‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 105 sur 167 · JUSQU'AU TRAITÉ DALTUANSTADT · texte numérisé non relu

JUSQU'AU TRAITÉ DALTUANSTADT

royaume, mais qu*il exigeait, pour la cesser, le délrônemenl d'Auguste. Le cardinal-primat de Pologne mit le plus grand zèle i répandre ce document; il le fit afficher jusque sur le palais du roi. Auguste fut obligé d'évacuer Varsovie. Il appela aux armes Isi posjtolite ruszénie et ne fut pas obéi. Cependant, quand il se fiil concentré à Cracovie avec 15 000 Saxons, la noblesse de I^cîtite-Pologne lui fournil 6000 volontaires.

Charles XII fît son entrée dans Varsovie (mai 1102). Il ren- X'oya la garnison, désarma la garde civique et les boui^eois, occupa tous les postes. Puis il marcha contre Auguste et le rencontra dans la plaine de Klissow (entre Varsovie et Cracovie). Il avait 10 000 hommes contre 21000. Le roi Auguste fut tout de suite abandonné par les Polonais; mais, par trois fois, il ramena les Saxons à l'atlaque. Il perdit 3500 hommes, ses drapeaux, son arlillerie (40 canons), son camp, la caisse de l'armée (19 juin). Cracovie tomba aux mains de Charles XII, qui fit briser les portes de la ville et chasser à coups de canne et de cravache la garnison. Il frappa sur les bourgeois une contribution de 100 000 thalers. Il sortit aussitôt de la ville pour poursuivre le roi, mais, en chemin, il fît une chute de cheval et se cassa une jambe. Auguste répandit partout le bruit de sa mort, convoqua de grandes assemblées à Sandomir, puis à Lublin, et provoqua un certain mouvement national parmi les Polonais, qu'avaient enfin exaspérés l'insolence et la rapacité du vainqueur. On décida que l'on tenterait de faire la paix avec Charles XII, mais que, si celui-ci s'obstinait à exiger le délrônemenl, l'armée nationale serait renforcée et des fonds votés pour l'entretien des troupes saxonnes. Charles XII se montra inflexible, t Quand je devrais rester ici cinquante ans, déclarait-il aux envoyés polonais, je ne partirais point que je n'aie détrôné le roi. »Son ministre Piper osa lui remettre un mémoire où il montrait l'impossibilité de renverser Auguste, les dangers que courait la Suède du côté des Russes, le ravage par ceux-ci de ses provinces baltiques : « Le monde entier estime que c'est une étrange nation que celle qui, poursuivant dans un pays étranger des guerres inutiles, laisse dévaster ses propres provinces par l'ennemi. Celte belle armée, la force du pays,

s'usera sans profit pour la patrie... Je ne suis pas le seuU penser de la sorte ; Tarmée, qui sait que le roi Auguste désire la paix, soupire aussi après elle. » Le roi Charles prit le mémoire, le lut, resta pensif, mais ne répondit rien.

Ayant reçu de Suède 14 000 hommes de renfort, Charles XH passa la Narew et rencontra 6000 Saxons et 6000 Lithuaniens, sous le maréchal Steinau, à Pultusk. Ce ne fut môme pas ud combat : la moitié des Saxons prit la fuite à l'approche des Suédois ; leur faible résistance est attestée par la faiblesse de leurs perles : 600 tués ou blessés, iOOO prisonniers (1" mai 1703). Une confédération, hostile à Auguste, se forma en Grande- Pologne etentraen négociations avec Charles XIL Auguste, pourchassé à travers son royaume, ne pouvait plus tenir nulle part. Il s'était réfugié dans Thorn. Charles accourut, mais, nayaot pas son artillerie de siège, fut obligé de l'attendre. Elle élail arrêtée par Dantzig, que Stenbock dut d'abord mettre à la raison. Quand elle arriva sous Thorn, Auguste en était déjà parti. La ville obtint une capitulation, mais paya 40000 thalers (15 oct. n03). Posen fut occupée par Renskiold. Elbing ayant essayé de résister, le soldat fut mis en quartier chez l'habitant; une contribution de 260 000 thalers fut frappée sur la ville (décembre). Ainsi, pour les Suédois du xviii'' siècle, comme pour ceux du xvii°, « la guerre nourrissait la guerre ».

Tant de désastres auraient dû abattre le courafre d'Augusle. A la diète de Varsovie, le primat proposait la déchéance du roi et l'élection de Jacques Sobieski; mais celui-ci, chassant en Silésie, avait été enlevé, avec un de ses frères, par un parti saxon. Piper conseillait à Charles XII de prendre pour lui la couronne : il eut continué, en Pologne, la dynastie suédoise des Vasa. Charles fut d'abord tenté, mais il réfléchit : qu'irail-il faire, protestant, dans ce pays catholique; roi presque absolu, dans celte République anarchique? Il s'en lira par un beau mol, disant qu'il était « plus flatté de donner que de gagner des royaumes ». Ce royaume, il résolut de le donner à Stanislas Leszczinski. « Il est trop jeune », objecta le cardinalprimat. — «Il est à peu près de mon ûge », répondit le vainqueur de Narva en tournant le dos au maladroit. (Les deux

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princes avaient alors vingt-deux ans.) Charles vint en |>ersonne à Varsovie pour presser Téleclion de Stanislas. Faite sous la pression des troupes étrangères (12 juillet 1103), elle fut saluée par les salves de leur artillerie.

Stanislas n'était roi que d*une moitié de la Pologne; pour les palatinats du Sud, ralliés autour d Auguste, il était un rebelle. Pendant que Charles XII allait relancer dans le Sud le roi saxon et, le 6 septembre, enlevait d*assaut Lemberg (Lwow), brusquement Auguste II reparaissait sous Varsovie à la tête de 20000 hommes (26 août 1104). Stanislas dut fuir avec tant de précipitation que sa fille, la future reine de France, alors âgée d'un an, fut oubliée dans une écurie de village. Le roi saxon fit son entrée dans Varsovie en souverain irrité et frappa sur la ville une contribution de guerre. La garnison suédoise de la citadelle, forte de 1500 hommes, dut capituler. Le triomphe d'Auguste ne dura pas longtemps. De Lembei^ accourait Charles XII. Le 29 octobre, il occupait le faubourg de Praga. Auguste ne l'attendit pas à Varsovie, et s'enfuit en Saxe. Le maréchal de Schulenburg, auquel il avait confié son armée, opéra, poursuivi par Charles XII, une retraite qui fut jugée comme une merveille de tactique. Quand il eut mis l'Oder entre les Suédois et son armée, Charles XII s'écria : c Aujourd'hui Schulenbui^ nous a vaincus! >

La Pologne était de nouveau conquise, Stanislas rétabli sur le Irône. Il fut couronné solennellement à Varsovie avec sa femme Catherine Opalinska. Charles XII assistait incognito à la cérémonie (i octobre 1105). Le 28 novembre fut signée la paix entre la Suède et la Pologne, ainsi que le traité d'alliance ofifensive des deux Etats contre la Russie.

Campagnes des Moscovites dans TEst. — Charles XII avait déjà perdu cinq années (1101-1105) en Pologne; elles furent mises à profit par le tsar. Le 9 janvier 1102, Chérémétief avait attaqué Slippenbach à Ereslfer (frontière de Livonie). Sur 1000 hommes, les Suédois en perdirent 3500. Dans celle bataille, les Russes avaient été cinq fois plus nombreux que les Suédois; mais c'était déjà un résultat que de vaincre ceux-ci, onême avec une telle supériorité numérique. La journée

d*Ereslfer fut c Tainée des victoires russes ». Pierre s^écrU: . c Gloire i Dieu, nous pourrons un jour vaincre les Suédmili Le 29 juillet 1702, Chérémétief battait encore SlippesUd à Hûmmelshof. Sur 8000 Suédois, il y eut 5500 tués ou Ueiiéi, et seulement 300 prisonniers.

Pierre, pour entraver le retour offensif de Slippenbiek ordonna de dévaster la Livonie et TËsthonie. II ne les considérait pas encore comme devant lui appartenir : c'était U ptil d*Augusle II. Sauf Pernau, Bevel, Riga, plac€»s occupées ptr In Suédois, toutes les villes furent saccagées : Yolmar, Harisibui^,' où fut capturée la future impératrice Catherine I", Venden, Vesenberg (Weissenberg). Des myriades de etpliii, enle\és par les Kosaks du Don, les Zaporogues» les Kalrnooks, les Talars, furent emmenés jusqu en Grimée, vendus sur le marché de KafTa, dispersés dans tout TOrient musulman.

Le 25 août 1702, Apraxine battait les Suédois i IngrishoC (Ingrie). En octobre, Pierre enlevait Notéborg (anc. Oriéchek; depuis, SchlQsselbourg), qui commandait la Neva i sa sortie ds Ladoga. En 1703, Ghein prenait Nien ou Nienchantx, près it Tembouchure de ce fleuve dans le golfe de Finlande; le bar accourait i Nien et, montant lui-même à Tabordage, unegrenade à la main, capturait deux vaisseaux suédois qui s'étaient imprudemment aventurés dans ces parages : « Une victoire ioouîe! » écrivait-il à Moscou. Puis furent occupés l'ilot de Cronslot, qui allait devenir Cronsladt, les places de lam (lambourg) el Koporié. La Karélie et Tlngrie élaient conquises. Danb les marécages de la Neva on jetait les fondations de la future capitale russe. On la bâtissait sous le feu de Tennemi : par trois fois, en 1704 et en 1703, on dut en éloigner la flotte suédoise.

En 1704, le tsar se mettait résolument à la conquête de la Livonie : il prenait Dorpat *, Narva, qu'il enleva d'assaut (20 juillet) : belle revanche du désastre de 1700; puis Ivangorod, sur la rive droite de la Narova. En 1702, il n'avait fait que dévaster le pays; en 1704, il comptait le garder el le ménageait comme son patrimoine. L'Eslhonie fut également con-

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