LES GRANDS-MOGOLS
le zèle religieux avec une ambition effrénée. — En négligeant le quatrième fils, Mourad, brave, simple, beau sabreur, grand buveur, on voit qu'il y eut dans les compétitions qui s'ouvrirent entre ces princes autre chose qu'une rivalité de personnes. Les deux aines représentaient la tolérance religieuse, les complaisances envers les cultes indous et les sectes étrangères. Leur triomphe eût pu être la revanche de l'Inde brahmanique sur la conquête musulmane. Aureng-Zeb représentait l'orthodoxie musulmane avec une vigueur de conviction qu'aucun empereur mongol, pas même Bàber, n*avait manifestée. Comme Philippe II d'Espagne, Aureng-Zeb devait pousser a ses dernières conséquences la logique de ses convictions, devoir à celles-ci ses échecs après leur avoir dû ses succès, trouver comme lui des Morisques insurgés et des Gueux bravant sa puissance, léguer à ses successeurs un empire épuisé par la poursuite d'une chimère.
Dès que l'avènement de son père eut fait sortir Aureng-Zeb du harem où le retenait la jalousie de l'impératrice Nour-Mahal, nous le voyons mener la vie active d'un gouvernant et d'un chef de guerre, mais sollicité, de temps à autre, par des accès de pieux renoncement et d'ascétisme. En 1643, nommé par son père gouverneur des provinces conquises dans le Dekkan, il fait une retraite dans les solitudes des Ghàts occidentaux, et y mène la vie pauvre et contemplative d'un derviche. Son père l'en punit en lui coupant sa pension et lui retirant son gouvernement. Son frère Dara, sincèrement ou par moquerie, lui décernait le surnom de « saint ». Un an après, nous retrouvons Aureng-Zeb gouverneur du Gouzerali; en février 1647, gouverneur de Baikh et du Badakchan (reconquis en 1645), sur la frontière la plus exposée de l'empire mongol. Il en fut chassé par les Euzbegs et dut opérer, par les défilés neigeux de rnindou-Kouch, une retraite désastreuse. Dans ces épreuves, Aureng-Zeb avait montré une froide bravoure, en même temps qu'une piété exaltée. Au plus fort d'une bataille contre les Euzbegs, on l'avait vu descendre de cheval et faire sa prière aussi tranquillement que s'il se fût trouvé à la grande mosquée d*Agra. Le khan des Euzbegs, zélé sunnite aussi, s'était écrié.
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plein d^adniiration : « Combattre un tel homme, c*est vouloir sa propre perte. » Aureng-Zeb fut ensuite (1648) envoyé gouverneur à Kandahar, conquis en 1637 sur les Persans et repris par eux. Deux fois (1649 et 1652), il essaya de le reconquérir par un siège en règle : deux fois il échoua. D'ailleurs, son frère Dara ne fut pas plus heureux que lui (1653).
Les Turcs-Mongols de llnde n'étaient plus en état de vaincre les Turcs du Nord et les rudes Iraniens d'Afjghanistan:' S'ils voulaient, avant de disparaître de l'histoire, déployer encore une fois leur bravoure, ce serait sur d'autres champs de bataille, contre d'autres races : dans le Midi (Dekkan). Pour ces autres luttes Aureng-Zeb, déjà trempé par tant d'épreuves et i la têle de troupes aguerries, était bien préparé. Nommé pour la seconde fois gouverneur du Dekkan mongol, il marche contre Abdallah, roi de Golconde, et le réduit aux extrémités; mais un ordre venu d'Agra oblige Aureng-Zeb à laisser la conquête inachevée et à se contenter d'imposer le tribut au roi vaincu (1656). If se tourne alors contre Adil-Shah, roi de Bidjapour (Visapotir), et se trouve sur le point d'enlever la capitale, quand de nouveaux messages venus du Nord l'obligent encore à lever le siège.
La guerre entre les fils de Shah-DJahan (1657-1660): triomphe d' Aureng-Zeb. — Shah-Djàhan vieillissait. Après avoir éloigné ses (jualrc fils, il était tombé sous Tinfluence de ses deux filles. L'aînée, Begum-Sahib ou Djahan-Ara (Pnrun du Monde), très habile personne, que Dernier accuse niènv d'avoir été la coiicubin(i de son père, était toute dévouée à Dara. tandis que la cadclle, Uaushan-Ara {Brillante Parure), tenait pour Aureng-Zeb. L'influenre de Taînée l'emporta : Bejrum- Saliil) ohtint (|ue Dara fût rappelé de son lointain gouvernement do rindus, traité en liéritier présomptif et associé au gouvernement [Kiternel. (l'était lui qui, |)ar jalousie contre Aureng-Zeh, avait fait enjoindre de lever le siège de Golronde; c'étaient ses menées suspectes qui avaient déterminé son frère à lever le siège de Hidjapour. Juste à ce moment-là se répandait le liriiil (juc l'empenMir était dangereusement malade (KioT).
Pour \w pas se laisser surprendre par les événements, aussitôt les princes Shoudja. dans le Bengale, et Mouratl,
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dans le Gouzerati, assemblèrent des années, firent frapper là monnaie à leur coin et dire la prière publique en leur nom; Aureng-Zeb, qui disposait de la plus vaillante armée de Tem-: pire, se fût volontiers réservé : Dara eut Timprudence de lepousser à bout. Alors Aureng-Zeb fit alliance avec Mourad. Tout d*abord il s^empara de Tesprit du sabreur, s*étudiant à lui persuader que lui-même n^avail nulle intention de disputer le trône : c Je n*ai pas la moindre envie de prendre aucune part au gouvernement de ce monde décevant et instable : mon seul désir est d*aller en pèlerin à La Mecque. »
En février 1658, il fit sa jonction avec Mourad sur la Nerbadda. Il affectait la plus grande soumission envers son cadet, ne le traitant jamais que de roi et de majesté. Ils se trouvèrent bientôt en présence du radja de Marvar, Jasvant-Singh, et du khan Kasim, envoyé contre eux par Dara, tandis que celui-ci s*occupait à refouler Shoudja dans le Bengale. Les deux généraux de Dara firent demander à Aureng-Zeb ce qu*il préten^ dait : « Aller voir mon père, répondit-il, et lui baiser les pieds. » Le radja lui adressa une réplique insultante; mais le khan était mal disposé à se battre contre un prince si bon musulman. En avril. Faction s'engagea auprès de Dharmâtpour (pays d*Oudjeln); presque aussitôt Kasim prit la fuite; tout le poids de la bataille tomba sur les Radjpoutes de Jasvant, dont 7400, sur 8000, restèrent sur le carreau. Dara, victorieux de Shoudja, accourait avec 100 000 cavaliers, 20000 fantassins, 80 canons. La bataille de Samougarh (depuis Fathi-Abad), non loin d*Agra.' le 2 juin, fut des plus sanglantes, et les trois frères, montés* chacun sur son éléphant de guerre, ne s'y épargnèrent pas. Les deux cadets allaient être battus quand Téléphant de Dara fut blessé : cédant à de perfides conseils, Dara, tandis (|ue ses frères étaient restés sur leurs éléphants, également blessés, en leur faisant entraver les pieds, quitta celle royale monture pour monter sur un cheval. Dès que ses soldats ne l'aperçurent plus dominant la bataille, alors, comme il arrivait toujours en pareil cas dans les armées de Tlnde, une panique se mit parmi les troupes, et lui-même fut entraîné dans la déroule.
La victoire de Samonîrarh livrait aux deux princes coalisas et
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là ville d*Âgrà et la personne' roftroe de Fempereur. Aoreng-Zeb écrivit à son père pour s^excuser, rapportant tout i la volonté de Dieu, répétant que son seul désir était d*allèr en pèlerinage aux Lieux-Saints d'Arabie. Le vieil empereur lui répondit par une lettre affectueuse et lui envoya une épée sur laquelle était inscrite le nom d*Alani-Gir {Dampieur du Mande). Conseillé petft-ètre par sa fille aînée, il eàt voulu Fattirer daaa le palais; mais la fille cadette avertit Aurëng-Zeb de ne pas 8*y risquer, car on laurait fait tuer par la garde féminine de remperéor, c ces grosses femmes tatares qui servent dans le Serai ». Bèràier ajoute quelle vieux souverain eut le tort «de jouer au ^usfia avec Aureng-Zeb, lui qui était le maître des finésseè ». Tout en assurant chaque jour à son père qu'il irait le voir' le leiid^Baio, Aurèng-Zeb gagnait l'un après l'autre les chefs militaires, jusqu'au moment où le vieillard se trouva presque seul et dat se résoudre à livrer les clés de la forteresse royale. Aurei^- Zeb devait ainsi garder pendant huit ims l'empereur dédia. Shah-Djihan mourut en 1666, à soixante-seixe ans; rien ne fui supposer, comme le prétend Voltaire, qu'il ait été empoisonné.
Les affaires d'Agra étant ainsi arrangées, Aureilg^Zdi alli trouver le prince Mourad. Auprès de Madoura, il le supplia de venir souper dans sa tente; là il redoubla de caresses et de soumission envers lui, < jusqu'à lui passer doucement son mouchoir sur le visage pour lui essuyer la sueur et la poussière ». Sur la fin du repas, il fil apporter des vins de Kaboul et de Chiraz, mais il se leva gaiement et sortit : ce qui n^étonna pas d'un c saint » tel que lui. Mourad resta à boire avec ses officiers jusqu'à que Texcès de boisson Teût endormi Alors Aureng-Zeb entra, éveilla Mourad d'un coup de pied et lui dit : € Quelle honte et quelle infamie est celle-ci? Un roi comme toi avoir si peu de retenue que s'enivrer de la sorte! Qu'est-ce qu'on dira de toi et de moi? » Il fil lier pieds et mains à cet « ivrogne j> (juillet 1658). Plus tard il le livra aux parents d'un homme tué autrefois par Mourad : ils exercèrent sur lui la loi du lalion.
Tout de suite après, Aureng-Zeb poursuivit Dara. Celui-ci, après beaucoup d'aventures, fut livré au vainqueur. Aureng-Zeb
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ne eraignit pas de le faire promener dans Dehli, attaché sur un vieil éléphant. L*émotion de la ville fut si forte à ce spectacle que Bernier s'attendait « à quelque étrange tuerie ». Tout se borna à une petite émeute, vivement réprimée, et aux larmes versées par la multitude, qui adorait ce prince demi-indou et délestait son frère victorieux, le musulman fanatique. Dara fut assassiné dans sa prison (1659) et sa tête apportée à Aureng- Zeb, qui se borna à dire : t C'était un Kafir » (un païen).
Shoudja donna plus de soucis au vainqueur. Il avait réussi à séduire, en lui promettant la main de sa fille, Mohammed, fils aîné d*Âureng-Zeb. Mais les Bengalais efféminés ne purent tenir tèle aux vieilles bandes d'Aureng-Zeb. Il n'y eut môme pas une grande bataille, mais une série de petits combats, qui ramenèrent les Bengalais de Bénarès et Allahibad sur le Gange inférieur. Aureng-Zeb usa d'un procédé qui lui avait déjà servi à jeter la méfiance entre les Radjpoutes et Dara : il fit tenir à Shoudja des lettres (vraies ou fausses) qui prouvaient que le prince Mohammed négociait avec le vainqueur. Shoudja éloigna son neveu, qui n'eut d'autre ressource que de faire sa soumission à son terrible père : il fut enfermé à Gwalior, où il mourut seize ans après (1676). Quant à Shoudja, que des corsaires portugais avaient transporté dans l'Arakan, il n'aborda dans ce pays que pour y disparaître, lue par quelque brigand ou quelque bêle féroce (1660). Ainsi Aureng-Zeb avait triomphé de son père, de ses trois frères, même de son propre fils.
Règne d'Aureng-Zeb(166O-1707) : orthodoxie musulmane; intolérance. — Dès juillet 1658, Aureng-Zeb avait commencé à faire frapper la monnaie à son coin et dire la prière en son nom; le 26 mai 1659, il se fit couronner solennellement. Si Ton ne fait commencer son règne qu'à 1659, c'est encore une durée de quarante-huit ans. Cela suffit amplement pour que cet âpre génie, ce « grand politique » et ce « grand roi *, comme l'appelle Bernier, ait pu imprimer aux destinées de l'empire mongol une direction décisive.
De son caractère se déduit logiquement tout son fègne, gouvernement et guerres. Lui qui a fait périr ses frères et emprisonner son père à litre de Kafirs, il est le premier empereur
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tmogol qui ait été waiment un bon muaulman orthodoxie, fiien .'plu8, il est un zélateur, un purilain, ua derfwhejUaaebiAi^'^i «ayait annoncé au temps de sa jeunesse, il le fut sur le trAne. Il .ne buvait pas de vin, mais de Teau pure.; il ne mangeait pas de viande, mais du pain de pauvre, du pain de millet. U avait horreur de Fopium et des autres toxiques qui ont abruti tant de ses prédécesseurs ou successeurs. Il dormait sur la terre nue. jB était vêtu simplement, n*avait ni bijoux, ni vaisselle précieuse. Il observait tous les jeûnes, même lexténjUjant carême du .Ranfiadan. Conformément aux préceptes du Koran, il travailhut de ses mains, était devenu un habile fabricant de chéehùu. Deux fois il copia le Koran tout entier d'une friture cikUignipbiqiMil et Ot don des copies richement reliées aux deux villes saioto d'Arabie* Économe et même avare pour, toute autre dépense^ Jl était magnifique en aumânes. Aux yeux des chrétiens, il pam pour un hypocrite; aux yeux des Indous, pour un tyran ffuiitique; pour les musulmans, il est vraiment un c saint ». On apo dire de lui qu'à lé juger par les préceptes du Koran il n'a jainaii commis une injustice.
Ce c pauvre » volontaire, ce derviche sut déployer à rpcca- .sion une magnificence impériale, comme dans, ses splendides constructions d'hospices et de mosquées, comme dans ce voyage ou plutôt ce pèlerinage de Kashmir qui dure dix-huit mois (1684- 1665) et où Bernier a pu dénombrer 35 000 cavaliers, 10 000 fantassins, plus de 100 canons avec une suite de 3 ou 400000 personnes. Ce buveur d'eau avait un solide tempérament qui le fil durer jusqu a près de 90 ans. Il fut un terrible chef de guerre au service de son Dieu, faisant de toutes ses guerres autant de guerres saintes contre les musulmans hérétiques du DekkaD, contre les sectaires de Pendjab, contre les païens du Radjpoulana et du pays Mahratle, combattant jusqu'au dernier souffle pour la Foi et mourant dans un camp.
Si fanatique qu'il fût [d'orthodoxie, il ne put songer à convertir cent millions dlndous. On s'accorde à constater que ses persécutions, mentionnées dès 1669, ne furent jamais accompagnées de cruautés envers les personnes ; en outre, quand il fait détruire le temple de Vichnou à Bénarès et une chapelle à
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Madoura, quand il souille le temple d'Allahàbad en y faisant égorger une vache, quand il enterre les idoles sous les inarches de la Grande Mosquée d'Agra afin que les Croyants aient la joie de les fouler aux pieds, on peut dire qu*il usait simplement de représailles contre les tentatives des brahmanes pour convertir ses sujets musulmans. Quand il entreprit d'imposer le djézyeh * ou capitation à ses sujets non-musulmans, c'était pour obéir au précepte du Koran qui prescrit d'en frapper les Infidèles (1G80). La résistance prit les formes les plus diverses et les plus vives. A Dehii, le peuple se rassembla en une telle multitude que l'empereur ne put en fendre les flots pour se rendre à la mosquée : contre cette insurrection passive, il fallut diriger des charges de cavalerie et d'éléphants qui écrasèrent beaucoup de monde. Les troubles et la répression durèrent encore plusieurs jours, puis ce peuple efféminé se soumit. Révolte des Satnamis. — Il n'en fut pas de même dans certaines provinces. Dans le Mevat (au sud-ouest de Dehli), les paysans fanatisés devinrent les Fakirs Satnamis (dé Salnam : au nom de Dieu), Au nombre de 5000, ils occupèrent la ville voisine de Narnaoul, pillèrent les cités et les districts, battirent les milices locales, formèrent bientôt une armée de 30 000 hommes, se mirent en relation avec les Mahrattes et les Radjpoutes et marchèrent sur Dehli (1612). C'étaient, dit Saki-Mustaïd, « de sanguinaires et misérables rebelles, orfèvres, charpentiers, balayeurs, tanneurs et autres êlres ignobles, braillards et fous de toute sorte... Ils combattaient avec la bravoure des anciens rebelles dont parlent les histoires... La bataille fut terrible... Le peuple Ta surnommé Mahabharat, à cause du grand massacre d'éléphants qui eut lieu dans ce jour d'épreuve. » Khafi-Khan ajoute : « On a dit que les glaives, les flèches, les balles de mousquet n'avaient pas d'effet sur eux, et que chaque flèche ou balle tirée par eux contre l'armée royale abattait deux ou trois hommes. On croyait qu'ils usaient de magie et sorcellerie... Ils
1. Voir ci-dessus, l. I, p. "47, surTapplicalion du djézyeh aux sujets non-musulmans clans les divers khalifnts. — Dans l'empire turc, le djézyeh ou capitation s'appelle plutôt kharadj; et quand il s'agit du kharadj frappant les terres, c'est alors le kharadj-érazy (voir ci-<lessu3, t. IV, p. 756).
auraient eu des chevaux en bois, animés par magie, sur lesquels leurs femmes chevauchaient à l'avant-garde. » Contre cette sorcellerie Aureng-Zeb usa d*une autre : < De ses propres mains, il écrivit des prières et devises (du Koran) et les fil coudre sur ses bannières et étendards. > La révolte des < Fakirs» fut alors noyée dans le sang.
Soulèvement du Radjpoutana. — Le soulèvement des Radjpoutes eut également pour cause principale l'imposition du djézyeh. L'empereur en personne marcha contre les rebelles. 11 se heurta à la coalition des trois principaux Etats du Radjpoutana, — Mévar (Odéïpour), Marvar (Djodpour) et Amber (Djéïpour), — qui mirent sur pied 25000 cavaliers (1681). Après quelques succès médiocres, il fut obligé d'en venir avec les princes à un accommodement qui supprimait le djézyeh. Il n'en fut pas moins inquiété dans sa retraite par les confédérés. Le résultat de cette campagne, c'est que l'alliance qui, depuis Bâber, unissait les belliqueux Radjpoutes aux empereurs mongols fut à jamais rompue. Ces fils du héros Rama, ces orgueilleux descendants du Soleil et de la Lune, dont le glorieux sang, par tant d'unions, était passé dans les veines des GranJs- Mogols, et parmi lesquels ceux-ci recrutaient les états-majors et les armées de l'empire, se tinrent désormais à l'écarl. Les « Cinquante mille glaives » gardèrent une neutralité hostile dans les guerres qu'Aureng-Zeh allait avoir à soutenir dans le Dekkan et contre les Mahraltes.
Commencements des Sikhs. — Dans le Pendjab s'était formée une secte nouvelle, qui à son tour allait former une nouvelle nation : les Sikhs. Un certain Nanak, né vers 1469, près de Lahore, d'un kchatrya (noble indou), et qui mourut en i5.*î9, en avait été le prophète. On trouvera plus loin le détail (leia doctrine prèchée par Nanak*. Il suffit de dire (jumelle était un essai de synthèse entre le brahmanisme et rislaniisme, qu'elle tendait à grouper les races diverses et les religions diverses du Pendjab en un seul peuple professant une seule foi. Les successeurs de Nanak, les Gourous [Maîtres), devinrent