‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 2)Chapitre 106 sur 173 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

de 887 à 1058

/. — Fondation du royaume, de Germanie

Les premiers rois de Germanie. — En novembre 887 à la diète de Tribur, où Charles le Gros avait été déposé, les Francs, les Saxons, les Thuringiens et quelques-uns des grands de la Bavière, de l'Alamanie ou Souabe, avaient proclamé roi Àrnulf, bâtard de Carloman, neveu de l'empereur e* investi par lui de la Carinthie et de la Pannonie. Les autres peuples de l'empire carolingien se donnèrent aussi des rois : Bérengcr de Frioul fut couronné à Pavie, en janvier 888; à la même époque, Rodolphe devient roi de la Bourgogne transjurane, Eude roi de la France occidentale; plus au sud, Boso* dès 885, s'était fait couronner roi de Bourgogne cisjurane et de Provence, et, après un an et demi d'interrègne, son fils Louis l'Aveugle lui succédait (août 888).

De tous ces royaumes le plus puissant était celui de Germanie. Si son existence, en quelque sorte régulière, date de ce jour, Louis le Germanique lui avait préparé les voies. Dès 83Ï il avait pris le titre de « roi de la France orientale » et, depuis lors jusqu'à sa mort, en 875, il avait travaillé sans relâche à constituer un Etat solide. Il avait établi sa domination en

Bavière, défendu ses territoires contre les Normands, poursuivi la destruction du paganisme. À la fin de son règne, par le traité de Mersen (870), conclu à la suite de la disparition de la famille de Lolhaire, il avait même pu réunir à la « France orientale » une partie des pays situés sur la rive gauche du Rhin. Un de ses contemporains, le moine de Saînt-Gall, qui vante sa beauté, sa force, sa sagesse, sa dévotion, déclare qu'il était « roi et empereur de toute la Germanie, des Rhéties, de l'ancienne France f, de la Saxe, de la Thuringe, du Norique, des Pannonies et de toutes les nations du septentrion *. Tel était l'héritage qui, après quelques partages et diverses vicissitudes, revenait à Arnulf.

De 888 à 919, cette famille à demi carolingienne essaie de se maintenir au pouvoir : période obscure et sur laquelle il est inutile d'insister longuement. Arnulf est actif, courageux, mais ml ne peut guère compter sur les Saxons, et par suite manque «les forces qui lui seraient nécessaires. Vainqueur, à l'ouest, «les Normands, sur la Dyle, près de Louvain (novembre 891), il échoue, à l'est, contre le puissant Etat morave que gouverne Svatopluk (893). Battu, il fait appel aux Hongrois ou Magyars et déchaîne ainsi sur l'Europe chrétienne ces terribles invasions qui étendront leurs ravages non seulement en Allemagne, mais en Italie jusqu'à Rome, en France jusqu'à l'Aquitaine \ S'il parvient à obtenir que son fils Zwentibold soit nommé roi de Lorraine (895), son intervention est stérile en Italie, où il est appelé par le pape Formose (893). Deux compétiteurs s'y disputent la couronne : Bérenger de Frioul, qui s'appuie sur la « France orientale », Guido de Spolète sur la < France occidentale » et les Bourgognes ; Guido, vainqueur, s'est fait couronner empereur à Rome (891). En 894, Arnulf devient roi d'Italie; en février 896, dans une seconde expédition, il est couronné empereur à Rome ; il défend le pape contre Lambert de Spolète, le fils de Guido; mais, à peine repart-il pour la Germanie que ses ennemis triomphent aux dépens du pape assez imprudent pour compter sur cet allié lointain.

1. C'est-à-dire de la Franconie et des autres pays francs de la région rhénane.

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