALIE
Savoie , Piémont et Sardaigne. — Victor 'Amédee IT,^ 4uc de Savoie , d^abord perfide allié (1) » puis dangereux, ennemi de la France dans la guerre pour |a succession d'Espagne , avait , par le trailé d'Utrecht, réuni le Mont-. Ferrât au Piémont et la couronne royale de Sii;ile à sa couronne ducale de Savoie*
Pour prendre possession de son nouveau royaume ,^ il passa en Sicile a\ec toute sa cour. Durant le séjour d'une année qu*iî fît à Palernie, il s'engagea dans des hostilités avec le pape Clément XI pour maintenir les prérogatives de sa couronne contre l'autorité du Saint- Siège. Plusieurs ministres du roi encoururent les censures pontificales; plusieurs villes furent mises sous l'interdit ; de son côté » Viclor-Amédée exila die Ffle plus de quatre cents ecclésiastiques. Ces troubles religieux remplirent tout son règne en Sicile. Il y fut de courte durée. Eu 1718, une invasion dos Espaijnols dans cette île et une nouvelle combinaison polilique des cabinets (traité de la. quadruple alliance) le forçèrent de souscrire à l'échange désavantageux de la Sicile contre la Sardaigne qui fut érigée en royaume. Au fonds r cette possession peu utile
( 1 ) La vie polilique de Vicloi -Araédee ne fui qu'une longue perfidie. Sa maxime faTuritc , dont rexpregsion et la pensée s'accordûeot en UiMesse , était « i|a'iin habile homme doit toujouri avoir son pied dans deux aouliert. it
bu DIK-^HUITlËMË SIÈCLE. 45
lai Valait goères qu'an vain titre : mais Tacquisition dn Mont-Ferrat et de quelques districts voisins avaient donné au Piémont une consistance qu'il n'avait jamais eue avant le règne de Victor-Amédée.
Ce prince, en abolissant les privilèges et en coofisquanL les régales de ses feiidataires , affermit sa puissance intérieure. Fondateur de sa monareliie, il se montra digne de la royauté par un sage gouvernement, a II consacra les dix dernières années de son règne à augmenter les fortifications de ses villes, à accroître ses forces militaires, à former d'habiles ingénieurs» à rapprocher enfin ses sujets des peuples traAsalpins par une éducation plus conforme aux progrès des lumières dans toute l'Europe (1). Jusqu'à lui, lo Piémont n'avait eu presque aucune part à la gloire littéraire du reste de l'Ilalie. En relevant le sentiment d'honneur national chez les Piémontais , Victor-Amédée développa en eux des talens distingués. En même temps « il répara les désastres de Pagriculture , du commerce et des manufactures; il simplifia Tadministration de la justice dans les tribunaux; il travailla enfin » avec autant d'activité que d'intelligence, à fermer toutes les plaies de l'état. » ( Sisiiioudi , Ilùloire des républiques iialiennes.) Après avoir long-temps attiré l'attention de r£urope par son entreprenante et heureuse ambition , il rétonna bien plus encore en résignant sa couronne à son
(l ) U Ma 1<^s éculcs aux Jésuites et conlia l'instruction publique k un corps enseignant dépendant de son autorité royale et non d'un prince étranger. ïl ÎDStitua à la lèlc do ce rorps un Conseil stipérieur , sous le nom de AîagisWOt de la vvjoime des éludes , couipusé d«.* cinq nu'inin't's nommes i éjbrinatews ^ et dont le président éuit toujours un des premiers digiuluir«s de l'État. U y avait dans chaque province un réformateur particulier , subordonné au magistrat taprême et remplissant ^ peu près les mêmes fonctions que nos recleurs d'académie. Les prâels des études et les professeurs des collèges étaient à la nomination du Hagistrat de la léfonne ; les processeurs des quatre facultés étaient nommés par le roi sur une liste présentée par le Magistrat , etc. Ce syfrt»'mf offre, comme on voit, plus d'un rapport avec l'univei-sité créée par Napoléon Les Jésuites, aprrs I » r» rorme des études , continuèrent , jusqu'à la suppression de l'Ordre , àsul i^Ln »'n Piémont , mais sans participer à l'instruction de la jeunesse et sur ic même pied que toute autre congrégation de uuuies.
W BISTOIEE CrÉNÉRALE
fib Chofks^EmimMàel lit { 3 septembre 1T30), Cette abdication n'excita ni les regrets An peuple qui avait
plus souffert dcFinquiète activité d'Amédée que profité de ses relornu s , dont il ne recueillait pas encore les iruiis, ui la reconnaissance du prince qu'elle appelait au trùne avant le temps. L'ingrat Cbarles-Ëminanuel , ouvrant son eœur aux soupçons et à la défiance , fit enfermer son père an château de Montcalim» et Ty laissa mourir sans avoir voulu voir le malheureux vieâlard qui implorait une visite et un souvenir 4e lui. Cett hm\»emp pour un roi, trop pour un père , mais pas assez pour un pécheur , dit le Tîîoriboiid en s'humiliant sous ce cruel refus.
Mauvais (ils, Charles-Emmanuel fut , du reste, comme ses prédécesseurs, habile en politique, en guerre et en administration. Comme eux infidèle dans ses alliamces, il les vendit toujours au plus offrant. Dans la guerre de Télection de Pologne , au moment où il jure à la maison d*Âutriche qu*il n'est point allié à la maison de Bourbon , il envahit et soumet tout le Milanez , qu'il ne rend à la paix que moyennant la cession de Novarc et de Torione. Dans la guerre de la succession d'Autriche, il combattit pour Marie-Thérèse, mais en négociani sans cesse avec la France , pour faire craindre sa défection à la cour de Yi^ne et mettre à plus haut prix sa fidélité. Par le traité de Worms» TAutricbo lui céda Vigevano et le Haut- NovaroiSt avantages qui lui furent confirmés par le traité d'Aix-la*Chapelle. Le reste de son règne jusqu'à sa mort en 1773, et celui de son fils Victor-Amédée III , furent pour le Piémont une longue périotle de paix qui n'ofl're aurnn événement éclatant à Thistoire. Mais, ce qui vaut mieux que des batailles et des victoires, elle olFre , du moins sous le règne de Charles-Emmanuel» d*utiles réformes, siir'out en Sardaigne. « Il s'appliqua soigneusement , dit rhisforien Azuni , à y faire fleurir l'agricullure par le rétablissement des mmii grafuuiet (magasins où le cultivateur peut prendre du blé » sans autre obligation que d'eu rendre pareille quantité après la récolte ) ; à secourir la misère par des fondations d'hôpitaux dans plusieurs
DU lytx-mjtnéifE stéCLE. 47
villes du ro^anme; h 4ève)oppêr l'édaeatioii publique
par la dalaliori de plusieurs séminaires où rinsiruclion est gratuite, par la réforme des écoles et Tinstihilion de deux universiiés (Cagliari et Sassari) pour l'élude des seieaces et des beaux arts; à encQurager ie commerce et à maintenir la borne foi parmi les négocians par la eréatioii de tribunaux ewMulaireê , et la publication de sages lois commcreiales ; k relniBcbery par un nouveau règlement sur tous les points d^adminfstratîon municipale, les abus introduits dans l«s communes des villes ; à dresser les Sardes an métier de la guerre par la création d*un régiment national , qui a passé depuis pour un des meilleurs de Tarmée piémontaise ; à procurer, en un mot , le bonheur des sujets par toufc cerpii constitue un bon gouvernement, » Malhetareusement, ce favorable état de choses s*attéra beaucoup sous Vietor^Amédée III » et la Sardaigne, jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, eut plus d'une fois à gémir sous le despotisme de ses vice-rois et sous le poids toujours croissant dos abus enfaulés par une administration vénale et corrompue.
MiLA!rEZ.-« Le duché de Milan, qui, pendant la guerre de la suceessiott d'Espagne , passa sous la domination de la maison allemande d'Autriche, eut le malheur d'être *
ravagé par toutes les puissances bellii^érantes dans chacune des guerres, et démembré par chacun des traités de paix. La capitale perdit beaucoup de sa population et de ses richesses, lorsque plusieurs de ses meilleures (Mroviiices furent soustraites à sa domination pour être données au roi de Sardaigne. La prospérité des campagnes fut plus rapidement rétablie; soit en raison de leur admirable fertilité, soit parce que le gouvernement des Autrichiens fut beaucoup plus juste et plus raisonnable que celui des Espa^i^nols. La maison de Lorraine surtout montra des intentions bienfaisantes , eî l'admiuistration du comte de l irmiau (1759-82) a laissé un souvenir de reconnaissance. C'était le sort de l'Italie de recevoir du dehofis la lQmièi>e fu'eite j avait si long-temps portée.
48 UISTOULE eiilÉRALB
Joseph II 8 occupa 'avec lèle, avec bonne foi^ mais 800"- Tent avec trop de précipitation^ de réformes devenues
désormais nécessaires. L'opiuiou publique était si peu éclairée qu'elle coiiilamnait presque tout ce que tentait €0 [>rince pour le bien du pays. Ses efforts cependant ne demeurèrent pas vains; les lettres , les connaissances et quelques vertus publiques recommencèrent à fleurir en Lombardie, » {Sisnumdi» Hisi* 4es rép. itoKêmêi).
Duché mMAmom.^Le ineFerdirumd^Chiarleg de Gon-
zague, au commencement de la guerre pour la succession d'Ëspagne , était convenu , par le traité de Venise (1701), d'admettre dans Manloue une garnison française. Nonseulement, par cette imprudence, il avait attiré la guerre dans ses états » mais il avait encore donné à l'empereur un prétexte pour le mettre comme rebelle an ban de Tempire. £n e0ét » la retraite des Français livra en 1707 Mantooe et tout son ducbé aux impériaux. Le duc» déclaré coupable de félonie , vit ses fiefs réunis à la directe de l'empire. Parla suite, rAutriclic annexa le Maiilouaià au i\lil<ni< / , {loiir compenser ce que celui-ci avait perdu du côte du Pieiuonf.
Fcrdinaud-Cbarles t peu après la perte de son ducbé t était mort à Padoue (1708) sans laisser d'enfans. H restait de sa famille une branche cadette » celle des ducs de GwuUilla et de SoiMoMlta^ qui réclama vainement une succession à laquelle rappelaient les lois de l'empire. La conûscation fut maintenue. Cette ligne s'éteignit à son tour en la personne de Joseph-Marte de Gonzague, le 15 août 1746, et la paix d'Aix-la-Chapelle réunit ses petits états à ceux de Parme et de Plaisance.
Duchés DE Parme et de Plaisance.-Au commencement du dix-buitième siècle , Français Famèse gouvernait ces duchés depuis 1694. Chargé d*un embonpoint monstrueux
et devenu héréditaire dans sa famille , bègue , faible d*esprit , il craignait de se montrer et vivait invisible. Pendant ia guerre de la succession d*£spagne, il garda la
DU mx-mriTiÉziE stèclë. 49
mnttraUlé. Les AUeinmidi nVn violèrent pas moins à plttsieurs reprises son territoire. N'ayant point d'enteis» Il maria en 1714 sa nièce IsaMh, fille d Edouard Far^
nèse, son frère aîné, à Philippe V, roi d'Espagne, mariage qui fut l*origine des prétentions de la maisoo de Bourbon siirli»*^ duchés de Parnte et de Plaisance, quoique les femmes ne iussenl peint appelées à Phérédité des iiefs de PËglise.
Antoine, frère putné de François Famèse« avait ^té iretenu dansle eèftibat par la jabnsie de ce prinee. U était d'ailleurs plus jeone d'une seule année, et d'un embon*-
point é«^alement démesuré; Aussi regardait-on Pextinction delà luaisoii iarnèse comme cerlaiue , et, dès 1720, le traiîé de la quadruple alliance régla éventuellement son Jicriiage. Il fut assuré , ainsi que celui de Toscane , à Pinfant don Carlos , fils d'IsabeUe Faruèse et de Philippe V* Le due Français étant mort en 1727 , don Antoine se kâta de se marier » dans l'espoir de donner un héritier •direetà la maison Famèse* Ihis» quatre ans après» il mourut, comme sonfrère,san8postérité(20 janvier 1751). Les impériaux prirent immédiatement possession des duchés de Panue et de Plaisance, que la quadruple alliance, au mépris de Tantique suzerainele de l'Eglise sur ces états, avait déclarés tieis de Fcmpire; et, Pannée suivante, ils les remirent à don Carlos. Un des résultats de la guerre ^ui s'éleva en 1755 fut d'enlever ces duchés aux. Espagnols pour les faire passer ( 1756) sous la domination de l'Autriche Ils* furent rendus à la maison de Bourbon par le trailc d'Aix-la-Chapelle (tTiS j, qui les assigna au frère puiué de don Carlos, 1 iniant don Philippe, et y joiguiî le petit duché de (luastalla. Après cela, les duchés de Parme et de Piaisaace, dont rUistoire , de-
Sttts un quart de siècle, n'était pas sans éclat, retombèrent ans l'obscurité pendji^t le règne de don Philippe, qui ■MNirut en 1765, et eebii de son fils et successeur , doû fwrêmand* « Cependant , dit Sismundi • le godt du premier de ces princes pour les lettres et la philosophie , la protection qu'il accorda aus: écrivains français» le choix
qu'il lit, pour élever son fils, de Tabbé de Condiliaci introduisirent en Lombardîe des idées nouvdles» avec ad sentiment de liberté civile et religieuse» que le gouver-t Bernent espagnol en avait sévèrement banni. Les vQles de Parme et de Plaisance^ qui avaient bien peu participé dans les siècles préeédens à la gloire littéraire de Tltalie , parurent animées trune vie nouvelle, et Ton y vit fleurir plusieurs bommes distingués. »
Duchés de Modëne et de I^eggio. — Ces états^ dans )a première moitié du dix-^huitième siècle , n'éprouvèrent guères moina de calamités que ceux de Parme et de Plaisance. . Allié de Tempereur dans la guerre pour la succession d'Espagne , le duc Renmid é^E$tê fut chassé de ses ducliés par les Français, et n*y rentra qu'en 1707. liaiis la guerre de 1755, il fut encore obligé de s'enfuir devant les troupes françaises ( l espagnoles. Dix-sept mois après son second retour dans sa capitale, il mourut en 1737 f âgé de quatre-vingt-deux ans. Jadis cardinal , n'ayant quitté Thabit ecclésiastique qu*à Tàge de quarante "ans , presque octogénaire au temps de la dernière guerre, il en avait souffert sana y prendre part. Son fils Fran-^ ^eais III eut , au contraire , des goûts mOitaires. Dans sa Jeunesse , il avait fait une campagne contre les Turcs. Par un autre contraste avec son père , il rechercha Talliance des Bourbons dans la guerre de la succession <i'Autiicbe» et lut nommé généralissime des troupes françaises et espagnoles en Italie. Tandis que les Autrichiens ravageaient ses territoires» il suivit Tinfant don Philippe •dans le pays de Gènes» dans la Provence et la Savoie. Rétabli dans ses états par le traité d'Aix4a-CbapeUe » il les trouva désolés par une longue occupation de l'ennemi , et combla leurs maux par des impositions exorbitantes et le mauvais sj'slôraede ses finances. Sou règne, fâc heux à plusieurs égards , dut cependant quelque relief aux ;:rauds noms littéraires des Muratoriet des Tirabosobi. 11 mourut . en 1780 , octogénaire comme son prédécesseur , et laissant son ^ritage à son fils MereuUIII , marié déjà depuis
m Di]L-acmÊ|iE siècle. ^1
garante ans et approchant de la vieillesse. Par son
mariage avec Thérèse Cybo , fl avait rénni le petit dnehé de Massa et Carrare à ses états , que déjà le duc Renaad avait accrus m 1718 , en achetant de Tempereiir un autre petit duehé, celui, de la Mirandole , confisqué sur Franfois PfV, dernier prince de cette maison. Hercule III mariât en 1771 » sa fille nniqne à raitehidttc Ferdnumd 4'Autriclicf , et icette princesse demenra le seul représentant de qoatre maisons sonveraines (Este» Ifalaspinay Cybo, Pichi), dont trois n'étaient pins, et dont la quatrième était prête à s'éteindre , lorsqu'elle perdit ses états par les guerres de la révolution.
GranD-duché de Toscane. — Toutes les maisons souveraines d'Italie semblaient frappées de la même fatalité* On avait vn finir à Naples les maisons de Dorazzo* d'Anjou et d'Aragon ; àlMÛan les Viscenti et les Sforza; les
Paléologue au Montferrat ; les Montefëltro et les Rovère à Urbin; les Gonzague à Mantoue , à Guastalla et Sabbionetta ; les Farnèse à Parme et Plaisance : au dix-huitième siècle ce fut le tour des Cjbo et des EstCf et« avant eux» des Médicis.
Come /// , grand-^uc de Florence depuis 1670 / ^n*a7ant vu nattre ancan enfant dn mariage de ses deux fils » de sa fille et de son frère » envisageait tristement
rextinction prœhaine de sa famille, lorsquil mourut en 1725. Ce [n iiice laissait le grand-duché dans un état misérable, accablé d'impôts» de dettes et d*abu$, privé de commerce et d'industrie , abâtardi par le despotisme <des moines , auxquels Cosme III s'était livré. Son fib JMfi-6^(Mton établit un gonvemenient plus doux. Il se Jiàta d'éloigner de la conr les faux dévots et les délateurs dont son prédécesseur étsit environné. Il soulagea le trésor par l'abolition d'une multitude de pensions assignées à des Turcs, à des Hébreux convertis , à des apostats rappelés au sein de l'Eglise, largesses que le peuple nommait par dérision , pensions sur le Credo, La nation , comprimée par vne administration sombre et tyrannique sous Cos<"
5â bistoirIe générale
me 111 . respira |»U8 JeâB4j«8toii. Mais ce prince» ajattl . vécu jusqu'à cinqqaiite-deux ans dans la cnotramte «t l*eRDiit sous in père qui ne rainait pas-» chercha trop, (lès qu'il fut le mallre , à se dédommager par les plaisirs
tlu (roue de la gène du passé. Alenant aussi joyeuse vie que i^ouvaient le lui permettre des infirmifés prématurées, il négliîrea les affaires. Taudis que la diploma(i<' européenne lui Dommait un successeur, il s'entourait de bottUbns , uniquement occupés à le distraire. Sans héri» tiers y sans avenir, il ne sougeait qu'à jouir du présent, .et , s'inquiétanC peu de la misère acluelle ou future de ses sujets, qu'il ne voyait. pas, il se répandait en prodigalités insensées et ruinait ses finances, dont il abandonnait i'adminislralioii a diS mains viles et iniideles. S;j mort, arrivée en 1757, fut un heureux événement pour la
t rançoù , duc de Lorraine , époux de Marie^ïhérèse , «oqu; I la Toscane avait été assignée en partage, la visila en 1758, ei retourna en Allenuigne où il fut. élevé à l'empire en 1745« U eut en Toscane des ministres sages et habiles , le prince de Craon et le comte de Richecourt, qui travaillèrent heureusement à la réforme de^ lois et au réîaL^i>^<.'ment dos finances. Néaninoiiis, en sa qu.di c d'é!ranf2if , François cle Lorraine ne fuî poini . inie des Toscans; et, dai^s les So*4\'v lois qu'il leur dontia, iU ne virent que des mesures de iiuaaces destinées à grossir le iBsc. Après la mort de Tempereur François, sna second Sh^ Pierre'Léopold, âgé seulement de dix-huit ans, loi succéda comme grand-duc de Toscane (1765). Auctitt prince d'Itjdie n'a jamais autant fait pour ses états que i.eoj'olc!. « tlonstaniMftciU oc( uî>é à réformer lous les abus iniroihiils pendant plus do deux cen!s ans d'une adn»inistr.i'ion vicieuse, il simplitia les lois civiles, il adoucit les lois crinauelles» il rendit au commerce la liberté , il retira des provinces entières de dessous les eaux , et il en partagea la propriété entre des cultivateurs industrieux » qu'il ne chargea que d'une rente peu onéreuse; îi doubla ainsi iei produits de Tagriculture ; il raidit à set sujets
J»U 1IU-9I7ITIE1IB ftlÉGLB. 55
ose aetiyilé et «ne industrie qtt*ilg aramt perdues pnisloDg^temps. U essaya aussi de mettre un freina la
corruption des mœurs , et de réprimer les excès de la supersîitioD ; mais il lali^^ua quelquefois ses sujels par uum vigilaoce trop luquisitive, et il éprouva une violente opposition à ses réformes ecci^siasUques de \i\ part du concile provincial qu'il esseuAbla en. 17^7. Les préjufçés du clergé et les vii^ dapeople se lignèrent contre un princepent-ètre trop actif dans son désir de fttire le hien; et» lorsqoe la mort de l'empereur Joseph II appela Léopold. à céder le grand-duché à son second tils pour prendre la couronne impériale, le peuple toscan ne parul point as-, sez se souvenir de looi ce qu*U devait à.oe grand. prince. »• {Sismondi*) -
Royaume ses Dfiqs>SiGii.E8. — Après la guerre de silccessioa d'£spagne» le royaume des Deoi-Siciies fut
partagé par les traités d^trecht et de Rastadt entre l'empereur Charles Vf qui eut la pai lie coulinenlalc , et le duc de Savui(î Virtor-AinàUe qui eut la Sicile. En 1718, les Espagnols teuierent sans succès de reprendre celle ile qu'eu 1720 un. nouveau traité fit passer sous la domination de Fempereur, en dédommageant Victor-Amédée par la misérable indemnité de la Sardatgne et le roi d'Espagne par un droit de succession sur les duchés^de Parme et de Plaisance et sur la Toscane. La guerre générale , qui s'éleva e.i 1733 à Toccasion de rélecliôii de Pologne, fournit à Philippe V le prétexte d'une nouvelle e( plus heureust expédition sur les Deux-Siciles. Eu 1734 , l infant don Carlos en commença la conquête qu'il acheva vers lu milieu de l'année suivante. U fut immédiatement.». sous h nom de Charles VU, couronné rot des états que venaient de lui soumettre ses armeSr et il légitima sa ro} auté par le meilleur des titres, une administra! ion sage et bieufaisanfe, dans laquelle il fut habilement secondé par rou miuistre Tanucct. Si tous ses ellons pour améliorer le sori de ses peuples n'eurent pas un plein succès » il faut cou* IMlérer qu'il avait à vaincre desoi^staçles immeuses et une
54 B19fOill£ GÉM£aÀL£
jnnltîtudbd'ldbusiiivétérés. A- son avèoement aa trône dè^ Naples» onze législations différentes , véritable chaos ju-. diciairo , existaient dans» le royaume , savoir : raucienne législation romaine, le code lombard, le code normand les- constit niions souabcs, les lois angevines et ara^j^onai-. ses, celles des branches allemande, et espagnole d'Autri* dldyja ooniume féodale , la législation ecclésiastique pour le noinbreiiii: personnel et les vastes possessions de l*églbe,, ^ et la légidaticai grecque dans les eoutumea de Naples, Amailfi , Gaéte et antres i^iHes qui^ avaient qnelqoe temps dépenda deTempire d'oriciU. On reproche à Charles VII de n'avoir pas attaqué avec assez de vigueur et de courage le mal qui résultait de rexislence simultanée do tant de législations et de s'être borné à des palliatifs. Mais il faut lui teiiir compte des difficultés et ne pas le juger tout-à-. fait d'après Tesprit de notre- siècle qui « habitué» dit rhîstt^ien GoUetla (Hi$i. du royaume de^ Naples ) » aax révolutions des empires et anx merveilleux progrès de la. civilisation , appliquant au passé la mesure du présent»^ appelle médiocre ee qui semblait grand à nos pères. »
Le commerce trouva un proU'cleur dans Cli ^rles VII. Ce prince conclut de nouveaux traites de commerce et de . navigation avec la Suède» le Danemarck , la Hollande , et renouvela les anciens avec la France » Ffispagne et TAn*. gjeterre. £ar la création du cçUé^e natUtgriie , il améliora le . corps de. la marine. Il compta ub code consulaire et instiiua un tribunal suprême de commerce présidé par un des principaux de la noblesse. Le rappel des Juifs, qui apportèrent d'immenses richesses dans le royaume, fut aussi une mesure favorable au commerce et à l'industrie. Mais la haine du peuple contre les Israélites les fit chasser . de nouveau sept ans après.
Charles VII» prince pieux et même dévot» qiiî dans/ l'église de Bâ^ » officiait en habits de chanoine au nnilieu du chapitre; qui, revêtu d'un sac grossier» lavait les^ pieds aux pauvres dans l'église dos Pèlerins et les servait à table pmir gagner di s indulfrences , réprima cependant avec fermeté les abus de la puii}i»ance ecclésiaâli<|ue. VE^^
BU BIX-HCITIÈME SIECLE. 55
|[l)se jouissait de trois espèces d'immimités , réeltès^ locales^ et jierfonmtbs. Ea ^ vertu des premières » ses propriété» ne contribuaient point aux charges publiques. Les secon-^
des laisaienl des églises , d«s chapelles et des monaslères, autant de lieiix d*asyk où le crime , sous IV'gidc de la relk gTon , échappait au châtiment. Les troisièmes, cjui s'é-^ tendaient non-seulement aux personnes ecclésiastiques, mais à tous les ol'iiciers et* serviteurs du clergé , n'étaient pas moins contraires à la justice commune. Il fut convenupar un eanearékU conclu ayec h pape Benoît XIV en' 1741 , que les propriétés^ du clergé supporteraient une^ partie des charges publiques, que le droit d'asyle serait Lorné aux seules églises et pour quelques délits peugraves; que le nombre des ayant-droit aux imiuuïâtés personnelles serait restreînt ; que celui des^ prêtres , su^ rabondant pour les. besoins de la population , serait pareiU lement diminué par des réglemens qui rendraient les ordinations plus difficiles ^ ifu'enfin un tribunal mi-parti de* juges laïques et ecclésiastiques prononcerait sur les questions que pourrait soulever le concordat. Pour remédier à Fabus des immunités réelles, on ordonna un cadastre des terresqui, tout imparfait qu'il lut, tripla cependa:îl les revenus publics , et permit d'accordée quelque soulagement à la classe pauTre. Les ordinations forent réduite» à dix par mille âmeSi et défense fut faite au clergé d'ac-s quérir des propriétés nouvdles.
La guerre de la succession d^ Autriche interrompit les travaux législatifs de Charles VI i. Au moment où ses troupes se joignaient à- celles de Tlilspagne contre les Autrichiens» l'apparition soudaine d'une escadre anglaise dans le port de Naples lui imposa un traité de neutralité qui fut de courte durée. En 1744;» le comte de Lobkowitz, avec une armée autrichienne*^ menaça le royaume de Naples. Charles sauva son trône parla victoire décisive de VeUetri (12 août), et la pacification générale de 17481e rendit tout entier aux soins du ♦rouveruemeul, l)e[uiisb)ngtemps il méditait rahaisseniriif de \a féodn/itr. PnK'éd.int %vec management, il évita tiu iroisscr les iaUrôls des
56 BùiiOliUS UÉiVÉaALB
rons touchant tmax sources de leurs rev#iii|i et à l«of» lInMU pécoBÎaires; mais il aiïaiblil leur pouvoir m Wf^ primant n grand nombre 4e leurs jurisdictioni, en sou-n mettant leurs sentences à l'appel, des. tribunaux ordinaires , en établissant des règles pouf atteindre et punir leurs délits. Lue loi nouvelle défeiidit e\|n essément d'accorder à l'avenir le droit de justice criminelle dans aucune investi lu re ou renouveileiueul d investiture léodale, et abolît différentes servitudes personnelles. Les séductions du pou-. Toir achevèrent ee qae la rigueur avait commencé* Lee.
eus riclies barons,, appelés et retenus à la cour par* s ^isirs et la vanité » s*appauvrireni parle luxe et per* dirent leur influence seigneuriale.
Charles VII encourageâtes sciences et les lettres. Sous son règne furcui ioiidecîï plusieurs académies , entr'aulres celle diîe d7/rrrîf^anttm , charir^e d'apfiliquer les données de i'iiistoire et de la philosophie aux pruduils des fouilles d'Herculannm et de Pompéï. Les hautes études s'améiitH. rèrent par Taddition de diverses matières, d'enseignement aux noînbreuses leçons de jurisprud^nee et de théologie. , qui encombraient les cours de Tuniversité. L'instruction secondaire éprouva aussi des modifications avantageuses. Charles avait le «^liùt des monunieus, Aaples lui doit plusieurs beaux édifices, enir aulres le mas^uiliquo liiéâtre de San-Carlo. 11 embellit le bâtiment des Etudes royales et jeta les fondemeus de l'Hospice royal des pauvres. II. eut son Versailles et son St.-lldepbonse dans le superbe palais de Caserta. Enfin , son règne^ incontestablement utile sous plusieurs rcq.ports» ne nuinqua point non plus d'une eerîaine grandeur.
Heureux sous son gouvernement, Us Napolitains le virent avec douleur passer, en 1759, sur le Irùue d'Espagne , où il sueetda à son fière Ferdinand VI , mort sans postérité. Son successeur au trùiie de Napies fut son troisième fils i«ri/tj)afi^ JV , âgé de huit ans, et qu'il tît rrconnaître roi avant son départ pour la Péninsule. Une. régence, dont Tanucci fut rèine». eut la direction des «flaires pendant la minorité du jeune lyionarqae.. Le
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ministre poursuivit ie& réformes cooimencées soas Cliar*^ les VII, et les poussa si loin qoc». devenu majeur» Ferdinand- IV fui obligé d.e rester et même d'avancer daog k voie des innovations* Le gouvernement «^attribua le droit de disposer des dépouilles et des biens mobiliers des évêques , des abbés, de loules les personnes poijr\ucs à leur mort d'un bénéfice ecclésiastique; les revenus dos sièges vacaas furent appliqués a des travaux d'utilité publique. Nombre de couvens fureut ^^upprimés et leurs biens réunis au domaine de Tétai. Les dîmes ecclésias-^ tiqnes, d'abord diminuées ^ furent finalement abolies. On interdit aux étabUssemens de main-onorte toute acquisi-" tioD nouvelle ; on réduisit de moitié la proportion précé* Jeiument fixée de dix ecclésiastiques par mille âmes, et 1*00 étendit , eu beaucoup de cas, la juriuictiou ci\ile 4UX dépens de la juridiction sacerdotale.
Ferdjmand IV fut majeur en 17 (>7. M même année», docile aux ordres du roi d'Espagne» son père , qui venait de ebasser les jésuites de ses étals» il les- expulsa des Oeux-Sicilesv'U éjiousa Tannée suivante Tarchiduchesse Harie-Caroline , que Tignorancède son époux et Taversion de ce prince pour les affaires rendirent luailresse du gouverniMuent. Sœur de deux piiaces réformateurs , Josepii il et Léopold de Toscane, leur exemple 1 1 disposa à favoriser les iimovations réclamées par Tespril du temps. Le bannissement des jésuites fournit Torcasîon de réoiiganiser T^s^nanisnl ptf6^^. Des maîtres salariés de lecture» d^éeriture et de calcul furent établis dans toutes ies communes. Les nobles s^associèrent pour fonder dans chaque province une Ins'iliilidri avec douze chaires d'enseignenienl , dont deuv s< ulement pour les sciences ecclésiastiques, et dix pour les sciences e! les le! ires, (^cf exemple fut suivi par les bourgeois dans un grand nombre 4e villes» £o même temps on perfectionna TUniversilé di«s hautes études, déjà restaurée par Cbarles VIL Les cbaires inutiles firent supprimées ». et on les rempla^ta pur des chaires d'éloquence italienne , d'histoire , d'agri-»fidtu^e» d ajfcbileçlure y de géodésie » d'bistoirc naturelle
5S HISTOIRE G^iNÉRALË
et de mécanique^ Des savans, des littérateurs di8tiii^;BAl^ se formèrent dans tous les rangs; et» sous un roi de mœurs grossières et de goûts populaciers » un grand nom-*.
bre d'hommes distingués par la supériorité de leur esprit et (le leurs lumières fleurirent dans le royaume de Naples. Des réformes , plus ou moins heureuses et qu*il serait trop loîig d'exposer ici , furent introduites dans les autres kranches de TadministratioD. Elles ne furent point interrompues par le renvoi de Tanucci » qnî fut disgràcié en 1777 , après avoir gouverné le royaume pendant qua-» rante-trois ans avec une autorité absolue^ L'anglais Aetan, qui succéda k sa puissance , se rendît odieux au peupleT en voulant réorganiser l'armée et lorcer au service mili- . taire une nation corrompue et dégénérée. Le temps approchait { ependant ou un grand signal de guerre allait être donné aux peuples, et l'Europe jetée pour vingtr^ années dans^ la carrière des combats» .
Etat Roma». — Aucun siècle ne vit sur la cbaire de. St.-Pierre plus de pontifes distingués par la pureté de
leurs mœurs , par leur sagesse , quelquefois par leurs talens administratifs et même leurs sentimens libéraux. Toutetbis , le gouvernement de ces pontifes si respectables n'a pu arrêter la décadence toujours plus rapide ^le rÉtat de l'Eglise , ni remédier à des vices trop invétérés.
Clément XI ( Jean-François-Albani ) , qui fut pape depuis 1700 jusqu^en 1721 , donna k fameuse bulle Unigmituê qui« pendant un demi-siècle» enfanta tant de. disputes ridicules et tant de persécutions odieuses. Arrachée par l'intrigue au pontife , elle compromit son autorité et troubla son règne. Clément XI est l'auteur d'une autre bulle à laquelle s'attache aussi quelque célébrité, et qu'il publia en 1715 contre tes pratiques idolâtriques et superstitieuses que certains missionnaires permettaient aux nouveaux convertis de la Chine. Enfin > il eut un grand. démêlé avec le duc de Savoie» devenu roi de Sicile en 1715 , au sujet du Iribunal appelé h Monarchie dis Sidk» tribunal qui, en vertu d'une bulle d'Urbain II» était ea^
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poMeflsilm d« juger sourerainement et Bans appel toutes, les affaires ecclésiastiques. Clément XI publia en 1715 une coDstitution pourTabolir. Le duc de Savoie vu a{)pela au pape mieux informé, et chassa de Sicile les prélats dévoués à la çour de Rome. Tous les rois catholiques, approuvèrent sa résistance , mais sans poiiYoir vaincre Vobstinati<m du pontife p qui persista jusqu'à sa mort.^
Lecardind Michel-Angë Gonti» éhi pape en 17%i sous: le nom à^Innocmt XIII , régna à peine trois années. Soni administration ne fut guères marquée que parla promotion de raW)é Dubois au cardinalat , et par la réhabili-. tation d'AIhéroni > contre qui le dernier pape avait fait commencer des poursuites juridiques.
En 1724, Innocent XIH eut pour snccesseur le car(1înal Vinpent-Marie Orsini »^ qui prit le nom de Bènij^ XIII* Doux f hnmUe > eharitable , ennemi de la persécntion , ce pontife fut un modèle de tontes les vertus religieuses ; mais, aliaibli par sou grand âge, il abandonna le gouvernement de Rome au cardinal Coscia de iiéïiévcnt, qui abusa indignement de la coniiauce de ce vieillard , et , par ses rapines» produisit dans les revenus de la chambre apostolique un déficit annnel d'emron 120,000 écns. romains» qui obligèrent à grossir par 4^ nouveaux em^ prnnts la masse déjà considérable des dettes précédentes. Le jour même delà mort du pontife (21 février 1730) , un soulèvement éclata dans Rome contre le ministre concussionnaire et ses agens subalternes , qu'on accusait d'avoir vendu la justice , les emplois, les grâces ecclésiastiques ; et la clameur publique força Clément XII , successeur de Benoit XIII , à faire le. procès de Coscia » qui fut enfermé au cbàteau ât .-Ange. »
Clément XII , âgé de sdixanterdix-buit ans » arrivait au pontificat dan» des circonstances difficiles. Aucun des princes de l'Europe, même dans les pays où Tesprit religieux paraissait avoir le plus de force , ne conservait plus envers le Saint-Siège Tantique soumission filiale. La cour de Home avait des contestations avec celle de Portu-^ gai pour de frivoles points d'étiquette ; avec celle de
Turin pour des fiefs ecclésiastiques qoe le due de StToié^ réimissait aa domaioe de sa couroniie. La Fraace faisait
bloquer le coinlat d'Avignon pour des disputes sur la, contrehandt» , et les cours de Vieime et de Madrid disposaient des duchés de Parme et de Plaisance comme de liefs impérincx , (juoiqîîe depuis deux cents ans ils fussent reconnus iieis de TEglise. Pe péoibles démêlés sur des droits ébraDlés par le temps, mais que Clément Xil ne pouvait se résoudre à sacrifier à l'esprit du siècle > rcBH* plirent tout le règne de ce |iontife.
Dans la dernière année de son pontificat » le cardinal Albéroui, qu'il avail fait son légat en Roma^^ne , tourna contre la pauvre r( jjubiique do San-Maiiuo ce jjènie inquiet et entreprenant qui avait j.-^dis remué le aïoiide. Le gouvernement de cette bourgade avait dégénéré ea oligarcbie, et Albéroni prétendait que le peuple mécon^ lent désirait se soumettre à la souveraineté du St.-Siége. Avec deux cents soldats et les sbires de la Romagne» ih fit, au mois d'octobre 1739, la conquête de toute la république. Mais, sur les réclamations des habitans, le pape leur rendit leur i idépendance. 11 ne survécut que peu de jours à cet a^c d'équité. Accablé de vieillesse et pri>é dopuiâ uu certain temps de Tusage de la vue» il mourut au mois de février 1741 .
Il eut pour successeur JJmait XIV (Prosper-Lamber-. tini ) , un des pontifes les plus éclairés et les plus vertueux qui aient occupé la chaire romaine. Sachant avec dignité se relâcher des prétentions de la cour de Rome et se . conformer à Fesprit du temps, sans ébranler sa proi)re Eglise, il comprit Tâge philosophique où il vivait, et en oi)(inl le reS[»('rl o( l'eslime. H assoupit la querelle du, jansénisme ; il termina tous les diOerends que lui avaient laissés ses prédécesseurs avec les cours d'Ëspagne, de Portugal» des Beux-Siciles et de Sardaigne. Il réfornuL plusieurs abus qui s'étaient introduits dans l'administration dePétat de PEglise, et obtint des puissances eatbo-. liques Tabandon ou du moins la modification du droit d'asjle, que s'arrogeaient leurs ambassadeurs. Dans la^
^erre de la saccession d'Autriche , il eut la douleur de yojr la ]i«atrahté du ierriloire eeclésiastîqiie violée (oni%à>tour par les ABlrichiens et les Espagnols, et ses étals dévastés par les différentes armées. Après la paix d*Âix-
la-Chapelle , il obtint quelques dédommage mon s pour ses sujels ; mais sa sagesse el son économie leur furent d'uii plus grand secours : elles coml)l( i ont le (h'firil des finances y diminuèrent la dette, el commencèrent à rétablir le commérce et ragricullnre.
Benoît XIV , as milieu de ses utiles travaux » mourut le 3 mai Son suécesseur. Clément XIII (Charleik Rezzonico ) , montra nn grand zèle pour la réforme des mœurs, pour la défense de la foi, pour la correction du clero;é ; mais il etail ioia d'avoir les falens el I habilelé de iieuoit XIV. Ayant lancé un interdit sur le duc de Parme, qui avait ôté au clergé de ses états la faculté d'acquérir des immeubles , soumettait les propriétés ecclésiastique aux impôts ordinaires, proscrivait les appels en cour de Romev et défendait la pubiicalion des bulles pontificales sans son approbation , il se brouilla avec toutes les cours de la maison de liourbon, en sorte que la France se saisit d'Avij^nou , le roi de Naples s'assura do lîénéven! , et l'Espagne menaça d'arré.er les revj^nus de rEglisc. La suppression de Tordre des jésuites, que les mêmes cours sollicitaient , le jeta en de plus grands embarras encore : il prit le moment où leur société venait d'être proscrite eu Portugal et en France, pour confirmer par une bulle tous leurs privilèges, et faire un pompeux éloge de leurs services et de leurs talens. H y avait alors dans tous les états caliioliques une réacîion anii-sacerdoîalc. Le grandmaître de Malle, iuiiiaiii l'oxf mple des -^r.îndcs puissances, bannissait les jésuites de son ile. Le sénat de Venise ordonnait un recensement dt fous les ecclésiastiques de la république, et une estimation de leurs revenus : opération qui présenta, sur une population de deux millions six cent mille âmes , quarante-sept mille individus apparlofiaat au clergé et jouisï^nnt de la rente d'un capi?al de cent vingt-neui millious. Le roi de Naples et de
€2 tiISTOIR£ GÉNÉRAtE
Sicile taisait faire un pareil recensement , qui donnait pour résultat «eut sept mille religieux des deux sèxes , possédant^ selon quelques historiens » les deux tiers du produit de toutes les terres du royaume, calcul
évidemment exagéré. Tous les souverains de Tiuirope se faisaient rendre compte de Torganisation des monastères de leurs états, eu supprimaient plusieurs, et tâchaient d'affaiblir ies lit iis qui attachaient les religieux à leurs supérieurs et au St.-Siége. Ils permettaient que Ton mtt au grand jour tous les abus de la vie monacale , et s'emparaient 9 sons prétexte de l'utilité puUique » d*nne grande partie des biens du clergé. < Hais en même temps, dit MuUer, ils remplaçaient par des casernes les monastères abolis, de sorte que ces réformes, utiles en ellesmêmes , prenaieut piir la une tournure qui alfligeait les vôriiables amis de la liberté et de la paix. D*un autre €ùléf les évèques, qui cherchaient à augmenter leur , pouvoir aux dépens du pouvoir pontifical , menaçaient le clergé inférieur d*Un joug beaucoup plus pesant que ne Tavait été celui du pape. » Au milieu de ee déchaînement contre son autorité» Clément XIII, abreuTé d'humiliations et de chap^ins , mourut en 1769 > regretté des Romains, qui lui savaient gré de sa fermeté et de son inviolable attachement à ce qu'il regardait comme son droit el son devoir.
Le cardinal Gauganelli, un des hommes les plus savans de son siècle , lui succéda sous le nom de Clément XIV. « €e pontife déclara d'abord» pour sauver les jésuites» dont la plupart des puissances catholiques demandaient Fabolition , qu'il n*ayait pas le droit de dissoudre cet ordre , puisque son établissement avait été approuvé et sanctionné par le concile-général de Trente. 11 refusa aussi de céder aux cours de France et de Aaples ies principautés d'Avignon et de iiénévent, enlevées à son pré^décesseur» et motiva son refus sur ce qu'il n'était que régisseur et non propriétaire des domaines de l'Eglise» et qu'en conséquence il ne pouvait en aliéner aucune partie. Aussi scrupuleux à remplir ses devoirs de souve-
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Vain qu'intrépide alors dans la défense des droits da St.-Siége» il introduisit un ordre sévère dans ses finances» diminua par son économie les dettes de la chambre apostolique qui se montaient à soixante->quatorze nûHions d écus , et encouragea dans ses états rindustrie et l'agriculture.
« L'impératrice Marie-Thérèse s'élant jointe <ui\ antres princes pour exiger rabolition de l'ordre des jesuiles , Clément XiV céda enfin à la nécessité» et publia la bulle demandée» sans consulter les cardinaux ( 1773). Sa. condescendance pour le vora des puissances fut récompensée par la restitution de la principauté de Bénévent» ainsi que par celle du pays d'Avignon , et lui valut la réputalioii d'un Ijomuie sa^c et éclairé. » { Muller , Jlist. universeïk)* Clemeuî XIV iiiourut en 1774 d une maladie de langueur, que les uns allribuent à un excès de travail, les autres , mais sans preuve , à un empoisonnement qu'ils imputent à la vengeance des jésuites. Il eut J^ie VI pour successeur. La première partie du long règne de ce vertueux pontife , et la moins remplie d'événemens » appartient seule à Tépoque que nous traitons. Elle nous le présente occupé d'actes du bitiilnisance ou de travaux utiles» tantôt créant des maisons d'.i>y!e pour déjeunes filles indigentes ou fondant un iiospico pour h s Frères des écoles chrétiennes, qu'il chargea de l'éducation du peuple; tantôt faisant exécuter de grands ouvrages dans le port 4l*Ânc6tte ou dans les marais pontins. La seconde partie » appartenant à Tépoque de la révolution française » n'est ^iut do notre sujet.
Venise. — Ce siècle devait voir consommer la ruine des républiques italiennes déjà tant déchues de leur puis* sance. Venise , sous François Morosini le Pélaponnésiaque , avait fait sur les Turcs de brillantes* conquêtes à la fin du dix-septième siècle. Cependant elle sentait sa faiblesse réelle et sa décadence ; et » durant la guerre de la succes- ♦ sîon d'Espagne» tandis que la plupart des élals secondaires se laissaient entraîner k prendre parti pour ou contre les
maisons de France et d'Antiiche» Venise a'attachâ 4 conserver la neutralité. Le sénat affectait it regarder la querelle comme lui étant indiffiftrente. Mais ce n^élart
qu'un preteicte à excuser sa timidité et son inaction : car il ijc pouvaii se dissimuler combien serait dangereux à la république ragraudisbemenl de Tune ou Taulre puissance en Italie par l'acquisition du royaume de Naples et du ducbé de Milan , que s'^ disputait leur riyalité. Le résultat de la guerre y en donnant ces états à rAutriche, fut d'enclaver dans les possessions autrichiennes tout le tér->ritoire continental dés Vénitiens. Quant à leur neutralité, impunément violée par chacune des parties belligérantes qui leur était supérieure en force , elle n'aboutit qu'à mettre leur faiblesse en évidence et à leur faire entretenir à grands frais, sur les frontières du Milanais, une armée inutile et nt é prisée , au moment où ils avaient à peine huit mille soldats dans la Morée , que les Ottomans , brûlant de réparer les pertes de la dernière guerre » se préparaient à attaquer.
En 1714» le ministre vénitien à -Gonstantittoide fut subitement arrêté, et un corps de troupes ottomanes s'avança vers la Dalmatie , tandis que cent mille Turcs, commandés par le grand-visir et secondés d'une flotte noiîibreuse , fondirent sur la ]\!orée presque sans détense. Les plus forîes places, Coriuthe, Argos, Naples de Romanie , Modon , Malvoisie , se rendirent sans coup lérir ou après quelques jours de résistance, tant la terreur était grande ; tant , depuis le siège de Candie , Venise avait dégénérée Le gouvernement ^ pour s'absoudre » imputa ces désastres au capitaine-général et le rappela. Telle était la dcgriulation de l'esprit public, qu'il lallut trois élections pour trouver un patricien qui, dans le péril d" la pafrie, voulnf acreptpr ce diflicile emploi. André Pisaui consentit cniiu à se charger d'un conifuaodcment qui eût été, en d'autres temps ^ pour tout le patriciat un objet d'émulation.
Les Vénitiens avaient inutilement imploré les puissan* ces voisines, excepté le pape, le grand-4nc de Toscaoe
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tit F«rdre de Màlle* qui leur âviàeiit «ovoyé quelqiMi nayîres. Le mariage de Philippe V , tùî d^spagne , avee
J'Iiérilière des duchés de Toscane , de Parme et de Plaisance, leur procura Palliance de Pempereur. Ce prince» craî^oant de voir la maison de Bourbon former de non- Teau uû grand éiablissement en Italie » conclut avec les Vénitiens oii traité pal* leqael la répsUifiie f lorantit à la mmim d' Aiiirielie les {MWMMîms 4^ la ptîx de Baafadt Ivi arait amiPéas eunleçà de$ maïUf et, pour pris 4a t;ette garantie » Yemperim eim^a ^eoftlFe les Tvfcs nue arDiée comhiandée par le prince £ugeue, diversion qui sauva la Dalmatie.
En 1715, Venise, nuire la Morée, avait perdu toutes ses îles du levant* £Jie ne pouvait songer à les reconqué-* rir. Ses désirs se bomaiéDt à sauver Pile de Corfou* ce boulevard de l'Adriatique et de Pltidîa. Pendant que le noavean capitaÎDe-g^éral travaillait à la mettre en état de défense, le gonvernement reemta quelqoes régimens en Allemagne, et, par uu Iicureux choix, mit ses troupes de terre sous le commandement du saxon Schullembourg, déjà célèbre dans la guerre contre les Suédois. Il confirma sa gloire par la belle défense de Corfou ( 17 16 ) , où Venise reeoaiiaiasante fit élever -nne statue à Schullembourg meore vwmt* L^aanée «uivante » il s'enipara de Prévésa «t de Woninsa^ D*nn antre odté, la flotte de Veniae et sea troupes de Difimatie obtenaient quelques avantages, et les Aufrichiens , ses alliés, vainqueurs des Turcs à Péter waradin, s'emparaient de Teraeswar et de Belgrade. La Morée semblait devoir être lat ilemenf reconquise. Mais toni-à^coup les entreprises des Espâ^nois mr. la Sardaigne et W Sicile déterminèrent Pempmnr à et»-» elw^ la. paix aveé. kH tores pour (torter ses forces w Italie, Venise Tut obligée de s^bir eelie paiiç» qni se fit à ses dépens. Le traité de Passarowitr (juillet 1718) ga« rantit à Pempereur toutes ses coumiètes , et la possession de la Morée aux Otiumans , qui . par forme de compensation , abaodounèreot i|u&.. Vénitiens la petite lie de^
&5 ItlStOlMB ifiÂNÉRÀLft
Gerigo M quelques pointe fortifléi ior les ttitê ie la Dalmatie et de l'Albanie.
La paix ^e Pâssarowitz fixa p<mr lé reste dn siècle les
destinées de Venise. « Cette républiques qui n'a fait depuis, jusqu'à sa chute, ni perte, ïiï arquisilion , ni échange, coiu[)renait alors le Doofaf , c'esl-à-dirc les îles et le bord des lagunes; sur le continent de lllaiic , iea provinces de Bcrgame , de Birescia » Crème , Vérone , Vicence , laPolésînd deRovigo» M la Marche de Trévise; an nofd dn golfe, le Friool et Tlstriet à Test in golfe , la Dalmatie vénitienne avec les Iles qui en dépendent ; une partie de l'Albanie, c'est-à-dire le territoire de ( lUaro , Buiriiilo , Parga, Prévésa, Wonizza ; enfin , dans la mer Ionienne, les îles de Corfou , Paxo, Sle.-Maure, Céphalonie , Itaque , Zante , Asso , les Strophades et Cérigo. La populatÎMi de tout ce territoire s'élevait à deux millions cinq cent mille âmes ; les revenus publics à six millions de dneats (vingt-cinq millions de France), et la dette à viiigt-huit millions des mêmes dncats ( environ cent dix-sept millions. ) » {Daru, Histoire de Venise).
L'exisleuce de la république est désormais loute passive. Rester é'raify,t're à tous les évéueuieiis, en paraître spectalrite indifléreute , sacrifier tout à Tunique désir de ue point donner d ombrage aux autres états et de conserver la paix , telle est sa politique, c Mais elle laissa trop voir, dit le même iiistorien qoe nous venons de citer , que son horreur pour la guerre n'était que la crainte de sortir d'une aveugle indolence et de. troubler Populente mollesse de ses nobles et de ses citadins. ILu aâo[jiaiit ce système d'inaclion , elle devait im moins pourvoir à sa sûreté. Au lieu do jirondre ces prccau!ions, qui auraient exip:é des sacrifices, de Pénergie, de l'tsptii national , elle se résigna à n'être plus qu'une puis» sance du second ordre , témoin de la lutte des grands états i et qui pouvait à (chaque inslanf en devenir la vietica^G^, Elle se confia de sa sûreté à leur jalousie » et n'eut plus pour sauve-garde que de vaines maximes de droit public... L(3 gouveriicmcjul ^e leuleruia dans les âuios de
mn organisation intérieure, mulliplia les précautions pour préyenir les troubles domestiques, et pour paraître aux yeux de Fétranger grave et non pas inerte» circonspect et non pas liraide. Au dehors Taclivité de sa diplomatie , au dedans la vî;jii]aiice de sa police, le servirent assez Lien pour qu'il coiiservàt locg-lemps sa r('*piilation de haute sagesse et l'apparence d'une autorité inébranlable. » Mais ces prestiges devaient à la fin se dissiper» comme tout ce qui n^est que prestige.
D*un côté » Venise était toujours en crainte » de la part des Turcs, pour ses possessions ioniennes; de Tautre» elle se sentait toujours pressée entre les maisons d'Autriche et de Bourbon (|ui se (lisî)utaient l'Italie , et maintenait laborieusement une neutralité difficile à garder et -encore plus à faire respecter. Dans la guerre de 1733» pour la succession de Parme* cette neutralité ne mit point Venise à couvert des armées étrangères. Autrichiens» français, Espagnols, Piémontais, traversèrent tour-àtour et ravagèrent son territoire. Elle n'en persévéra pas «loins dans son système durant les guerres qui remuèrent SI fréqueniiiient l'Europe dans le cours du dix-huitième siècle. Elle ne s'en départit pas môme dans celle qui s'alluma ( 1768) entre les Turcs et les Russes, et qui fit paraître sur les côtes de la Grèce des flottes sorties de la Baltique. Le projet de la Russie» de concert avec l'Au« triche » était de rejeter les Turcs au-delà du Bosphore. Les deux cours impériales sollicitèrent vivement le concours de Venise , limitrophe de Veiapire ottoman» pouvait opérer sur le continent de la Grèce une diversion utile; dont les ports onViraicnt aux (lottes russes, venues de si loin , un a^le nécessaire et des moyens de* se réparer; dont la marîne enfin leur assurerait , par sa coopé-* ration » une infaillible supériorité sur ccUe des Ottomans. Mais les promesses les plus séduisantes ne purent l'arra* cher à son immobilité systémaliqiie. Elle en sortit à peine par quelques eiïorts passagers ( outre les pirates barbaresques qui insultaient son pavillon, el dont finalement elle 9e rendit tributaire, Irouvuat moins dispendieux d'ache«
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1er la [>iu\ de ces barbares que d'armer des escadres yout • les réprimer.
Le lioo de SL-Marc sommeillait vieux el languissant , et le moment approchait où il allait expirer aux pieds du héros de Lodi et d*Areole.
Llcolls. — La république de Lucques eut beaucoup moins de part encore que celle de Veoise aux éveuemens du dix-liuiliôme siècle. Pendant la première moitié, elle l'ut foulée a diverses reprises par des passages de troupes, et , sans faire la guerre , elle en éprouva les malheurs. La paix de 1748 lui rendit le repo6« Mais les vices intérieurs de son gouvernement étaient on obstacle permanent à sa tranquillité. Les citadins, humiliés par leur expulsbn de tous les emplois, qui étaient le paria;j;e exclusif du petit corps de la noblesse, avaient perdu, avec leur allachemenl à la pairie, toute énergie, toute activité, et laissaieni tomber en r urne leurs manufactures , leur commerce el leur industrie.
Gêkes et U£ de Cobse. - Gènes, également gouvernée par une oligarchie odieuse au reste du peuple, ne semblait pas appelée à fournir dans ce siècle ' une carrière
politique plus brillante. En 1713, les Génois avaient aciieté de l'empereur, pour le prix de douze ceiU mille ecus, le marquisat de Final. Mais ils élaicul des mai res si durs et si injustes, que leurs nouveaux sujets ne s'étaient soumis qu'avec la plus grande répugnance à leur domination. La tyrannie qu*ils exerçaient en Corse sou* leva cette ile en 1729. Les causes derinsurrection étaient le mécontentement des nohles que la république éloignait des dtgoités et des emplois, Finterdiction du commerce, r • 'gueil et l'avarice des premiers magistrats qui vendaient la justice et auLorisaicut à prix (l'ar^^cnt Tassassinal el le brigandage, les extorsions des gouverueuis uniquement occupés à s'enrichir, le poids des impôts, rétablissement des gabelles et la défense de faire du sel à Tétaug de Diane, selon l'ancienne coutume des Corses.
M ux-Himtàin uècêm. M
Des Piéves de Bozio et de Tavagiia part le signal du soulèvement. Les femmes y lapident les collecteurs des (ailles qui y m pouvant tirer de Fargeot d'un peuple qui lK*cn avait fmA, TMfaiitiit enle?er k mobilier et les ustevrilusé» ménage. La9 «xéeaf ion» militaires do goaver* nev Pindi meMcat le conUe au désespoir. Les feux signaux de la guerre civile , sont aMomés sur les monta* gaes; le tocsin soiine; les cornefs des pâJres reteulisseiit dans les vallées, et bientôt toule la Corse est sous les armes. Un corps d'armée autrichien , envoyé au secours
Waelitei
noavelle et plus paissaiite expédition » sons le prince de Wirlemberg» ébranle la xésolotion de» Corses, et ils font lenr soumission , sons la garantie de Tempereur ( 1755) ^
à coûdilion que certains impôts seroul abolis, et que, pour l'admission aux charges et offices de l'état et de 1 Eglise , la nation corse sera sur le même pied que les, autres sujets, de la. république. De nouveaux griefs exci* tent bieAt^l une nouvelle révolte (1755). Les insurgés roeipent tout paete avec les. Génoi&, prœlament un royaume 4b Corse » et par m concours singulier de ci'reonslances , un aventurier allemand , le baron Théodore de NewhoU , devient leur roi sous le nom de Jhéodore /. . ^ a vaut pas rempli les espérances de la naliou , et voyant se refroidir l'enthousiasme qui avait accompagné son élection, il abandonne l'île où sa vie n'est plus eu sûrelé^ (1756), et apiès. avoir erré< en Italie ^ en Piémont, en France ». il. est emprisonné pour dettes à Amsterdam. Cependant une expédilion firançaiee» sollicitée par les Génois , débarque en Corse sons le commandement du. comte de Boissieux (1737). Taudis que ce général négo< ie avec les principaux chefs (Pierre Gaflbrio, Louis Giafferi, Hyacinthe PaoH), et qu'un accominodemi»nt parait prêt à se conclure» le roi Théodore , qu*ou croyait prisonnier, reparaît sur la scène. Un juî^f et ses associés ayant traité avec loi pour faire seuls le commerce de la Corse ont rompu ses fers en payant ses deMes^ et lui
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ont avaucé ciuq iiiillîons pour équiper trois yaifiweaux marchands et une frégate. Avec sa petite escadre, il se présente devaut Ajaccio; Mais bientôt une tempête s*é^ lève , ^ui le pousse juëques dans le port de Naples , d'où le» vicissitudes de sa vie errante le conduisent à Londresr son dernier asyle. Bientôt aprèsy le comte de BoîssienXr dont la modération a échoué dan» le projet de pacifier la Corse , meurt à Bastia ( 1759 ) , et est remplacé par le marquis de Maillebois. Celui-ci déploie la forcedes armes^ et, après une rapide ( ampagne, remet la Corse, soumise en apparence, auv mains des Génois. Mais à peine a-t-il quille File que T insurrection se ranime sous les chefs^ Gafforio et Matra ( 1742). Le premier ayant été assasnné pkr un ennemi particulier, le second tué dans une ren**cpntre (1753), les Corses élisent pour leur général Pascal Paoli, dont les talens devaient jeter un vif éclat sur les dernière* années de leur liberté. Vers la fin de la guerre de la succession , le roi de France avait de nouveau en\o^e en Corse un corps de troupes pour essayer de pacifier cette île. 11 en prolongea Toccupation jusqu'en 1759, où il eut besoin de toutes ses forces pour la guerre' d'Allemagne. Alors Paoli, que les Français avaient contenu , prit sur les Génois une grande supériorité. La république , désespérant de réduire ce chef habile, qui est parvenu à plier ses concitoyens à la discipline militaire et à leur donner un gouvernement régulier , lui fait porter des offres de paix auxquelles les Corses répondent par un serment solennel de ne jamais traiter avec les Génois. De nouveau, ceux-ci recourent à la France, et lui remettent en dépôt les places maritimes de Bastia,. San-Fioren2o, Calvi et Ajaccio (1764), réservant toutesleurs forces pour soumettre l'intérieur de L'Ile. Ënfin , leurs armes et leurs négociations n'étant pas plus heureuses , ils avouent leur impuissance contre l'insurrection ti ioiaplianle, et par trailé du 15 mai 1768, cèdent l'île de Corse à laFraîice. Louis X\ , (rois mois après , rend un édit de réunion et est proclamé dans les places maritimes* Les Corses, qui le regardaient comme un mé^
-diateor» raient avec indignation qu'ils se sont trompés. Ils jurent de défendre jusqu'à l'extrémité leur indépendance. Snccessiyement , deu^ générausi: • le marquis de ClmveUa et le comte de lfarbeuf».lQot 4fi Tjws.effioirto .pcmiie&flQomettre* La Fraiee hésite à. poursuivre sa conquête» IUm la crainte de voir Ws Anglais s'en emparer > les avantages qu'elle s'en promettait pourson commerccdu Levant, les ressources que lui ojTrait la Corse eu bois de construction pour la marine, et, non moios que tout cela» la honte de reculer, la déterminent à de nouveaux eflhrts. Le comte de Vaux, avec cinquante bataillons 0t «6 artillerie formidable, descend ea. Corse ao com^ jneDoement d'a.vril 1769. JFaîbleioen.t secourus par les Anglais, dont toute Tattentioii était absorbée^ pap leurs colonies d'Amérique, les Corses cèdent bientôt à ces forces imposantes. Padi se résigne à l'exil el s'embarque pour Londres. La Corse se soumet à U^r^mcp ». et ^ deux, inois après, lui donne Napoléon.^
Durant cette lutte de quarante aM qfoe Gênes. avait soutenue sans succès et sans gloire» cette république» au milieu d,e sa. décadence» avait tout-MOup brillé d!uB éclat inaUeiidu» lorsqu'eii 1746 i^e avait chassé les Aor trichiens et recouvré sa liberté par un acjte d'héroïsme désespéré. (Voyez Chap. 111, année 1746. )
<:< Cet événenK^nt est en quelque sorte le seul du dix^ huitième siècle qui appartienne réellement à la nation italienne^ C'est le seul qui nous montre le. peuple, pénétré de son ancien^ honneur»^ sensible au|: outrages qu'à re-^ çoit» et résolu a défendre ses droits; le seul où une action dangereuse soit la conséquence d*un sentiment généreux el non d'uu calcul. Le salut de Gênes ne lut dû ni à la constance de ses nobles,, ni à la sagesse de son gouvernement, ni à la fidélité de ses alliés , mais au courante in! rapide et au patriotisme désintéressé d'une classe d'hommes pour qui la société n'a rien fait « et qui est d!^utant plus sensible à la gloire nationale qu'elle n'en, peut point prétendre de- personnelle* Quant aux autres événemens que nous avons passés en revue dans ce siècle , ils ne peuvent. .
7S mpom iiirthiii»
mériter le nom d'histoire italiemie. La aâtion tout entière était exelae de toute part aux délibérations ou aux aciions {oiitiiiafBi.... ludifTéreale aux qutpeUei de ses souverains, élrangm, des Bourkuis de Panne, das Bourboaa de. Naplai et SiaUe, oa des Bewbeng mailvet de la Ckim des Avlriehiens de Hilaii et de Hastose, el desLemios. de ToseaBe, eHe n'assistait h lenvs eemlisÉs que pour eA souffrir; elle obéissait à des maîtres sauà reconnaître ea eux ses chefs naturels; elle n'entourait le pouvoir monarchique d'aucune illusion, d'aucune ailec lion héréditaire , d'aucun enthousiasme. Elle se soumettait, parce qu'il était plus prudent de céder que de sésiske»; eÛe songeait peu à ses faitéréts généraux , purce qu'eHen'y wyait rien qne de triste ef d*hiiniiKaDt ; elle s^asiooiait peu. mon. énénemena pour lesqnds eHe piépanat ma théâtre « et dans ^ loote Fhistoire italienne du siècle, on trouve à peine iin nom italien. De même que les résolutions étaient fornséee dans le cabinet par des étrangers, elles étaient exécutées par des étrangers sur les champs de bataille. L'Italie, vers^ la fin du dix-huitiéme siècle p. avait toujours des soldats , des richesses 9 une population aemhrens^ » une agriculture iorissante, un commcapce et des mauufaetur^s qui pié-, sentaient encore de grandes mseuieesr des. hemuies, versés dans les sciences , d'autres que la nature avait «eii^ dus propres à les acquérir en peu de temps : mais le sen-. timent et la \ ie lui manquaient; ses peuples n'ay^aeni pluâ^ 4.e patrie, » {Hùnjumdû )
9U DlX-^^OmÉME SIÉCtE., TS
' f HAIfCB. ( I7IB-A- ),
ly <MJ"H W M'.
SECTION PREMIÈRE
VàSfjxÈSL iHft s'était onyerte yoor Louis et pour k France aona de sinistres auspces. T^n^s qa*aae impitoyable coalition redouklatt contre nous d*orgoeil et d*ef-
forts (heureusement nons avions Villars) , la mort frappait à ^ands coups ia maison régnante. A côlé du vieux monarque , parmi tant de sépultures et de ruine*^, un enfant restait à peine , faible et dernier débris de trois généra**, tiens royales précipité^ Tnne snr l'antre dans la tombe,. La Tictoire de Denain conserve à cet enfant Théritage Intact de la monarclde ».et Louis- XIV'» après avoir parlé à soixante et quinze ans d'aller mourir sur un champ de bataille , meurt sur son trône glorieusement raffermi par les armes et par les traités. Ayant adressé de sages instructions et de toucbans adieux à son jeune successeur, et envisagé 4!un œil ferme les approches du trépas » il expire en invoqnantle dieu de miséricorde (i)» et la couronne tQinbe dç sa tête presque octogénaire sur le front 4*uii^ roi cinq ans,
Xowt> XV: arrière-petit-fils de Louis XIV et fils du duc
(i j Ses dernière» paroles furent: « Mon Dieu, venez à mon aide j hâlex de ne secpurk. »
74 Hmonv oÉiitaAU
de Bourgogne, le vertueux élève de Fénélon , naquît ^ Fontainebleau le 15 janvier 1710. Par la mort de soa bisaïeul, il hérita du trône le l""'. septembre 1715. Ph%^ lippe ^ due d'OrUax^ » neveu de Louis XIV et premier prince du sang, semblaitf en cette qualîté» avoir dû être appelé à la régence par les dis^sitions testamentaires du dernier roi. Mais Louis , au heu d'un régent , avait or-^ donné ([u'il y eût un conseil de régence ,^ dont le duc d'Orléans ne sciait que le chef, et que le duc du Maine eût le commandement des troupes de la maison du roi. Le testament de Louis XIV ( ce prince en avait pressenti lui-même L'impuissance et rinutiîité) eut le sort de celui de Louis XIII : il fut cassé par le parlement. Dès le len— demain de la mort du grand roi, le duc d^Orléans, aprèa. a'étre préparé, par de secrètes et aeti^res démarches, une décision favorable, prit cette compagnie pour solennelle arbitre de ses droits. Flaliée de faire un acte de souverainefé politique, non moins flattée peut-être d^insulter au liop mort [Mém. de Diichs) , devant qui elle avait tremblé si loug-lemps, influencée par l'autorité de d'Aguesstau et de Joli de Fleuri , qu'avait gagnés le prince, et surtout par la restitution de l'ancien droit de remontrances , elle apnula le testament , investit le duc d*Oiléan$ , de la régence , et lui déféra même le commandement de la maison mililaire du roi, au préjudice et îa la confusion du duc du Maine, qui, timide et inepte concurrent de Fenlreprenant Philippe, no sut ni retenir ni remettre lautorité et s'en laissa dépouiUer misérablement.
« Le duc d'Orléans était d'une ûgure agréable, d'une physionomie ouverte d'tine taille mé4iocre ; mais avec une aisance et une grâce q\A se faisaient sentir dans toutes ses actions. Doué d'une pénétration et d'une sagacité rare, il s'exprimait avec vivacité et précision. Ses réparties é(ai(Mit promptes, justes et gaies. Des lectures rapides, aidées d'une aiémoire heureuse, lui tenaient lieu d'une application suivie; il semblait plutôt deviner qu'étudier Jes matières. Avec une valeur brillante, il eût été géné- « ra], si le roi (Louis XIV) lui eût permis de l'être ; maia.
il avait toujours été en sujétion à la cour et en tutèle à rarmée. Une familiarité noble le mettait au niveau de too8 ceux qui rapprochaient ;. il sentait qu'une supériorité personnelle le dispensait ée se prévaloir de son rang. 11 ne gardait ancnn ressentiment des torts qu'on avait en» aveelui » et en tirait avantage ponr se comparer à Henri IV.... Humain, compâtissant , il aurait eu des vertus ^ si Ton en avait sans principes. » ( Ducïos. ) Malheureusement Tabho Dubois , devenu son précepteur , par un fatal concours de circonstances , vers la fin de son éducation , s'était apptiqoé et n'avait que trop bien réussi à loi faire perdre ce«x que Ini avaient inculqués des hommes plus dignes de former un prince. Fils d'un^apothicaire de Brives , ce personnage à Pextérienr piètre et bas , à Fâme ignoble, mais à Tesprit souple et prévenant, chassé du? Limosin par la misère, était venu tenter fortune à Paris. D'abord moitié scribe, moitié valet du ouïr do Saint- Eustache , il fut connu chez lui du précepteur du jeune duc, de St. -Laurent qui le prit pour copier les thèmes de son élève; Dubois s'inânua par degrés dans Tespril du jeune prince, et finit par s^en emparer après la mort de St.-Laurent à qui il succéda dans les fonctions de pré* cepteur. Vil et pervers , il conçut un projet infâme qu'il exécuta avec un déplorable succès. Comme l'intimité laisse bientôt voir le caractère, il seutit qu'il ne pouvait établir son crédit sur l'estime du prince : il le fonda sur sa corruption. Il déprava le cœur qu'il était chargé de former à la seience et à la vertu; et , Tenveloppant dan» les filets du vice, il prit sur lui l'ascendant d*un valet su" bomeur , à la fois méprisable et nécessaire à son maître. « Mou (ils (dit au duc d'Orléans la princesse sa nière^ » lorsque le parlement lui eut déféré la rép^ence), je ne » désire que le bien de l'état et votre gloire; je n'aî » qu'une chose à vous demander pour votre honneur, » et j'en exige votre parole : c'est de ne jamais employer » ce fripon d'abbé Dubois, le plus grand coquin qu'il j 1» ait au monde, et qui vendrait l'état et vous pour le I» plus léger intérêt. » Philippe donna , puis oublia sa