‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 2)Chapitre 107 sur 173 · Sur ces invasions, voir ci-dessous, chapitre xiv · texte numérisé non relu

Sur ces invasions, voir ci-dessous, chapitre xiv

Après Arnulf, qui meurt en décembre 899, son fils, Louis l'Enfant, Agé de six ans, ne peut guère passer pour un roi que dans les chronologies. Appuyé par l'archevêque de Mayence, Ilatto, i'homme de confiance d' Arnulf, et par le clergé, il est reconnu même par les Lorrains, qui détestent Zwentibold à cause de ses violences. Mais bientôt l'Allemagne s'abîme dans une épouvantable anarchie : « Tout est aux prises, écrit Tévêque de Constance, Salomon. L'évèque, le comte, le vassal, les frères contre les frères, les parents contre les parents, et les citoyens dans la même ville. Les grands, qui devraient assurer la paix, donnent l'exemple de la lutte; la loi est foulée aux pieds et le bas peuple murmure et se déchaîne. Jamais il n'a été si vrai de dire : t Malheur au pays dont un enfant est roi! » Les hommes libres aliènent leurs biens, leur liberté même, pour s'assurer la protection des puissants; les petits seigneurs se groupent autour des grands et deviennent leurs vassaux; ainsi s'établit la féodalité allemande. Le pouvoir central, royal, n'existe plus que de nom. Cependant l'Allemagne, ravagée à l'ouest par les Normands, attaquée sur les frontières de la Saxe par les Danois et les Vendes, sur celles de la Thuringe par les Moraves, est ouverte aux hordes des cavaliers magyars. En 906, ils poussent jusqu'à l'Elbe; en 907, ils envahissent victorieusement la Bavière; en 908, ils battent le margrave de Thuringe, Burchard; en 909, ils entrent en Souabe; en 910, ils culbutent une armée royale à Augsbourg, sur le Lech. Ainsi chaque année ils pénètrent plus avant jusqu'au cœur du pays, terrifiant l'Allemagne par leur aspect même et promenant partout l'incendie et la mort.

Les Duchés et les Marches. — Si l'Allemagne est à ce point troublée par les divisions intestines, si elle est sans force contre les attaques extérieures, c'est que l'unité lui manque. Les vieilles peuplades germaniques, réunies en quelques grands groupes, n'ont pas abandonné leurs institutions particulières, ni leurs rivalités. Sous le gouvernement de ducs héréditaires, elles forment dans le royaume autant d'Etats autonomes1.

1. L'origine du pouvoir ducal en Allemagne, à la fin du ix siècle et au x°, est une question controversée qui a été l'objet de nombreuses dissertations; en tout

Au sud-ouest, la Bavifre, comprise entre le Lech et l'Enns, les Alpes et la Bohème, a été enlevée par Gharlemagne à la famille des Agilolfing, à la suite des complots de Tassilo (788); mais elle conserve ses lois; elle a même formé un royaume sous un des fils de Louis le Germanique, Carloman. Au commencement du xe siècle, Arnulf, fils du margrave Liutpold, qui était mort dans la lutte contre les Hongrois, en 907, s'y établit en maître et y fonde une dynastie nouvelle.

Au sud-ouest, sur les deux rives du Rhin, depuis les Alpes* jusqu'au delà de Strasbourg, s'étend YAlamanie ou Souabe. Sous Louis l'Enfant, deux frères, Erchanger et Berthold, y portent le titre d'envoyés royaux ou comtes palatins, et luttent contre Tévèque de Constance, Salomon. Le margrave Burchard, maître du versant septentrional des Alpes, prend le litre de duc d'Alamanie, mais il périt dans les troubles (911). SSa femme et ses enfants sont dépouillés et chassés, et le bonite Erchanger s'empare enfin de la dignité ducale.

La Franconie, qui se développe sur la rive droite du Rhin, dans les bassins du Neckar et du Main, est troublée par des guerres acharnées. La famille des Babenberg y doit son importance au comte Henri qui, sous Charles le Gros, s'est illustré dans les luttes contre les Normands. Aux fils de Henri, Adalbert, Henri et Adalhard, Arnulf a opposé une famille apparentée à la sienne, la famille conradienne, qu'il a comblée de biens et d'honneurs. En 902, commence la guerre entre les familles rivales, guerre sauvage, sans pitié, aussi terrible pour le pays qu'une invasion. Condamné par le tribunal du roi, qui confisque les biens de sa famille, Adalbert, le chef des Babenberg, résiste d'abord victorieusement même à l'armée royale; mais, en 906, il doit se rendre au roi et il est décapité devant son château de Theres, sur les bords du Main. La famille conradienne domine en Franconie, appuyée par la royauté et l'Eglise.

En Lotharingie ou Lorraine, au contraire, où on voudrait aussi lui assurer la prépondérance, elle se heurte à une oppo-

cas, il est certain que ce pouvoir se forme malgré le pouvoir royal et malgré

l'Église.

sition dont le chef, Réginar ou Rainier, habile et intrigant, s'empare de la puissance ducale et rattache la Lorraine à la France occidentale (911).

Au nord, la Saxe, plus que tout autre pays de la Germanie, a gardé le sentiment de son ancienne indépendance. Là grandit la famille des Liudolfing; une tradition la fait remonter jusqu'à Bruno, chef des Angriens, qui, lors des guerres de Saxe, se soumit à Gharlemagne en 777. Son successeur, Liudolf, vécut auprès de Louis le Germanique; un de ses fils épouse la nièce, une de ses filles le fils du roi. Après sa mort (866), ses fils combattent les Normands : l'un d'eux, Otto, d'après une tradition que rapporte l'historien saxon Widukind, mais qui n'est point certaine, aurait refusé la couronne, à la mort de Louis l'Enfant et aurait conseillé de la donner à Conrad de Franconie. Il étend son pouvoir sur la Marche de Thuringe, constituée contre les Sorbes, et dont les chefs ont déjà porté le nom de ducs des Thuringiens. Le fils d'Otto, Henri, épouse Mathilde, descendante du héros de la résistance saxonne, Widukind (909); dans la famille des Liudolfing le sang carolingien se mêle donc au plus pur sang national. Ses domaines nombreux assurent sa puissance. L'Eglise lui est dévouée : Liudolf travaille à répandre le christianisme; il fonde le grand monastère de Gandersheim, où cinq de ses filles deviennent nonnes. Ainsi la puissante famille se fraye la voie vers la royauté.

La Lorraine mise à part, il y a donc quatre duchés, les duchés primitifs de l'Allemagne : Bavière, Souabe, Franconie, Saxe, chacun avec son duc qui est un souverain.

Tous ces ducs administrent leurs territoires avec un pouvoir semblable à celui du roi; ils ont leur cour, leur armée, leurs assemblées. Les duchés se subdivisent ' en comtés. Les comtés situés sur les frontières prennent le nom de marches ou limites; leurs chefs sont des margraves. A la fin du ix° siècle et au commencement du x°, on trouvera la marche de VEst ou

1. Sur les limites précises des duchés et leurs subdivisions, voir Waitz, t. V, p. 156 et suiv.

de Pannonic (Ostmark), qui donnera naissance à V Autriche f et la marche de Carinthie, toutes deux protégeant la Bavière; la marche de Bohême, contre les Tchèques; la marche de Thuringe ou de Sorabic, contre les Sorbes; la marche de Danie, contre les Danois; puis, sous Henri Ier, la marche de Slesvig, contre les Slaves du nord; au sud, la marche de Rhétie !.

Il ne faudrait pas voir dans les duchés de simples expressions géographiques ou administratives. Entre les peuples qui les habitent les différences sont nombreuses : là sera toujours le véritable obstacle à l'unité allemande. La langue n'est pas la même, à ce point qu'on peut se demander si un Saxon et un Souabe se comprennent toujours. Le droit n'est pas le même non plus; chaque peuple a sa loi : loi Salique, loi des Alamans, loi des Bavarois, loi des Frisons, loi des Saxons. Tour ceux-ci il est même question du droit des Westphaliens, «lu droit des Angriens, du droit des Ostphaliens. Les Thurin- «riens, les Lorrains ont leurs coutumes; les Slaves du royaume germanique ont aussi les leurs. Tous en sont jaloux; longtemps, à leur avènement, les rois devront confirmer les lois des Saxons. Aux élections royales, chacun des quatre grands peuples, Saxons, Francs, Bavarois, Souabes, est représenté par des seigneurs qui parlent en son nom ; quelquefois les Lorrains, les Thuringiens sont aussi mentionnés. D'ailleurs on dit le royaume (regnum) des Saxons, le royaume des Francs *, des Bavarois, etc., et le roi lui-même emploie ces expressions. Dans certaines régions, les institutions du passé, l'état social 5e maintiennent avec une persistance qui frappe les hommes du moyen âge eux-mêmes. Ainsi, au xc siècle, l'auteur de la Vie de saint Libuin écrit : « Dans les anciens temps, la nation des Saxons était partagée, comme elle Test encore aujourd'hui, en trois ordres : dans leur langue, ils sont appelés les edeling, les friling, les lassi; c'est-à-dire, en langue latine, les personnes nobles, ingénues, serviles. »

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