Anatole Lcroy-Bcaulieu, l'Empire des ti
hérésies d'aujourd'hui, dans leur épopée et leur poésie populaire, dans leur ornementation, on retrouve des traces non douteuses du génie finnois.
Peuplades ougriennes et turques : les Avars. — Séparés de la Baltique par les Lithuaniens et les Finnois, les Russes s'étaient éloignés des bords de la Caspienne et de la mer Noire, dont les rives étaient trop souvent balayées par le flot des invasions. Après la domination des Goths, ces régions furent occupées par des peuplades ougriennes ou turques \ Huns, Bulgares, Avars, Khazars, Petchénègues, Polovtsi, Magyars, etc. De ces peuples, les uns, tels que les Khazars de
la Caspienne ou les Bulgares du Volga, fondèrent des Etats qui eurent un moment de puissance et de gloire; les autres continuèrent leur existence incertaine et nomade jusqu'au jour où ils furent entraînés dans quelque tourbillon ou refoulés par les progrès de la Russie; d'autres enfin, après avoir séjourné quelque temps dans ces régions, continuèrent leur marche vers l'ouest, épouvantèrent l'Europe de leurs ravages et réussirent parfois à s'y établir. Les Bulgares soumirent ainsi à leur autorité les Slaves du Danube inférieur; les Avars fondèrent un éphémère empire dans la Pannonie, et, plus tard, les Magyars y créèrent un Etat qui subsiste encore.
Arrivés sur les bords de la mer d'Azov vers le milieu du vi° siècle, les Avars, après avoir ravagé à diverses reprises l'Empire grec, aidèrent les Lombards à vaincre leurs rivaux, les Gépides, et se fixèrent dans les contrées de Pannonie et de Dacie, que le départ des Lombards rendait vacantes. Sauvages et cruels, ils faisaient peser sur les vaincus une odieuse tyrannie, et le souvenir de ces géants (Avars, Obres) revient souvent dans les contes légendaires des Slaves. Toujours en course, ils enfermaient leur butin dans un ring, retranchement en forme de cercle, qu'entouraient des murs hauts et épais de vingt pieds, de pierres et d'argile, et que protégeaient des palissades. Ils eurent plus tard neuf ring, dont quelques-uns avaient plus de mille mètres de circonférence. Affaiblis par les divisions, amollis par
1. Les peuplades ougriennes ou turques ne sont d'ailleurs que des rameaux de la race ou ralo-al laïque.
les richesses, incapables de maintenir dans l'obéissance les peuples qu'ils avaient soumis, ils inspiraient encore une crainte presque superstitieuse, et Charlemagne ne les attaqua qu'après de longs et sérieux préparatifs. En 795, leur principal ring fut enlevé, et Pépin acheva la conquête l'année suivante. Depuis 822, ils se perdent dans l'histoire, sans laisser de traces1. De là le dicton russe rapporté par Nestor : « Périr comme les Obres. »
Les Magyars : histoire primitive. — Les Hongrois ou Magyars furent plus habiles et plus heureux. Le nom de Hongrois, simple contraction de Hun-Ougrien, fut donné par les Slaves aux nomades qui, vers la fin du ixc siècle, envahirent les plaines de moyen Danube, et il fut adopté par les Allemands. Les nouveaux venus se nommaient eux-mêmes Magyars, Au moyen âge, on faisait venir ce mot de Magog, le fils de Japhet; les savants modernes n'ont pas eu de peine à démontrer l'inanité de cette explication, mais ils n'ont pas réussi à trouver le sens réel de Magyar. Les Hongrois avaient habité d'abord dans le voisinage de l'Ougric ou Iougrie, nom sous lequel on désignait encore, au xvic siècle, le pays à l'est du moyen Oural. Sur les rives du Don et du Dnieper, ils subirent l'influence des Khazars, auxquels ils durent leur organisation en confédération; ils formaient alors sept hordes ou iribus. Des Khazars, des Avars se joignirent à eux.
Attaqués par les Petchénègues, les Magyars s'enfuirent dans YAtelkusu ou Etel-Kôz, c'est-à-dire probablement sur le territoire que baignent le Pruth, le Sereth, le Dniester, le Boug et le Dnieper. Une nouvelle attaque des Petchénègues et une défaite que leur infligèrent les Bulgares du Danube les déterminèrent à s'avancer plus loin vers l'ouest. Furent-ils appelés par Arnulf s, qui aurait sollicité leur alliance contre les Moraves? Les historiens allemands entassent les raisonnements pour démontrer l'innocence d'Arnulf, mais il n'est pas douteux qu'en 892 un corps hongrois, cerné par les Moraves, fut dégagé par le roi de Germanie, et c'est bien comme auxiliaires des Allemands que les hordes ougriennes semblent ainsi avoir