Voir ci-<lessiis, t. V, f>. 300 cl siiiv
scènes dune bonne verve comique dont saura profiter Molière; Desmaretsde Saint-Sorlin, avec ses curieuses Visionnaires, dont Molière encore se souviendra quand il écrira les Précieuses; Rolrou, avec /a iS'a?ttr, comédie piquante et d'un comique moins bas que les précédentes. Avec le Menteur de Corneille et la Suite du Menteur, ce théâtre comique présente un contingent assez considérable de pièces applaudies, et il n*a pas laissé de préparer assez bien le règne de Molière.
Les poètes. — Les poètes qui écrivaient en dehors du théâtre étaient peu nombreux. Il faut cependant ne pas les oublier. Les uns, attardés du xvi® siècle, s'espaçaient en longues compositions, et surtout cherchaient à nous donner ce fameux poème épique qui, depuis la Franciade jusqu'à la Henriade, a manqué à la France, et peut-être lui manque encore. C'étaient Saint-Amant, qui, délaissant ses bouteilles et ses « goin- (mies », écrivait, pour la joie railleuse de Boileau, son Moïse lauvé (1653); Scudéry, dramatiste fécond du reste, qui donnait en 1664 son emphatique et monstrueux Alaric; Chapelain, <|ni promettait pendant vingt ans sa Pucelle et qui la donnait enfin en 1656, pour son malheur, perdant presque d'un coup la gloire préalable qu'on lui avait accordée à crédit.
Les autres, mondains, coquets, aimables, familiers de l'hôtel <ie Rambouillet, collaborateurs à cette Guirlande de Julie (Idil), recueil de fadeurs poétiques, qui fut un événement mondain et ttn accident littéraire, mettaient beaucoup d'esprit et d'ingéniowté dans des riens très travaillés. C'étaient, autour de Voiture, Godeau, évêque de Grasse, faiseur d'odes, de sonnets, de niadrigaux, qui a cet honneur que quelques vers de Pierre Corneille (« El comme elle a l'éclat du verre, elle en a la fragilité ») «ont de lui; Gombauld, expert en pastorales, en sonnets, en épigrammes, et que Boileau a nommé presque avec honneur; Maleville, sonnettiste, qui soutint avec Voiture la lutte poétique ^deux Belle Matineuse; Benserade, qui entrait en lice aussi ivec Voilure pour son sonnet de Job, que ses partisans (les /o6e- '<w) opposaient aux Uranistes, partisans du sonnet Uranie. Celaient, à celte époque, de grandes querelles littéraires : ïïous avons peine à les comprendre. Elles prouvent au moins
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la grande ferveur qu'on avait alors pour les choses de Y et surtout, il faut le dire, pour les choses spirituelles.
Le genre burlesque. — A travers tout cela, le geore ! lesque faisait son chemin. Il n*était pas nouveau, non qu'aucun genre. Sans remonter plus haut, il était déjà lii honneur au xvi'' siècle, et, à travers tout le commencemen xwu^ siècle, il avait donné beaucoup de manifestations, soit; d'Âubigné, tantôt si tragique, tantôt si bouffon, soit avec T phile de Viau, soit avec Cyrano. Le burlesque, en effet, c*ei comique où il entre plus d*imagination que d'esprit; c'est grosse verve qui « charge » et grossit les objets pour déformer. Mais, vers 1640, le burlesque devint un genre, p qu'il se fit une méthode. Cette méthode fut la parodie c< nuelle. Elle consista à parler des petites choses en style j peux, ou des grandes en style trivial. Elle tnlV impropriété éi en système. Par extension, elle s'appliqua non plus aux ch( mais aux œuvres littéraires et s'amusa à en faire la caries par une simple transposition, et trop facile, du style élev style emphatique et du style simple en style bas.
La clef donnée, tout le monde ouvrit les portes de ce nou' <lomaine. Le Pays, « singe de Voiture », comme on disait al et n'imitant de Voiture que l'esprit facile où celui-ci d( assez souvent, amusa les provinces par ses imaginations m précieuses moitié triviales et mérita que Boileau le fît l par les « nobles campagnards » de son Repas ridicule.
Scarron, plus vraiment comique, doué d'une véritable in nation, ne manquant pas du reste d'un certain discernemei goût, mollait le burlesque proprement dit dans son étrang ennuyeux Typhon, dans ses Mazarinades, dans son Virgile vesli (1648-1G53), dans ses comédies, et un demi-burlesque, n'est plus guère que ce que nous appelons le « réalisme » toi au comiiiue, dans ses Nouvelles tragi-comiques, où Molièi Sedaine ont puisé; dans rÉcoliei* deSalamanque, tragi-comc surtout dans son Roman Comique, première édition, pour; parler, du Capitaine Fracasse, très vivant, très coloré, i bien observé (»t qui mérite encore d'être lu.
D'Assoucy, poète mendiant et vagabond, Villon de décade
^menant à travers la France et jusqu'aux prisons du Saint- Qfgeeson luth, son singe et son < page », parodiait et travestissait sans relâche Ovide, Claudien et autres poètes, bouffbnnaitcn petits vers sans style et ne trouvait quelques passages amusants que dans une satire contre ses ennemis : ÉpUre à yijt. les sots et dans les récits de ses infortunes : La prison de Jl. d'Assoucy.
Ce genre, qui fit fureur, jusque-là que les éditeurs imprimaient tvec la mention < en vers burlesques » des poèmes qui étaient parfaitement sérieux, pour les pouvoir vendre, s'éteignit vers 1660, tué à la fois par la rivalité redoutable et par les mépris des véritables gens d'esprit, Boileau et Molière. < Toutefois », comme débris du genre, < les Turlupins restèrent », dit Boileau. Mais < les Turlupins » étant simplement des faiseurs de calemiiours, on peut les considérer comme étant de tous les temps.
Les philosophes. — La philosophie française, qui n'a pas il'époque plus illustre que le xvii® siècle, était, en cette période de 1650 à 1660, dans toute sa gloire. Descartes nous avait laissé ses Méditations (1641), ses Principia philosophica (1644), son admirable Traité des Passions de rame (1649) qu'il ne faudrait pas oublier même dans une histoire purement littéraire; car les dramatistes psychologues de la fin du siècle n'ont pas laissé d'y puiser des leçons.
L'adversaire principal de ce grand homme fut Pierre Gassend, plus connu sous le nom de Gassendi '. C'était un philosophe à tendances positivistes dans lequel on peut voir Tancètre ou le précurseur des « sensualistes » du xvui* siècle. Parfaitement austère dans ses mœurs, comme le « sobre Epicure » dont il était le disciple, il enseignait à quelques jeunes gens, dont Cyrano a été, paraît-il, et aussi Molière, une philosophie en partie tirée de Lucrèce, et fondait une véritable école, opposée à celle de» Cartésiens, qui traversa discrètement tout le xvn* siècle, prit sous la Régence une force et une audace inattendues, et fut triomphante, au moins en apparence, jusque vers 1800. Ses principaux ouvrages sont Disquisitio metaphysira adversiis Car-