‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 22 sur 167 · Voir ci-dessoiis, chap. xiv (les États italiens · texte numérisé non relu

Voir ci-dessoiis, chap. xiv (les États italiens

successivement ses Etats ravagés par Tempcreur Joseph P' et son nonce chassé d*Espagne par Philippe Y (1709).

Eo 1713, le traité d*Utrecht donna la Sicile au duc de Savoie, Victor-Âmédée II, dont les relations avec Clément XI étaient fort tendues S et qui fut choisi sans le consentement de ce dernier. Les puissances signataires du traité d*Utrecht avaient renouvelé des errements déjà suivis au traité de Westphalie, où tout avait été réglé, même les questions ecclésiastiques, sans rintervention du souverain pontife, qui avait fait entendre une protestation inutile (3 janvier 1651). Il y avait eu là un coup sensible porté à Tancienne influence du Saint-Siège dans les questions internationales. En 1713, ce nétait pas seulement Finfluence du pape qui était méconnue; c'était son droit même (le suzeraineté sur la Sicile qui était violé. — Victor-Amédée voulut néanmoins exercer en Sicile certains droits ecclésiastiques que les papes avaient toujours contestés, et qu'on désignait sous le nom de Monarchia sicula. Ces droits remontaient, disaiton, au privilège de légat perpétuel concédé par Urbain II «n 1068 au comte Roger P', pour le récompenser d'avoir délivré la Sicile des Sarrasins. Aux tentatives de Victor-Amédée ^'Jément XI répondit en jetant l'interdit sur l'ile. Le roi en expulsa aussitôt les ecclésiastiques, dont trois mille se réfugièf^QlàRome, où le pape fut obligé de les entretenir. Le conflit ne prit fin qu'en 1720, au traité de Londres, qui dota Victor- • Amédée de la Sardaigne au lieu de la Sicile.

Entre temps, Clément XI avait eu encore des difficultés avec Joseph P' au sujet du jus pi^ifnarum precum, c'est-à-dire du privilège qu'avait l'Empereur de nommer au premier bénéfice vacant dans chacun des chapitres d'Allemagne. — Enfin Clé- Wïenl XI avait eu à s'occuper des (|uestions dogmatiques ou disciplinaires qui s'agitaient en divers lieux, notamment des (|uerelles suscitées par les doctrines jansénistes, les rites malabares, les coutumes chinoises *. Tout concourait de jour en jour à ^"gmenler les embarras du Saint-Siège.

'•Enliii, quelques magistrats de Savoie ayant violé les droits de rÉglisc, •'•nienl XI les avait excommuniés; de là conflit avec le duc. •Noirci-dessous, chap. xxiv {V Extrême-Orient),

262 L*É6LISE GATHOLIQDB

//. — Controverses dogmatiques.

Les premières controverses sur la gr&ce. — Lep».

testaniisme, avec ses doctrines particulières sur Tétat primifil de rhomme et sa justification, avait ramené l'attention desthéo' logicns sur les questions relatives à la grâce et au libre arlàtre qui figurent parmi les plus ardues de la théologie. Depuis I controverse célèbre qui avait eu lieu à ce sujet au v* sied entre saint Augustin d'une part, et de l'autre Pelage et Jean Ci sien, les doctrines de ces derniers, qui exagéraient le rôledl libre arbitre au détriment de la grâce, avaient été condamnée et, sous le nom de pétagianisme et semi-pélagianismây avaientpi place au catalogue des hérésies. L'enseignement de saint A gustin, dépouillé toutefois de ce qu'il pouvait avoir d'excesi dans le sens opposé, s'était au contraire conservé. Au xiii* siècl il fut adopté en principe par saint Thomas et les Dominicain et semblait devoir triompher sans conteste, lorsque le franci cain Duns Scot, le Docteur sulHil^ publia un système nouvea qui faisait une part plus grande à la volonté libre de l'homn et se rapprochait par suite, sans cesser d'être orthodoxe, ( semi-pélagianisme. La controverse était dès lors rallumée ent les thomistes^ pour la plupart Dominicains, et les scotisleSy po la plupart Franciscains. Presque apaisée au xv* siècle, elle raviva à propos du concile de Trente, c'est-à-dire à une époq troublée, peu favorable aux spéculations dogmatiques; aussi, part et d'autre, ces spéculations aboutirent à des excès, soun d'hérésies nouvelles.

C'est à r Université de Louvain que la querelle prit t( d'abord un caractère aigu ; mais elle ne tarda pas à gagner France et l'Espagne. A Louvain, depuis 1551, professait théologien nonmié Michel de Bay, plus connu sous le nom Baïus (1513-1589). Baïus, très entreprenant, avait résolu régénérer l'enseignement théologique en abandonnant, cora son collègue Jean Hessels, la méthode scolastique, et se coni tait d'exposer les dogmes en les appuyant sur les textes l'Ecriture et les passages des Pères. Il se trouva ainsi amen

traiter de la grâce, et à formuler diverses propositions, qui, sous couleur de renouveler la doctrine augustinienne, la défiguraient en Texagérant. Il enseignait notamment que Thomme, depuis la chute, n'avait plus de pouvoir que pour pécher; que le libre arbilre consistait simplement à être affranchi de toute contrainte extérieure {violentia), mais n*empêchait pas la contrainte intérieure (nécessitas); que, par suite, toutes les actions des infidèles étaient moralement mauvaises ; et que la grâce dirine agissait forcément, sans le concours de Thomme et malgré lai. — Ces propositions et plusieurs autres furent déférées â la Sorbonne par deux des collègues de Baïus, Tapper et Ravestein, et par les Franciscains belges. La Sorbonne en censura dix-huit (1560). Baïus entreprit alors de se défendre, et publia, de 4563 41566 (au moment même où se terminait le concile de Trente), une série de petits traités, où il prétendait montrer que la plupart de ses propositions étaient conformes â renseignement de saint Augustin, Baïus eût mieux fait de dire : à celui de Calvin. Lel* octobre 1561, le pape Pie V, tout en taisant par ménagement le nom de leur auteur, condamna comme « hérétiques » 16 de ces propositions. Baïus soutint longtemps qu'il ne reconnaissait pas sa doctrine dans les propositions condamnées; mais, Grégoire XIII ayant renouvelé et fait publier â Louvain la condamnation portée contre lui (bulle Provisionis noslrœ), il 8esoaniit(1580).

Une tarda pas â prendre sa revanche. A Louvain même, un <le ses collègues, le jésuite Léonard Leys ou Lessms (1554-1623), lui l'avait vivement attaqué, devait tomber dans Texcès contraire, et sous prétexte de défendre les idées scotistes, exagérer le pouvoir du libre arbitre aux dépens de la grâce, que la volonté de Thomme peut, d'après lui, rendre efficace ou inefficace à son choix. Baïus et ses partisans crièrent au semi-pélapanisme, et firent condamner, par les facultés de Louvain (1587) et de Douai (1588), 34 assertions de Lessius. A Trêves, à Mayence, à Ingolstadt, où dominaient les Jésuites, Lessius eut ^Q contraire gain de cause.. Le pape Sixte-Quint, saisi de la question, défendit aux deux partis de se condamner mutuellement, jusqu'à ce que le Saint-Siège eût prononcé (1588).

Le Molinisme. — Pendant ce temps, TUniversilé de Salimanque était à son tour agitée par la même question. Mn^ SCS professeurs les plus distingués, le dominicain Bâta (7 1601), qui fut le directeur de conscience de sainte Thértie, avait cru pouvoir résumer la doctrine de saint Augustin et 4i saint Thomas, en déclarant que ia grâce suffisante n*est pas « réalité suffisante pour sauver Thomme, et qu*il lui fautv secours nouveau pour prédéterminer sa volonté à agir; c secours constitue la grâce efficace, à laquelle Thomme, aia prédéterminé, coopère toujours, en vertu de son libre arbitn Ce système, dit de Ibl prémotion physique, fut combattu en iSft à Salamanque même, par un jeune jésuite. Prudence de Sain Major, qui lui opposa le système de la science moyenne, dé ébauché en 1366 par un religieux du même ordre, Pierre ( Fonseca (1528-1599). Llnquisition d'Espagne, a la requête < Baûez, lui imposa silence.

En 1588, un troisième jésuite, Louis Molina (1535-160(1 professeur de théologie à Evora en Portugal, reprit et dévelopj le système de la science moyenne. D'après ce système, Die connaissant par sa prescience tous es futurs conditionnek prévoit par suite l'usage que l'homme fera de la grâce i toi les moments de son existence : s'il prévoit sa coopération, ill accorde une grâce efficace ; dans le cas contraire, il ne I donne qu\mc grAce suffisante. Molina prétendit démontrer outre que le système thomiste détruisait le libre arbitre rhomme. Les dominicains Thomas de Lemos (7 1629) et Die Alvarez (7 1635) l'accusèrent de détruire, à son tour, la noli de la grâce, de mépriser l'autorité de saint Augustin et de sa Thomas , et de ressusciter le pélagianisme. Molina fut vi ment défendu par ses confrères, François Tolet (1532-15^ Grégoire de Valencia (7 1603), Pierre d'Arrubal (f 1608), ( La querelle mettait ainsi aux prises deux Ordres puissants. Sollicité des deux côtés, Clément VIII évoqua la cause

1. C'est cette science des futurs conditionnels que les Ihéologiens app< scientia media^ science moyenne, parce qu'elle est en quelque sorte inte diaire entre la science des futurs simples {scienlia visionis) et celle des fi possibles {scienlia simplicis inleltiyentiœ), que Dieu possède également.

ÎDstitua pour la trancher une Congrégation spéciale, dite de amlii$ gratim (1597). Après trois mois de travaux, la Congregadon condamna le molinisme à la simple majorité. Clément VIII , qui cependant inclinait personnellement vers le thomisme, refusa de ratifier son jugement, et organisa, pour plus ample informé, des conférences contradictoires, qui prirent 6n, sans résultat, en 1600. En 1602, Clément YIII ordonna de recommencer les débats en sa présence; il mourut avant d*avoir pris parti (1605). Son successeur Paul V poursuivit d'abord raSaire et voulut même qu'on examinât aussi les doctrines des Dominicains; mais, en 1607, il suspendit les travaux de la Congrégation, et, suivant l'exemple de Sixle-Quint, défendit aux deux partis de s'accuser réciproquement d'hérésie. Cette décisioD livrait en somme à la libre discussion la question des rapports de la grâce et du libre arbitre.

Les débats dont on vient de parler eurent toutefois un résultat. Les Jésuites, pour ne plus être accusés de pélagianisnie, ^adonnèrent le molinisme pour s'approprier le système dit du congruisme, que perfectionnèrent les PP. Gabriel Vasquez (t 1604) et François Suarez (7 1617). L'efficacité de la giice, d'après ce système, ne dépend plus uniquement du libre consentement de l'homme, comme le voulait Molina ; elle dépend surtout de la « congruilé » ou conformité- de sa propre nature avec la volonté de l'homme qui la reçoit. Claude Aqua- ^iva, général de la Compagnie de Jésus, ordonna d'enseigner ce nouveau système dans tous les collèges des Jésuites (1613).

Les commencements du Jansénisme (1640-1668). — Trente ans s'étaient à peine écoulés que la controverse renaissait. Elle devait cette fois sortir du domaine des discussions théologiques et avoir dans le domaine politique et social, après la mort de Louis XIV surtout, un puissant et funeste contref^up. C'est encore dans les Pays-Bas que l'étincelle se ralluma, ^n disciple de Baïus, devenu lui-même professeur à Louvain, pïiisévêque d'Ypres, Corneille Jansen ou Ja?Jsen2MS (1585-1638), sélant lié d'amitié en 1604 avec le futur abbé de SaintCyran, W du Vergier de Hauranne (1581-1643), avait entrepris avec lui de scruter à nouveau la doctrine de saint Augustin sur la

grâce, et, après de longues études, de la démontrer. H compo^i dans ce but un traité spécial, qui ne parut qu*en 1640, deux an après sa mort, sous ce titre : AugustinuSy sive docirina Au/U' tini de humanœ naturœ saniliùdine, œgrittidtnef medicinâadtmÊi Pelagianos et Massilienses, Jansenius déclarait d'ailleurs dua sa préface qu'il soumettait le contenu de son ouvrage au jugement du Saint-Siège. — IjAugustinus est divisé en trois parties : dans la première, Fauteur expose Thistoire des doctriM pélagiennes et semi-pélagiennes, et les compare au molinisme; dans la seconde, il traite de l'état de Thomme avant et après li chute; dans la troisième, il s'occupe de la grâce et condati son efficacité irrésistible : dans l'impuissance de la nature, elk opère en l'homme tout ce que celui-ci ne peut faire, et le plioi dans l'heureuse nécessité de ne pas pécher.

Ces théories de Jansenius, qui se rapprochaient singulière ment de celles de Calvin sur la justiGcation par la grâce, fareo immédiatement attaquées par les Jésuites. A la suite d'une pdé mique ardente, Urbain YIII défendit, en 1642, par la bulle /i eminentiy la lecture de YAugustinus, Cette bulle ne mit pasfii à la lutte. L'abbé de Saint-Cyran, enfermé depuis 1638 pa. ordre de Richelieu, avait réussi à grouper autour de lui qnd ques personnages de condition élevée, qui ne tardèrent pasi former, dans les bâtiments alors abandonnés du monastère d< Port-Royal-des-Champs, une petite communauté de solitaires imbue dos doclrines de Jansenius. La famille Arnauld en étai le noyau : on y trouvait, en effet, Robert Arnauld d'Andill (1588-1674), son plus jeune frère Antoine Arnauld (1612-1694] surnommé le grand Arnauld, docteur en Sorbonne, qui devin l'oracle de Port-Royal, leur neveu Antoine Lemaître, avocal et ses deux frères Lemaître de Sacy, prêtre, traducteur, pr( fesseur, poète, et Lemaître de Séricourt, ancien officier. . côté d'eux, Nicole, moraliste, Lancelot, professeur et graii mairien, Singlin, confesseur et prédicateur, l'orateur du parti enfin l'illustre Biaise Pascal. Il faut compter aussi parmi w jansénistes de la première heure, l'abbesse de Port-Royal ( Paris, Angélique Arnauld (f 1661), et ses religieuses, dont el ramena bientôt une partie, avec leurs élèves, à Port-Royal-d<

G0NTR0VBB8BS DOGMATIQUES 267

Champs (1648). Tous considéraient les attaques contre Janseoios comme une offense personnelle à saint Augustin. Ils entreprirent de les défendre et, au besoin, de les venger.

Antoine Arnauld s'en prit en 1643 à la pratique de la communion fréquente, que recommandaient les Jésuites. Pascal, un peu plus tard, s*en prit i leur morale, dans ses célèbres Lettres ènnfrovincial (1656-1657), qu'Alexandre YII condamna. Mais ces diversions ne détournaient pas les Jésuites de leur but. Par leurs soins, un certain nombre de propositions furent extraites iàYAugustinîis et soumises à Texamen de la Faculté de théologie de Paris par son syndic, Nicolas Cornet (1649). La Faculté en retint cinq, qui furent déférées par 88 évoques au JDgement du Saint-Siège. Les Jansénistes essayèrent en vain de les défendre. Après beaucoup d'agitation et de discussions, Innocent X déclara les cinq propositions hérétiques (bulle Cum /(fÊ Uiditifi

IÇuj^nitfA

oeeniane^ 31 mai 1653). — Les voici en résumé : 1* le juste flt

Iw-roême, faute de la grâce requise, ne peut pas accomplir ^. JT Ar ^v^

certains commandements de Dieu; 2® la grâce intérieure, dans ^

Télal de nature déchue, est irrésistible; 3* pour mériter ou ^*

démériter, il n'est pas besoin que l'homme soit affranchi de la

nécessité intérieure; il suffit qu'il le soit de toute contrainte

extérieure; 4* les semi-pélagiens erraient en prétendant que

Hiomme peut résister à la grâce; 5"" il est semi-pélagicn de

<lireque Jésus-Christ est mort pour tous les hommes.

Les Jansénistes n'osèrent pas contredire directement la bulle d'Innocent X. Ils prétendirent seulement qu'c;i fait les cinq propositions, qu'ils avouaient condamnables, ne se trouvaient pas dans YAugtistinus ou ne s'y trouvaient pas avec le sens dans lequel elles avaient été condamnées; que, par suite, la doctrine de Jansenius n'était pas réellement condamnée; car, si les décisions de l'Eglise obligent les fidèles en conscience lorsqu'elles ^nchenl des questions de droit, il n'en saurait être de même lorsqu'elles portent sur des questions de fait. Cette distinction dn fait et du droit avait été imaginée par Nicole. Soutenue par Antoine Ârnauld et Pascal, elle obligea le pape Alexandre VU ^ renouveler la sentence portée par Innocent X, en déclarant expressément que les cinq propositions se trouvaient bien dans

VAugustùïus et qu^elles étaient bien condamnées dans le seai où elles s'y trouvaient (bulle Ad sacram, 16 octobre 1656).— Quelques années plus tard, sur la demande du clei^, le mèm pape dressa un formulaire de foi, qui dut être souscrit partiM les ecclésiastiques et religieux de France. A la prière de fv. chevèque de Paris, Bossuet essaya d*y décider les religieuses Je I^ort-Royal : il échoua contre leur obstination. En outre, qualn évoques, ceux d'Angers, de Beauvais, d'Alet et de Pamien\ ne voulurent signer le formulaire qu'avec une restriction, exot quant qu'ils ne croyaient devoir aux décisions de TEglisedini les questions de fait qu'un « silence respectueux ». Ilsallaicat être déposés, lorsque Clément IX monta sur le trône pontificd (1667-1669). Après des négociations compliquées, le nouYe« pape parvint à assoupir l'affaire. On a appelé cette trêve : ii paix de Clément IX {IGGS),

La paix de Clément IX dura trente-quatre ans, pendant lesqnds les esprits trouvèrent une diversion dans les discussions siiseitées par le droit de régale, la déclaration gallicane de 1682, el l'affaire du quiétisme. — Cette dernière était à peine terminéi que la querelle du jansénisme reprit plus vive que jamûs i propos d'un Cas de conscience soulevé en 1702. Elle devai aboutir en France à une longue agitation, en Hollande à un vérî table schisme et à la constitution d'une nouvelle secte séparé* de TEglise- Nous renvoyons au prochain volume l'exposé d( cette recrudescence du jansénisme et de ses conséquence diverses. Aussi bien l'ordre chronologique nous invite à noa occuper maintenant de la question du quiétisme.

Le quiétisme : Molinos, M'""" Guyon, Fénelon. - Cette nouvelle controverse, qui troubla les dernières années d xvu" siècle, touchait moins au dogme qu'à la morale. Elle aurai sans doute passé inapen;uc, si les deux plus illustres représeï tants de l'Eglise de France à cette époque, Bossuet et Féneloi ne s'y étaient trouvés 1res activement môles. Fruit d'une ré« tion mystique contre la sèche casuisticjue des commencement du siècle, le quiétisme doit sa forme primitive à un prêtre esp

\. Ces doux «lernicrs ôlaicMit Nicolas Pavillon cl François de CauleU c devaient protester plus lard contre l'extension de la rètjale; voir ci-dessus, p. 2

gioi, Michel Molinos, qui, venu à Rome en 1669, n'avait pas 0ié à devenir un directeur de conscience recherché par les per- ^Hies les plus pieuses. Il leur enseignait que le dernier terme de l'ierfection chrétienne consiste dans un état de repos ou quiép^, où Tàme, perdant tout sentiment et toute activité, n'ayant |iB conscience réfléchie d'elle-même, s'anéantit en quelque Iflle en Dieu, au point de devenir indifférente aux dogmes et px œuvres, bonnes ou mauvaises, voire même à son propre ighl. C'est cet état de quiétude, présenté comme le but à lUriadre, qui a fait donner au système le nom de quiéiisme. En IflS, Holinos exposa sa doctrine dans son Guide spirituel, et liqoiétisme ne tarda pas à se répandre en Italie et au dehors. Ibis, sur les instances du P. de la Chaise, confesseur de lirais XIV, Innocent XI condamna en 1687 soixante-huit propositions de Molinos, qui fut obligé de se rétracter. Il fut ^uite enfermé, à cause de ses dérèglements, dans un couvent je dominicains, où il mourut en 1696, à soixante-dix ans.

Au moment même où les doctrines de Molinos apparaissaient CD Italie, des doctrines analogues étaient signalées en France. Elles y étaient propagées principalement par une pieuse femme, Jeanne-Marie Bouvières de la Motte, veuve Guyon, et son confes- «enr, le P. La Combe, religieux barnabite. M™* Guyon, née en France en 1643, avait eu dès son enfance le goût de la vie contemplative. La lecture assidue des ouvrages de François de Sales et des chagrins domestiques ne firent que développer ses tendances mystiques, et l'amenèrent peu à peu à cet état d'âme décrit par Molinos, et qu'elle allait bientôt décrire à son tour. D'une série d'opuscules qu'elle composa chez les Ursulines de Tlwnon où elle s'était retirée en 1601, époque où elle fit la connaissance du P. La Combe, se dégageait la théorie suivante qui était la base de son système. Elle admettait qu'il existait un état de/^ur amour de Dieu, où l'àme désintéressée, sans espoir de récompense et sans crainte de châtiment, devient indifférente à son salut, et cela non d'une façon transitoire, mais d'une façon permanente. — Entre l'état de pur amour de M"* Guyon et état de quiétude de Molinos, il y avait une similitude trop omplète pour ne pas attirer l'attention des théologiens. A peine

rentrés à Paris, le P. La Combe et M"" Guyon furei à larchevêque, M*'' de Harlay, qui les Ot arrêter Tui le premier en octobre 1687, la seconde en janvier ques années plus tard, il condamnait les écrits de œl (169A). En même temps une commission nommée se réunissait à Issy, sous la présidence de Bossuet, miner la doctrine incriminée (1694-1695). Comme son examen, cette commission, à laquelle Fénelo; associé après sa promotion à rarchevèché de Camb 34 articles, où elle exposait les caractères du véri ticisme chrétien. M*"^ Guyon souscrivit humbleme clés dlssy, et déclara qu^elle n*avait jamais rien voul contraire aux doctrines catholiques. Mais comme ell de nouveau à faire des prosélytes, le roi la fit reteni tille. Elle en sortit en 1702, et se retira à Blois, où dès lors le silence et mourut pieusement en 1717.

L'affaire du quiétisme semblait terminée après rences dlssy, lorsqu'un épilogue inattendu se prod suet, pour arrêter les progrès des doctrines quiéti préparé une Inslruoéion sur les états d'oraison^ où il j sévèrement M"' Guyon. Il demanda à Fénelon de Y Ce dernier, ami de M'°* Guyon, dont il appréciait le ie caractère, non seulement s'y refusa, mais comp< côté une Explication d^s Maxiines des Saints^ où il les faits sous un jour moins défavorable à son amie, d'une façon peu sûre la doctrine de l'amour désint^ Majiirties des *S'am/s parurent en janvier 1697, quelque avant \ Instruction de Bossuet, qui entama aussitôt miquo, d'autant plus acerbe que Fénelon avait, ditdans son ouvrage « un esprit à faire peur ». L'ard Cambray résolut alors de soumettre lui-môme soi jugement du pape (avril 1697), et Innocent XII chai théologiens de l'examiner. En attendant la décision Siège, des conférences furent tenues entre Bossue vôque de Paris et l'évoque de Chartres : tous trois | le 6 août 1697, une déclaration censurant les Me Saints. Louis XIV, de son côté, pressait le pape

Il déc. 1698). Après bien des lenteurs, pendant lesquelles les

0KL adversaires continuaient une lutte ardente, Innocent XII,

0t un bref du 12 mars 1699, condamna la tendance générale

|li MaximeSj et plus particulièrement 23 propositions comme

grduigereuses et erronées ». — Fénelon reçut notification du

ffém moment où il montait en chaire. Il le communiqua aus-

l^itt au peuple, en lui enjoignant de ne plus lire son ouvrage.

^9 avril suivant, dans un mandement pastoral, il renouvela

Page 1