I. Voir ci-(l('^Mis. l. V, \k 8DI
Elle exemptait les classes bourgeoises des logements militaires, mais le fardeau en retombait d'autant plus pesant sur les paysans. Elle assurait la sécurité au commerce grec, mais en même temps elle le restreignit par son système fiscal ou prohibitif. Elle essayait de rendre bonne justice, mais elle fit présider les tribunaux par de jeunes nobles de Venise, qui ne connaissaient ni la langue, ni les usages du pays. Surtout le vieil antagonisme entre les deux Eglises empêcha, malgré la politique large et tolérante de la République, toute fusion entre les éléments italiens et grecs. Les provéditeurs vénitiens, comme autrefois les gouverneurs byzantins ', en viennent à dépeindre les Moréotes comme une race menteuse, vindicative, processive, ingouvernable (rapport du provéditeur Emo, 1708). Les indigènes, de leur côté, exprimaient hautement leurs regrets de la domination ottomane, assurément plus rude, mais, parce qu'elle était moins régulière et minutieuse, peutêtre moins tracassière. D'après le voyageur français La Mottraye (1710), on les entendait dire : € Les Vénitiens vivent à discrétion dans nos maisons et dans nos jardins, y prennent sans demander... nous maltraitent si nous nous plaignons. Les soldats sont mis en quartier chez nous; les officiers débauchent ou enlèvent nos femmes et nos filles. Leurs prêtres nous viennent parler sans cesse contre notre religion et nous sollicitent d'embrasser la leur : ce que jamais les Turcs ne songent à faire. » Il y avait assurément dans ces propos une exagération folle et un dangereux amour de changement. Toutefois le grand-vizir Damad-Âli, qui n'avait voulu si obstinément la paix avec la Russie que pour préparer la reconquête de la Morée *, était autorisé à croire qu'en effet la population grecque appelait de ses vœux le retour des Ottomans.
Nouvelle guerre contre Venise : reconquête de la Morée. — Il n'eut pas de peine à trouver des prétextes de guerre : secours donné par les Vénitiens aux Monténégrins, pillage d'un vaisseau turc, etc. Le 9 décembre 1714, la Porte déclarait la guerre à la République. Celle-ci, qui ne pouvait