LES KHALIFES : FORMATION DE L'EMPIRE AIIABE
bourgs ou villages, ses grandes cités, son admirable plaine du Nil, ses Copies jacobîtes prêts à l'insurrection. L'occasion est trop tentante. Amr n'ouvre les lettres du khalife qu'après avoir franchi la frontière, l'éluse est prise. La ville de Misr, bâtie vers k pointe du Delta, est assiégée; des pourparlers s'engagent avec les Coptes qui la détendent Amr rappelle l'antique parenté qui unit les Arabes et l'Egypte, par Agar, mère d'Ismaèl et fille d'un roi de Misr; Mokaoukas, le chef des Jacobites, est tout disposé à une défection : « Les Grecs, dil-il, sont décidés à combattre, mais je ne veux avoir de commerce avec les Grecs ni dans ce monde, ni dans l'autre; je renie à jamais le tyran qui donne des lois à Byzance, son concile de Chalcédoine et les Mellihites (orlhodoxes, impériaux) ses esclaves... » Il est convenu que les Copies garderont le libre exercice de leur culte, l'i'coiiuaUronl la souverainelé temporelle des khalifes el paieront un tribut modéré. Misr ouvre ses portes. Alexandrie, plus grecque qu'égyptienne, a une populalion melkhite qui résiste davantage. Elle tient quatorze mois; un peu plus tard, elle se révoltera à la première apparition d'une Hotte impériale, mais ce soulèvement tout local sera proinpteincnt réprimé. L'Egypte préfère ses nouveaux maîtres aux anciens; ils ont la main plus légère. Les Arabes sont maintenant en Afrique : leurs avantgardes courent en Nubie, en Cyrénaïque, dans le Fczzan; ils assiègent et pillent Tripoli; mais Omar interdit formellement d'aller au delà. Il ne veut pas que ses troupes s'aventurent dans les pays du Maghreb ', « le lointain perfide ».
Conquête de la Perse. — Déjà il a été entraîné plus loin qu'il ne voulait, en Egypte et aussi en Perse. De ce côté l'ennemi, s'abritanl dans les montagnes de l'ancienne Susiane, préparait un retour offensif contre l'Irak. Le khalife averti se décide à en finir et à pousser à fond la conquête de l'empire sassanide. L'armée musulmane s'ébranle, s'engage dans les monts du Louristan et écrase à Néhavend le vieux général Firouzan. « l'homme aux sourcils joints » (643). C'est la dernière grande bataille. Le malheureux roi Iczdcdgerd, qui
1. Maghvrb, c'est lu pava du coudiaiit : Tunisie, Algérif, Maroc.
d'ailleurs n'a pas paru une seule fois à la tête de ses troupes, s'enfuit de ville en ville, emportant avec lui le feu sacré, traînant à sa suite tout un attirail de harem : femmes, esclaves, palefreniers, cuisiniers. De tous côtés on l'abandonne; satrapes et seigneurs font leur paix séparée avec les Arabes. Iezdedgerd adresse un appel désespéré aux Turcs, aux Sogdiens (Boukharie), aux Chinois, puis il périt, massacré probablement par les siens, comme autrefois Darius. L'invasion musulmane se répand dans toutes les directions : elle pénétre en Arménie, avance jusqu'au Caucase et jusqu'à Derbent. Par le Khorassan, elle atteint l'Oxus; par le Kerman, le Mekran et le Séistan, elle touche au Sind. Elle est en contact avec les Khazars, avec les Turcs, avec l'Inde. L'Islamisme est installé à Hérat, à Merv, à Kandahar; le roi du Sind a été battu par les troupes arabes.
Les guerres civiles* — Omar est morl en 644. Dans les années qui suivent, les Arabes répriment des révoltes dans l'ancienne Perse, se montrent dans le Maghreb, font des courses maritimes dans la Méditerranée orientale ; mais leur élan guerrier se ralentit, puis s'arrête : l'Islam semble avoir épuisé sa force d'expansion. C'est que le successeur d'Abou- Bckr et d'Omar ne sait pas, comme eux, maintenir l'union en imposant l'obéissance; avec l'avènement d'Olhman s'est ouverte une ère d'agitations, de discordes et de guerres civiles.
Aucune loi ne réglait la transmission des pouvoirs. Le khalifat n'était pas héréditaire, ni, à vrai dire, électif. Abou- Bekr, nommé lui-môme par les Mohadjir et les Ansàr, après une délibération orageuse, eut soin, quand il fut près de mourir, de désigner son successeur. Omar, blessé à mort par un Abyssin vindicatif, eut le temps d'arrêter ses dernières dispositions. Il nomma une sorte de conclave qui devait choisir le khalife parmi ses membres. Ali et Olhman en faisaient partie. Ali, le cousin et le gendre du Prophète, son disciple dévoué et son intrépide lieutenant, était le candidat des purs Musulmans. Mais l'aristocratie koraïchite, qu'Abou-Bekr et Omar avaient tenue en respect, préférait Olhman, débonnaire vieillard dont elle escomptait la faiblesse. Une subtile intrigue, conduite par Amr, fit triompher Olhman. Son gouvernement déchaîna bientôt