LES ÉTATS SLAVES DU X* AU XI0 SIÈCLE
le témoignage d'un Allemand contre un Slave et réciproquement. Malgré de nombreux retours offensifs de la Bohème et de la Pologne dans le bassin de l'Elbe, la race slave perdit rapidement du terrain dans ces régions, et, dans la plus grande partie du pays jadis habité par ces Serbes, quelques noms géographiques rappellent seuls leur ancienne domination.
Les Viltzes et les Obotrites maintinrent plus longtemps leur indépendance; mais divisés, menacés au nord par les Danois, débordés au sud par les Allemands, abandonnés par les Polonais convertis au christianisme, ils étaient, vers la fin du xie siècle, dans la situation la plus périlleuse. Ils succombèrent lorsque, à l'avènement d'Albert l'Ours et de la dynastie ascanienne, en Lusace et Brandebourg, l'attaque germanique, longtemps languissante, reprit avec une nouvelle vigueur.
Les Polonais; conversion; Boleslav le Vaillant. — Quelques chefs polonais eurent le pressentiment du danger dont les succès des Allemands sur l'Elbe menaçaient la race sla,ve tout entière; mais la plupart se désintéressèrent de ces luttes ou môme s'unirent aux Germains contre leurs alliés naturels.
Toutes les recherches des historiens sur les premiers temps de l'histoire de la Pologne n'ont abouti à aucun résultat certain. Quelques-unes de ses plus anciennes légendes rappellent les légendes Scandinaves, et certains écrivains en ont conclu que les Normands auraient été, en Pologne, comme les Varègues en Russie, les créateurs de l'Etat. D'après d'autres écrivains, une famille originaire de Croatie, qu'une tradition postérieure rattacha au légendaire Piast, aurait soumis les Slaves de la Vistule et de l'Oder. Leur nom de Polonais, qui a remplacé celui de Lèches dont se sert encore Nestor, rappelle la nature de leur pays (polé, le champ, la plaine).
Miéchko * est le premier chef polonais sur lequel nous ayons des renseignements précis. Mais il n'est pas douteux que le pays avait atteint déjà avant lui une certaine prospérité. C'était le moment où la Germanie, gouvernée par Otto et guidée par le margrave Gero, s'élançait à la conquête de l'Est
i. Ou Mieczislav Ier.
avec une impétuosité irrésistible. Miéchko, pour sauver son peuple de la ruine, accepta le christianisme. Il fut baptisé en 966 et fonda à Posen un évêché qui releva de Magdebourg. Son fils, Boleslav le Vaillant f (992-1025), est le véritable fondateurde la monarchie polonaise et peut-être le prince le plus remarquable qu'ait jamais eu la Pologne. La Croatie Blanche jusqu'aux Karpathes avec Cracovie, la Moravie, .la Poméranie furent par lui conquises ; les Slaves de l'Elbe sollicitèrent sa protection et les Tchèques acceptèrent un moment son autorité. L'empire morave de Svatopluk semblait renaître, et tous les Slaves occidentaux étaient réunis sous un même maître. Boleslav étendit même son autorité sur divers princes russes, donnant ainsi le signal de ces guerres entre Russes et Polonais qui furent si fatales à la Pologne et au monde slave tout entier.
L'église polonaise . — Les successeurs de Boleslav ne gardèrent pas ses conquêtes; il avait eu du moins l'honneur d'indiquer à la Pologne la voie dans laquelle elle pouvait trouver la prospérité et la gloire. L'indépendance du pays aurait été inattaquable, s'il fût resté maître, au sud, des montagnes, et au nord, des rives de la Baltique. Le grand résultat du règne de Boleslav, ce fut la création d'une église nationale. Exploitant habilement, comme Etienne de Hongrie, les rêves d'Otto III, il fonda à Gniezno * un archevêché dont relevèrent les évèchés de Cracovie, de Kolberg, de Breslau, et plus tard celui de Posen. Il ne crut pas acheter trop cher la protection de la papauté en payant le denier de saint Pierre; la tutelle de Rome était moins redoutable que celle de l'Empire germanique et, dans leurs conflits avec l'Allemagne, les Polonais trouvèrent dans les papes de sûrs et précieux alliés.
Cette union intime de la Pologne et de la cour pontificale est restée un des signes particuliers de l'histoire de ce peuple; les succès de la Réforme en Pologne ne furent que passagers et plus bruyants que réels ; le catholicisme a exercé sur son développement et ses destinées une action tout aussi profonde que l'orthodoxie chez les Slaves de l'Est, et de nos jours