Voir ci-dessus, l. V, p
sa connaissance profonde des mathématiques, jointe à une grande souplesse de caractère et à une intelligente tolérance religieuse, lui assura immédiatement de brillants succès. La conversion d'un mandarin d'un rang très élevé , originaire des environs de Chang-Haï, Siu Kouang-ki, lui donna entrée dans les familles importantes du pays. Sous le nom de Li Mateouy il a traduit les six premiers livres d'Euclide, et écrit en chinois un grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels la Vraie doctrine de Dieu est devenue presque classique. Ricci, avec rhabileté essentiellement pratique de sa compagnie, avait de suite compris que dans un pays où la religion officielle n'est qu'un code moral, base même du gouvernement et de la société, il fallait savoir concilier les exigences du christianisme avec le culte rendu à Confucius et aux ancêtres. Aussi voyons-nous ses successeurs, qui ne partageaient pas tous en théorie sa manière de voir, témoin le P. Longobardi, suivre néanmoins sa tradition, arriver à gagner la bonne grâce des empereurs, et, comme les PP. Adam Schall von Bell et Ferdinand Verbiest, occuper les hautes fonctions de président du < tribunal des mathématiques ». La France ne jouait qu'un rôle secondaire à cette époque dans l'histoire des missions; le mouvement inauguré par les Jésuites ne tardait pas à être imité par les autres congrégations. En 1631, deux dominicains, Angelo Coqui et Thomas Serra, arrivèrent. Deux Espagnols, l'un dominicain, Jean-Baptiste de Moralez, l'autre franciscain, Antoine de Sainte-Marie, les suivirent presque aussitôt. Une propagande trop active et sans doute un grand manque de tact amenèrent l'expulsion des Dominicains et des Franciscains en 1637. On sait la jalousie qui existait entre les différents ordres religieux; les succès des Jésuites n'étaient pas pour satisfaire leurs concurrents, qui les accusèrent immédiatement d'idolâtrie, prétendant que la tolérance avec laquelle ils regardaient le culte rendu à Confucius et aux ancêtres était en désaccord avec les doctrines chrétiennes. Sur ce sujet, Moralez, s'occupant de choses qui certainement ne le regardaient pas, adressa au P. Emmanuel Diaz (senior), visiteur des Jésuites, un mémoire en huit articles auquel ce dernier, avec juste raison, ne se donna pas la peine
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(le répondre. Moralez, furieux, partit pour Rome, où il arriva en 1643. Après de longs pourparlers, il obtint, le 12 septembre 1645, un décret dlnnocent X condamnant les Jésuites. Moralez, triomphant, s'empresse de retourner en Chine et notîGe ce décret à ses adversaires. Ceux-ci ne se tiennent pas pour battus : ce qu*un pape a fait, un autre le peut défaire. Ils font choix pour les représenter à la cour de Rome d'un Italien du Trentin, Martin Martini, qui, après un voyage difficile, la tempête Tavant poussé sur les côtes de Nor>'ège, dut traverser la Hollande et TAllcmagne pour arriver en Italie. Martini réussit pleinement <lans sa mission, car il obtint, le 23 mars 1656, un décret coq- Iradictoire d'Alexandre VII. Nouveau mémoire de Moralez à h Sacrée Congrégation (1661); nouveau décret de Clément IX contre les Jésuites (20 novembre 1669). Quelques années auparavant, en 1665, une persécution générale avait éclaté contre les missionnaires, qui furent obligés de se réfugier dans la province de Canton, chez les Jésuites. Malgré la mort de Moralez (1664), la lutte continua. Les écrits (1676) de son successeur Navarrete, préfet de Tordre de Saint-Dominique en Chine, n'entament cependant pas la position des Jésuites. Le 18 août 1686, ils sont fortifiés par le traité d'un dominicain. Chinois de naissance, par conséquent très au courant de la question, le P. Grégoire Lopez , évoque de Basil«'»o . qui adresse son mémoire (mi faveur des Jésuites à la Sacrée (^ouîi^régalion. Tel (Hait l'état des missions en Chine, lorsque Louis XIV, à l'instigation du P. de lja Chaise, qui désirait contrebalancer l'inlluoncc (lu nouveau séminaire des Missions étrangères, prit la résolution (r(»nvoyer six jésuites fran(;ais à Pékin*:.
Séminaire des Missions étrangères. — Les voyages (lu P. Alexandre de Hhodes à travers l'Asie, sa visite à Paris, où il était venu chercher des évé(|ues pour rAnnam et le Toni.'- King, fin^nl sentir la nécessité de recruter de nomhreux travailleurs pour le champ si vaste des missions. En 1663, un carme dé(^haussé, dom Bernard de Sainte-Thérèse, évèque in pttrii/fus (le Bahylone, avait créé, dans les terrains lui appartenant rue (lu Hac, un séminaire destiné à former les jeunes prêtres (|ui (levaient aller pnk^her la parole du Christ dans les pays loin-
tains. Presque à la môme époque, sous la vive impulsion de Louis XIV et de son ministre Colherl, la Compagnie des Indes Orientales était constituée en 1664 : ainsi qu*il est dit dans les documents préparatoires au décret royal arrêtant les bases de cette société, les intérêts religieux devront marcher parallèlement aux intérêts commerciaux, et les uns et les autres seront l'objet de la sollicitude du gouvernement. Déjà on avait fait choix de trois prêtres pour aller fonder en Chine, en Cochinchine, au Tong-King et à Siam, des missions françaises. Ce furent : François Fallu, chanoine de Saint-Martin de Tours, évêque d'Héliopolis ; de la Motte-Lambert, ancien conseiller à la Cour des aides en Normandie, puis directeur du Grand-Hôpital à Rouen, évêque de Béryte (Beirout) ; Ignace Cotolendy, curé à Aix en Provence, évêque de Métellopolis. Ce dernier, qui était vicaire apostolique de la Chine occidentale, n*arriva pas au champ de ses travaux, car il mourut (16 août 1662) près de Mazulipatam. Les lettres écrites des missions et les relations de cette époque nous racontent d'année en année les voyages des évoques français. Elles nous laissent déjà entrevoir la concurrence et même l'opposition qu'ils éprouvent de la part des autres ordres religieux établis précédemment dans les pays qu'ils visitent. La lutte allait devenir extrêmement vive.
Débuts de la mission française de Péking. — Le jésuite Philippe Couplet, Flamand de Malines, s'était embarqué à Macao (5 décembre 1681), sur un navire hollandais pour défendre à Rome les intérêts de sa compagnie. Débarqué en Hollande (octobre 1682), il se rendit en Italie en passant par Paris. Là, Louvois et le duc du Maine se résolurent à lui confier la liste de leurs desiderata sur la Chine; il est probable que le roi et le P. de La Chaise pensèrent que, les intérêts de la France étant d'accord avec ceux de la religion et de la science, il serait mieux de confier à des Français qu'à des étrangers le soin de faire à Péking des recherches pour le succès desquelles le roi de Portugal n'était pas moins zélé que le fils aîné de l'Eglise.
Les six missionnaires étaient : le P. Guy Tachard, qui resta au Siam, Joachim Bouvet, Louis Le Comte, Jean de Fontanev.
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Jean-François Gerbillon et Claude de Visdelou. Ils s'embarquèrent à Brest le 1"' mars 1685 sur ï Oiseau, commandé par M. de Vaudricourt, avec le chevalier de Chaumont, ambassadeur du roi à Siam, et partirent le surlendemain. Ils arrivèrent en Chine le 23 juillet 1687 et à Péking le 1 février 1688. Fontaney fut le premier supérieur de cette mission: il s'est occupé surtout d'astronomie. Gerbillon, qui devint supérieur en 1699, est un homme hors ligne : il avait acquis asseï vite la langue mandchoue pour être employé comme interprèle par l'empereur K'ang-hi lors de la signature du traité de Nertchinsk (27 août 1689). Le P. Bouvet, sans avoir été supérieur, fut un des hommes considérables de la mission, quoique ses ouvrages, sauf sa Vie de K'anr/'hiy aient moins de réputation que ceux de ses confrères; c'est lui qui, rentré en Europe en 1697, assura le recrutement de l'établissement de Péking en ramenant avec lui Prémare, Domenge, etc. Louis Le Comte est pour nous le moins intéressant du groupe : renvoyé en Europe pour s'occuper de la question des Rites, il ne fut pas l'une des parties les moins actives dans cette fameuse querelle, que ne contribuèrent pas peu à raviver ses Nouveaux Mémoires sur l'état pî'éscnt de la Chine, auxquels son titre de confesseur de la duchesse de Bourgogne donna une importance spéciale. Le dernier, Claiido de Visdelou, ne le cède en valeur scientifique qu'à Antoine Gaubil : ses Ilrcherches sur Vhistoive dr la Tartane, <|ui ne parurent que longtemps après sa mort comme supplément à une nouvelle édition de la Bibliothèque orientale de B. d'ilerbelot, auniient pu être ignorées parce qu'il prit parti contre sa propre compagnie lors de la mission du patriarche d'Antioche, Charles-Thomas Maillard de Tournon. Nommé évoque /// partions de Claudiopolis, on peut dire qu'il mourut en exil chez les capucins de Pondichéry.
Vicariats apostoliques. — Auparavant, différentes congrégations exploitaient en commun les mêmes provinces ou les mûmes villes, et Ton voyait, à Fou-tchéou, par exemple, des églises de dominicains, de jésuites ou de prêtres des Missions étrangères. La rivalité des différents ordres, la concurrence qu'ils se faisaient entre eux au détriment de 1 in-
lérêl général de la propagande fit changer cet étal de choses et diviser la Chine en vicariats apostoliques, administrés chacun exclusivement par une congrégation. L'origine commune de ces vicariats est le diocèse de Macao, créé en 1557, dédouhié en 1587 pour rendre le Japon indépendant. Le diocèse de Macao, après avoir formé en 1659 trois vicariats apostoliques* en plus du diocèse, a été réparti en 1690 en trois diocèses, Péking, Macao et Nanking, qui ont définitivement formé les vicariats actuels. Suite de la question des Rites. — Les jésuites français et les prêtres des Missions étrangères ne tardèrent pas à se jeter avec ardeur dans les controverses commencées par Moralez, et qui forment un chapitre si intéressant et si important dans l'histoire ecclésiastique. En 1682, Touvrage publié à Paris sous le titre la Morale pratique des Jésuiles, mit le feu aux poudres; le P. Tellier répondit, et son livre fut censuré à Home. Les Missions étrangères prennent position dans la question, de la manière la plus hostile contre les Jésuites, par un mandement dénonçant les rites chinois, que lança (26 mars 1693) Charles Maigrot, évêque de Conon, leur vicaire apostolique au Fou-Kien. Puis, suivant Texemple jadis donné par les Dominicains, elles envoient à Rome un de leurs prêtres, Louis de Quemener, qui obtient un bref dlnnocent Xll (15 janvier 1697). Quemener est bientôt remplacé à Home par Nicolas Charmot. Deux ouvrages du P. Le Comte, rentré en France, Nouveaux Mémoires sur la Chine et Lettre à Mgr le duc du Maint* sur les cérémonies de la Chine, amenèrent une conflagration générale. Là-dessus, réunion, à Paris, de docteurs en Sorbonne, et, à Rome, réunion de cardinaux. Les presses de Cologne, de Paris, de Rome, de Louvain, de Venise, ne suffisent pas à imprimer les traités, pamphlets, décrets, censures, arrêtés, éclaircissements, histoires, réponses, lettres, mémoires, dont le ton atteint quelquefois à une violence inouïe. Les Jésuites sont censurés par la Sorbonne, et le Saint-Office publie, le 20 novembre 1704, un décret prohibant les cérémonies chinoises.
1» Chen-âi, Chan-si. Corée, Nan kin^r, Péking, Ho-nan, Chan-toung, Tatarie; 2« Fou-Kien, Tché-Kiang, Kiang-si, Kouang-loung; T Hou-Kouang, Kouang-si. Yun-nan, Rouei-tcheou.
Hisioiiif: gf.nrrale. VI. 58
Toumon et Mezzabarba ; fin de la question des Rites.
— Ce décret est approuve par Clément XI, qui chaîne un légat a latere de le promulguer en Chine. Les Jésuites luttent néanmoins; ils ont dans leur jeu une carte qu'ils se gardent Je négliger; à des théologiens savants, mais peu pratiques, ils opposent des arguments de lettrés confucianisles; aux discours latins ils opposent des textes chinois; à ropinion du i>ape ils répondent par Tavis de l'empereur de la Chine; or l'empereur de la Chine, K'ang-hi, est le [jremier lettré de son royaume.
Le légat de Clément XI était Charles-Thomas Maillard de Tournon, patriarche d'Antioche, savant théologien, mais médiocre politique. Il fut reçu par l'empereur en audience particulière, puis en audience solennelle le 29 juin 1705. L'évèque de Conon, Maigrot, l'avait suivi dans la capitale; il faut voir avec quelle ironie l'empereur parle à ce dernier, qui avait vécu dans le Fou-Kien, et n'avait qu'une fort médiocre connaissance de la langue parlée à Péking; il faut lire dans les documents tant imprimés que manuscrits avec quelle verve ses adversaires, habitués au dialecte de la cour, le tournèrent en ridicule dans les discussions qui eurent lieu. Le légat, qui n'avait jamais pris contact avec les Asiatiques de l'Extrême-Orient, se distingua par son ardeur évangélique et par son peu de subtilité; il courui i^rand risque d'être traité comme le dernior des coolies, mais il eut la chance d'avoir affaire à un prince éclairé. Ce fut néanmoins un désastre ; par un décret du 17 décembre 1705, K'anu-hi bannissait révèc|ue de Conon; quant au léi^at, il quittait Pékiiii: et se réfufi^iait à Canton, où, jeté en prison, il mourait le 8 juin 1710. Ce voyage du cardinal de Tournon porta un coup terrible aux missions de (!lhine : elles ne s'en relevèrent jamais, l'empereur avait senti combien peu sur était le terrain de conciliation que lui avaient préparé les prêtres étrangers : désormais la doctrine chrétienne n'exista plus pour lui; le missionnaire fut expulsé, et le savant seul, soit comme mathématicien, soit comme mécanicien, soit comme astronome, eut de Finfluence à la cour impériale.
C'est en vain que Home cherche à réparer les fautes commises : rini] ans plus tard, un nouveau légat est envoyé à
Péking. C'était encore un patriarche, celui d'Alexandrie : il s'appelait Charles-Ambroise Mezzabarba. Embarqué à Lisbonne le 25 mars 1720, il arrivait à Macao le 26 septembre. Plus intelligent que son prédécesseur, Mezzabarba aurait pu réussir, mais l'empereur était vieux, et il avait assez de discussions théologiques; le légat, ayant obtenu une audience de congé le 4 mars 1721, quitta la capitale sans avoir rien gagné. Cotte fameuse question des Rites fut enfin réglée d'une façon définitive, le 11 juillet 1742, par la bulle de Benoît XIV Ex quo singulari. En pratique, il en résultait que tous les missionnaires qui allaient en Chine, à quelque congrégation qu'ils appartinssent, devaient prêter le serment de regarder comme idolàtrique tout hommage rendu à Confucius et aux ancêtres, et de n'employer qu'un seul terme, celui de Tien-tchoVy pour désigner rÊIre suprême. Les Jésuites étaient battus, mais le triomphe de leurs adversaires était sinon la ruine, du moins l'arrêt complet des progrès du christianisme en Chine. Benoît XIV avait peut-être raison au point de vue du dogme; mais, comme il n'avait qu'une connaissance théorique du Céleste Empire, il avait commis, et l'événement Ta prouvé depuis, une faute qui ne saurait être réparée que par l'annulation de sa bulle. C'est chose facile pour l'un de ses successeurs : témoin les décrets contradictoires d'Innocent X, d'Alexandre VII, de Clément IX, d'Innocent XII, de Clément XI, de Clément XII et de Benoît XIV. Affaires de Siam. — L'arrivée (22 août 1662) à Juthia, capitale du Siam, de Pallu, évêque d'Héliopolis, et de la Motte- Lambert, évêque de Béryte, marque en réalité le commencement des relations de la France avec le Siam. Elles débutèrent dans des circonstances très particulières : la rivalité des Compagnies hollandaise et française dans l'Indoustan, la prépondérance de la première, enfin les avances faites à nos compatriotes par le roi Phra-Naraï. Baron, notre agent à Surate, envoya, en 1680, le vaisseau le Vautour avec Boureau-Deslandes, qui établit un comptoir au Siam. Par malheur, une première ambassade siamoise, à destination de la France, périt sur la côte de Madagascar avec le Soleil d'Orient qui la portait. Cependant un certain Constance Phaulkon, né vers 1648 dans l'île de
Géph|J<mie, avait; après beaueoQp d'aventures^ éehoné aa SUm, où il avait fini par devenir premier niinistrè. U se montra hr^ jrable aux FranQUS, et, le 3B janmr 1684, une deuxttme ambii. sade partait de Sian» et arrivait i Cfdais sans mésaventnre. Fort bien reçus en France, les ambassadeurs. siamois fiorent cbsigéi d*une lettre de Louis XIV pour leur roi.
AmbasaaAefi firaapalses : Çhamnoiit, La Lonbèrs, Géberet. — Le chevalier de Cbaumont fut ehaigé, en qualité d*ambassadeur, d*acoompagner les envoyés siamois. On U donna comm^ second Fabbé de Ghoisy. IsOiêeem et la M^ii§m, commandés par MM. de Yaudricourt et de Joyeux, partiniit de Brest le 3 mars 1686, portant, outre rambassadeor et ki envoyés siamois, les Mx jésuites dont nous «vous parié pié> cédemment et quelques autres ecclésiastiques. Us arrivai^tk 23 septembre au i)A0uillage de la rivière de Siam. Sans entm dans le détail des intrigues qui eurent lieu à la coor asinB ponstance Phaulkon et le P. Tachard, disons qu'un trsitt fat signé i LouVo, le 10 décembre 1686, par le chevalier de Ghaamont ^ et ConstaneePhaulkon, celui-ci* député avec appb pot* voir de Sa Majesté de Siam, pour accorder en son roial non des privilèges aux missionnaires- apostoliques dans tous m roiaumes en la manière suivante ». Le traité ne comprend que cinq articles. Ils sont tous relatifs au libre exercice de la religion chrétienne et à la protection des missionnaires et de leurs ouailles. Aucune clause politique ou commerciale. Beaucoup de bruit pour peu de chose. Une audience solennelle du roi, le 12 décembre, clôture la mission de Chaumont, mission toute d'apparat, qui eut un retentissement comparable a celui que causa un siècle plus tard l'ambassade de Macartney en Chine, mais qui eut toutefois une suite plus immédiate : lenvoi d'une nouvelle mission avec un but plus pratique que celui de la conversion des Siamois au christianisme. Chaumont quittait Siam le 22 décembre 1685 et, le 18 juin suivant, il rentrait à Brest,
1. Alexandre, chevalier, puis marquis de Chaumont, mourut le 28 janvier 1710; il était nis dWIcxandre deChaumoni, seigneur d*Âlhieulcs, branche de la famille do Quilry. oj dMsahollo du Bois des Cours, sa femme, (ille d*Adrien, seigneur de Fa vi ères.
accompagné de trois ambassadeurs siamois et de vingt mandarins, porteurs d'une lettre de Phra-Naraï à Louis XIV.
Simon de la Loubère et Claude Céberet du Boullay partaient avec des troupes commandées par Desfarges, ancien lieutenant-colonel du régiment de la Reine. Ils arrivèrent à la barre de Siam le 27 septembre 1687. Les Français ne tardèrent pas à se diviser en deux partis : d*un côté, le ministre Phaulkon avec Desfarges et le P. Tachard; de Tautre, La Loubère, Céberet et des agents de la Compagnie. La Loubère, très irrité, quitta Siam sur le Gaillard, où il retrouva le P. Tachard et où ils se disputèrent jusqu*à leur arrivée à Brest (juillet 1688).
Révolution de Siam (1688). — Cependant Constance Phaulkon avait fait autour de lui un grand nombre de mécontents. A leur tête se plaça le mandarin Phra-Phret-Raxa, que Ton désigne habituellement sous le nom de Pitracha. Le 18 mai 1688, celui-ci se rendit maître de la personne du roi et de ses frères. Phaulkon, avec Taide des officiers français, de Beauchamp, Desfarges et de Fretteville, essaya de résister; mais il fut arrêté et bientôt mis à mort. C'était la ruine des efforts français dans le pays. En 1703, Phra-Phrel-Haxa étant mort, son fils s'adressa à Louis de Cicé, évêque de Sabula, pour renouer les relations avec la France. On ne répondit pas à ses avances. Cette aventure de Siam, qui a défrayé toutes les gazetles de l'époque, reste donc une simple anecdote dans l'histoire de nos relations avec l'Extrême-Orient.
Gompagniies françaises de la Chine. — La France entra assez tard dans le mouvement commercial de la Chine. Une première Compagnie constituée sous l'influence de Mazarin, le 25 septembre 1660, fut réunie en 1664 à la grande Compagnie des Indes Orientales. Celle-ci fit abandon en 1697 de son privilège en ce qui concernait la Chine au sieur Jourdan de Groussey, qui, protégé par le comte de Pontchartrain el séduit par les récits du P. Bouvet, fit, le 4 janvier 1698, avec la Compagnie, un concordat qui fut homologué par arrêt du Conseil du Itoi le 23 du même mois. La nouvelle entreprise eut le plus grand succès : son navire VAmphitrile, parli de la Rochelle en mars 1698, était de retour en France le 3 août 1700. « Ce
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succès, dit Morellet, ayant encouragé le sieur Jourdan, il forma une Compagnie pour le commerce dé Chine, à laquelle la Compagnie des Indes céda cette partie de son privilège exclusif pour 25000 livres, i condition que la nouvelle compagnie ne pourroit commercer dans aucune autre partie de l'Inde, ni même relâcher dans ses comptoirs. Cette dernière clause étoit bien dure, puisqu'elle imposoit aux vaisseaux de la Compagnie de Chine la nécessité de faire un voyage de huit à neuf mois sans aucune relâche dans aucun établissement national. > Un second voyage de VAmphilrite (mars 1701 -septembre 1703) ne fut pas moins heureux. Les intéressés dans Tentreprise s*étaieBt associés avec une compagnie de Saint-Malo, créée par Léjâne- Danican. Us furent constitués en Compagnie de Chine par lettre patente de Louis XIV, d'octobre 1705, enregistrée au Parlement en février 1706. L'association fut moins heureuse. Aussi une nouvelle Compagnie put-elle obtenir le privilège du commerce de la Chine par arrêt du 28 novembre 1712. Les opérations commencèrent dès 1714, quoique le privilège ne courût que du 1*^ mars 1716. Elles continuèrent jusqu'à l'époque à laquelle fut constituée la grande Compagnie des Indes-Orienlaies *. .
///. — Progrès des Russes en Extrême-Orient.
Marche des Russes à travers la Sibérie. — Au
moment même où l'empereur K'ang-hi luttait contre les Eleulhes, un autre danger menaçait la Chine dans lo Nord : les Russes menaçaient d'envahir la Mandchourie. La mort d'Ermak Timoféévitch, noyé en 1384 dans llrtych *, n'arrêta en aucune façon la marche des Russes vers l'Est. Ils franchirenl sans difficulté les grands fleuves sibériens jusqu'à la Lena, conslruisirent en 1632 à Iakoutsk un fort d'appui, et continuèrent leurs explorations jusqu'à la mer d'Okhotsk. Des Kosaks de Tomsk ayant poussé une reconnaissance vers le Sud, révé-