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LE CONFLIT

former un ministère républicain. Ce fut le ministère Dufaure (mars 1876), pris dans le groupe le moins nombreux, le Centre gauche, dont la politique ne différait guère de celle du Centre droit que par l'acceptation loyale de la République.

Le parti républicain, formé de trois groupes, Centre gauche (moins de 50 membres), Gauche républicaine (près de 200), Gauche radicale (plus de 90), acceptait le ministère centre-gauche ; mais à condition qu'il prit l'offensive contre les adversaires de la république. Il réclamait X épuration, c'est-à-dire la révocation des fonctionnaires ouvertement hostiles aux républicains, l'instruction primaire laïque, la liberté de la presse.

La Chambre commença par invalider 15 élections faites sous la pression des fonctionnaires et du clergé ; puis elle entra en conflit avec le Sénat en votant la suppression des jurys d'examen pour les étudiants des Universités catholiques, que le Sénat rejeta par 144 voix contre 139. Le ministère ne consentit qu'à une épuration très limitée. La Chambre rejeta à une forte majorité toutes les propositions de la Gauche radicale, élection des maires dans les villes, impôt sur le revenu, amnistie aux condamnés de la Commune, séparation de l'Eglise et de l'Etat, jury pour la presse.

Dufaure, se sentant peu sympathique à la majorité républicaine de la Chambre et à la majorité conservatrice du Sénat, se retira (2 déc. 1876). Mac-Mahon, sur le refus du duc de Broglie, se résigna à former un ministère Jules Simon (12 déc), qui se présenta comme € profondément républicain et profondément conservateur », et chercha à gouverner en satisfaisant à la fois les deux partis. Mais Mac-Mahon resta défiant, continuant à prendre conseil de ses anciens ministres du Centre droit.

Le Seize -Mai. — Le conflit entre le Président et ses ministres républicains éclata à propos de la politique ecclésiastique. Des pétitions catholiques demandaient au gouvernement de « faire respecter l'indépendance du Saint-Père », c'est-à-dire de faire rendre au pape son pouvoir temporel. La Droite les soutint; les Gauches volèrent un ordre du jour contre « les manifestations ultramontaines » . A cette occasion Gambetta prononça la phrase célèbre : « Le cléricalisme, voilà l'ennemi » (4 mai 1877).

Le 16 mai parut à YOfficiel une lettre du Président de la

République au Président du conseil. Mac-Mahon y reprochait à Jules Simon de n'avoir pas combattu deux mesures volées par la Chambre et demandait si le chef du cabinet avait « conservé sur la Chambre l'influence nécessaire pour faire prévaloir ses vues ». Il terminait ainsi : « Une explication à cet égard est indispensable; car, si je ne suis pas responsable, comme vous, envers le Parlement, j'ai une responsabilité envers la France dont aujourd'hui plus que jamais je dois me préoccuper. » Celte lettre, n'étant contresignée par aucun minisire, se présentait comme un acte personnel de Mac-Mahon. J. Simon l'interpréta comme une révocation et le cabinet, bien que soutenu par la majorité de la Chambre, donna sa démission le 17 mai; la Chambre, par 347 voix contre 149, vota l'ordre du jour des Gauches, que « la prépondérance des pouvoirs parlementaires s'exerçant par la responsabilité ministérielle est la première condition du gouvernement du pays par le pays ». Le soir même était formé le ministère de Broglie, composé d'orléanistes et d'impérialistes.

Ce gouvernement surnommé « leSeize-Mai » s'appuyait sur le Président de la République et la majorité conservatrice du Sénat contre la Chambre républicaine. Son plan était de reconquérir une majorité conservatrice dans la Chambre en faisant voler la dissolution par le Sénat et en usant de l'influence du Président et du pouvoir de l'administration pour faire élire les députés présentés par le gouvernement. Pour se donner le temps de préparer les élections, le ministère prolongea le délai jusqu'aux limites extrêmes que permettait la lettre de la constitution.

D'abord il ajourna la Chambre jusqu'au 16 juin . Puis il demanda la dissolution, qui fut votée par le Sénat, le 22 juin (par 149 voix contre 130). La constitution exigeait la convocation des électeurs dans les trois mois, le délai expirait le 22 septembre, le cabinet attendit le 22 septembre et convoqua pour le 14 octobre. Dès le mois de mai, le ministère révoqua tous les préfets et sous-préfets républicains et installa un personnel entièrement conservateur qui organisa méthodiquement la candidature officielle, empêchant la vente sur la voie publique des journaux républicains, fermant les débils de

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boissons républicains, entravant les réunions publiques républicaines, révoquant les maires républicains.

Les Gauches, réduites à la défensive, organisèrent l'action commune; tous les députés de la Chambre dissoute qui adhéraient à Tordre du jour du 18 mai, « les 363 », se présentèrent avec un programme commun, chacun comme seul candidat républicain dans sa circonscription. La tactique des républicains fut de se poser en défenseurs de la République contre la coalition des partis monarchiques, de la souveraineté du peuple contre le gouvernement personnel du Président, de la paix contre les partisans de la guerre au royaume d'Italie.

L'excitation fut très vive dans le pays; mais l'opposition se borna à des protestations légales, des articles et des discours. Gambctla à Lille (15 août) déclara que, quand la France aurait ordonné il faudrait « se soumettre ou se démettre ». Le tribunal correctionnel le condamna par défaut à trois mois de prison pour ce discours. Thiers, étant mort subitement (le 3 septembre), la tactique du gouvernement fut de présenter l'élection comme un choix entre la Gauche radicale et le Président delà République; on afficha même : « Mac-Mahon ou Gambelta ».

Mac-Mahon, docile à ses conseillers du Centre droit, prit l'attitude d'un souverain chargé de diriger la nation. Son ordre du jour à l'armée (1er juillet) parlait de la « mission » qui lui était confiée et qu'il remplirait « jusqu'au bout ». Le manifeste aux électeurs (19 sept.) disait : « Mon gouvernement vous désignera, parmi les candidats, ceux qui seuls pourront s'autoriser de mon nom. Des choix favorables à ma politique affermiront le principe d'autorité ruiné par la démagogie. Pour moi, je ne puis jamais devenir l'instrument du radicalisme, ou abandonner le poste où la constitution m'a placé. Je resterai pour défendre avec l'appui du Sénat les intérêts conservateurs. » Le manifeste du 10 octobre disait : c La lutte est entre l'ordre et le désordre. Vous voterez pour les candidats que je recommande à votre libre choix. »

Le parti républicain resta vainqueur; le 14 octobre, la plupart des 363 furent réélus, il n'y eut que 15 ballottages. La Chambre se composa de 335 républicains et 208 conservateurs.

Conflit entre le Président et la Chambre. — Le ministère, battu aux élections législatives, attendit pour se retirer les élections des conseils généraux et d'arrondissement (4 nov.); les républicains y gagnèrent cent sièges. Le ministère offrit sa démission, Mac-Mahon la refusa et on parla de faire voter par le Sénat une nouvelle dissolution. La Chambre, aussitôt constituée, nomma une commission d'enquête pour rechercher les faits de pression illégale commis par le ministère (10 nov.). Enfin le ministère de Broglie se retira (20 nov.).

Mac-Mahon, persistant à ne pas se soumettre, forma le ministère Rochebouët (23 nov.), composé de conservateurs pris en dehors des Chambres et qui se présenta comme un cabinet d'affaires étranger aux luttes politiques. Mais la majorité républicaine vota aussitôt (24 nov.) un ordre du jour dans lequel constatant que « par sa composition et ses origines * le ministère était la négation des droits parlementaires et ne pouvait qu'aggraver la crise qui pesait depuis le 16 mai sur les affaires, elle déclarait t ne pouvoir entrer cri relations avec lui ». Le budget de 1878 était toujours en suspens, la Chambre refusait de le voter tant que Mac-Mahon ne se serait pas soumis à la volonté exprimée par les électeurs. Au Sénat, le groupe constitutionnel qui faisait la majorité ne voulait pas se risquer à voter une nouvelle dissolution; le ministère se relira (3 déc). Mac- Mahon négocia deux fois avec Dufaure sans résultat (4-8 déc); il voulait conserver les préfets du 16 mai et prendre une partie des ministres dans le Centre droit. Il revint à l'idée de former encore un ministère conservateur : Batbie, du Centre droit, i

acceptait la présidence du conseil; mais on ne trouva personne '

pour se charger du ministère des Finances; le budget n'étant pas voté, il eût fallu pour gouverner à partir du 1er janvier 1878 lever les impôts illégalement.

Mac-Mahon voulut alors donner sa démission, ses conseillers du Centre droit l'en empêchèrent ; il se résigna à se soumettre, et chargea Dufaure de former un ministère. La fin du conflit fut annoncée par le message présidentiel (14 déc.) : c Pour obéir. aux règles parlementaires, j'ai formé un cabinet... composé d'hommes résolus à défendre et à maintenir les ins-

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