I. Voir ri-dessus, I. X. p
position du vice-roi, le libre-échange avec les Indes (1879-82). L'administration financière protesta à cause du déficit créé dans le budget par la suppression des droits; les membres des conseils et des Chambres de commerce, anglais aussi bien qu'indigènes, réclamèrent au profit de l'industrie indoue, menacée dès sa naissance. On songea d'abord au budget, et le conseil législatif de Calcutta rétablit les droits d'importation sur tous les objets, sauf sur les cotonnades (1893). L'équilibre n'étant pas rétabli, le conseil législatif frappa tous les cotons et tissus importés ou indigènes d'un droit égal : les fabricants des Indes ne sont pas satisfaits et continuent à réclamer des droits protecteurs. L'industrie indoue emploie environ 220 000 ouvriers, presque tous occupés dans des filatures à vapeur de coton ou de jute et dans des distilleries de riz. On a commencé à exploiter des raines de houille qui occupent 61 000 personnes et donnent 4 millions de tonnes de combustible par an. La culture du colon, qui avait rapidement baissé une fois la guerre de sécession finie, augmente chaque année : l'Inde en file sur place une quantité toujours plus grande. Les cotonnades indoues, grossières et à bon marché, s'exportent déjà sur la côte occidentale d'Afrique. Le coton est la seule des anciennes productions de l'Inde qui reprenne son importance. La soie décline de plus en plus. De même le café, tué par la maladie et la concurrence du Brésil. Par contre, le thé, planté par les Anglais sur les pentes de l'Assam et des Ghals occidentales, tend à remplacer celui de Chine dans la consommation anglaise et australasienne (46 p. 100 contre 32 p. 100). ACeylan, le café, ruiné, a été remplacé par le thé, dont l'exportation, commencée en 1875, fournit déjà un cinquième du thé acheté par l'Angleterre. Des changements de culture sont dus à l'initiative des Anglais : grâce à eux et au développement des voies de communication, le commerce de l'Inde est sans cesse en progrès. C'est surtout un commerce d'exportation.
La chute de la roupie. — Les dépenses militaires; le déficit. — Le commerce indien a souffert beaucoup de la dépréciation de l'argent. L'Inde a comme monnaie légale une monnaie d'argent, dont l'unité est la roupie, qui était évaluée à
2 fr. 50. Par suite de la grande production d'argent, la roupie est tombée de plus en plus et ne valait en 1893 que 0 fr. 70. Elle continuait à circuler pour sa valeur nominale aux Indes, mais perdait les deux tiers au change contre l'or. Or, la monnaie légale de l'Angleterre étant la monnaie d'or, les commerçants et industriels indous devaient solder en or leurs dettes avec la métropole, ce qui les doublait ou les triplait. Le budget indou souffrait de la même aggravation pour les sommes qu'il devait payer en Angleterre (emprunts, pensions, traitements). Enfin les fonctionnaires européens se plaignaient que le pouvoir d'achat des sommes qu'ils recevaient eût beaucoup baissé ailleurs que dans l'Inde. Comme la valeur de l'argent ne se relevait pas, le gouvernement ordonna une enquête à la suite de laquelle la valeur officielle de la roupie fut réduite à 1 fr. 60 et la frappe libre de l'argent interdite dans les Hôtels des monnaies indous.
La chute de la roupie, l'augmentation des dépenses publiques, et surtout des charges militaires ont fortement grevé le budget et accru la dette de l'Inde. Le déficit a apparu lorsque les grandes expéditions ont recommencé, en 1881; il est devenu chronique à partir de 1892. En 1898, le budget indou a montré 981 millions de roupies de dépenses, en face de 956 millions de receltes : la dette s'est élevée à 2320 millions de roupies. Les principales dépenses sont celles de l'armée (241 millions de roupies, 280 pendant la guerre de 1880-82), des chemins de fer (234 millions contre 206 millions de recettes), des appointements du service civil (154 millions) et de la collection de l'impôt foncier (93 millions). Les principales sources de revenu sont : 1° l'impôt foncier, qui est toujours la source de recettes la plus importante (256 millions de roupies), mais que l'administration directe n'a pas voulu accroître; 2° les recettes des chemins de fer; 3° le monopole du sel, établi de différentes façons, mais étendu à toute l'Inde en 1878 pour parer à la diminution constante des droits sur l'opium, causée par la fermeture du débouché chinois. La tendance du gouvernement de Calcutta est d'augmenter les impôts indirects et les tarifs douaniers. Les membres non fonctionnaires des conseils repoussent
io6 COLONIES ET DÉPENDANCES DU ROYAUME-UNI DEPUIS 1870
les premiers et n'acceptent la seconde solution que si elle est établie de manière à protéger les industries indiennes.
L'expédition d'Afghanistan (1878-1880). — L'augmentation des dépenses militaires qui est la principale cause du déficit, est due au recommencement de la politique d'annexion. Après vingt années de paix, le ministère Disraeli entreprit tout d'un coup une grande expédition contre les Afghans. Leur émir, Chir Ali, l'un des fils de Dost Mohammed, avait été reconnu par le vice-roi et était considéré comme un voisin neutre. Les Anglais et les Russes avaient échangé la promesse de ne rien entreprendre contre lui. En 1878 il reçut une ambassade russe : aussitôt une ambassade anglaise lui fut envoyée; il refusa de la laisser entrer sur son territoire; alors trois colonnes anglaises envahirent l'Afghanistan par les passes de Khaïber, de Kouram et de Bolan. Chir-Ali s'enfuit dans le Turkestan et y mourut. Son fils Yacoub accorda aux Anglais la frontière scientifique (c'est-à-dire la possession des passages de l'Indou Kouch), et le droit de faire contrôler sa politique extérieure par un résident à Caboul. Le premier résident fut assassiné immédiatement après son arrivée; une deuxième expédition anglaise s'empara de Yacoub, qui fut déporté (1879). Pendant ce temps le cabinet conservateur était remplacé par un ministère Gladstone, opposé aux guerres et aux annexions, et le vice-roi lord Lytton par lord Ripon, chargé de faire la paix. Malgré la bonne volonté du gouvernement, la guerre traîna encore une année, parce qu'un prétendant, gouverneur de Hérat, s'était soulevé contre les étrangers. Enfin les Anglais réussirent à installer comme émir Abdour Rhaman, descendant de Dost Mohammed, qui leur garantit l'exécution du traité de 1879, et leurs garnisons évacuèrent Caboul, puis Kandahar. Le parti de l'expansion fut très mécontent contre Gladstone; il aurait voulu que l'Angleterre conservât l'Afghanistan. Par contre les contribuables indous furent satisfaits de la fin d'une guerre dont ils payaient les frais, qui s'élevèrent, tout compris, à 17 millions de livres. L'équilibre du budget, compromis par ces dépenses, fut rétabli pour plusieurs années. L'effectif des troupes fut ramené à 111 000 hommes.
L'extension récente de la frontière nord-ouest . —
La paix paraissait assurée pour longtemps. Mais dès 1884 les progrès de la Russie dans l'Asie centrale ont entraîné de nouvelles annexions, de nouvelles expéditions, qui ont fait porter l'effectif de l'armée à 215 000 hommes, dont 74 000 Européens (1898). Voici les principales modifications de la frontière nordouest de l'Inde dans la période contemporaine. Le Khan de Beloutchistan est devenu, moyennant subside, un prince vassal sous le contrôle d'un agent qui dépend du vice-roi (Irailés de 1854 et 1876). En 1893, le gouvernement des Indes Ta contraint d'abdiquer parce qu'il avait tué son minisire, et Ta remplacé par son (ils. Un chemin de fer stratégique parlant de l'Indus traverse le Beloutchislan, suit la passe de Bolan et aboutit au col de Khodjak, qui mène à la ville afghane de Kandahar; il a été construit très rapidement et à grands frais après la paix de 1880 ; 40 000 indigènes y étaient employés à la fois et gagnaient une roupie par jour : 10000 moururent du choléra. Le district beloutchi de Quetta, où se trouve la passe de Bolan et le point terminus de la ligne, a été cédé par le khan à l'Inde anglaise (1882). Les frontières du Beloutchistan et de l'Afghanistan ont été déterminées d'accord avec les Russes (1895), celles du Beloutchislan et de la Perse marquées par une ligne de bornes installées dans le désert (1896).
L'émir d'Afghanistan garde son indépendance, mais il est pratiquement sous la surveillance du gouvernement indou, qui lui paye un subside annuel. Il a demandé à traiter directement avec le gouvernement métropolitain, mais sans succès (1895). Les Anglais ont fait avec lui deux séries de conventions territoriales : 1° Entre l'Afghanistan et la Russie, les frontières ont été déterminées par deux missions militaires, l'une anglaise, l'autre russe; on a d'abord fixé la frontière nord-ouest, entre Hérat, afghan, et Merv, occupé par les Russes en 1884. Pendant ces opérations, les Russes attaquèrent les Afghans dans la ville de Pendjeh, qu'ils leur enlevèrent (1885). On crut la guerre imminente entre l'Angleterre et la Russie. Le gouvernement des Indes leva des troupes et permit aux princes vassaux d'armer à l'européenne des régiments auxiliaires, mais la paix
fut maintenue et Pendjeh laissé aux Russes. Il fallut ensuite déterminer la frontière afghane sur le Pamir où les Russes avaient pris pied en 1891. Ce fut l'affaire d'une commission anglo-russe qui termina ses travaux en 1895. Toutes les difficultés furent résolues à l'amiable; les chefs des deux missions se congratulèrent et firent entendre des paroles de paix dans un banquet final. Depuis ces partages, les conflits entre Anglais et Russes ont cessé dans l'Asie centrale. — 2° La frontière entre l'Afghanistan et l'Inde anglaise n'avait été modifiée que d'une manière générale en 1880. Elle a été déterminée par une série de conventions dont la principale est le traité de Caboul conclu solennellement entre l'émir et le conseiller des Affaires étrangères de Tlndoustan. A cette occasion l'émir passa son armée en revue devant la mission anglaise et annonça à ses soldats qu'ils étaient désormais les alliés des Anglais et qu'ils combattraient avec eux, s'il était nécessaire. A la suite de l'arrangement, des officiers anglais sont venus diriger des fabriques d'armes et de cartouches à Caboul. L'émir avait reconnu aux Anglais la possession de toutes les vallées qui mènent du plateau de Pamir dans le Pendjab. La principale, celle de Tchitral, avait élé occupée par eux dès 1892. Au sud de la passe de Khaïber, il leur reconnaissait les droits de suzeraineté sur les pays de montagnes qui se trouvent entre les passes d'Afghanistan en Pendjab jusqu'à la frontière beloulchie. Sur cette frontière, le Siwistan est administré directement par l'Inde, et le point terminus du chemin de fer qui traverse le Beloutchistan et se dirige vers Kandahar est porté au delà du col de Khodjak, dans la ville afghane de Chaman, cédée par l'émir. Seul, le passage de Khaïber restait au pouvoir de l'émir. Une délimitation postérieure (1896) a permis aux Anglais d'en atteindre le débouché sud et a ainsi complété la frontière scientifique.
Les Anglais rencontrent donc sur ces points de grandes difficultés, mais elles sont locales et semblent devoir être vaincues à force d'hommes et d'argent, à moins de complications extérieures. Or les difficultés avec la Russie, qui ont failli amener une guerre (1885), semblent terminées depuis que des commissions militaires anglo-russes ont limité avec exactitude le territoire
des Elats indépendants placés entre l'Inde et les provinces russes (1885-95).
L'opinion indienne se plaint vivement de l'augmentation des charges militaires. Elle est mécontente surtout de ce que la métropole ait employé, aux frais de l'Inde, des troupes indiennes à l'expédition du Soudan. C'est une question importante de savoir si l'empire des Indes — désormais à peu près pacifié — doit faire plus que de défendre son immense territoire.
En somme, l'empire des Indes se compose d'une énorme population inerte (les trois quarts de celle de l'Europe) sous 200 000 Anglais dont 75000 soldats. Tous les faits importants de son histoire, amélioration des méthodes de gouvernement, rénovation ou changement des cultures, naissance de l'industrie à vapeur, sont le fait des Européens. Les indigènes ne s'assimilent guère, n'occupent dans les fonctions aucun rôle directeur, et commencent seulement à se former une opinion sur le gouvernement étranger.
On a vu que l'exemple du Dominion a donné l'idée de plusieurs autres fédérations, celle de l'Australasie, celle de l'Afrique australe, celle des Indes occidentales. On a enfin proposé de fédérer toutes les parties de l'empire britannique. Il ne s'agit pas de revenir au despotisme administratif du commencement de ce siècle, alors que les gouverneurs étaient absolus et qu'aucune colonie n'avait d'institutions représentatives. Les impérialistes ou partisans de la fédération entendent respecter et même augmenter l'autonomie coloniale. Mais ils pensent qu'il serait profitable à la fois pour les colonies et pour la métropole de resserrer les liens politiques et économiques qui les rattachent. Les uns proposent un zollverein, les autres voudraient simplement une entente pour la défense commune, analogue à celle qui s'est faite entre l'Australie et le Royaume- Uni. Pour administrer les affaires communes, on propose soit
Tenvoi de députés coloniaux au Parlement métropolitain, suivant le système français, soit simplement l'institution d'un corps spécial de délégués analogue au Fédéral Council d'Australie et réduit à des attributions précises, les douanes ou la défense.
Le nom d'empire britannique appliqué à l'ensemble des possessions anglaises remonte au milieu, peut-être au commencement de ce siècle. L'impérialisme s'est développé surtout depuis le ministère Disraeli, qui fit proclamer la reine impératrice des Indes et qui reprit la politique d'expansion coloniale. Le mouvement avait commencé vers 1868, par réaction contre l'abandon des colonies à elles-mêmes, pratiqué par les libéraux manchestériens alors au pouvoir. En 1869, lorsque le ministre des colonies Granville relira les dernières troupes d'Australasie et déclara que les colonies autonomes devraient à l'avenir se défendre à leurs frais, les adversaires de celte politique essayèrent de réunir à Londres, pendant la session du Parlement et pour prolester contre la mesure, une conférence de délégués envoyés par les parlements australasiens. Le ministre invita les colonies à ne pas suivre ce conseil et la manifestation échoua. A cette époque, les idées des partisans de l'expansion coloniale sont encore vagues. Elles s'expriment dans le programme du Royal Colonial Inslitute, fondé en 1868 et présidé par le prince de Galles. C'est une société de propagande qui fonde une bibliothèque coloniale, encourage les explorations, organise des conférences et publie des brochures pour intéresser le public aux différentes parties de l'empire colonial et créer des relations entre elles et la métropole. Quand le gouvernement eut supprimé les commissaires et les fonds pour l'émigration (1873), il se fit un mouvement de protestation. Vers 1882-85, après une nouvelle famine irlandaise et pendant une crise économique, plusieurs sociétés se fondèrent pour favoriser l'émigration. Une ancienne société organisée en 1833 pour répandre les idées de Wakefield sur la colonisalion avec l'aide de l'Etat (State aided), se transforma en société
pour réclamer l'émigration dirigée par l'Etat (State directed). Des démarches furent faites en ce sens auprès des différents
cabinets, qui donnèrent quelques satisfactions. Ainsi, le gouvernement organisa en 1886 un office d'information pour les émigrants, qui publie des statistiques et des brochures; une commission parlementaire siégeant de 1889 à 1891 publia une enquête très importante sur rémigration. D'après son avis, on songea à aider avec participation de l'Etat le départ pour les colonies des Irlandais habitant les districts trop peuplés. Sur ces entrefaites la crise économique avait cessé et le mouvement en faveur de l'émigration diminuait depuis 1888.
Mais l'impérialisme tel qu'il est défini plus haut était né pendant ces diverses agitations, et son programme était exposé en 1886-1887. En 1886 le discours du trône au Parlement parlait de « fédération impériale ». La môme année, le Royal Colonial Inslitute prenait le titre d'Impérial lnstitute. Une Impérial Fédération League s'organisait et elle envoyait au Canada et en Australasie un de ses membres, M. Parkin, faire des conférences en faveur de la fédération (1891). La ligue avait pour présidents des personnages importants du parti libéral, M. Forster, puis lord Rosebery. L'impérialisme, d'origine tory, pénétrait dans tous les partis. Un radical, sir Charles Dilke, qui avait débuté par un livre remarquable sur le monde anglais, Grealer Brilain (Plus Grande Bretagne, 1868), publiait en 1892 un des meilleurs ouvrages impérialistes, Problems of Grealer Brilain. L'ancienne politique du statu quo en matière coloniale, naguère représentée avec éclat par Gladstone, n'a plus pour elle qu'un petit groupe de fidèles, appelés par dérision les * partisans de la petite Angleterre », Lillle Englanders.
Le projet de fédération reçut un commencement d'exécution en 1887, Tannée du jubilé. La première conférence de religion des principales colonies, convoquée à Londres, discuta une union postale et un plan de défense; les débats aboutirent, comme on l'a vu plus haut, à une entente avec l'Australasie pour l'augmentation des forces navales.
Avec les essais d'exécution apparaissaient les difficultés. La fédération doit être soit une union douanière, soit une union militaire. Sur la question des douanes les intérêts de l'Angleterre et ceux de ses principales colonies sont en contradiction.
Histoire générale. XII. il
Les secondes sont protectionnistes pour favoriser le développement de leur industrie naissante. La vie économique de la métropole est au contraire fondée sur le libre-échange ; l'Angleterre a besoin de recevoir en franchise les denrées agricoles qu'elle ne produit pas en assez grande quantité pour nourir la population de ses villes; elle a besoin pour maintenir sa production industrielle de pouvoir vendre librement à l'étranger ses cotonnades, ses fers et ses houilles. On a dit que la Grande-Bretagne pourrait remplacer ses fournisseurs et ses clients étrangers par les colonies, et la proposition est théoriquement acceptable, quoiqu'elle suppose une perturbation très longue et probablement une crise ; mais elle ne donne satisfaction qu'à la métropole; les colonies seraient obligées de lui sacrifier leurs industries. Aussi ne faut-il pas s'étonner si toutes les propositions d'union douanière ont été rejetées par les colonies industrielles et protectionnistes. Les conférences de M. Parkin ont été mal accueillies en Australasie, même dans l'Etat libre-échangiste de Nouvelle-Galles. Les conservateurs du Canada, tant qu'ils ont tenu le pouvoir, se sont déclarés adversaires de la fédération impériale. L'union douanière n'a guère trouvé de partisans qu'au Cap, c'est-à-dire dans la colonie la moins industrielle (réserve faite des mines). Le leader des Afrikanders, M. Hofmeyr, est l'auteur du plan de « zollverein » le plus étudié et le plus ingénieux, qui laisse les colonies maîtresses de leur tarif en ce qui concerne les produits étrangers. En général on peut dire que les projets d'union douanière ont été repoussés par les colonies comme avantageux à la seule métropole. La fédération a été encore discutée lors du jubilé de 1897, entre le ministre métropolitain et les premiers ministres des colonies autonomes, réunis à Londres pour les fêtes. La plupart d'entre eux ont fait des réserves : le ministre canadien, sir Wilfrid Laurier, un libéral et libre-échangiste, s'est à peu près seul déclaré favorable au projet. Peu de temps après, la Grande-Bretagne ayant dénoncé le traité de commerce qui l'unissait à l'Allemagne, le bruit courut qu'elle allait commencer avec le Canada un « zollverein » britannique. Il n'est pas douteux que les industriels anglais, menacés par la concurrence allemande et par les
droits protecleurs que leur opposent leurs anciens clients, désirent trouver des débouchés dans les colonies; mais il est certain que celles-ci repoussent cette union désavantageuse pour elles. Aussi le « zollverein » a-t-il été abandonné par la plupart des impérialistes.
Leurs efforts se bornent à préparer une fédération purement défensive. C'est notamment le point de vue de sir Charles Dilke. Les colonies contribueraient à l'augmentation, jugée nécessaire, de la flotte anglaise. C'est le principal sacrifice à leur demander, car la défense de l'empire doit se faire surtout par les forces navales. L'Australasie contribue déjà à l'entretien d'une escadre. Le Cap a fait don à la reine du vaisseau de guerre A frikander lors du jubilé de 1897. Mais les autres colonies ne se sont pas montrées jusqu'à présent disposées à se charger de grosses dépenses militaires.
En somme la fédération impériale a séduit l'opinion anglaise comme un moyen de répondre au protectionnisme et aux armements des Etats continentaux; si les colonies se prêtent à la réaliser, ce sera vraiment, pour le monde britannique, au point de vue économique et militaire, le « splendide isolement » dont a parlé un de ses hommes d'Etat.
BIBLIOGRAPHIE
Une bibliographie complète pour la période contemporaine ne pourrait être dressée qu'avec les catalogues des principaux libraires anglais et des éditeurs de publications officielles d'Ottawa, de Sydney et des capitales des colonies. Pratiquement, on se servira du Statesman's Year-Book, pour la bibliographie générale, de la Revieiv ofRevicws pour l'indication et l'analyse des articles de revues depuis huit ans, de la National Biography pour la biographie (et la bibliographie) des gouverneurs généraux, etc. Nous n'indiquons ici que quelques ouvrages qui sont particulièrement intéressants ou qu'il est plus facile de trouver.
Généralité*. — Fédération. — Sir Ch. Dilke, Problcms of Greater Britain, Londres, 1890, 2 vol. in-8; un article dans la Revue de Paris, 1er janvier 1898. — Pierre Leroy-Beaulieu, Les nouvelles sociétés anglo-saxonnes, Paris, 1897, in- 18 (au point de vue de l'ancien libéralisme). — G.-R. Parkin, Impérial Fédération, the problem of national Unity, Londres, 1895, in-8. — A. Todd, Pavliamentary Government in the British colonies, 2° éd., Londres, 1894, in-8. — Une collection de petites histoires des colonies vient d'être publiée à Londres, sous le titre de Story of Empire Séries, in-8.
Canada. — J.-P. Bourinot, Canada, Londres, 1896, in-8, petite liist.
164 BIBLIOGRAPHIE
préférable à celle de W.-P. Greswell, Londres, 1890, in-8. — G. -M. Grant, Picturesque Canada, Toronto, 1884-, 2 vol. in-4, avec de magnifiques gravures.
— Ch. Lindsey, Rome in Canada..., Toronto, 1889, in-8. — G.-R. Parkin, The great Dominion; Studies in Canada, Londres, 1895, in-8 (recueil de correspondances).
An»traln»le. — E.-A. Coghlan (cher de la statistique de la Nouvelle- Galles), A statistical account of the seven colonies of Australasia, Sydney, in-8 (périodicité irrégulière). — La Review ofReviews analyse ou indique la plus grande partie des nombreux livres publiés depuis cinq ou six ans sur la démocratie et les réformes sociales en Australasie. Voir en outre les recueils et revues de législation ouvrière.
AfMcfue angrlalne. — G. Aubert, L'Afrique du Sud, Paris, 1897, in-8 (statistiques). — Mermeix, Le Transvaal et la Charlwed, Paris, 1897, in-18, l'exposé français le plus impartial du conflit de 1896-97. — Les divers ouvrages de F.-R. Statham. — ■ Sur la Rhodcsia et les guerres contre les Matabélés, de nombreux ouvrages d'ot liciers et de volontaires : Baden- Powell (1896); Léonard (1896); Plumer (1897); Sykes (1897), etc. — Sur le partage de l'Afrique, en français, V. De ville, et en anglais Scott Keltié, The partition of A frica, Londres, 1898 (nombreuses éditions mises à jour).
Inde. — Les divers ouvrages de B.-H. Baden-Powell montrent que la communauté de village est d'origine récente et n'est pas une institution générale, contrairement aux hypothèses de Sumner Maine et de Laveleye. — A. Chevxillon, Dans Vlnde, Paris, 1889, in-18 (impressions d'un touriste).
— James Darmesteter, Lettres surf Inde : A la frontière afghane. Paris, 1888, in-18. — Marquise de Dufferin, Quatre ans aux Indes anglaises. Notre viceroyautfi... 4884-88, trad. franc., Paris, 1898, 2 vol. in-18. — Lord Roberts, A4 yvars in India from subaltem to commander in chief. Londres, 1867, 2 vol. in-8. — Sir John Strachey (ex-ministre des finances de l'Inde), LIndc, trad. fr., Paris, 1893, in-8.