‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 132 sur 167 · CHINE — SIAM — ANNA · texte numérisé non relu

CHINE — SIAM — ANNA

/. — La Chine.

Chute des Ming. — La dynastie chinoise des Ming, qui régnait à Nanking depuis 1368 et à Péking depuis 1411, avait vu dès le xYi** siècle décroître son influence; Tempire, créé par

Ilon^-Wou et par ses successeurs, qui avaient cherché à étendre leur puissance au delà môme du continent, était devenu Iroi» vaste pour les mains débiles de leurs descendants : les Talars. repousses vers le Nord, n'avaient i)as lardé à reprendre leurs excursions vers le Sud. En 1550, pendant la période Kia-Tslng, l'invasion avait été repoussée, mais la faiblesse des empereurs, tombés entre les mains des eunuques, permit aux Tatars orientaux, c'est-à-dire aux Mandchous, descendants de l'ancienne dvnastie Kin ou Niou-lchen, de concentrer leurs efforts sous un seul chef, T'ien-Ming*, qui, en 1618, battit complètement l'armée impériale. Il est l'ancêtre de la dynastie Tsing,(\u\ règne actuellement sur la Chine. Les Mandchous, sous Ili-ïsoung, Tavanl-

1.('«* (hof est (It'sipiK' (Inns les annnios chinoises à partir Ho Kin» sous li' nom «le rrgno de Tirn-uiinf/ et sous le nom de lemi^le «le Tai Tsou kao Uonanf/-ti.

dernier empereur Miug (1621-1628), s'emparèrent du Liao-loun^ et de sa capitale, et ils imposèrent aux habitants leur propre coutume de se raser le haut de la tète, ne gardant qu'une touffe de cheveux qui, en croissant, permet de tresser la natte; la natte, que Ton croit être la caractéristique des Chinois, est, comme on le voit, d'importation étrangère. La rébellion ne tarda d'ailleurs pas à faciliter aux Mandchous la conquête du Céleste Empire ; huit chefs de révoltés répandirent leurs bandes dans le Se-tchouen, dans le Hou-Kouang et dans le Chen-si ; le plus considérable d'entre eux, Li Tse-tching, vint mettre le siège devant la capitale du Ho-nan, la grande ville de Kai-foung, qui fut presque entièrement détruite le 9 octobre 1641, par l'inondation du fleuve Jaune dont les digues avaient été rompues par le gouvernement impé rial, désireux d'anéantir les rebelles. Cependant Li Tse-tching, maître du Ho-nan et du Chen-si, marchait en avant dans le Tcheli, droit sur la capitale, et, après un siège de trois jours, Péking se rendait. L'empereur Tchouang Lieh-Ti se pendit de désespoir (1643), terminant de cette façon lamentable la série des seize princes qui avaient occupé le trône des Ming.

Mais Li Tse-tching devait trouver une résistance inattendue dans Ou San-Kouei qui commandait les troupes impériales dans le Liao-toung. Celui-ci, incapable de lutter seul, fît appel aux Mandchous ; leur chef Ts'oung-Teh , qui avait succédé en 1627 à T'ien-Ming, à la tète de soixante mille hommes, mil en fuite Li, qu'il pourchassa jusque dans le Chen-si. Péking, dont le palais avait été détruit par les rebelles, restait ouvert ; ce fut au fils de Ts'oung-Teh, mort au milieu de son triomphe, que fut réservée la gloire d'entrer dans la capitale. Ce prince, qui porte le nom de règne de Chuen-tchi, est considéré comme le fondateur de la dynastie des Ts'ing (1644). •

Chuen-tchi (1644-1662). — Empereur, il eut l'intelligence de changer fort peu de chose à l'administration existant sous les Ming : les lettrés confucianistes continuèrent à avoir la haute main; les fonctionnaires mandchous, qui leur furent adjoints, n'étaient en réalité que des doublures, et finirent par être absorbés presque entièrement, tant pour la manière de penser que pour la langue, par leurs collègues chinois.

Ou San-kouei, qui avait appelé les Tatars, fut récompensé par le titre de Houang^ prince ou roi, et la grande ville de Si-nganfou, chef-lieu du Chen-si, fut choisie comme capitale de sa principauté. Cependant les Ming conservaient encore quelques partisans dans les provinces méridionales et maritimes; successivement les Tatars s'emparèrent des provinces du Tche- Kiang, du Fou-Kien, et enfin de la capitale du Kouang-toung, Kouang-tcheou ou Canton. Le règne de Chuen-tchi, qui mourut en 1661, à Tàge de vingt-quatre ans, peut être considéré comme le prélude du règne glorieux de son plus jeune fils, K'ang-hi.

K'ang-hi (1662-1722). — Ce prince ' avait huit ans lorsqu'il monta sur le trône. Aussi quatre régents furent-ils nommé.s pour administrer les affaires de l'empire, pendant une minorité qui semblait devoir être assez longue. Quoique l'empereur eut été reconnu à l'unanimité par les trois nationalités composanl les huit bannières, — c'est-à-dire mandchoue, mongole, chinoise {Han-Kûn), — qui avaient aidé à la conquête, Y Inaltérable Paix était loin de régner dans l'empire : du côté de Formose, c'est-àdire dans le Sud-Est, avec Koxinga; dans le Yun-nan et le Kouei-tcheou, c'est-à-dire dans le Sud-Ouest avec Ou San-kouei; dans le Nord, avec les Eleuthes et les Russes, la nouvelle dynastie se voyait entourée de rebelles ou d'ennemis. Soui, le premier dos quatre régents, étant mort, K'ang-hi n'hésita pas, bien qu'il n'eût que treize ans, à prendre lui-même les rênes du ^'^ouverncmeiit.

Révolte de Koxinga. — Parmi les provinces restées fidèles aux Minji, celle du Fou-Kien, par sa position, en face du littoral de Formose, et par l'esprit d'entreprise bien connu de ses habitants, fut celle qui résista le plus longtemps à ronvahisseuf mandchou. Un certain Tcheng Tche-loung, d'une famille de pécheurs de la préfecture de Tsiouen-tcheou, élevé à Macao, fut l'ûmc de la résistance. Il avait voya«:é à Manille, et au Japon, où il épousa une Japonaise, qui lui donna un fils, Tcheng Tch'eng-koung, dont les Européens ont fait Koxinga.

I. Il nous esl connu ]>ar lo nom qui esl donn»' à la période «le son règne, on rhinoi-i K\in(j-hi.o\\ niandclinu Elhlic-taifin (Inallérahle Paix), et par son nom «le temple Chinr/-t.sof/ (Saint AhMih Jiti Houfn>f/-li : i\ avait eomme ï)elil nom Hiouen-f/c iKlincr'lle Mleuc).

Tcheng Tche-loung, fait par trahison prisonnier des Tatars et conduit à Péking, y fut mis à mort en 1661, après une longue captivité. Il trouva un vengeur en son fils qui, dès 1648, ravagea toutes les côtes de Chine. Koxinga échoua dans toutes ses entreprises sur terre ferme, et en particulier dans le Kiangnan, dont il essaya, sans succès, de prendre la capitale, Nanking. Toutefois les succès maritimes de Koxinga avaient fait donner par l'empereur Chuen-tchi Tordre de dévaster la côte, afin d'afiamer les pirates qui s'y ravitaillaient. Les continentaux cherchèrent alors un refuge naturel dans la grande île de ïai-ouan (Formose), qui se trouve en face du Fou-Kien.

Les Hollandais à, Formose. — Les Hollandais avaient d*abord encouragé cette émigration; mais ils furent bientôt effrayés du grand nombre de Chinois qui arrivaient dans leurs possessions. Ils espéraient d'ailleurs tirer quelque bénéfice de l'occupation mandchoue. Ayant appris par le P. Martini, qui passait à Batavia pour se rendre en Europe, que les nouveaux maîtres de l'empire chinois autorisaient tous les étrangers à trafiquer librement à Canton, le Grand Conseil de Batavia envoya de Tai-ouan à Canton, en janvier 1653, le négociant Frédéric Schedel, pour y obtenir la permission d'y faire le commerce. Malgré l'opposition des Portugais, Schedel obtint l'autorisation d'établir un comptoir permanent à Canton, où il laissa Pierre BoUe avec des marchandises à vendre. Les intrigues des Portugais obligèrent les Hollandais à quitter Canton. Pour les mêmes raisons, un nouveau voyage à Canton de Schedel et de Zacharie Wagenaer eut un insuccès complet. De guerre lasse, les Hollandais résolurent de porter leurs doléances à Péking même et, dans ce but, ils firent choix comme ambassadeurs de Pierre de Goyer et de Jacob de Keyser, qui partirent (le Batavia sur deux vaisseaux, le 14 juin 1655. Empêchés par une grande tempête d'entrer à Macao, l'un des bateaux, le Koukercke, arriva près de Canton, le 18 août 1655, l'autre, le Blomendael, quarante-huit jours plus tard. Malgré les efforts des mandarins de Canton, les envoyés hollandais partirent le n mars 1636 pour Péking, où ils arrivèrent le 17 juillet par la voie de Nan-tchang, Nanking, Yang-tcheou, Tien-tsin et Toung-

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tcheou. Dans la capitale, le missionnaire allemand Adam Schall joua un grand rôle dans les négociations. En échange d*avaniages commerciaux, les Hollandais furent soumis aux traitements des nations tributaires et mis dans l'obligation de venir à Péking tous les cinq ans, puis tous les huit ans; Goyer et Keyser, ayant quitté Péking le 16 octobre 1656, repassaient à Canton le 28 janvier 1657, et regagnaient le 31 mars de la même année Batavia, où ils avaient la joie d'apprendre que leurs compatriotes venaient, à Ceylan, de prendre Colombo aux Portugais.

Cependant ces avances faites à la dynastie nouvelle ne servaient en rien les intérêts des Hollandais àFormose. Le Suédois Frédéric Coyett, qui, depuis 1656, était gouverneur de l'île et qui ne cessait d'attirer l'attention du Grand Conseil de Batavia sur les agissements de Koxinga et ses armements à Amoy, voyait ses chefs rester sourds à ses réclamations. En 1660, ils se décidèrent pourtant à envoyer douze navires et six cents hommes sous le commandement de l'amiral Jan van der Laan. Celui-ci, jugeant dans sa haute sagesse la garnison de Tai-ouan suffisante pour parer à toutes les éventualités, et croyant sur parole que Koxinga n'attaquerait jamais l'île, remit à la voile de Formose, le 10 avril 1661, pour attaquer Macao, où il échoua piteusement. Toutefois, sur son rapport, Coyett était suspendu de son gouvernement, et un successeur lui était donné dans la personne (le Clenk, (|ui parlait de Batavia en juin 1661. Entre temps, les événements marchèrent vite : Koxinga mettait à la voile et arrivait à Tai-ouan le ÎK) avril 1661 ; malgré la défense héroïque des Hollandais, le fort Provintia se rendait le 4 mai 1661. Clenk, (jui arrivait sur ces entrefaites, s'empressait de prendre le large vers le Japon, abandonnant Coyett, que des renforts, arrivés au mois d'août, ne purent em[)ôrher de capituler, le 1"^ février 1062, avec tous les honneurs de la guerre.

Fin de Koxinga. — Koxinga hissait son drapeau le 12 février 1()()2 sur le fort Zelandia et restait seul maître de la grande île d(* Formose. Son règne ne devait pas être de longue durée; il avait espéré un instant s'emparer des îles Philippines sur les Espairnols: mais, atteint de folie furieuse.

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il mourut Tannée même de son triomphe (2 juillet), à IWge de Irente-neuf ans. Les Hollandais n'avaient pas perdu Tespérance de reprendre Formose. Le 29 juin 1662, Tamiral Balthasar Bort fut envoyé à cet effet; sa croisière d'une année n'amena aucun résultat pratique, pas plus qu'une nouvelle expédition partie de Batavia le 1" juillet 1663. Une ambassade hollandaise, sous les ordres de Pieter van Hoorn, est envoyée à Péking en 1666; Van Hoorn revient à Batavia en janvier 1668; sa mission, aussi infructueuse que celle de Van Goyer, ne rapportait que la permission de l'empereur d'envoyer des ambassadeurs de huit ans en huit ans, et de faire leur commerce non dans le Fou-Kien, mais une fois tous les deux ans à Canton. Le fils de Koxinga, Tcheng-King, qui avait succédé à son père dans Formose, continua la lutte contre les Tatars. A sa mort (1681), son fils aîné, K'ô-tsang, fut étranglé par un de ses officiers, et son second fils, K'ô-chouang, lui succéda, mais pour peu de temps; trop faible par lui-même, trahi par les siens, il fut obligé de faire sa soumission à l'empereur K'ang-hi et de se rendre à Péking, où il finit ses jours. Le royaume éphémère de Koxinga avait cessé d'exister (1683).

Révolte de Ou San-kouei. — Plus que tout autre. Ou San-kouei, qui était originaire du Liao-toung, avait contribué à l'avènement de la dynastie tatare ; nommé Ping-si-houang {Prince pacificateur de rOuest), avec le Yun-nan et le Se-tchouen comme apanage, il était devenu le plus puissant des trois princes feudataires. Les deux autres, Chang K'o-hi, le Prince pacificateur du Sud, et Keng Ki-mao, avaient été récompensés par un litre semblable pour les services qu'ils avaient rendus à la nouvelle dynastie et en particulier pour la part qu'ils avaient prise à la reddition de Canton. Cependant Ou San-kouei était tenu en suspicion à cause de sa puissance même, et son fils était retenu en otage à Péking. En 1674, l'empereur l'ayant invité à se rendre à la cour, il répondit qu'il ne se présenterait dans la capitale qu'à la tête de 80 000 hommes; le Kouang-toung et le Fou-Kien se joignirent au rebelle; le fils d'Où San-kouei complota de s'emparer de l'empereur dans son palais au premier jour de l'an, mais la conspiration échoua. Toutefois le danger

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était d*aulant plus grand qu'un descendant de Gengis-Khan^liotvant loccasion favorable, levait l*ét«idard de la révolte et Tatarie. Tout autre que K*ang-lii eût succombé; immédiateiiieirt il fait &ce àTennemiduNord, écrase et défait le prince moii|;ol; la zizanie se met entre les ennemis du Sud et vient en aide i Tempereur; les Formosans guerroient contre les gens dn Fos- Kien; Chang KVhi, prince de la frontière, fait sa soumissimi pour le Kouang-^toung; il obtient son pardon au prix de son tilie, qu^il est obligé d'échanger contre celui, plus moderte, de vie^ roi. Ou San-kouei, resté seul, mourut en 1678, an raoïneiil même où il allait succomber devant les troupes, iospériides.

Nous avons à parler maintenant d une puissance qui^qoei^ éphémère, a failli renouveler à son profit, dans le nord-oneit du Céleste Empire, la concentration des forces mongoles é reprendre la tradition de Crengis-Khan : les Éleuthes.

Cîoap d'œil rétrospectif sur lliistolre da TAMe centrale. — La religion musulmane, qui avait pénétré dans le Turkestan dès Tépoquedes Sout (581-618) et des Tang (618407) sous le nom de Seele fleurie {Haa-men) *, n*avait pas tardé i y remplacer complètement le bouddhisme mongol. Aussi» dès k fin de la dynastie mongole, dans ce pays qui avait été attribué au second fils de Gengis-Khan, Djagataï, vit-on détruire les chrétientés florissantes et en particulier la mission dlli-bàliq (1342). Vers la fin des Ming, un descendant du Prophète à la vingt-sixième génération, Mahmoud (Makhdum), vint s*établirà Kachgar et fut reconnu comme chef par tous les princes delà contrée. Ce fut alors que les Ëleuthes (Kalniouks ou Mongols occidentaux) commencèrent à dominer dans les T'ien-chan. Les tribus mongoles formaient quatre oîrats (d'où nous avons fait êleuthe par l'intermédiaire du chinois) : dans Tlli, les Tchoro», qui sont les Dzoungares; les Dourbet, sur l'Irtych; les Tourgoules, dans le Tarhagalaï ; les Kochots,àsins le pays d'Ouroumtsi. Sous le règne de K'ang-hi, un chef tchoro, TErdeni Bahadour Kong-Taichi, fils d'Abouda Ablaï ïaïchi, fortement établi au nord des T'ien-chan, avait essayé de reconstituer l'aile gauche mongole (Dzoungares) en attaquant les princes musulmans : le

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