‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 131 sur 167 · Voir ci-cli'ssiis, l. IV, p. 883 cl siiiv · texte numérisé non relu

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indigènes, et enseigné comment, par une nation plus puissante que le Portugal, Timmense Indoustan pourrait être conquis. En outre, ils avaient admis les unions avec les femmes da pays : c'est pour cela qu*il existe aujourd*hui sur les côtes de rinde des milliers d'Eurasiens (métis) de sang portugais. Pour la période qui nous occupe, il n'y a guère à signaler que leur établissement d'Hougly dans le Gange : comme ils y faisaient plus de piraterie que de commerce, ils en furent chassés eoi63(^ et transplantés à Agra par Tempereur Shah-Djàhan. En outre» dans Tile de Sandip, en face de Ghittagong, un Augustin portugais, Fra Joâb, s'était arrogé une sorte de royauté : cette Ile étûl aussi un nid de corsaires; leurs excès provoquèrent en partie la conquête de TArakan par Aureng-Zeb (1666).

Entreprises espagnoles, Scandinaves, allemandes. — De 1580 à 1640, les Espagnols avaient été maîtres dans toutes les colonies des Portugais; mais ils n'essayèrent pas de s'y substituer à eux; ils n'en ont rien gardé. — Les Danois, ou plutôt les Norvégiens, formèrent en 1612 une Gompagnie des Indes, achetèrent Tranquebar, sur la Gavéri (1616), au radja de Tandjaor, eurent des comptoirs à Sérampour (sur l'Hougli), Porto- Xovo (Coromandel), Eldora et Holtchéri (Malabar). Leur Com- |)agnie fit de mauvaises affaires et fut dissoute en 1634. Trois autres Compagnies, fondées en 1034, 1686, 1732, ne réussirent pas mieux. Les Danois ont cependant conservé Tranquebar jusqu'en 1845. Ils l'ont alors cédé aux Anglais. — Une Compagnùsuédoise, fondée par la reine Christine, fut dissoute en 16"i. D'autres tentatives au xviii'' siècle, notamment en 1731 et 1"W, n'eurent pas plus de succès. — Les Russes ont voyagé dans l'Inde dès le xv° siècle, comme le marchand Xikitine, mais le nom russe n'a commencé à v retentir, comme une lointaine m(»nace ou une lointaine espérance, qu'en noire siècle. — Les Belj;:es n'y ont paru qu'au xvni" siècle : la Compagnie JOstende (1722), au temps de l'empereur Charles Yl, occupaKoLlon (près de Pondichéry) et Bankipour (près de Calcutta). — En 1"20, une Compagnie autrichienne, dile de Trieste, obtint une concession au Bengale. Relevée par Joseph II, qui voulait fair%: concurrence à Venise, elle fut presque aussitôt ruinée par L:

nulle part ils n'essaient de s'établir en colons, ni de prêcher le christianisme, ni de propager leur langue, ni de détrôner les princes. Le chef-lieu de leur empire colonial est hors de Tlndoustan; le gouverneur général et le conseil siègent à Batam: des sept gouverneurs qui en dépendent, un seul est en pays indou : celui de Geylan. C'est dans cette île que tient garnison leur seule armée indienne : 2000 Européens et 6000 cipaves. Ils se contentent d'être les premiers « épiciers » du globe. Aussi ont-ils dû, dans l'Inde, céder la place aux Anglais et aux Fran(;ais*. Ils n'ont gardé dans les mers indiennes que leurs établissements d'Australasie.

La Compagnie anglaise. — Les Anglais ne sont arrivés dans l'Inde qu'après les Portugais et les Hollandais. Pourlanl, en 1S83, un émissaire britannique, Stevens, était arrivé à Gua sur un navire portugais; il y fut rejoint par deux autres, John Ncwbury et Ralph Fitch, porteurs d'une lettre d'Elisabeth pour l'empereur Akbar. Tous trois furent chassés de Goa par la jalousie portugaise, visitèrent Belgaum et Golconde, parvinrent enfin à Agra, furent reçus par l'empereur Akbar et autorisés à explorer le Bengale. Ils revinrent en Angleterre, déclaranl qu'il n'y avait rien à faire là-bas. Dans les mers indiennes, les Anglais avaient une assez mauvaise réputation à cause des pirateries de I^aiicasler (1002). Enfin, en 1399, se forme la première r4C)inpa<inie anirlaisc* des Indes orientales *. En i6H^ s'établit à Surate le premier comptoir britannique. A la cour (l(î Tcnipereur Djahaii -Gir parurent successivement les envoyas britanniques Ilawkins (160;)) et Thomas Roë (1614-1016) : nous devons à celui-ci de précieux renseignements sur l'cnipin' moii*z()l. La doctrine professée par Roë est encore qu'il nefaul pas songer aux conquêtes, qu'on doit se borner à tenir la mor

1. Aujounriiui iU n'y o»! plus rien. LonI Gliv«' leur a pris Cliin>iira. ilan-^ !•' DcFip'ilc. ni !':>',) : loni Corinvallis los a cliassOs ilo Ct'vlan en fT'Jo. Mônn' If' postes (|(tnt ils axaient jalnnn»* la ronle des Indes leur ont échappé : 1 1'»* Maurice a «'té occupée i>ar les Français en 172!, par les Anglais en l^l": •'' Cap, conipiis par les An^Mais en l''.»5. reslilué an Irailé d'Amiens, con(iiii> «l*' n«»uv<'au en 1M)W. est reste p()sse>si<)n l)rilanni(]ue.

2. Les lellres patentes d'Èlisahtdh lui conféraient nn prixiNVe e\clii>if '''" «juin/e ans: le capital social étail «renviron 80 000 livres ^lerlin^: le''"' uniipie (le la .Sociél»- était le Iralic; donc ni planlalion, ni colonisiiticn. i" concjuêles. Kn 100^, s'élait formée, tlans l'Inde, une Compagnie écossaise.

LES GOMPAGNIRS BUROPÉKNNES 887

et à faire pacifiquement le commerce. Il s'étonne de voir des Européens bataillant entre eux dans les Indes, comme s'il n'y avait pas « de la place pour tous ».

En 1639 eut lieu la première acquisition territoriale des Anglais : au radja de r4handragheri ils achetèrent le village de Madraspatam ; telle fut l'origine de Madras. Ce qui fixa leur choix sur cet emplacement, c'était le voisinage des Hollandais a San-Thomé, non «ju'ils voulussent leur faire échec, mais, au contraire, afin que les deux villes européennes pussent s'entr'aider contre les indigènes. — En 1644, ils arrivèrent au Bengale et, grâce au médecin anglais Broughton, qui avait guéri une fille de Shah-Djahan, ils obtinrent le droit d'y trafiquer (1651).

En 1656, ils fondèrent un comptoir à Ilougly, sur un bras du Gange; plus tard, à Kàli-Kotta (village de la déesse Kàli) : c'est l'origine de Calcutta. Dans les mêmes régions ils eurent dos comptoirs à Kasim-Bazar et Patna.

Le roi d'Angleterre Charles II était 1res favorable à cette Compagnie, dont il renouvela quatre fois la charte. Quand il épousa, en 1662, Catherine de Bragance, son beau-père, le roi de Portugal, mit dans ta corbeille de noce Tanger et Bombay. Deux ans après, Charles II fit don de Bombay à la Compagnie : celle-ci prétendait que l'îlot de Salsette fût compris dans la donation; mais les Portugais eurent gain de cause sur ce point. Sur la côte Est, les Anglais s'établissent à Mazulipatam et à Pipley (dans l'Orissa).

Jusqu'alors c'était à peine si le souverain maître des Indes avait daigné s'apercevoir de la présence de ces étrangers sur des points imperceptibles de son immense empire. Mais en 1686 les Anglais du Bengale eurent à subir les avanies des autorités locales; pour en punir le nabab du Bengale, le capitaine Nicholson remonta l'Hougly avec quelques troupes. Il fut arrêté par l'artillerie, rejeté sur Kùli-Kolla. En représailles de son agression, les factoreries anglaises de Patna et Kasim- Bazar furent pillées. A son tour, le nabab crut avoir bon marché des Anglais démoralisés; mais ils se défendirent dans leurs comptoirs du Bas-Bengale, repoussèrent l'ennemi, prirent Balasor, capturèrent 40 navires. Une trêve s'ensuivit entre les belli-

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gérants. Elle fut rompue par le capitaine Heath, qui arrivait au secours de ses compatriotes avec deux navires. Aureng-Zeb, fatigué de tout ce bruit, intervint, envoya des troupes qui battirent les Anglais et les expulsèrent du Bengale, et, dans les autres pays de son obéissance, fît bloquer Bombay, piller leurs établissements de Surate, Mazulipatam, Vizigapatam. Ils étaient presque chassés de Tlnde, quand ils firent d*humbles soumissions au conquérant mongol et obtinrent ainsi la paix.

Ces humiliations leur firent comprendre que, même pour faire le commerce, il leur était nécessaire « de se rendre indépendants et d'acquérir une puissance territoriale » (Mill). Mais les moyens d'acquérir cette puissance, c'est des Français qu ils devaient les apprendre.

Au début du xvni* siècle, en 1108, quand une nouvelle charte royale eut renouvelé les privilèges de Tanciennc Compagnie, les Anglais ne possédaient encore dans les Indes que deux établissements ayant un caractère militaire : Madras et Bombay. En outre, ils avaient quelques comptoirs, mais en plus petit nombre que les Hollandais. Madras et Bombay, ces futures capitales d'empire anglais plus vastes que l'empire d'Allemagne, n'étaient alors que les chefs-lieux de petits cantons. Elles formaient déjà deux présidences autonomes, avec un président assisté d'un conseil et nommant à tous les emplois; rélément militaire était étroitement subordonné à Télément civil *.

Les Compagnies françaises : premiers essais. — Vers IGOO, Pierre Vampenne, de llouen, était propriétaire de 17 navires faisant le trafic des Indes. En IGOl se forme à Saint- Malo une société qui équipe deux navires : le Croissant et le Corbin. Sur chacun d'eux est embarqué un futur narrateur des choses de l'Inde : Martin de Vitré et Pyrard de Laval. Ce ne fut d'ailleurs qu'une reconnaissance, qui se heurta bientôt à l'hostilité des Hispano-Portugais, des Hollandais et des Anglais. On

1. A Londri's, la CDiiipa^Miic élail adininislr»'»' : P jiar la Cour des propriétaires^ où riilraicnl tous les aclionnaires possédanl pour 500 li>res t\e Slod- Indidi 2" i>ar la Cour des directeurs, au nombre «le 24 el élus |>ar les iim' ju'iélaires. La Compagnie hmùI le plein monopole «lu commeree «le rin«le: iimÎ"^ elle accordait «les licences à «le « lihres mnrchan«ls », fixant la «lurée «le leur s«''jour «l.ins rin«l«* el l«'s ohlip'ant, au r«*lour, à réaliser leur fortune en marcha n«lis«"s «l«''termim'«'s.

comprit alors la nécessité de former une véritable Compagnie : Henri IV lui donna des lettres patentes (i" juin 1604)*.

Ainsi la première Compagnie hollandaise remontait à 1594, la première Compagnie anglaise à 1599, la première Compagnie française à 1604 : les nations concurrentes se suivaient de près! Notre première Compagnie eut peu de succès; en 1615, Henri IV la fit se fusionner, sous le nom de « Compagnie des Moluques », avec une société qui venait de se former à Ronen, grâce à deux marchands de cette ville, Muisson et Canis. En 1616, deux vaisseaux partirent, sous de Nets, ancien officier de marine, et Antoine Beàulieu, explorateur sur les côtes d'Afrique et qui a laissé une relation de voyage dans l'Inde. Les équipages étaient en grande partie hollandais. Dès qu'on eut touché à Java, les autorités bataves leur enjoignirent de déserter le service français, et la campagne fut perdue. En 1619, trois nouveaux navires partirent de Honfleur, sous Beàulieu : le Montmorency y V Espérance et Y Ermitage. On perdit V Espérance sur les côtes de Java, peut-être grâce à la malveillance hollandaise. La Hollande était alors notre plus acharnée rivale en Orient, bien qu'en Europe les Français combattissent pour son indépendance.

En 1642, la Compagnie est reconstituée par Richelieu sous le titre de « Société de l'Orient et de Madagascar », avec un monopole de vingt ans pour le commerce des Indes. Elle eut pour premier souci d'établir des points de relâche sur la route de rindoustan : en 1642, on occupa l'île Bourbon et Pronis fit la première descente en Madagascar, où s'éleva Fort-Dauphin (1643). L'île Bourbon fut abandonnée, réoCcupée en 1649 : en 1634, elle ne comptait que six colons français. A Madagascar, l'entreprise de Pronis échoua par les vices de son caractère, la révolte des colons, l'hostilité des indigènes. Fiacourt, d'une vaste intelligence, auteur d'une Histoire de l'île et l'un dictionnaire malgache, rétablit nos affaires.

Une quatrième fois, la Compagnie est reconsliluée par Col-

i. La durée du privilège él-ait de «juinzo ans; tout Français souscriplenr de 1000 livres devait en profiler; le roi fournissait un peu (rartillerie (deux ranons); la noblesse était invitée à prendre part à ces opérations de commerce lui n'emporteraient pas dérogation.

bert (letires patentes du 2" août 16Ui), avec un inono|>ole dr cinquante ans. Elle obtient des privilèges très étendus : droit d'instituer un lieutenant général et des juges c souverains ». mais avec serment au roi; droit de faire la paix et la guerre au nom du roi, de mettre garnison dans les places, de foudre des canons, de lever des troupes, d'arborer le pavillon royal sur ses navires *, etc. Le port de départ fut d'abord Brest, puis lo Havre, enfin Lorient {VOrient)y port fondé en 1665, et où so voit encore la Tour de la Compagnie.

Pour ne pas perdre de temps, on acheta des vaisseaux tout construits. Ils partirent de Brest, au nombre de quatre, portant 82 canons, 212 hommes d'équipage, 219 passagers, parmi lesquels des médecins, des apothicaires, des maçons, charpentiers, foirerons, tanneurs, ouvriers en soie, laboureurs, vignerons, etc. Le but était Bourbon et Madagascar. A Bourbon, on fonda trois forts, qui sont devenus des villes (Saint-Denis. Saint-Pierre, Saint-Paul). A Madagascar, on fonda Saint-Louis: mais le succès y fut bientôt compromis par une série de gouverneurs incapables et par la résistance des indigènes.

Les voyageurs français dans Tlndoustan. — La prise de possession de Tlndoustan semblait ajournée. Cependant nos voyageurs s'y étaient déjà montrés en grand nombre : La Boullaye lo Gouz, (|iii visila le Hadjpoulana (l()i9); Jean Thévenol. <iui vit Surate, (iouz(Male. (lamhaye, Mazulipatam, Aurong-Alia'l (IGGfi); les joailliers Chardin (1071) et TaverniiM* (!(h9): !•' niiMleriii Bernior. (jui fut l'hôte du prince Dara et de rein|><^ reur Aiireiii::-Zel) (KHO 1G71) et eiivova de si curieux inémoin'> à ColJKM't. Kt coinhion d'autres!

Eu 1(W)(), la ( iOinpagiiiiî députa trois marchands et deux nohlo. qui passèrent |>ar la Perse et remirent à son roi une lettre «!•' Louis XIV. De i'(^^ marchands, un seul, Beber, et de ces noblf'>.

1. Au NiTvic»' •!«' la (^Miipa^'nic. Irs artisan^ acqiiiôrcnl la mailri>«- en Imil '•"'■ li'^ roliiriiTs |M'ii\«'ril actiiK-rir la noMt'ssc, Gràcr à IVIan Joniu' ji/ir Coll»^ri. nu vil li-juivr. |Kirmi l«'s souscriphMirs, \v roi, la n*iiH'. W tlauphin. la n^i"mùrc. lo luincrs ilii >aii^', N'> (Jloiirs ^ioiivorain»'^, lo^ Corps «lo inarchandr- •!' Paris, H(Mirn. h«»nl(Mu\, Naulrs, iMc, h's \ill«»s «li* Moulins, Bounze^. |p Ha^^ M».'!/, Mar-rilJ«'. Aniinis. Lanj;rr<. ChàloïK. On forma ainsi uii <a|»ilal 'I' Il iuiIlioii<. - Il y rul a Paris une Chambre «I«« i\ (iirerh'nrs. el ilr> Chtnnl'"" p trliculirres «lans plu>irur> vill»»s.

un seul, La Boullaye le Gouz, arrivèrent à Surate. Ils y rencontrèrent Thévenot, Tavernier et Amboise de Premilly, supérieur des Capucins. Ils se rendirent ensuite à Agra, y trouvèrent un médecin français, Jacques de Palissy, qui les mit en rapport avec le grand-vizir, lequel leur obtint une audience d'Aureng-Zcb. Ils remirent au Grand-Mogol une lettre de Louis XIV; il leur répondit simplement qu'il attendrait Tarrivée de Tescadrc annoncée par cette lettre. Sur quoi, Beber repartit pour Surate et La Boullaye se rendit au Bengale, où il fut assassiné.

Le directeur Caron. — En 1669 arrivait, de Madagascar, Caron, un des directeurs de la Compagnie *. Il fonda notre premier comptoir indou : celui de Surale. Puis dans lout Tlndoustan il envoya des « marchands » et « sous-marchands » pour préparer la création d*aulros établissements : Bonnot à Sitapour, Flaccourt à Balepatam (près deCananore), Bourreau-Deslandes au Bengale, l'Arménien Marcara à Mazulipatam, Roussel à la cour du roi de Golconde. Ainsi Flnde s'ouvrait à nous dans le môme temps que la Perse, où le capucin Honoré d'Auxerre obtenait un traité de commerce; en môme temps que Tlndo- Chine, où le roi de Siam recevait une lettre de Louis XIV (1670) et appelait nos marchands; en môme temps que l'Australasie, où le roi de Macassar recherchait notre alliance contre les Hollandais.

Le grand armement français de 1671 : l'amiral de La Haye. — En 1671 arriva dans les eaux de Surate « Tescadre de Perse », commandée par l'amiral de La Haye, forte de 5 vaisseaux et 3 flûtes, portant 1600 hommes et 248 canons. Jamais, depuis les grandes Armadas portugaises, on n'avait vu pareille force européenne sur les côtes de Tlnde. L'escadre, après avoir embarqué le directeur Caron, visita Bombay et Goa. Le zamorin de Calicut, pour obtenir notre appui contre les Hollandais, envoya ses deux fils aînés à bord de nos vaisseaux. La Haye allégua d'abord que le roi de France

1. 11 rtail proleslanl, né à Bruxelles, très fort en niaUiênintiques. U nvail déhuté au service de la Compagnie hollandaise au Japon. Hebulé par une injustice, il avait offert ses services à Colhert et obtenu la naturalisation française. Voir ci-dessus, t. V, p. 020.

était en paix avec les Hollandais, puis il consentit à signer un traité d*alliance, et le drapeau français fut arboré à Tembouchure de la rivière Paliport. Sur ces entrefaites arriva l'escadre hollandaise de RicklofT : La Haye voulait l'attaquer; Caron Ten empêcha. On cingla ensuite sur Ceylan, dans Tintention d'occuper les baies de Cotéary et Trinquemalé : les Hollandais nous avaient prévenus à Trinquemalé en construisant un fort; ils brûlèrent leurs palissades de Cotéary, mais protestèrent. Od envoya deux officiers signer un traité avec le roi de Candy, qui nous accordait les deux baies, plus deux îles qui défendaient la baie de Cotéarv. La Hâve fortifia les deux îles. l\ voulait enlever de vive force Trinquemalé; Caron s'y opposa encore. On repartit, et les Hollandais capturèrent nos faibles garnisons. A Tranquebar (ville danoise), on apprit que la guerre était déclarée, en Europe, entre la France et la Hollande.

Première conquête et première victoire : San- Thomé. — On continua sur San-Thomé (Méliapour), ville du roi de Golconde. Le 25 juillet 1672, on la prit d'assaut. Ce fut notre première conquête dans l'Indoustan.

L'amiral était furieux que Caron Teùt empêché d'attaquer Trinquemalé ; ce directeur était d'ailleurs suspect à la Compagnie à cause de ses attaches hollandaises. Il fut rappelé en Kiirope cl périt dans un naufrage en vue de Lisbonne (1613).

La prise de San-Thomé avait eu un grand retenlissenienl dans tout l'Indoustan. En leur qualité de nouveaux venus, les Français étaient plus sympathiques aux indigènes que les Anglais et les Hollandais. Les Portugais du pays et 3000 de leurs chrétiens indous nous assurèrent de leur dévouement. Le zamorin et plusieurs autres radjas mirent leurs troupes à noire disposition. Cependant la situation à San-Thomé était difficile : nous allions y être assiégés, à la fois, par les Hollandais cl par le roi de Golconde. A Mazulipalam, le chef de comptoir, François Marlin, et lous nos nationaux étaient expulsés parles Halaves.

Une victoire vint à propos relever notre situation. Le roi de Golconde attaqua San-Thomé, à la tète de 2000 fantassins et 500 cavaliers : avec 200 hommes, La Hâve le mil en

déroute. Ce fut notre première victoire dans Tlndoustan (6 août 1672).

En décembre 1672, San-Thomé était assiégé et canonné par Tarmée de Golconde. Une série de brillantes sorties fut couronnée, le 10 mars 1673, par la défaite complète des assiégeants. Alors, pour profiter du relard de la flotte hollandaise, La Haye se porta sur Mazulipatam : le roi de Golconde, eff'rayé, offrit alors de nous céder San-Thomé, mais à prix d'ai^ent. L*amiral, malgré les conseils de Martin, fit un refus indigné. Il avait tort, car, le 21 juin, Rickloff arriva en vue de San-Thomé et engagea une bataille navale, où la supériorité du nombre de ses navires lui donna Tavantage. Puis il commença le bombardement de San-Thomé du côté de la mer, tandis que les Indous reprenaient Fattaque par mer. Ils furent battus dans la furieuse sortie du 20 août. Mais Rickloff, ayant reçu des renforts, mit à terre 3000 hommes, dont 1000 Européens, et fit jonction avec les 8000 soldats de Golconde. Or nous n'avions que 600 Européens, plus quelques Portugais et 2000 Indous chrétiens. Le 6 septembre 1674, après un siège de vingt-six mois, il fallut capituler. San-Thomé devint une ville hollandaise *.

Acquisition de Pondichéry et de Cihandemagor. — La perte de San-Thomé ne tarda pas à être réparée. C'est pendant le siège de cette ville que François Martin négocia avec Chîr-Khan-Loudi, nabab de Gondelour (Garnatic), nominalement dépendant du roi de Golconde. 11 obtint de ce chef la concession de Poudou-Tchéri {Nouveau Village) et un territoire sur les rivières Gingy, Dambéar et Ponéar (1674) : c'est l'origine de notre Pondichéry. Un de nos plus habiles agents. Baron, entra avec le même chef en négociations suivies : Ghîr-Khan-Loudi offrait de lui fournir, moyennant subsides, 5000 fantassins et 2000 cavaliers. Il insinua même qu'il serait facile à la France d'installer sur le trône de Golconde un nabab qui serait, comme lui, tout dévoué au Roi Très Chrétien. Or, recruter des troupes indigènes, intervenir dans les compétitions des princes, placer

1. La Haye avail i>er(lu son escadre et sa conquête. Il nVn fut pas moins bien accueilli de Louis XIV. Il prit part aux sièges «rAire et de Bouillon, fut noninir commandant de Tliionviile et Uu\ près de Belfort (1677).

nos protégés sur le trône, c'eût été, à Tavance, toute la politique (le Dupleix. Colbert ne sut pas comprendre, et Baron, qui avait deviné l'avenir, mourut tristement à Surate (1683).

Pendant la guerre de San-Thomé, Bourreau-Deslandes s'élail établi dans le Bengale; un oncle maternel d'Aureng-Zeb, Shahista-Khan, en était alors nabab : moyennent 400 roupies, il fit concession aux Français de Valdée ou village de Tchandranagara {Village de la Lune) : c'est Torigine de Chandernagor. EniG76, pour se garder contre les brigands et les Hollandais, on obtint le droit de fortifier la ville. En 1688, Aureng-Zeb, alors en froid avec les Anglais, accorda la concession définitive.

Administration de Martin (1674-1701). — François Martin était né à I^aris (1634), au quartier des Halles, et jusqu*à vingt-huit ans avait été simple garçon épicier. La fondation de la Compagnie des Indes décida de son avenir : il offrit ses services et fut emmené par Caron.U devint directeur de la factorerie de Mazulipatam, fut assiégé avec La Haye dans San- Thomé, et c'est dans une de ses sorties de la ville qu'il tromt moyen d'opérer l'acquisition de Pondichéry. C'est là qu'il conduisit ensuite la garnison française, sortie de San-Thomé avec tous les honneurs de la guerre.

Martin n'ont d'abord pour toutes ressources, à Pondichéry, que (les huttes construites et couvertes en roseaux, 60 Européens et la frégate la Vigilante avec son équipage. De Chîr-Khan il obtint l'autorisation de fortifier le bourg, y attira des colons européens, des tisserands et des marchands indigènes. Reprenant l'idée de Baron, il prit part aux guerres de Chîr-Khan. enleva h; fort de Valdaour avec 4(1 Français, répandit notre renom sur toute la côte de Coromandel. Chîr-Khan, auquel Martin prêtait de l'argent au taux (très modéré pour l'hule) de 18 p. 100, nous donna 300 de ses liommes, qui furent dressée à Teuropécnne, et dont Martin lit des soldats-colons.

En 1077, Sivadji le Mahratte faisait sa grande invasion du Cariialic, enlevant le fort de Gingy, battant et prenant Chîr-Khan. 11 s'avança sur Pondichérv, considérant les Français comnn' des vassaux de (^hîr-Khan. Comment résister, avec 300 soldats, colons ou tisserands, à cette formidable invasion? On ne pouvait

sauver Pondicliéry qu'à force de diplomatie. Martin fit embarquer et conduire à Madras toutes les richesses de la Compagnie, |K>ur ôler à Sivadji la tentation du pillage. Puis il lui envoya un brahmane charge de lui offrir un riche présent et de Tinformer que les Français étaient gens tout pacifiques, ne se mêlant pas aux querelles de leurs voisins. Sivadji confirma donc aux Français la possession de Pondichéry, à la condition qu'ils lui paieraient un tribut. Puis les Mahrattes disparurent, car Aureng-Zeb commençait la conquête de Golconde.

La menace d'un siège mahratte avait suffi à dépeupler la ville naissante : il n*y restait plus que 34 Français. Il fallut de nouveaux efforts pour y attirer indigènes et Européens. La [K>Htique de Martin fut plus habile que celle des Portugais, car il accordait libre exercice des cultes indou et musulman, et que :elle des Hollandais, car il ne s'arrogeait aucun monopole rigoureux. Il vivait en bonne intelligence avec les souverains lu pays, avec Chir-Khan, rétabli dans ses Etats, et se faisait donner des chartes de confirmation, suivant que les circonstances se modifiaient, soit par les gouverneurs du Grand-Mogol, soit par Sivadji le Mahratte. Il releva le comptoir français de Mazulipatam. II obtint du Grand-Mogol, par Tagent Duplessis, Tautorisation d'en fonder à Béhar, à Orissa, à Balassore (celui-ci bientôt abandonné).

La guerre de la Ligue d'Augsbourg amena de nouveau les Qottes ennemies sur la cote de Coromandel. Le 25 août 1690, combat indécis, en vue de Madras, entre les escadres française et batave. Les Ilollandais intriguèrent contre nous avec Uama, le troisième des grands chefs mahrattes, et avec Aureng- Zeb. Celui-ci leur vendit Pondichéry pour oOOOO pagodes (450 000 francs). Il leur restait à en prendre livraison. Ce n'était point diflicile, car Martin, bien qu'il eût amélioré ses fortifications, ne disposait que do 6 canons, de 30 ou 40 Français, de 400 soldats indous, ol il ne pouvait plus compter sur les escadres royales. Le 23 août 1698, le général batave Laurent Pit débarquait : du 31 avril au o septembre, il canonna et bombarda la ville: le 6, Martin capitulait: le 8, il sortit de la place avec les honneurs militaires. Ainsi la eruerre de Hollande nous

%M LlMBODSTAH

avait coûté San-Thomé; eeUe d*Aiig«lKiiiig ootui mAIiH Poadidiéry. Il n*y avait presque plos d'Inde Anaçaiee : le Gnai Mogol a^ait oceopé Surate; Ciu|Qderaagw était oieiiaeé.

La paix dé Afiwiek nous r^dit PondicbÀry. IsiMâÊlàfàlê Martin y reparut (1698) avec quelques navires de eoiui€m, 4 vaisseaux du roi» plusieurs centaines de soldats Miepéem» des officiers, des ingénieurs, des canons. La ySiib sortit phi belle.de ses ruines : elle eut des mes tirées an eordetn; dei maisons remplacèrent les huttes ; le gouverneur eut un psliii; une citadelle régulière s*éleva, flanquée de cinq gros bastioiii. En llOi, Pondichéry fut déclarée ca^^talede nos étaUlsscoMirii de rinde. Martin en fut le premier gouverneur général '•

lia guerre de la succession d*Bspagne apporta moins d'épceiifai à la .colonie que les précédentes : les Hollandais étdeot ci pleine décadence, très j^réoecupés, de sou^venMMrfs dans iei Moluques et les lies de la Sonde; est 1705, ils eonehneatam nous une convention de neutralité pour llnde. Les Angtsis m parurent pas. Martin put continuer, presque en paix, los œuvre. Il fonda le comptoir de CaUcut. H vit la^piqpulatkNi de Pondiiàiéry atteindre le chiffre de 40 000 Ames. D mourut diai la cité trois fois fondée par lui (31 décembre 1106).

La prospérité de nos établissements de Tlndoustan était liée à celle de nos autres colonies orientales. En 1717, Tîle Bourbou comptait 2000 habitants, dont 900 Européens. Le Tonkin, le Siam, le Pégou, la Chine, le Japon étaient explorés par nos missionnaires, nos marchands, nos négociants ^

En Perse, un comptoir se fondait à Bender-Abbas, et Martin envoyait au shah le commis Duvilliers et Tévèque de Babylone (1683). — En Arabie, signalons le comptoir français de Moka.

Les successeurs de Martin. — Ni Dulivier, gouverneur intérimaire (1706-1708), ni Hébert, gouverneur général (1708-

1. Il fut assisté (I*un Conseil souverain, transféré de Surate dans la noutelie capitale, et composé, sous sa présidence, de cinq conseillers qui étaient en même temps les hauts fonctionnaires de la colonie. Des membres du Conseil on forma, en outre, deux tribunaux : l'un destiné aux Européens (3 jugesaucinl, s'adjoignant 2 marchands pour le criminel); Tautre aux indigènes (1 juge français et 1 assesseur indigène).

2. Voir ci-dessus, t. V, p. 923 et suiv., et ci-dessous, chap. Extrême-Orient.

ni8), ne furent pour Martin de dignes successeurs. Tous deux urent plus jaloux de sa mémoire que soucieux de le contiluer. Ils froissèrent les préjugés des indigènes : Ilébert fixa mr arrêté les époques des sacrifices, expulsa leurs marchands lont il saisit les biens, fit un injuste procès à Tun d*eux, ^aniapa, qui fut fouetté et emprisonné. L'incapacité de ces goukrerneurs ne réussit pas à détruire Télan donné par Martin : en ni6, Pondichéry avait 60 000 habitants, dont 200 Européens, lutant d'Eurasiens, 1600 chrétiens indigènes. — Chandernagor je développait plus lentement : on n'y comptait que 50 Français. [1 en était de même pour Surate (où les musulmans, en 1717, pillèrent la factorerie), pour Mazulipatam et Caiicut, où l'on ne voyait que quelques Européens. — Ce qu'il y avait de plus ^ave, c'est que les affaires de la Compagnie allaient fort mal : elle avait fait perdre à ses actionnaires tout leur capital, s'était endettée dans l'Inde pour plus de 4 millions, avait renoncé au commerce avec la Chine, n'en faisait presque plus dans l'Inde parce que ses concurrents anglais et hollandais vendaient à perte pour précipiter sa ruine. Les choses traînèrent ainsi jusqu'au système de Law et à la réorganisation de 1723 (c'était la cinquième depuis nos débuts) '.

En somme trois des grandes puissances de l'Inde étaient en ruine : le pouvoir du Grand-Mogol, l'empire portugais, la Compagnie hollandaise. Il ne restait debout que les puissances secondaires de la Péninsule (soubabs, nababs, radjas, Mahrattes, Sikhs), les deux Compagnies française et anglaise. Sous le nom de celles-ci, c'étaient la France et l'Angleterre qui allaient se disputer l'empire des Indes.

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