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IllSTOlKE céXÉRALC. VI. 11

propose et on y résout, dit Spanheim, tout ce qui regarde le gouvernement et qui peut être de quelque importance pour le roi, pour la cour, pour l'Etat, en un mot pour le dedans et pour le dehors du royaume. ï>

Ceux que le roi appelait à Thonneur d'y siéger à ses côtés, et qui touchaient de ce fait 20 000 livres de pension annuelle, étaient les «ministres d'Etat » ou les ministres, et seuls ils avaient droit à ce titre. Sauf le duc de Beauvillier, la liste des ministres de Louis XIV ne comprend que des noms de la boui^eoisie : Le Tellier, Lionne, Fouquet, Colbert, Pomponne, Louvois, Le Peletier, Seignelay, Pontchartrain, Torcy, Chamillart, Desmarets, Voysin, etc. Le Conseil n'eut jamais plus de quatre ou cinq membres à la fois; la liste des ministres pendant ce règne de cinquante-quatre ans ne comprend en tout que dix-sept noms.

Trois fois par semaine, ou plus souvent, suivant les cas d'urgence, Louis XIV tenait son Conseil; le ministre chargé de préparer une affaire faisait son rapport, que discutaient ses collègues; puis la décision souveraine du roi tranchait le débat \

Le Conseil des dépôches et le Conseil des finances. — Si le Conseil d'en haut ressemblait un peu à notre conseil des ministres, le Conseil des dépêches et le Conseil des finances ressemblaient un peu à noire ministère de l'intérieur et à notre ministère des finances ; ici il ne s'agissait plus de politique, mais d'administration proprement dite. Ils étaient tous deux comme une création de Louis XIV : le Conseil des dépêches, en tant que distinct du Conseil d'Etat, datait seulement de sa minorité; le Conseil des finances fut la première institution de son règne personnel, en date du 15 septembre 1661.

Composé du roi, des héritiers de la couronne qui y fai saient leur premier apprentissage, des membres du Conseil d'en haut et des secrétaires d'Etat, le Conseil des dépêches prenait connaissance de toutes les questions relatives à l'administration intérieure. Chaque secrétaire d'Etat y rapportait les affaires de

1. Ainsi fui résolue la question capitAle de la politique étrangère du règne ^ racce|>lalion ou le refus du (eslaincnt du roi d'Espagne, dans une séance dv^ Conseil d'en haut à laquelle assistèrent, avec le roi et son fils, les ministres o exercice, Beauvillier. Pontcliarlrain. Torcv.

son département en analysant les dépèches reçues des intendants et en préparant les instructions à leur envoyer. Louis XIY, en général, se contentait d*écouter et de signer; car ici son rôle était plus de surveillance que d*action personnelle et il se bor* naît à peu près i exercer ce qu^on a appelé « le ministère de la signature ». En outre, ce conseil tranchait souverainement, au vif déplaisir des cours judiciaires, les affaires contentieuses qui avaient été évoquées devant lui. Les décisions étaient expédiées, au nom du roi, par le secrétaire d'État compétent, sous la forme de lettres, brevets, édits, etc. Pour les affaires importantes la formule de style était : « De Tavis de notre Conseil et de notre certaine science, pleine puissance et autorité royale », où les mots avaient leur signification exacte. Le Conseil avait donné son avis; mais la pleine puissance du roi avait décidé souverainement.

Toutes les affaires de finance, fixation du chiffre de la taille et répartition de la taille par généralités, rédaction des baux des fermes, surveillance de la comptabilité royale, etc., étaient du ressort du Conseil des finances. Louis XIY y fit siéger Monseigneur, le duc de Bourgogne et le duc de Berry ; les membres véritables du conseil étaient le chef du Conseil des finances et trois conseillers des finances, pris dans le Conseil privé, dont l'un, avec le titre de contrôleur général des finances, était Tàme du conseil. Le chef du Conseil des finances n*était guère qu'un personnage d'apparat, avec un traitement royal, environ 80 000 livres. Beauvillier fut appelé à cet honneur; il y remplaça le maréchal de Villeroy, Tancien gouverneur de Louis XIV, et il eut pour successeur le second maréchal de Villeroy.

< C'est dans ce conseil, dit Louis XIV, qui le présidait deux fois par semaine, que j'ai travaillé continuellement à démêler la terrible confusion qu'on avait mise dans mes affaires. » Les questions y arrivaient en général toutes préparées après ôtre passées par la direction des finances, qui était une commission du Conseil privé, et un grand nombre étaient tranchées (/irectement par le contrôleur. Des mesures de la plus haute gravité, décidées à l'avance entre le roi et le contrôleur, ne furent guère présentées au conseil que pour la forme.

Quand le projet sur le dixième fut porté au conseil en 1710, le conseiller Daguesseau, qui sut toujours garder une noble indépendance, présenta quelques objections; le roi ré|K)ndit qu'après toutes les études préparatoires déjà faites, ce serait temps perdu que discuter davantage. C'est ainsi que « le bureau d'anthropophages » établit ou parut établir l'impôt du dixième, œuvre personnelle de Desmarets et de Louis XIV .

Le Conseil privé ou des parties. — Composé de conseillers d'Etat et de maîtres des requêtes, chargé de trancher tous les conflits entre les divers services de l'État, le Conseil privé, de toutes les sections du Conseil royal, était celle qui offrait le plus de ressemblances avec notre Conseil d'Etat; mais de plus, comme il veillait à l'exacte application et à la saine interprétation des lois civiles, c les parties » ayant le droit de se pourvoir devant lui, il avait les attributions de notre cour de cassation. C'est à partir du règne de Louis XI Y, quand les finances, l'administration et la politique eurent été réservés a d'autres conseils, que ce conseil, auquel s'applique assez mal l'épi thète de « privé », eut un rôle mieux défini; il devint et resta jusqu'à la Révolution une haute cour judiciaire et administrative, sans que Ton puisse mieux préciser ses attributions, qui, toujours et avec intention, restèrent très vagues et très étendues.

Un édit de 1673 fixa d'une manière qui ne varia plus la composition du Conseil. Le titre, qui resta toujours usité, de t conseiller du roi en ses Conseils d'Etat et privé », était purement honorifique; il conférait 2 000 livres par an, mais rien de plus, pas même l'entrée au Conseil. Le titre véritable était celui de « conseiller d'Etat ». Il était porté par 30 membres en tout : 3 conseillers d'Eglise, 3 conseillers d'épée, 24 conseillers de robe. Ceux-ci, anciens maîtres des requêtes, anciens présidents des cours supérieures, anciens procureurs généraux, anciens prévôts des marchands, remplissaient seuls sérieusement leurs fonctions, soit comme conseillers ordinaires, soit comme conseillers semestres ; nommés par le roi à ce poste envié, ils savaient que des dignités plus hautes encore pouvaient récompenser leur zèle, car Louis XIV s'était fait comme une règle

de prendre parmi eux ses secrétaires d^Elat, ses contrôleurs généraux, ses ministres.

Si les conseillers d*Etat jugeaient les aflaires, les « maîtres des requêtes ordinaires de Thôtel du roi » devaient les instruire et les rapporter, sans parler de leur juridiction spéciale dans certaines affaires, comme les causes des officiers de la couronne ou des personnes qui avaient le privilège du committimus, etc. Au nombre de 88, ils formaient la pépinière de Tadministration provinciale, car c*est dans leurs rangs que se recrutait le corps des intendants. Leurs charges étaient vénales et bénéficiaient de la Paulette; sous Louis XIV, le prix officiel, inférieur au prix réel, était de 150000 à 200 000 livres.

Louis XIV présidait très rarement les séances de ce conseil ; mais son fauteuil avait toujours sa place au haut bout de la table. Le chancelier le remplaçait; il donnait la parole au maître des requêtes rapporteur, puis il recueillait individuellement les opinions, et chaque affaire était tranchée à la majorité des voix. Un arrêt conforme était rédigé avec la formule officielle : < Le roi en son conseil i», que Ton faisait suivre, le cas échéant, de cette addition bizarre : < Sa Majesté y étant ».

Outre les séances plénières, les conseillers d'Etat et les maîtres des requêtes se réunissaient encore, par petits groupes, dans des « bureaux », c'est-à-dire des commissions, où ils préparaient les affaires en vue du Conseil privé ou des trois Conseils présidés par le roi : sept bureaux pour les « instances » ou affaires contentieuses, trois bureaux pour les affaires de finances. L'un de ceux-ci, appelé la direction des finances et divisé en grande et petite direction, préparait, en présence du chancelier cl du contrôleur général, les affaires qui devaient passer au conseil des finances.

Autres Conseils. — Enfin diverses commissions qui ne rentraient pas dans les quatre conseils précédents furent organisées par Louis XIV : Conseil de conscience. Conseil des alTaires de la religion prétendue réformée qui n'eut qu'une existence temporaire. Conseil de commerce, etc. Le plus important était le Conseil de conscience. Chargé de nommer aux «lignités de TEglise, il comprenait le roi, son confesseur et deux

OU trois prélats. Peu à peu, il se réduisit au roi et à son confesseur, quand ce fut le P. de La Chaise ou le P. Tellier.

Le chancelier. — Quelques membres des conseils devaient à leur titre spécial une situation bien personnelle. Le chancelier de France, grand-officier de la couronne, garde des sceaux, président-né de toutes les cours de justice, inamovible comme le premier dignitaire de Tordre judiciaire, avait la fonction la plus haute à laquelle pût s'élever un membre de la robe. Parmi les chanceliers de Louis XIV, Pierre Séguier, d^une vieille famille parlementaire, est connu par son acharnement contre Fouquet; son rôle comme protecteur de TAcadémie française fut plus honorable. L'un de ses successeurs, Michel Le Tellier, termina sa longue carrière d'homme public en contresignant l'acte fatal de la Révocation. Boucherat, Pontchartrain, Voysin, tous gens de robe, furent les derniers chanceliers du règne.

Le contrôleur général. — Après l'arrestation de Fouquet, la surintendance des finances resta sans titulaire. Colbert, qui était alors l'homme de confiance du jeune roi, lui conseilla de créer à la place du surintendant un chef du Conseil royal des finances, ce qui lui permit à lui-même, comme simple intendant des finances, de diriger toute l'administration. Quatre ans plus tard, en 1665, il était contrôleur général, et ce titre, qui n'avait guère été jusqu'alors que celui d'un chef de division, devint avec lui le titre du ministre principal. Ses attributions, en effet, pourraient se répartir aujourd'hui entre nos ministères des finances, de l'intérieur, de l'agriculture, du commerce, de l'industrie, des travaux publics, de l'instruction publique et des beaux-arts. Les contrôleurs qui succédèrent à Colbert, Le Peletier, Pontchartrain, Chaniillart, Desmarets, n'eurent en général qu'une faible partie de ses rares capacités; mais même quand il s'appela Chamillart, le contrôleur général parut toujours le premier des collaborateurs du roi. — Il était assisté d'intendants des finances, dont le nombre varia de 2 à 7; c'étaient comme des chefs de division qui surveillaient les divers départements financiers, qui rapportaient les afTaires dans les directions ou dans le conseil des iinances.

Lies secrétaires d*État. — Les grandes divisions de Tadministration centrale qui constituent nos ministères avaient à leur tète les quatre secrétaires d*Etat; mais la répartition des services, même sous le règne de Louis XIV, où elle prit assez de fixité avec les départements des affaires étrangères, de la guerre, de la maison du roi et de la marine, fut toujours soumise à bien des changements. De plus, chacun des secrétaires d*Ëtat administi'ait un certain nombre de provinces. Aussi étaientils tous membres de droit du Conseil des dépèches, sans parler de ceux qui, comme ministres, siégeaient au Conseil d'en haut. Cet enchevêtrement des départements ministériels répugne à nos idées sur la division du travail. On comprend que Louvois, secrétaire d'Etat de la guerre, ait administré les provinces frontières; mais il est bizarre que la Champagne, la Provence, la Bretagne, le Berry, le Dauphiné, la Navarre, etc., aient ressorti au secrélariat d*Etat des affaires étrangères. La plupart des secrétaires d Etat de Louis XIV moururent en fonctions; mais le roi n'hésita pas à se priver de leurs services quand il le crut nécessaire, comme il le fît pour Arnaud de Pomponne et pour Chamillart. Les survivances. — Louis XIY s'était fait une règle ioQexible de ne pas accorder de € survivance » pour une fonclioQ militaire ou civile; il en excepta cependant les chaînes de ministres et de secrétaires d'Etat. Il aimait, en effet, à s'entourer Je jeunes gens qu'il prétendait former lui-même aux affaires et qui commençaient, à ses yeux, par être ses élèves avant de devenir ses collaborateurs. Louvois, qui avait eu à moins de quinze ans la survivance de son père, — cette faveur appartient bailleurs à l'administration de Mazarin, — fut associé à vingt el un ans à la charge paternelle comme secrétaire d'Etat de la guerre. Colbert obtint pour son fils Seignelay la survivance des secrétariats d'Etat de la marine et de la maison du roi. Colbert "le Croissy assura sa survivance aux affaires étrangères à son lils Colbert de Torcy. Chamillart fit de même, au secrétariat JEtat de la guerre, pour son fils; mais, en 1709, le père et le Us furent frappés de la même disgrâce, car le « survivancier » "avait pas plus de droits acquis à sa charge future que le titulaire à sa fonction présente.

« Le métier de roi. » — « Le métier de roi est grand, noble, délicieux, quand on se sent digne de bien s'acquitter de toutes les choses auxquelles il engage. » Comment Louis XIV, qui parie ce noble langage, a-t-il compris la pratique quotidienne de son rôle? Quelles qualités a-t-il apportées à l'exercice de ses fonctions royales?

Le ff grand roi » n'a pas eu le génie puissant d'un Richelieu ni les capacités extraordinaires d'un Napoléon ; ses facultés intellectuelles ne dépassaient pas la moyenne ordinaire. Saint-Simon dit qu'il était « né avec un esprit au-dessous du médiocre », mais il ajoute avec « un esprit capable de se former, de se limer, de se raffiner ». Cette prétendue médiocrité d'esprit se réduit à ceci, qu'il avait avant tout du bon sens, « du choix, du discernement, de la pénétration », suivant le témoignage de Spanheim. Il disait à son fils que « la fonction des rois consista principalement à laisser agir le bon sens », c'est-à-dire à juger sainement des choses et des personnes et pour cela à apprendre à les connaître ; ce que Saint-Simon exprime à sa manière, en disant que son « goût de bas détails le noya dans le petit ». Son éducation, à laquelle avaient pris part Mazarin comme surintendant, le maréchal de Villeroy comme gouverneur, Péréfixe comme précepteur, avait été très peu développée. A peine lui apprit-on à lire et à écrire. Heureusement la nature lui avait donné un jugement droit, une grande aptitude à saisir les choses et une volonté bien arrêtée de tenir sa place comme roi. Convaincu que son premier devoir était d'être roi et d'être considéré en roi, il ne manqua jamais d'affirmer, par ses actes et par ses paroles, son autorité souveraine. Que cette préoccupation dominante ait eu des conséquences très fâcheuses, il est facile de le comprendre; car ce prince qui, d'après Saint-Simon lui-même, « aimait la vérité, l'équité, l'ordre, la raison et qui aimait même à s'en laisser vaincre », n'entendait plus rien dès que son autorité paraissait en jeu. Se considérant au-dessus de tout, n'aimant de grandeur que la sienne propre, ne comptant que lui-même, n'estimant les autres que dans la mesure où ils se sacrifiaient à lui , il fut comme un prodige d'orgueil et d'égoïsme. Mais aussi comment ne pas louer cette application

aux affaires qui ne s'est jamais démentie, cet amour du travail que ni les plaisirs ni Tàge ne furent capables de diminuer?

* C'est par le travail que Ton règne, dit-il, pour cela qu'on règne, et il y a de l'ingratitude et de l'audace à Tégard de Dieu, (le l'injustice et de la tyrannie à Tégard des hommes, de vouloir l'un sans Tautre.... Je ne puis vous dire quel fruit je recueillis aussitôt après cette résolution (de travailler deux fois par jour). Jerae sentis comme élever l'esprit et le courage.... Il me sembla alors que j'étais roi et né pour l'être. »

Sa vie quotidienne était prise par les séances du Conseil. Au sortir de sa chambre il se rendait à la messe, et de là au Conseil, dont la séance durait d'ordinaire jusqu'à l'heure du dîner,

vers une heure. Le dimanche, Conseil d'Etat. Le lundi, Conseil d'Etat ou, alternativement. Conseil des dépèches. Le mardi, Conseil des finances. Le mercredi. Conseil d'Etat. Le jeudi, quelquefois conseil d'Etat; le plus souvent c'était le jour des audiences pour quiconque désirait l'entretenir et au cours desquelles « il écoutait avec patience, avec bonté, avec envie de s'éclaircir et de s'instruire » ; c'était aussi « le grand jour des Ulards, des bâtiments, des valets intérieurs ». Le vendredi, Conseil de conscience. Le samedi. Conseil des finances. Il y avait en outre très souvent des séances des conseils Taprèsinidi, ou bien alors le roi travaillait en tète-à-tôte avec les secrélaires d'Etat, le contrôleur général, le surintendant des bâtiments, le lieutenant général de police, etc. II ne manqua jamais au programme qu'il s'était tracé dès lé premier jour. Etait-il nialade, il tenait \e Conseil dans sa chambre et le présidait de î>on lit. Prenait-il médecine, — et les jours de médecine avaient '<?ur périodicité dans cette vie bien réglée, — les séances étaient n^mises à l'après-midi. Le jour de la mort soudaine de son fils, 5" moment môme où il sortait de ce château de Meudon où menait d'expirer son héritier, il donna Tordre de réunir le Con- ^^'il le lendemain à l'heure ordinaire. Au milieu de l'agonie de '^duchesse de Bourgogne, en proie à une douleur poignante,

• la seule véritable qu'il ait jamais eue en sa vie », il se borna ^retarder de quelques heures la séance du Conseil. Le Journal '"'banjreau, qui rapporte au jour le jour les menus incidents

(le la vie du roi, ne cite que deux cas en tout ou il ait remis le conseil pour aller à la chasse. « Avec un almanach et une montre, on pouvait, à trois cents lieues de lui, dire avec justesse ce qu*il faisait » : on voit que ce mot de Saint-Simon n'est pas une boutade. Ses ministres changeaient, mouraient, a dit un historien; lui, toujours le même, il accomplissait les devoirs, les cérémonies, les fêtes de la royauté avec la régularité du soleil qu*il avait choisi pour emblème.

Louis XIV a commis bien des fautes, comme homme et comme souverain, qui eurent pour sources sa préoccupation exclusive de son autorité, son amour dominant de la gloire, sa « vanité qui porta Torgueil au comble ». Mais quand on songe avec quel discernement il a compris son métier de roi, avec quelle conscience il Ta pratiqué, on trouve que Saint-Simon et Voltaire ont traduit le jugement équitable de Thistoire. < Jamais prince, dit l'écrivain des Mémoires, ne posséda Fart de régner à un si haut point » ; et Tauteur du Siècle de Louis XIV : « Personne en lui n*effaça le monarque. »

Les divisions administratives. — L'administration provinciale de l'ancienne France, qui était le résultat d'un travail de plusieurs siècles, avait laissé subsister les uns à côté des autres des cadres territoriaux de toutes les formes, de toutes les grandeurs, dont l'enchevêtrement bizaiTc semblait être l'image du manque d'unité et du désordre. En réalité, il n'en était rien; ou du moins Louis XIV sut se servir des anciens cadres pour faire triompher dans toutes les provinces, quelles qu'en fussent les origines ou les conditions administratives, les idées dô bureaucratie et de centralisation que l'on retrouve partout dan^ son système de gouvernement.

Les provinces avaient avec le pouvoir central des rapporl-t militaires, des rapports administratifs et financiers, des rappor%. judiciaires : qu'est-ce que Louis XIV a modifié ou créé dans gouvernements, dans les intendances, dans les parlements?

Les gouvernements militaires. — Les gouverneurs de province étaient avant tout des chefs militaires chargés d'assurer la sécurité matérielle d*une partie du territoire; aussi cette foDclion fut-elle toujours donnée à un soldat et jamais à un homme de robe. Mais Louis XIV prit à Tégard des titulaires les précautions que lui conseillaient les souvenirs de la Fronde et le souci de son autorité souveraine. « Je résolus, dit-il, de ne plus donner nul gouvernement vacant que pour trois ans, me réservant seulement le pouvoir de prolonger ce terme par de nouvelles provisions toutes les fois que je le trouverais à propos. » Quelques grandes familles continuèrent sans doute à garder des gouvernements, devenus pour elles comme des fiefs héréditaires : les Gondé en Bourgogne, les Villeroy à Lyon, les Créqui en Dauphiné, etc. Mais les titulaires savaient que la soumission absolue pouvait seule leur assurer cette faveur. Louis XIV enleva en outre aux gouverneurs le maniement des fonds pour Tentretien des places de guerre; il renouvela peu à peu les garnisons, pour briser les liens que Thabitude du commandement pouvait faire naître entre un gouverneur et les troupes de son ressort.

Que resta-t-il dès lors aux € pauvres gouverneurs », comme <lilM"* de Sévigné, sinon de « faire les rois » dans leurs gouvernements et d'y jouer « de grands rôles de comédie »? Le rôle, il est vrai, était bien payé : pour la Guyenne, près de 100 OOO livres; pour la Bretagne, la Bourgogne, le Languedoc, environ 150 000 livres ; pour la seule ville de Strasbourg, plus de •JOOOO, sans compter une foule de revenus, présents des villes tildes Etats, parts sur les octrois, etc., qui doublaient à peu près le revenu normal. Le maréchal de Villeroy, gouverneur Je Lyon, s'était fait accorder 50 000 livres à percevoir par an ^ur les octrois de cette ville. Villars, qui sut pratiquer un peu partout « Tart d'engraisser son veau », se lit donner '^0000 livres par les États de Provence; une autre fois, par la 'hambre de commerce de Marseille, des tapis d'Orient, des '^arils d'huile et du café. Le gouverneur ne résidait pour ainsi J'fe jamais plus dans sa province : il n'y allait que pour pré- ^'Jerles États, donner des fêtes, et dans d'autres circonstances

exceptionnelles; en vingt ans, Villars passa trois mois dans son gouvernement de Provence. Depuis le règne de Louis XIV, le gouverneur vivait à Versailles, loin des affaires provinciales qu'il ne connaissait plus, qui ne Tintéressaient plus et qu'il avait dû abandonner à Tintendant.

Généralités et intendances ^ — Ces deux mots, qui sont synonymes à partir du xvu'' siècle, désignaient des circonscriptions administratives et fiscales : généralités^ parce qu'elles furent administrées à Torigine par un bureau de finances composé de trésoriers généraux de France (La Bruyère fut trésorier de France à Caen, et Racine à Moulins) ; intendances^ parce qu'elles formèrent ensuite les ressorts des intendants.

Les intendants de justice, police et finances, que la Fronde j avait voulu supprimer, furent maintenus par la royauté viclo- i rieuse; mais ils ne furent pas institués partout en même temps : en Béarn, le premier intendant date de 1682; en Bretagne, de 1689. Louis XIV fît avec eux comme une expérience administrative ; puis, satisfait des résultats, il en établit d'une manière définitive dans chaque province.

En 1700, on comptait 31 intendances, nombre qui resta à peu près le même jusqu'à la Révolution. On les désignait d'après le nom du chef-lieu de la généralité : intendance ou généralité d'Aix, de Metz, d'Orléans, de Paris, de Tours, etc.

Pays d'élections — Les 31 généralités de 1700 se divisaient en 18 généralités de pays d'élection, 6 généralités de pays d'États et 7 intendances proprement dites (sans élections iv\ Etats) dans les pays frontières.

Les élections formaient les subdivisions des généralités»*^ elles dépendaient d'un tribunal financier dont les membmr^^ s'appelaient toujours les élus, comme au xiv'* siècle, quand i^^ étaient désignés par les Etats généraux, mais qui depuis lor^gtemps étaient des fonctionnaires royaux. Aidés des trésori^^rs de France et sous la haute surveillance des intendants, ils avaient à répartir entre les paroisses les impositions directe^ ^ •' taille, capitation, dixième.

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