I. Voir CHlessus, p
Histoire oÉMiRALC. VI. 5'{
83fr L^EMPIRE OTTOMAN
lui répondit qu'il « importait peu au Grand-Seigneur que le* chiens dévorassent les porcs ou que les porcs dévorassent les chiens ». La situation s'aggrava encore avec Kœprilû I". Quand il arriva aux affaires, de La Haye, qui avait vu les grands-vixirs se succéder si rapidement, se crut sage en ne se hâtant pas de remettre le présent d'usage à celui-ci. Kœprilû,. si vindicatif, ne le lui pardonna point. Il s'irritait de retrouver toujours des Fran<2ais dans les rangs des Vénitiens en Crète. Une lettre adressée à M. de La Haye par Grémon ville, amiral au senice vénitien, fut volée par un mauvais Français, Verlamont, et livrée au grand-vizir. Celui-ci voulut obliger d'abord le fils de M, de La Haye, puis l'ambassadeur, à déchiffrer cette pièce. Sur leur refus, il les fit maltraiter et jeter en prison. Relâché une première fois, l'ambassadeur fut de nouveau mis aux Sept-Tours, parce qu'il se refusait à payer le prix de cargaisons que des capitaines français peu scrupuleux s'étaient appropriées (1660). D ne recouvra la liberté qu'après avoir versé 36 000 piastres, et se hiVta de quitter Stamboul. Un négociant nommé Roboly fat choisi par la « nation française » à Constantinople pour li représenter auprès de la Porte.
Kœprilû n : bataille de Saint-Gothard ; traité de Vasvâr (1664). — Venise restait sans autre appui que les secours intermittents que lui accordait ou lui laissait parvenir Mazarin. Ij'orgueil des Turcs lui fit trouver un allié. Dix jours avant sa mort, le vieux Kœprili'i avait signifié au résident aulrichien lleninfior que le sultan ne souffrirait pas l'intervention de rKmporeur dans Télection d un nouveau prince de Transylvanie : il soutiendrait Apafy et repousserait les prétentions (le Kéniéiiy. Kœprilii 11 donna une sanction à la politique Je sou père. Il envoya une armée dans la Transylvanie et la Ilong^rio, qui fut cruellement ravagée (lG6i). En 1663, il enlra lui-niônio en campajrne avec 122 000 hommes et 145 canons. Il passa le Danube à Grau, battit les troupes du comte Furïïrâos. ot en six semaines emporta Ncuha^usel (Ujvar). Son année se doubla par l'arrivée de i 00 000 Tatars et 20 000 Kosaks. Non seulement la Hongrie, mais la Moravie et la Silcsic furent dévastées, 80 000 chrétiens emmenés en esclavage.
L'empereur Léopold semblait impuissant à repousser une si formidable invasion. Le pape Alexandre VII, qui lui était tout dévoué, conçut le projet de former, parmi les princes chrétiens, une Sainte-Ligue. Louis XIV fut le premier à offrir son concours.
Il répudiait ainsi Tancienne alliance avec la maison d*Osman, méconnaissait nos intérêts les plus sérieux en Orient. Mais dans sa tète survivait la vieille idée de la croisade; il se piqua toujours d*ètre c le fils aine de TEglise » ; il était sensible aux outrages subis par de La Haye; enfin il n*était pas fâché de couvrir l'Empereur d'une humiliante protection et de montrer quel puissant instrument était entre ses mains TAlliance du Rhin. Il offrit donc 30 000 Français et, de plus, comme le principal membre de TAlliance, 30 000 autres soldats, tant de Français que d'Allemands ses confédérés. Léopold s'effrava du nombre même de ces auxiliaires ; il vit le roi de France désormais plus maître que lui en Allemagne. Le |>ape et lui s'accordèrent à décliner cette offre trop magnifique; mais ils acceptèrent celle d'un corps de 6000 Français. C'était encore un gros renfort, l'armée impériale de Hongrie ne comprenant, en tout, sous Montecuccoli, qu'une vingtaine de mille hommes. Louis XIV confia le commandement au comte de Coligny, qui eut sous ses ordres La Feuilladc, Gassion, et l'élite des volontaires français. Ils furent reçus avec défiance da;is les Etats autrichiens. On leur ferma les portes de Vienne.
Kœprilû venait de prendre Sérinvar et Petit-Komorn. Il essaya de passer le Raab et deux fois fut repoussé. Enfin il réussit à surprendre les gués et se trouva en présence de l'armée chrétienne, campée auprès du monastère de Saint-Gothard. Tout de suite il attaqua. Lo centre de cette armée, composé des Allemands d'Empire, s'enfuit au premier choc ; mais l'aile droite, formée des Autrichiens, et l'aile gauche, où se trouvaient les Français, rétablirent le combat. Quand ceux-ci, ayant mis pied à terre, foncèrent sur les Turcs avec La Feuillade, Kœpriiu, surpris de leurs perruques blondes, demanda : a Quelles sont ces jeunes filles? » Les cris de Allons/ Allons! Tue! Tue! et la déroute de ses janissaires l'eurent bientôt fixé. Il tenta une
nouvelle attaque, mais fut complètement battu, avec une perte de iOOOO hommes (l*-^ août 1664) *.
Cette défaite amena le traité de Vasvàr ou Eisenburg(iOaoût). On en revenait aux bases du traité de Sitvatorok. La Transvlvanie devait être évacuée à la fois par les troupes de TEmpereur et par celles du Padishah. Apafy était reconnu, par les deux souverains, prince de ce pays, mais il paierait tribut à la Porte. Des sept palatinats hongrois situés entre la Theiss et la Transylvanie, trois revenaient à l'Empereur et quatre au Padishah. Celui-ci prardait Novigrad et Neuha^usel. L'Empereur gardait Szekelhvd, mais s'interdisait de relever Sérinvar. Le traité était plutôt avantageux pour la Porte; mais, au point de vue militaire, c'était un grave symptôme qu'avec une armée de 240 000 hommes elle n'eût pu venir à bout de 25 000 chrétiens.
Louis XIV n'avait pas eu à se louer de la reconnaissance des Autrichiens; ils avaient affecté de reporter tout l'honneur de la victoire aux troupes impériales; quant au contingent français, à peine si on lui fournissait le gUe et les vivres, Louis XIV rappela d'Allemagne ses soldats. Il voulut avoir sa propre guerre sainte. De là les croisières françaises contre les Barbaresques, l'expédition de Djidjelli (1664), le bombardement de Tunis et d'Alger (1665), suivi du rétablissement de la paix avec ces doux villes (1666) *.
Les Français en Crète : chute de Candie. — On essaya de la ivlaMir avec la Turquie. Le choix de l'ambassadeur élail mauvais. Celait Denis de La Haye qui, au temps de l'affaire Verlamonl, avait été bàtonné et emprisonné par ordre de Kœprilii P^ Avec le deuxième Kœprilu, il y eut aussi des scènes fikbeuses. Comme l'ambassadeur demandait réparation des outrages faits à son [»ère et à lui-même : v Je sais, répondit Ahmed» comme on doit agir avec les Infidèles. » Les choses allèrent si loin (jiie, dans une seconde audience, Denis jeta les capitulations, et cjiie le grand-vizir le traita de juif, lui donna des coups (le tabouret, le fit souffleter par un tcbaouch et le tint enfermé pendant trois jours. Puis, sur l'ordre formel du