Strabon, XIV
L'état social : esclaves, affranchis, colons. — Dans toutes les cités et provinces de l'Empire, il y a divers degrés sociaux, toujours les mêmes.
En bas, les esclaves, sans droits politiques et n'existant pas pour l'Etat ; sans droits civils et n'ayant pas de famille reconnue ; protégés pourtant par la législation impériale, surtout à partir d'Hadrien. Ils sont chargés dans la société de presque tout le travail matériel ; ils forment quand ils sont nombreux un groupe appelé familia urbana ou familia rustica, selon qu'il s'agit de la maison ou d'une exploitation rurale. La familia urbana comprend des esclaves chargés du service domestique personnel et des esclaves ouvriers (moulin, boulangerie, filature, tissage, cordonnerie, vêtements, menuiserie, charpenterie) pour les besoins de la maison et du dehors, car l'excédent des produits est vendu ; le maître est chef d'industrie faisant travailler pour lui, ou louant au dehors ses ouvriers. Cette concurrence servile au travail libre fait tomber le travail manuel dans la condition servile. La familia rustica est composée de laboureurs, de bergers, de bûcherons, de chasseurs, de pêcheurs et d'ouvriers agricoles (forgerons, foulons, etc.), le tout sous le commandement de Tintendant (villicus, prsepositus). Cette classe des esclaves est très nombreuse et tend à s'accroître sans cesse. Dès les premiers siècles de l'Empire, les hommes libres tendent à disparaître, surtout dans les campagnes; les grandes exploitations rurales (villa) dévorent les petits champs.
Au-dessus des esclaves sont les affranchis (liberti), qui sont sortis de l'esclavage, soit par un acte public devant le magistrat, soit par une cérémonie dans un temple ou dans une église, soit par un testament : trois modes d'affranchissement qui persisteront pendant le moyen âge. L'affranchi n'est pas assimilé à l'homme né libre [libeiius non ingenuus). Il doit à son patron respect et obéissance; sous peine de perdre sa liberté. Il lui doit une part de son travail, tantôt au gré du maître, tantôt suivant une convention : ce qui fait ressembler beaucoup sa condition à celle du vilain du moyen âge. Il ne peut se marier sans autorisation : c'est que le patron était l'héritier de son affranchi en tout ou en partie. La législation impériale adoucit le sort de