‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 2)Chapitre 86 sur 173 · Moïse · texte numérisé non relu

Moïse

au début que celle des hanyf, consiste dans l'Islam : c'est l'abandon, la soumission à la volonté du Dieu tout-puissant qui a suscité des prophètes et Mohammed après eux, qui doit distribuer, au sortir de la vie, les peines et les récompenses.

Premiers disciples et premières persécutions. — Ce fut dans son entourage qu'il trouva ses premiers disciples : Khadidja, qui avant lui-même avait cru en sa mission ; le jeune Ali, fils de son oncle Abou-Taleb, qu'il avait recueilli pendant une famine; son affranchi Zald, fils de Haritha; quelques personnages de marque, comme son ami Abou-Bekr; Omar, Olhman, mais surtout des jeunes gens, des étrangers, des femmes, des esclaves. La propagande se fit d'abord d'une façon timide, dans le secret de l'intimité. Mohammed ne s'attaquait pas ouvertement au culte des idoles; il continuait de faire ses dévotions à la Kaaba; il ne s'ouvrait qu'à des personnes sûres et déjà préparées par les entretiens de ses amis. Quand le moment lui sembla venu de parler plus haut, il essaya d'entraîner sa famille. Il réunit dans un grand repas tous ses proches, au nombre d'environ quarante, leur annonça qu'il leur apportait les biens de ce monde et de l'autre, et demanda qui d'entre eux voulait l'aider dans son œuvre et devenir son frère, son délégué, son vicaire*. Seul le jeune Ali répondit à cet appel. Les autres restaient muets, et quand Mohammed en embrassant son cousin l'eut proclamé son lieutenant, à qui tous devraient obéissance, les convives éclatèrent de rire et dirent à Abou- Taleb : « Maintenant ce sera à toi d'obéir à ton fils ». Malgré ces railleries, l'esprit de famille était si puissant parmi les Arabes, que les Hache m, Abou-Taleb en tète, sans adhérer, pour la plupart, aux doctrines de Mahomet, le couvrirent de leur protection, quand sa prédication devenue publique et ses attaques contre le culte établi eurent ameuté la foule des Koraîchites. Vainement les chefs de l'aristocratie mecquoise allèrent demander à Abou-Taleb ou de fermer la bouche à son neveu, ou de l'abandonner à leur vengeance. Abou-Taleb se borna à informer Mohammed de leurs menaces, l'engageant doucement à ne pas attirer de grands malheurs sur lui et sur les siens. « Par Allah! s'écria l'ardent novateur, si l'on mettait

le soleil dans ma droite et la lune dans ma gauche, je ne renoncerais pas à mon œuvre. » Il s'en allait, les larmes aux yeux. Abou-Taleb le rappela : « Fils de mon frère, reviens et tiens tous les discours que tu voudras ; par Dieu tout-puissant, rien ne me décidera jamais à te livrer. » N'osant user de violence et provoquer ainsi une lutte qui aurait pu être sanglante, les Koraïchites entamèrent contre Mohammed une guerre de railleries, de sarcasmes et d'insultes : ils le traitaient de fou, de charlatan, d'imposteur, le mettaient au défi de prouver sa mission par des miracles, l'accusaient de reproduire des fables anciennes, de se faire souffler par des étrangers pour dénigrer la religion nationale. Les plus animés lui jetaient de la boue et des pierres, lui crachaient au visage; une fois on faillit l'étrangler. L'énergique attitude de ses parents préservait seule sa vie. On n'osait pas davantage toucher à Abou-Bekr, i Omar, à Othman, à Ali; mais les pauvres gens, les esclaves qui n'avaient point de parenté puissante étaient moins épargnés : on les maltraitait, on les torturait; plusieurs furent mis à mort. Mohammed conseilla à ceux dont la situation devenait intolérable de se retirer en Abyssinie. Ils y furent bien accueillis et le roi refusa de les livrer aux Koraïchites. Il ne voyait en eux que les adeptes d'une secte chrétienne, et la sourate que Mohammed lui envoya, dans laquelle il est question de l'apparition du Saint-Esprit à la Vierge, sous la figure d'un beau jeune homme, n'était pas pour le détromper. Vers le même temps, à la Mecque, Mohammed acceptait une sorte de compromis. Il consentait à reconnaître, comme des puissances intermédiaires entre Dieu et l'homme, les divinités Lat, Ozza et Monat; les Koraïchites, de leur côté, se prosterneraient avec lui au nom d'Allah. Mais il rougit bientôt de sa faiblesse et rétracta ces concessions. Les hostilités recommencèrent. Le Prophète, ses adhérents, sa famille furent mis en interdit; les autres Koraïchites s'engageaient par un acte en règle a ne pas s'allier à eux par des mariage?, à ne rien leur acheter ni leur vendre, à ne pas même leur parler. Cet acharnement, la mort de Khadidja, celle d'Abou-Taleb, qui malgré tout l'avait toujours soutenu et dont un redoublement de persécution lui fit sentir

plus cruellement la perle, décidèrent Mohammed à chercher au dehors le point d'appui que la Mecque se refusait à lui fournir. Depuis quelque temps, il profitait des pèlerinages pour prêcher les Arabes du dehors: sa réputation se répandait ainsi de lous côtés; mais aucune Irihu ne se prononçait en sa faveur. Il essaya d'entraîner à son parli la ville de Taïf, siluée à (rois journées de la Mecque, et y fit un voyage, accompagné de son affranchi Zaïd. Les chefs le reçurent avec des paroles de mépris, la populace le chassa à coups de pierres.

L'hégire. — 11 réussit mieux auprès des habitants d'Yatrch. Les tribus arabes des Aus et des Khazradj, qui habitaient celte ville et ses environs, vivaient mêlées aux tribus juives; elles avaient adopté en partie leur religion, ou s'étaient tout au moins laissé pénétrer par leurs croyances et leurs espoirs messianiques. Klles étaient toutes disposées à voir dans Mohammed le Messie annoncé par les Juifs, mais un Messie arabe, une sorte de prophète des gentils, qui ne viendrait pas pour les Juifs seuls. Arabes ou Juifs, tous les gens d'Yalreb étaient mal vus de ceux de la Mecque et le leur rendaient L'hostilité des Koraïehiles était un litre à leur sympathie. Au pèlerinage de 021, six hommes de la tribu des Khazradj ennui une entrevue avec Mohammed dans la vallée de Mina; il exposa sa doclrine, récita les sourates déjà composées du Koran et emporta l'adhésion de ses auditeurs. Comme il parlait de se rendre avec eux dans leur ville, ils demandèrent qu'on leur laissât le temps de préparer le terrain, de propager les croyances qu'ils venaient d'accepter, de concilier les partis en lutte, (tendez-vous fut pris pour l'année suivante. Celle fois, soixanle-dix hommes et deux femmes d'Yalreb se rencontrèrent avec Mohammed sur la colline d'Akaba. Le Prophète était accompagné de sou oncle Abhas, qui leur demanda s'ils sauraient défendre celui qui allait se confier à eux. Ils répondirent affirm athénien l et, se tournant vers Mohammed, l'invitèrent à faire connaître ses conditions. Ils lui jurèrent de n'adorer que son Dieu, d'observer les préceptes de sa religion, de lui obéir, de le défendre, lui et ses compagnons, comme ils défendraient leurs femmes et leurs enfants. Lui, de son cùté, promit d'être l'ami de leurs amis, de ne jamais les

abandonner, de vivre et de mourir avec eux. Chacun des assistants vint lui toucher la main et engager ainsi sa foi.

Alors commença l'émigration. Ils s'en allaient isolément ou par petits groupes, pour que leur départ ne fût pas empêché. Mohammed, Abou-Bekr et Ali restèrent les derniers. Les Koraïchites, qui avaient réveil, les surveillaient de près; ils ne doutaient pas qu'une fois à Yatreb Mohammed n'armât contre eux les Aus et les Khazradj. Un conseil fut tenu dans le Dar-en- Nadoua : on décida de le mettre à mort. Pour éviter d'attirer sur une seule maison la vengeance de ses parents, il fut convenu que onze hommes des principales familles prendraient part au meurtre. Informé de ce complot, Mohammed n'hésita plus à partir; depuis longtemps Abou-Bekr avait tout préparé : de l'argent, des chameaux, un guide. Le dévoué Ali, enveloppé du manteau vert du Prophète, s'étendit sur son lit, déjouant ainsi la vigilance de ses ennemis. Mohammed et Abou-Bekr sortirent de la ville, et pendant qu'on les cherchait sur la route d'Yatreb, s'abritèrent dans une caverne du mont Thour, situé au sud de la Mecque, dans la direction opposée. Au bout de trois jours, quand la poursuite se fut ralentie, ils en sortirent et gagnèrent sans encombre Yatreb, où Ali vint bientôt les rejoindre. La fuite ou hégire était accomplie : l'ère musulmane commençait (24 septembre 622).

A Yatreb, devenue Médine, la Ville par excellence, Mohammed s'occupa d'organiser le culte et du même coup le gouvernement. On construisit, avec des murs de pierres et de briques et des troncs de palmiers disposés en colonnes pour supporter le toit, une mosquée où les fidèles se réunissaient pour la prière. L'affranchi mulâtre Bilal, choisi à cause de sa voix retentissante, fut chargé de les appeler quand il était temps : il fut le premier muezzin. Tous les broyants ' étaient astreints à prélever sur leurs biens une dîme, le zekkat on part de Dieu, que le Prophète et ses représentants appliquaient au soulagement des pauvres ou aux besoins de l'Etat. Mohammed était absolument sûr des Mohadjir, ou émigrés mecquois qui s'étaient exilés pour

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