Voir aiiv Ionien X «M Xï «le VHisloite générale
LES 6RANDS-M0G0LS 873
peu à peu, en même temps que les chefs spirituels, les chefs de guerre du nouveau peuple. Le cinquième Gourou, Ardjoun (1681-1606), était déjà une puissance dans le Pendjab quand Aureng-Zeb le fît arrêter et mettre à mort (1606). La secle n'en prit que plus de vigueur, et les successeurs d'Aureng-Zeb auront déjà à compter avec les redoutables disciples de Nanak. Guerres de TAfghanistan, de TAssam, de TArakan. — Pendant ce règne, TAfghanistan fut maintenu dans l'obéissance : une révolte de Kaboul fui domptée. — De 1662 à 1663, eut lieu l'expédition contre TAssam, où périt « la fleur des Afghans, des Persans et des Mongols » et où les envahisseurs durent reculer devant Tabondance des pluies et Tacharnée guérilla des indigènes. — En 1666, pour punir le roi de TArakan, dont les pirales faisaient cause commune avec les corsaires portugais de THougly et autres « frères de la côte », TArakan fut conquis et sa capitale, Chittagong, prit le nom dlslam-Abad. Guerres du Dekkan : conquête de rinde péninsulaire. — Les grandes guerres d*Aureng-Zeb, qui furent aussi des guerres de religion, ce sont celles du Dekkan. Il y avait dans rinde péninsulaire trois principales dynasties musulmanes, toutes trois du rite chiite, et, sous les suzerains hérétiques, une inflnilé de radjas idolâtres. Ces trois monarchies étaient : celle des Kulb-Shah, à Golconde; celle des yldî7-5AaA, à Bidjapour; celle des Nizam-Shah, à Ahmednagar. Les conquêtes des empereurs Akbur et Shah-Djàhan avaient achevé la ruine des Nizam-Shah. Des provinces conquises, s'était formé le Dekkan mongol, dont le gouverneur porta dès lors le titre de soubab du Dekkan. Aureng-Zeb, après un rude siège, |prit Bidjapour et ruina cette capitale (1687). Ce fut le tour du roi Abou'l- Hasan, roi de Golconde. Celui-ci, depuis 1667, se tenait enfermé dans sa forteresse de Golconde. Haïderabad et d'autres places furent occupées. Toutes les satisfactions qu'offrit alors le malheureux Abou'l-Hasan, l'envoi même de ses trésors et de .ses bijoux, ne désarmèrent point Aureng-Zeb. Alors le prince chiite se résolut à une vigoureuse défense de Golconde : il succomba, fut traité courtoisement par l'empereur, mais retenu prisonnier (1687). Les armées impériales soumirent ensuite les
princes païens du Midi. L'empire s^étendil jusqu'à Trilchinapoly, mais non jusqu'à la pointe sud de la Péninsule.
Commencements des Mahrattes : Sivadji « le brigand ». — Il semblait que l'unité de l'Indouslan fût presque réalisée sous le sceptre du Grand-Mogol. Ce sont pourtant ces conquêtes imprudentes dans < le Midi » qui devaient précipiter la chute de son empire. Avec l'organisation si imparfaite de sa monarchie, c'eût été beaucoup pour lui que de gouverner en paix rinde septentrionale. L'Inde méridionale fut à peine conquise qu'on put déjà la considérer comme perdue. Il était reUtivement facile de jeter à bas les dynasties chiites de Bidjapour et de Golconde; mais on n'avait pas compté avec les redoutables forces nationales et sociales dont ces deux monarchies n'avaient fait que dissimuler l'existence. Un seul des pays naguère vassaux du roi de Bidjapour suffît pour ruiner les conquêtes d'Aureng-Zeb.
Entre le rivage de la mer d'Oman et le méridien d'Aureng- Abad, entre les monts Satpoura, au nord, et le port de Goa, au sud, s'étend une région montagneuse dont la crête est formée par les Ghâts. Dans ces Hautes Ten^es^ habite un peuple qui est bien une nation, car il a une langue commune, quoique subdivisée en dialectes, le mahratliy et une religion commune, l(* brahmanisme. Seulement, comme il était partagé entre um* infinité de tribus et de clans et nominalement partagé entre les royaumes d'Ahmednagar et de Bidja|)our, on avait pu lonirtemps ignorer son existence. Pourtant les rois voisins avaient compris le parti qu'on iM)nrnut tirer de ces montagnards petits, robustes, agiles, hardis cavaliers. Les rois dr Bidja|)0ur les avaient onrolés dans leurs milices de garnison, dans leur cavalerie légère et hîur avaient distribué des iijatfuirs (liefs).
Un do ces fijarguirdars, Sluihdji Bhonsia, devint, au service des rois de Bidjapour, gouverneur de Pouna et Bangalore. H fut l<» j»(M'e de Sivadji, (|ui nafjuil en 1027, apprit le métier Je brigand parmi les montagnards des GhiUs, et devint ainsi « un lils <lu diable, un père de la ruse ». Il s'empara de quelques forts d«» montagne presque abandonnés par le gouvernement «le Bidjapour, raptura, en IGiS, un convoi du trésor royal el
LES GRANDS-MOGOLS 87a
occupa tout le Konkan septentrional. Jusqu'alors il avait respecté le territoire mongol, et même, pour se garantir contre les vengeances du Bidjapour, fait agréer ses services à Tempereur Shah-Djàhan. Il profita de la guerre de 1656 entre le Grand- Mongol et son ancien suzerain pour étendre ces usurpations. En 1638, il détruisit une armée de Bidjapour. Puis, ayant offert sa soumission au généralissime d*une nouvelle armée, il obtint de lui une entrevue et, en faisant mine de Tembrasser, Tétouffa dans ses mains armées de gantelets à griffes de fer. Sivadji « le brigand » finit par réunir sous son autorité tout le pays mahratle et put mettre sur pied 50 000 guerriers. Il ne craignit plus d'insulter le territoire mongol et poussa jusqu'à Aureng-Abad. Il surprit et saccagea Surate (1664). Le radja de Marvar, Jasvant-Singh, envoyé contre lui, le ménageait à tilre de coreligionnaire, lui fit obtenir un accommodement avec Tempereur. Il fut même convenu que Sivadji serait présenté à la cour de Dehli. Le Mahratte n'y fut pas reçu avec les honneurs auxquels il prétendait et, ne s'y trouvant plus en sûreté, s'en évada caché dans un panier. Il revint dans ses montagnes plus enragé contre les musulmans (1666), s'empara de leurs forls dans le voisinage, contraignit les gouverneurs mongols à lui payer, comme faisaient déjà les rois de Bidjapour et de Golconde, un tribut d'assurance contre le pillage (le chaoulh). En 1673, il passe la Nerbadda pour ravager le territoire impérial. En 1677, il apparaît sous les murs de Madras, enlevant Gingy (Djindji), Vellore, Arni. Dans toute llnde péninsulaire, d'une mer à Tautre, il est plus maître que le Grand-Mogol et que les rois du Midi. La puissance mahratle était fondée quand il mourut subitement en 1680, à cinquante-trois ans.
Sous Sambadji, son fils, sous Kama, régent pour son neveu. la guerre mahratte prit une acuité nouvelle, exaspérée de fanatisme indou, depuis que l'empereur avait voulu imposer le djézyeh. Tous les mécontents de l'Inde accouraient pour renforcer les bandes vengeresses des Mahrattes. Quand Aureng- Zeb eut détruit Bidjapour et Golconde, il résolut d'en finir avec ces « rats de montagne ». Ce fut la période la plus rude de sa carrière militaire. De 1687 à 1707, il épuisa ses forces et toutes
les forces de son empire à pourchasser des bandes de maraudeurs, à offrir des batailles que déclinait celte légère cavalerie, à prendre une a une des forteresses qui étaient reprises TanDée suivante. Ce furent les années de la < ruine d*Aureng-Zeb ». Radjpoutes, Sikhs, Mahrattes, toute la réaction indoue décbainée par la persécution, rongeaient son empire. Il n*eut quuoe heure de joie, en 1689, quand Sambadji, surpris par un parti niongol, fut amené devant lui et périt dans les tourments. Pourtant, même après ce succès, la guerre mahratte dura encore dix-sept ans : Aureng-Zeb n*en devait pas voir la Gn.
Dernières années d' Aureng-Zeb. — Son despotisme avait semé partout la révolte et la trahison. Il ne se flait plos à personne : pas même à ses médecins, dont il n'acceptait les potions qu'après les leur avoir fait goûter. Pour se garder contre les grands, il les obligeait à laisser à sa cour leurs femmes et leurs enfants. Le souvenir de ce qu'il avait osé contre son père lui faisait tout craindre de ses fils. Il en avait eu cinq : Mohammed et Shah-Âlam, d'une princesse radjpoute; Azam et Akbar, d'une princesse persane; Kam-Bakch, d'une chrétienne de Géorgie.
Le premier mourut dans |les cachots de Gwalior (1616); le second, si doux cependant et même si insigniflant, passa sept années en prison (1G87 1694); les autres furent tenus sous une ri'^'^ounHise surveillance. Tous les fils d'Aureng-Zeb le crail^naient; aucun ne Taimait. L'cmpereur-derviche, en ses derniers jours, ressentit i'amerlune de son royal isolement. Il se nMrouva seul devant son Dieu terrible, avec ses terreurs, loules purilaines, du péché et de la damnation. Quand, dans son camp d'Ahniednairar, en une suprême campagne contre les Mahraltes, le souverain nonaj^énaire sentit venir la mort, rien de plus triste qu(» l(»s lettres à Shah-Alam, son héritier, à Kam-Bakch. le plus aimé de ses fils. Il écrit à ce dernier : « Ame de mon àmeî... Maintenant je suis seul et je m'en vais... Chaque supplice (juc j'ai infligé, chaque péché que j'ai commis, j'en emporte avec moi les conséquences, il est étrange que je sois venu au monde sans rien, et (jue je le quitte suivi de celte prodi|:ieuse caravane de péchés... De quelque côté que je porte mes re^rards.