LES ETATS SLAVES DU X° AU XI0 SIÈCLE
aux conquérants qui les délivraient de maîtres détestés et qui, comme plus tard les Turcs, accueillaient volontiers dans leurs rangs les principaux chefs des vaincus. Les divers groupes slaves, désormais rassemblés dans un même royaume, prirent conscience de leur unité. Us reçurent sans doute aussi des Bulgares leur organisation militaire, en même temps que leurs institutions politiques et sociales furent profondément modifiées. La constitution des Bulgares était très aristocratique; lors de la conquête, la majorité des paysans avaient été réduits en servitude. Plus tard, l'influence bvzantine contribua encore
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à accentuer le caractère à la fois oligarchique et despotique de l'Etat bulgare : ce qui explique et les rapides progrès de cet empire et sa prompte décadence. L'influence des Bulgares sur la race slave, au point de vue ethnographique, fut au contraire assez faible. Les vainqueurs s'étaient vite mêlés aux vaincus : ils acceptèrent leurs mœurs, leur langue, et finirent par être complètement absorbés par eux; leur idiome n'a exercé aucune action sur le slave; les différences que Ton remarque entre le bulgare actuel et les autres dialectes slaves s'expliquent uniquement par le contact avec les Thraces-IHyriens; il n'y a pas de mots finnois dans le vocabulaire des Slaves de la péninsule. Les Slaves prirent seulement le nom des conquérants : comme en France, le nom de l'Etat l'emporta sur celui de la race.
Conversion des Bulgares. — Dès la seconde partie du ixc siècle, deux princes bulgares, Krum et Omortag, remportèrent de brillantes victoires et menacèrent Constantinople. Par ces succès mêmes, la foi chrétienne commença à pénétrer dans le pays : il y avait beaucoup de chrétiens parmi les esclaves transportés en Mésie. Boris (852-888) reçut le baptême, et l'empereur Michel III lui servit de parrain (864 ou 865). Mais Boris n'entendait pas que sa conversion compromît l'indépendance de son peuple : il oscilla quelque temps entre Rome et Constantinople, offrant sa soumission à qui lui ferait les meilleures conditions. Il finit par se décider pour Byzance (870). C'est certainement aussi vers cette époque que furent introduits chez les Bulgares les livres et la liturgie slaves.
Le tsar Siméon : apogée du premier empire bulgare.
— Le fils de Boris, Siméon (892-927), fut le premier tsar des Bulgares, et son règne marque l'apogée de leur grandeur. Les Grecs, vaincus dans une série de guerres, ne conservèrent plus que quelques points des côtes et, à diverses reprises, Constantinople faillit être enlevée. La péninsule des Balkans presque entière, une partie de la Hongrie et de la Valachie, étaient soumises à Siméon; les Serbes reconnurent sa suzeraineté. Pour ne pas être inférieur à l'empereur grec, il prit le titre de César (tsar), et, pour affranchir ses sujets des exactions du clergé byzantin, il établit un patriarche à Preslav, sa capitale. Siméon s'entoura d'une cour brillante ; il s'efforça de faire pénétrer dans son peuple la civilisation ; élevé à Constantinople, on le nommait le demi- Grec, et ses flatteurs aimaient à le comparer à Ptolémée d'Egypte. La littérature bulgare eut alors son âge d'or, et son importance historique est considérable. « Il n'est pas une seule littérature occidentale qui, à une époque aussi reculée, présente un si énorme bagage d'œuvres bibliques, liturgiques, théologiques, empruntées aux Grecs !. » Ils traduisirent aussi ces récits héroïques et légendaires qui, au moyen âge, se répandirent dans toute l'Europe. Les premiers, les Bulgares firent du paléo-slave une langue vraiment littéraire, et leurs productions, répandues parmi tous les Slaves orthodoxes, contribuèrent à l'éveil des littératures nationales.
Causes de la décadence de la Bulgarie. — La grandeur Je l'empire bulgare ne reposait que sur un homme. Siméon disparu, sa puissance ne lui survécut pas. L'unité nationale était encore mal affermie, et les boïars, qui gouvernaient de grands fiefs ou de petits Etats, devaient nécessairement aspirer à l'indépendance et affaiblir la résistance en face de l'étranger. Menacée par les Grecs, la Bulgarie eut en même temps à combattre les Magyars, les Petchénègues, les Polovtsi et les Russes. De plus, son élévation avait été trop rapide et son développement trop instantané. Comme le dit très justement Hilferding, « son premier éveil à la civilisation avait eu quelque chose de peu