‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 2)Chapitre 88 sur 173 · IV. — Les khalifes .-formation de V empire arabe · texte numérisé non relu

IV. — Les khalifes .-formation de V empire arabe

La succession de Mohammed. — La mort du Prophète ouvrait une crise qui faillit tout emporter. Il n'était pas encore enseveli que déjà les Médinois délibéraient sur le choix d'un successeur, qu'ils prétendaient prendre dans leurs rangs. Ce ne fut pas sans peine qu'on les décida à accepter un Koraïchite. Abou-Bekr fut proclamé et, le lendemain, dans la mosquée, il reçut le serment des Mohadjir et des Ansàr. H prit le titre de klialife (khalifa raçoul Allah : lieutenant de l'envoyé de Dieu). C'était le plus ancien et le plus dévoué des amis du Prophète,

LES KHALIFES : FORMATION DE L'EMPIRE ARA lit! 461

l'unique compagnon de l'hégire, le prudent conseiller dos jours d'épreuves.

Ce n'élait pas trop de l'expérience d'un lel homme, au milieu de lu tempête qui se déchaînait de toutes parts. L'immense majorité îles Arabes, qui subissait l'Islam et ses lois comme une insupportable contrainte, avait accueilli avec une sensation de délivrance la mort de Mohammed : » S'il avait été réellement un prophète, il ne serait pas mort », disaient-ils. Chaque jour arrivaient à Médine, apportant l'annonce de nouvelles défections, les collecteurs musulmans chargés de percevoir le zelikal, qui s'étaient vus insultés, menacés, réduits à fuir. Des imitateurs ou des parodiâtes de Mohammed, Moseïlema, Toulaïa, entraînaient des partisans en foule: une prophélesse, Sedjah, arrivait de Mésopotamie pour faire à main armée une propagande mêlée de brigandage. Tout le Ncdjd, le Mahra, l'Hadramaut, l'Oman étaient en pleine révolte ;l'Yémen chancelait; dans le Hedj&Z, les Bédouins, comme étonnés de leur longue obéissance, se mettaient en devoir de tomber sur Médinc. Les Mohadjir et les Ansar étaient dans la consternation.

Dans cette crise, Abou-liekr montra un sang-froid, une décision, une fermelé remarquables. On l'engageait à conserver, pour la défense de Médinc. l'armée que Mohammed avait destinée à l'expédition de Syrie. Il refusa de révoquer les ordres du Prophète. La fierté des Koraïchiles se révoltait à l'idée de servir sous les ordres d'Ouçama, un tout jeune homme et, de plus, fils d'affranchi. Omar demanda en leur nom un autre chef : « Que dis-tu, fils de Khcttab? s'écria le khalife en le saisissant par la barbe. Tu veux que je destitue un général nommé par le Prophète! » L'armée partit avec Ouçama à sa tète. Les tribus du Nedjd offraient leur soumission, pourvu qu'on les dispensât du zekliat. Abou-Bckr ne voulut entendre à aucun compromis : la loi de l'Islam était une; il fallait accepter tout ou rien. 11 était, lui, décidé à faire la guerre à qui lui donnerait seulement une genouillère de chameau de moins qu'au Prophète. En môme temps, il armait tout ce qu'il y avait de valide à Médine. battait les Bédouins qui le serraient de trop près. Il eut ainsi un répit qui lui permit de ramener les troupes d'Ouçama. Elles

revinrent chargées de butin, après une campagne de quarante jours sur les frontières de Syrie. Quand il les eut sous la main, avec les contingents des tribus fidèles, il prit l'offensive. Onze petits corps, formant un total de 8000 hommes bien équipés, auxquels devaient s'adjoindre les hésitants qu'on était sur de rallier, furent lancés dans toutes les directions contre les rebelles. Les coups décisifs furent frappés par Khalid, auquel ses talents militaires avaient déjà valu, de la part de Mohammed, le surnom d'Epéc de Dieu. Il défit d'abord Toulaïa; le prophète du Yemama, Moseïlema, opposa une vigoureuse résistance : un moment ses troupes eurent l'avantage et pénétrèrent dans le camp de Khalid; refoulées ensuite, elles furent forcées et massacrées avec leur chef, dans un verger où elles s'étaient retranchées et qui s'appela depuis Hadikat-el-Mout, le Clos de la Mort. La répression fut terrible. Abou-Bekr avait donné pour mot d'ordre à ses lieutenants d'exterminer les apostats, par le glaive et par le feu, sans pitié. Tout ce qui fut épargné trembla et se soumit. Quand finit la onzième année de l'hégire, l'Arabie entière faisait profession d'Islamisme et reconnaissait l'autorité du khalife.

État des empires perse et byzantin. — L'Arabie à peine domptée, Abou-Bekr atlaqua à la fois ses deux voisins de l'est et de l'ouest : l'empire perse et l'empire byzantin. La disproportion des forces paraissait écrasante, entre la petite théocratie arabe et les deux puissants Etats qui, depuis trois siècles, ébranlaient de leurs chocs tout le monde oriental. Mais le Prophète n'avait-il pas dit : « Après moi, vous ferez la conquête de là Syrie et de la Perse »? Pour parler ainsi, Mohammed avait ses raisons, que connaissait Abou-Bekr. Dans l'audace de cette entreprise, le calcul politique avait sa part aussi bien que l'enthousiasme religieux. Le khalife était renseigné sur l'état intérieur des deux empires, surtout sur les dispositions des provinces attenantes à l'Arabie. Il avait vvi à l'œuvre l'armée musulmane et savait ce qu'il en pouvait attendre.

Les Byzantins et les Sassanides s'étaient fait réciproquement beaucoup de mal. Victorieux sous Khosroèslor, battus après lui, les Perses avaient repris le dessus avec Khosroès II et campé en

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