‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 130 sur 167 · ORGANISATION DE LEMPIRE MONGOL · texte numérisé non relu

ORGANISATION DE LEMPIRE MONGOL

irecte, à Taide des pendjayat, semble avoir été Tancien régime Le rinde jusqu*à la conquête musulmane, de môme qu*il tend t redevenir le commun régime de Tlnde britannique.

Les conquérants musulmans ne voulurent pas entrer dans m détail si minutieux. Surtout dans le Nord, ils groupèrent les communes en districts plus ou moins étendus, à la tête de chacun desquels ils placèrent un zemindar, fermier de Timpôt. Un tel régime était cruellement oppressif pour le paysan, d*autant plus que les Mongols trouvaient avantageux de remettre périodiquement aux enchères Temploi de zemindar. Il arriva cependant que cet emploi fut acquis par quelque puissant seigneur du pays ou que le zemindar étranger eut le temps de prendre racine dans le pays. Il ne fut plus alors un simple percepteur ou fermier, mais une sorte de seigneur terrien, un grand feudataire chargé de la police, de Tadministration, et levant des troupes à Tappel du souverain : si bien que, lorsque les Anglais eurent conquis le Bengale, ils purent admettre que le véritable propriétaire du sol n*était pas le paysan, mais bien le zemindar. Assez analogue au zemindar du Bengale et du Béhar était le ialukdar de TAoude et de la région de Bombay.

Pour s'assurer un service militaire permanent, les Grands- Mogols investissaient leurs hommes d'un mansab, dotation soit en argent, sous forme de pension, soit on terre. Quand la dotation est constituée en terre, elle s'appelle un djaguir. Elle est alors analogue à nos fiefs d'Occident, aux pomiestia russes, mais surtout aux limars et ziams de l'empire ottoman. Les mansabs et la plupart des djaguirsy en principe, sont viagers et même révocables à la volonté du souverain. Selon l'importance du fief, le fîefTé devait soit le simple service personnel de cavalier, mais toujours avec deux chevaux ; soit le service à la tête d'une troupe de cavalerie.

L'armée du Grand-Mogol. — Outre les mansabdars, appelés aussi émirs, grands ou petits, tous musulmans, mais parmi lesquels beaucoup de Persans hérétiques, l'empereur soldait un grand nombre de Radjpoutes, commandés par leurs seigneurs naturels, les radjas. C'est pour varier encore la composition de ses troupes qu'il soldait également des Afghans. Tous

HiSTOIRB OÉniRALX. VI. 56

882 LlNDOUSTAN

ces flefTés ou soldés fournissaient un total de 200000 cavaliers, dont 40 000 attachés à la garde de Tempereur. L*infanlerie, moins considérée, était aussi moins nombreuse que la cavalerie: 15 000 hommes à la cour, à peu près autant dans les provinces. Elle était fort médiocre : les mousquetaires, qui en formaient Télite, tiraient c assis à terre sur le cul » et appuyant le caaon du mousquet sur une fourche de bois. Le personnel de rartilr lerie était surtout composé de Frandji (Francs) : Portugais, Anglais, Oollandais, Allemands, Français, pour la plupart déserteurs des Compagnies européennes. Le matériel se composait, pendant les déplacements d*Aureng-Zeb, de grosse artillerie (70 pièces, la plupart en fonte); d*artilleric légère, dite « de rétrier », parce qu'elle ne s'éloignait jamais du prince (50 à 60 pièces, toutes en bronze, bien montées sur de petites charrettes et pourvues de caissons); enfin de 2 ou 300 pierriers portés à dos de chameau. Au reste, dans ces armées encombrées de centaines d'éléphants, de 2 ou 300000 non-combaltants, il n'y avait ni science tactique, ni bon ordre. Elles marchaient « quasi comme des troupes de moutons ». Berniera déjà pressenti que quelques bons régiments européens passeraient « sur le ventre à toutes ces armées ».

Les finances du Grand-Mogol. — L'impôt foncier, à lui seul, produisait, vers la lin d'Alvbar, 19 630 000 livres slerling^; dans les premières années d'Aureng-Zeb. 23 410000; après sa conquôle du Dekkan, 43oî)0 000. Ce chilTre doil èlre' porté au double si l'on veut y comprendre les autres sources Je revenus que fournissaient le djézije/i, les impôts de consommation, les douanes et droits de transit, le produit des mines dor et de diamants, les déshérences, amendes, confiscations, les tributs des divers peuples ou radjas, les gros présents que tous les fonctionnaires et liefTés soni tenus de faire à Tempereur à certaines fêtes de Tannée. Aureng-Zeb aurait donc disposé, vers l<)9i), de près de 90 millions en livres sterling, soil 2 milliards 2î)0 000 livres de France, à une époque où le budgel de Louis XIV n'atteignait pas 200 millions.

Les arts et les métiers. — On a déjà parlé des monuments de riude. Les arts plastiques, du moins la peinture, y

Staienlplus développés qu'en aucun autre empire de Tlslam. Les musulmans n'y avaient pas les mêmes scrupules koraniques. Un a des portraits non seulement de Siiah-Djàhan, mais du dévot Aureng-Zeb, œuvres d'artistes indigènes. On a des miniatures exquises représentant des scènes de guerre et de chasse. Tous les arts de l'ornement ont été poussés à la perfection par de patients et ingénieux travailleurs. Et enfin, à côté des magnifiques mosquées de Shah-Djàlian, l'Inde resplendissait des merveilles de l'architecture indoue, à la fois curieuses par l'infini du détail, piquantes de fantaisie, stupéfiantes par le colossal des proportions.

Les industries eussent été plus brillantes si l'artisan indigène n'eût pas été privé de toute sécurité par l'arbitraire et l'avidité des gouvernants. Le moindre émir se donnait le plaisir de lui prendre sa marchandise ou de le faire travailler sans le payer et sous la menace du fouet. Il n'osait donc « paraître avoir un soQ de réserve, ni porter de bons et beaux habits, ni faire bonne chère, de peur qu'on ne le croie riche... Ce n'est jamais que la pure nécessité ou le bâton qui le fait travailler. » (Bernier.)

///. — Les Compagnies européennes.

Débris de Tempire portugais ' dans rindoustan. —

Les Portugais, de toutes leurs conquêtes dans l'indoustan, ne gardaient plus, au temps où ïavernier visita leurs établissements (1686), que ce qu'ils possèdent encore aujourd'hui : Goa, nie de Diu avec sa haute forteresse et ses deux villes, l'européenne et l'indigène, l'îlot de Salsette, les ports de Daniào el Margào. Bombay avait été cédé, en 1662, à l'Angleterre.

Les Portugais laissaient derrière eux une histoire glorieuse, un mirage de richesse inouïe, mais une fâcheuse réputation d'intolérance. Avant toute autre nation européenne, ils avaient pi'atiqué le dressage des cipayes (sepoys) ou soldats natifs, les fructueuses interventions dans les querelles des princes

Page 1