JUSQU'AU TRAITÉ DALTRANSTADT
K.ief et rOukrainc. Les Suédois frappaient des médailles injurieuses pour le tsar, adulatrices pour Charles XII, avec cette légende : Très uno contudit ictu (allusion à la triple victoire sur les Danois, les Saxons, les Russes).
Pierre apprit le désastre de Narva au moment où il accourait avec un renfort d*une vingtaine de mille hommes. Tout de suite il rebroussa chemin sur Novgorod. Pendant plusieurs jours, il se montra fort abattu. Puis il dit : « Je sais bien que les Suédois nous battront longtemps; mais à la fin ils nous apprendront eux-mêmes à les vaincre. » Il se hâta de fortifier ses places du nord-ouest : Pskof, Novgorod, Isborsk, Petchory; -même les femmes y travaillèrent. Il prit les cloches des églises pour fondre des canons, envoya 230 enfants aux écoles militaires, réoi^anisa les troupes battues que lui renvoyait Charles XII, créa dix nouveaux régiments, embaucha des officiers étrangers, établit un chantier de constructions maritimes à Olonetz. Il se rapprocha plus étroitement d'Auguste IL A leur entrevue de Birsen (février 1701), il fut convenu que le roi occuperait les Suédois dans Touest, tandis que le tsar les combattrait en Ingrie et Karélie. Pierre écartait toute revendication à propos de FOukraine, mais confirmait à Auguste la promesse de TEsthonie et de la Livonie. Il promettait, moyennant un subside de 200000 thalers, de mettre à sa disposition, sur la Dûna, 15 ou 20000 bons soldats russes.
A partir de ce moment, jusqu'à 1707, vont se poursuivre séparément deux « guerres du Nord » : Tune en Pologne et en Saxe, Tautre en Lithuanie et dans les pays baltiques.
Charles XTT en Pologne : le roi Stanislas. — Charles XII avait d'abord eu Tidée d'en finir avec Pierre; ses généraux, entre autres Slippenbach, l'en détournèrent; il résolut alors de poursuivre le détrunement du roi de Pologne. Celte décision fut le salut de la Russie, qui gagna le temps nécessaire pour sa réorganisation : c Je suis content, disait le tsar, que Charles s*enfonce si profondément en Pologne comme dans un marais. » Pendant sept ans, le roi de Suède allait s'y « enliser ».
Il marcha d'abord sur Riga et y apprit que l'armée saxonne était campée à Kockenhusen. sur la rive gauche de la Dûna,
prête à lui en disputer le passage. En Tabsence d* Auguste U, elle était commandée par le maréchal Steinau et le duc Ferdinand de Courlande, accompagnés de Patkul : elle comprenait 10 000 Saxons, que venaient de renforcer 12 ou 13 000 Russes sous Repnine. Charles n'avait que 7000 hommes. Il alluma de la paille mouillée et, à quatre heures du matin, à la faveur du brouillard artificiel, surprit le passage. Les Saxons firent une vigoureuse résistance : le duc de Courlande, trois fois, pénétra dans la garde de Charles XII; mais à huit heures du malin le sort de la bataille était décidé (18 juillet 1701) : les Suédois avaient perdu 500 hommes et Tadversaire 2000. Le résultat de leur victoire fut la reprise des places de la Dûna, Toccupation de Mittau et de la Courlande. Les Russes de Repnine firent retraite sur Pskof.
Pour continuer la guerre, Auguste ne pouvait guère compter que sur ses troupes saxonnes. Les Polonais ne se souciaient pas de Taider, ne voulant pas se donner un maître. En Lithuanie, les Sapiéha étaient à la tète d'un parti suédois; Oginski, d*un parti russe : leurs adhérents s'entr*égorgeaient. En Pologne, les Lubomirski, lesLoszczinski, le cardinal-primat Radziejowski, auraient voulu donner la couronne a quelqu'un des fils de Sobieski. Une diète se réunît à Varsovie, et Charles XII, qui était alors on Lilhuanio, se garda bien de la troubler. Elle décida «luoii enverrait une ambassade à Charles XII et qu'Auguste II , serait sommé de ne pins ap|)eler les Russes dans le royaume cl i\o le faire évacuer par los Saxons. Le roi de Pologne crut qu'il valait mieux pour lui avoir alîaire au Suédois qu'à la dièle. Jugeant de Charles XII par hii-mùme, il lui dépêcha d'abonlla séduisante Aurore de Kceni^sniark. Le roi puritain refusa de la rcMCMoir. Au*ruste, alors, se retourna vers la dièle : il proposa de prendre à sa solde rarmée j)olonaise et de faire revenir 12 000 Saxons. Il éprouva un nouveau refus. U tenta «le nouveau de né<^oei(M* avec Charles : son envoyé fut retenu prisonnier.
Ije roi (le Suède, sVtanl avancé sur Grodno, y reçut les ambassadeurs d(^ la République, mais il ajourna les négociations jusqu'au moment où il serait entré dans Varsovie. Il publia un manifeste annonçant qu'il faisait la iruerrc au roi et non pas au