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^on et, au contraire, hâta celles que suivaient alors avec lui nos ennemis, TAngleterre, la Hollande, rAutrichc. Il osa dire à Charles XII que Talliance française était nuisible à la Suède ^ et que sa conscience s'opposait à ce qu'il la recommandât. Le roi, poussé à bout, lui répondit : « Je vous ai dit ma volonté : c'est moi qui ferai le traité. » Toutefois l'obstination d'Oxens- - lierna contraignit d'Avaux à faire des concessions qui réduisaient presque à rien les obligations de la Suède envers la France : ce fut un simple traité d'alliance défensive^ mais avec stipulation de subsides français (9 juillet 1698). Le chancelier acheva d'enlever toute signification à ces engagements en faisant signer des traités presque semblables avec l'Angleterre, la Hollande et TEmpereur. Il était donc probable que, dans la prochaine guerre de la Succession, la Suède ne nous serait d'aucun secours *.
Avec la Russie, depuis la paix de Kardis (1661), les relations de la Suède étaient restées pacifiques. Charles XI avait même témoigné le plus grand intérêt pour les entreprises de Pierre P*" contre les Turcs : en 1697, non seulement il avait autorisé le tsar à commander en Suède 600 canons de fonte, mais il lui avait promis, en pur don, 300 canons de bronze. Quand il mourut, cet engagement fut exécuté par la régence de Suède. La coalition contre la Suède. — Or, en 1699, un ambassadeur d'Auguste, le général Carlowicz, dans la suite duquel se dissimulait Patkul, parut à Moscou. Le 11 novembre, à Préobrajenskoé, fut signé un traité secret : Pierre s'engageait à commencer les hostilités contre la Suède dès qu'il aurait conclu la i»aix avec les Turcs. Le 24 août, Auguste II avait signé un autre traité secret avec les mécontents deLivonieet d'Esthonie. Cependant rien ne semblait changé dans les rapports entre le
I. Charles XU fait ensuite signer à La Haye, le 16 août 1703, un traité avec les Puissances maritimes par lequel il s'engageait à mettre à leur solde un corps de 16 000 hommes aussitôt que ses propres guerres seraient finies. (Celles-ci ne devaient finir qu'avec sa vie; mais on comprend que Louis XIV, après avoir tout fait pour empêcher le roi de Suède de s'engager dans la guerre du Nord, l'y ait vu avec plaisir, dès 1703, s'y - enliser -. Toutefois Louis XIV n'a jamais perdu l'espoir de le ramener à lui; plus d'une fois, il lui a olTert des subsides en échange de son concours ou même de sa neutralité assurée; toujours il a essayé de le garantir des conséquences les plus désastreuses de son aventureuse politique.
Isar et la Suède. Celte même année, une ambassade suédoise était venue à Moscou notifier l'avènement de Charles XU el demander la confirmation du traité de Kardis. En octobre, elle fut reçue en grande solennité; mais, parmi les proleslaliom' d'amitié, le tsar glissa une réclamation au sujet d'une injure qu'il prétendait avoir reçue : en 1697, lors de son voyage d'Occident, il avait, déguisé en « chkiper Pierre Mikhailof », lenlé de reconnaître les fortifications de Riga : il en fut empêché par les factionnaires suédois, dont le zèle fut approuvé par le goii. verneur Dalberg. Pierre fit dresser de l'incident un « procès verbal » et, depuis lors, il réveillait de temps à autre t laffain; Dalberg » pour l'invoquer, au besoin, comme un casu$ beUi. Toutefois, la « paix éternelle » de Kardis fut confirmée.
A Stockholm, on restait vaguement inquiet. Les représentants de l'Autriche (Pleyer) et de la Hollande (Van derHùLsl)i Moscou avertissaient leurs cabinets que des bruits de guerre circulaient. 'Knipperkron, envoyé de Suède, faisait part à Charles XII de ses soupçons. Mais ces soupçons auraient-ils pu tenir contre la scène que relate ensuite ce ministre (mai ITIMIj? Le tsar, revenant d'une visite à ses chantiers de Voronèje, où il avait vu la fille de Knipperkron, vint faire d'affectueux reproches à celui-ci et à sa femme. N'étaient-ce pas eux qui avaient inquiété leur fille en lui écrivant de fausses nouvelles! S'adressant à M'"'' Knipperkron : « Ta fille versait des larnie> amères ({ue j'ai eu beaucoup de peine à faire cesser. Je lui ai dit: « Sotte enfant ! Comment peux-tu croire que je ferais une « guerre injuste et que je romprais nue paix éternelle 1 • Làdessus, Pierre embrassa Tenvové et ajouta : « Si le roi »!♦' Pologne prend Higa, je ne lui laisserai pas la ville. »
Le S août 1700, le tsar rec^^ut d'Oukraïntsof une dépêche annonc^ant la si^Mialure de la paix avec le Turc. Dès le lendemain il écrivait au roi Auî^uste pour l'informer qu'il allait entrer en cumpaf^ne. Les deux compères s'en étaient adjoint un troisième : le roi de Danemark, Frédéric IV. Celui-ci avait déjà envahi le Slesviu-IIolstein, dont le duc était beau-frère de (Charles Xll. La « guerre du Nord » ou plutôt a la guerre pour la lialtique » élait commencée. Elle devait durer vingt et un ans.
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Caractère de Charles Xn. — Charles XII (né en 1682) rail quinze ans quand mourut son père (1697). Charles XI, par [>n testament, avait reculé de quinze ans à dix-huit Vàge de majorité pour son héritier ; celui-ci (sa mère étant morte) levait rester sous la tutelle et la régence de sa grand'mère, ledwige-Eléonore de Holstein.
Charles XII reçut une assez bonne éducation : il parlait le IaUd et Tallemand; il avait appris le français, mais, comme son père, n'aimait pas à le parler. Il lisait peu et sa lecture favorite était Quinte-Curce; c'est là qu'il apprit à connaître un Alexandre le Grand presque fabuleux, qu'il enviait de tout ion cœur : « A trente-deux ans il avait conquis le monde! » Il lisait aussi ou se faisait raconter les légendes héroïques consignées dans les Eddas Scandinaves, où les anciens c rois de mer », les vieux VikîngSy accomplissent de si merveilleux exploits. Par la il se préparait à être l'un d'eux : « le dernier Varègue », ^inine a dit de lui l'historien russe Guerrier. Il se préparait «core à son rôle d'épopée par tous les sports violents : la basse, par exemple, où, comme ses contemporains Pierre P' t Auguste II, il aimait à lutter corps à corps avec les ours. La îule note moderne dans cette éducation fut l'étude des mathélatiques et de leurs applications à l'art de la guerre. On ne vit imais plus dur soldat que Charles XII : les épuisantes chevaulées, la terre nue pour lit sous le plus rude climat, la faim et . soif, les blessures sans pansement, ne furent pour lui que des ux. Il fut un ascète guerrier : pas de femmes, pas de vin, pas 5 jeu*. Avec ses grosses bottes qu'il ne quittait presque pas, m justaucorps sombre, sa cravate noire, sans linge apparent, 5S cheveux courts sans perruque, il semblait un soldat purilin de Cromwell. Son éducation luthérienne, la crovance au ygme de la prédestination, renforcèrent encore en lui le mépris u danger et le fatalisme guerrier. Le portrait que le peintre xaft a laissé de lui (1717) est inquiétant par la hauteur démeirée et l'étroitesse du front, la courbe violente du nez aquilin
!. On peut ajouter : i»as de i»itié. \\ fui impiloyable aux autres, à ses soMals, ses sujets, comme à lui-même. Il fut cruel p*>ur les pris«inniers de guerre, >ur les habitants des |)ays occupés: il Tut atroce pour Patkul.
et trop long, la darolé des yeux fixes. On y reconnaît la t tèle de fer » dont Tabsurde obstination étonna les Turcs de Bender *.
Les débuts de Charles Xn. — L*année même de son
avënemenl, il fit une sorte de coup d*Etat : en conformité à la loi du royaume, mais contrairement au testament de son père, il proclama sa majorité. Après cette action d*éclat qui semblait tant promettre au peuple suédois, celui-ci ne vit rien venir. Les ambassadeurs étrangers dépeijarnent le nouveau roi comme médiocre, inappliqué, hautain. Il ne répondait pas à leurs communications ou les renvoyait au Collège de chancellerie, qui ensuite ne pouvait obtenir de lui aucune solution. Il n'assistait au Conseil que pour croiser ses jambes sur la table, inattentif et comme étranger à la discussion. Quand Frédéric IV de Holstein-Gottorp vint à Stockholm épouser la sœur aînée de Charles, le roi se prit pour lui d'une vive affection. Ce furent alors, entre les deux jeunes princes, une émulation de jeux turbulents qui ressemblaient fort à des polissonneries : on chassait aux lièvres dans la salle des Etats; la nuit on faisait des courses dans les rues, en chemise, Tépée nue en main, à la grande terreur des bourgeois; on brisait les vitres, on cassail les bancs dans les églises; on égorgeait des veaux et des moutons. Le peuple, déru et mécontent, scandalisé do ce qu'il a|)|^^ lait cette « furie Gottorpienne », murmurait : c Malheur aux nations que gouvernent des rois trop jeunes! »
Evidemment cette àrne ardente n'avait point encore trouve Savoie; né pour la guerre, Charles XII voyait le monde en paix autour de lui, la Suède en paix avec tous ses voisins. A la l)remière attaque s'éveilla l'indomptable guerrier qui sommeillait en lui. Coup sur coup, on reçut à Stockholm d'étranges nouvelles : les Danois avaient envahi le Slesvig et assiégeaient Tœnningen; Aupruste II campait sous Riga; le tsar était en
I. On o«)nnail r.ippivcialion »Ic Voltaire: « Charles XU a porlé toiiles les verlu^ (les héros à un excès où elles sont aussi danjiereuses que les vices op|>«)'''*"'- ' Les historiens nationaux varient dans leurs appréciations sur lui :« r/e>l i"^"''' Napoléon -. disent-ils avec une nuance d'afTectueuse indulgence. Fr. F. Carl>"" e>l plus s«'\én' : " I^i vie do Charles Xll n'est qu'une série d'ojn'Ta lions ?"''• prenant»*> el d'oeca^ions manquées. •
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.g^arche sur Narva. Un changement à vue s'opéra dans le ^ médiocre et inappliqué » moûarque de Suède. L'ambassadeur français, Guiscard, mandait à sa cour : « Le roi ne rêve plus que guerre : on lui a trop parlé des exploits et expéditions de ses ancêtres. » Avec une merveilleuse activité, il poussa les préparatifs militaires. Ce fut lui qui entraîna Renskiold dans Taudacieux projet d'une descente en Danemark.
L'armée suédoise n'avait rien perdu des qualités qui, au temps de Gustave-Adolphe, avaient étonné l'Europe. Elle avait toujours cette impétueuse cavalerie, cette solide infanterie, cette artillerie modèle. Elle avait gardé l'inflexible discipline, l'endurance aux intempéries et aux privations, l'orgueil des gloires passées, le dévouement passionné à son roi, et enfin l'exalta- - lion religieuse et l'enthousiasme guerrier de la Réforme. On continuait à faire, deux fois par jour, la prière dans les régiments. Une si exacte discipline n'empêchait pas cette armée d'être un fléau, tout comme autrefois, pour les pays qu'elle traversait. Elle ne ravageait pas au >hasai*d comme Tarroée russe; mais, en pillant méthodiquement et sur des ordres précis, elle ruinait à fond le pays. Sous d'admirables généraux, comme Renskiold, Slippenbach,Stenbock, Sparre, Horn, Hamilton, Lewenhaupt, elle allait renouveler pour la Suède les gloires et pour les pays conquis les misères d'autrefois.
Charles xn en Danemark : paix de Travendal. — Quand la flotte suédoise apparut sur les côtes de Seeland et s'en fut approchée d'aussi près qu'elle le put, Charles XII se jeta le premier dans une chaloupe avec l'ambassadeur Guiscard ; puis, sautant de la chaloupe, il marcha dans l'eau jusqu'à la ceinture, tout réjoui par le sifflement des balles qui allait être désormais sa « musique ». Les retranchements danois furent enlevés après une faible résistance. Charles se mit d'abord à genoux pour remercier Dieu; puis il reçut les députés de la capitale, sur laquelle il frappa une contribution de 400 000 rixdales. Le roi de Danemark, occupé dans le sud au siège de Tœnningen, n'avait pu défendre Copenhague; d'ailleurs il comprit sa faiblesse et sollicita la paix. La modération du vainqueur hâta la conclusion : il n'exigea du roi Frédéric que la
restitution de ses conquêtes. La paix fut signée à Travendil (8 aoûtnOO). La guerre danoise avait duré six semaines.
Charles Xn en Livonie : bataille de Narva. — Charles XII avait hâte de marcher contre ses deux autres adter. saines : Auguste II avait pris Dûnamûnde et Kockenhusen el assiégeait Riga; Pierre, depuis la fin de septembre, assiégeait Narva. Charles XII débarqua, le 6 octobre, à Pernau. Il héi tait entre la marche sur Riga et la marche sur Narva. Le H, il apprit que Tarmée d'Auguste avait levé le siège de Riga. Ce ne fut pourtant que le 23 novembre, ayant complété sa pelil* armée, qu'il prit la direction de Narva. Les 27 et 28, il força les défilés de Pyhajôggi et Silameggi, que défendait la cavalerie de Chérémétief. Le 29, il campait à Lagena. Le 30, il arrivait en vue de Narva. Cette ville occupe une hauteur sur la rive gauche de la Narova. L'armée des Russes l'enveloppait à distance, protégée contre une attaque venue de l'onesl par un rempart de neuf pieds de haut et un fossé larç;e de six pieds. Leur retraite vers l'est ne pouvait s'effectuer que par un seul pont, celui de Camperholm. Leur armée comptail environ 40 000 hommes *; mais, à part quelques r^imenls dressés à l'européenne, elle était formée surtout d'aDcienne5 milices, tels que stolnild et enfants-boïars, strellsi, kosaks. paysans levés à la liùle. Le généralissime était le duc do Croy. que rEmj)erour avait recommandé au tsar; Tartillerie était aux ordres du ^»^oiiéral saxon AUart. A l'aile droite (face à Charles XII), où étaieni lo Préohrajenski et le Séménovski et doiiz.^ îuilres régiments, commandaient dos généraux russes, le prince Jacob Dolgorouki, Auguste Golovine, Ivan Boulourline, lo tsarévitch d'Iniérétio: au centre, le général prince Trouhclskuï avec six régiments, surlout de strcltsi; à l'aile gauche, lo P'iiéral étranger Weide, avec huit régiments; à rexlrt-me l'anche, la cavalerie de Chérémétief.
Dès le 28 novembre, le tsar avait quitté l'armée. On \\\\^> inaïKjiié (le l'accuser de couardise (ce qui serait démenti pr
I. ('/os( le chifl'rr .uJopU' par Carlsan el Sar.iuw, Oustri.t'lof v\ Solo\ii'r. - Adl.Tfrlil (lonno 80 000 ; Vollaiiv, 80 000 dans s.»n Charles XII, r.o 000 dan- -"i> l'icrrr le (iraml. On ne jumiL atleindn» lo chilTre de 60 000 qu'iMi «'oinplmt I''- 1*0 000 Hiis^es di>|)ers»> de Narva à Nt)vj:orod.
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tout le reste de sa vie); mais il crut nécessaire d'aller presser en personne l'arrivée de ses renforts (près de 20 000 hommes que le mauvais état des chemins retenait entre Narva et Novgorod). Son départ eut de fâcheux résultats : les Russes, mal disposés pour les officiers allemands, n'ayant pas confiance en rinstruction de leurs officiers russes et en leur propre solidité, perdirent courage. Ainsi s'engagea la bataille du 30 novembre *. Charles n'avait pu amener que 8430 hommes, dont 5300 fantassins et 3130 cavaliers. Il n'hésita point à assaillir une armée de 40 000 Russes, fortement retranchés. D*abord il canonna leurs remparts dans l'espérance de les attirer en rase campagne. Comme ils se tenaient cois, il rassembla des fascines, disposa ses troupes en deux colonnes, chevauchant luimême avec celle de droite, et, à deux heures de l'après-midi, donna le signal de Tattaque. A ce moment, une tempête de neige et de pluie étant survenue, qui fouettait les Russes en plein visage, ils eurent à peine le temps d'apercevoir les Suédois que ceux-ci étaient déjà maîtres des retranchements. La panique se mit dans l'armée russe : à son extrême gauche, Chérémélief, avec la cavalerie, passa la rivière à la nage, perdant un millier d'hommes dans les flots; à sa droite et à son centre, les régiments les moins solides de l'infanterie se ruèrent sur l'unique pont, qui se rompit. Des cris s'élevèrent : « Les Allemands trahissent! » et l'on voulut égorger les officiers étrangers. Le duc de Croy, avec son état-major, ne vit de salut qu'à se réfugier dans les rangs suédois, criant : « Le diable combatte avec de tels . soldats! > A l'aile gauche Weide se maintenait; à l'aile droite, les régiments de la garde russe faisaient une belle défense, se couvrant de palissades improvisées, de chevaux de frise, de chariots de bagage. En voulant, de ce côté, porter secours aux siens, Charles s'enlisa dans un marécage, y perdit une botte, son épée, son chapeau et son cheval. S'il y avait eu un commandement dans l'armée russe, ce qui en restait debout aurait pu encore écraser cette poignée de Suédois, alTamés, grelotlants, épuisés par les marches forcées et les fatigues de lassaut.
I. J'ai aiioiitê It'S dales admises par Sarauw; entre les divers hisloriens, de oiiU» nation, ii y a des divergences prodigieuses sur toute cette ctironologie.
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Mais ses deux ailes ne communiquaient plus. Alors celle de droite sollicita une capitulation que les Suédois furent trop heureux de lui accorder; elle obtint libre retraite avec armes, étendards, six canons; pour se débarrasser plus vite d'elle, les Suédois travaillèrent toute la nuit à refaire le pont de Camperholm. L*aile gauche se trouvait maintenant encore plus compromise. Elle demanda également une capituMion, mais ne Tobtint pas aussi favorable : les soldats durent déposer les armes et se retirer un simple bâton à la main. En somme, Charles XII agit, en celte occasion, non par humanité, mais par sagesse. Il retint Croy et les officiers étrangers : plusieurs restèrent vingt années prisonniers. Dans la bataille, les Russes avaient perdu 6000 hommes \ les Suédois 2000.
Plus tard, quand la revanche de Poltava lui fit apprécier de sang-froid le désastre de Narva, Pierre le Grand écrira : t Et ainsi notre armée fut vaincue par les Suédois : c'est incontestable... On ne doit pas s'étonner que des troupes inexpérimentées aient eu le dessous contre une armée si vieille, si bien exercée, si bien aguerrie. Sans doute la victoire de celle-ci nous fut douloureuse. Elle semblait nous dépouiller de toute espérance dans l'avenir et nous accabler sous le poids du courroux divin. Cependant, si nous l'apprécions sainement, nous l'allribuerons moins au courroux de Dieu qu'à sa bonté, car ce malheur, ou plutôt ce bonheur, nous fil comprendre la nécessité d'(>tre actif, laborieux, instruit. »
Effet produit par la bataille de Narva. — La bataille do Narva produisit en Europe une impression profonde, cruellement défavorable au tsar. Leibnitz, d'ordinaire bienveillanl pour lui, écrivait : « Les Moscovites paieront la folle enchère. > Il souhaitait que Charles XII régnût jusqu'à Moscou, nu^nie jusqu'à TAmour. De La Haye, Matvéef écrivait au tsar qu'une « joie indicible » y régnait et que les gazettes étaient extrêmement insolentes pour lui. A Vienne, son envové Galilsync était pul)li(|ucment insulté par l'ambassadeur de Suède, à la joie dos Autrichiens. Les Polonais songeaient à revendiquoi"
1. Voltaire [Charles XII) «lonne i8 000 hommes sans coinpler Ie> i'"}''' Pierre le Grand {Journal) : .'»800 à fiOOO.