‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 33 sur 167 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Caractères généraux de cette période. — Tandis que les dernières écoles franchement nationales — celle des Pays- Bas avec Rembrandt, ses peintres de mœurs, de corporations et ses paysagistes, celle d'Espagne avec don Diego Velasqua — voient naîfre leurs derniers chefs-d'œuvre, l'art académique, au moment où il allait définitivement languir en Italie, sonpaja d'origine, trouve en France un brillant foyer et de noaveaia rajeunissements. Après la mort du « cavalier » Bernin, c'est sous sa forme française, monarchique et centralisée, qu'il continDe la conqui'^te du monde.

/. — L'Art en France.

Les académies royales. — Le 20 janvier 16i8, au Conse de régence tenu au Palais-Royal, où Louis XIV, alors âgé de d ans, la reine-mère régente, le duc d'Orléans, le prince de Cond le chancelier Séguicr et les ministres se trouvaient réuni M. de Charmois présentait une requête aux fins de laquelle Majesté était très humblement suppliée d'arracher ses peinti

I. Sauf la scclion Musiquey n'Mlj^rco par M. H. Lavoix, ce clinpitre est l'œu' <lc M. Aiulro Michel.

sculpteurs « aux persécutions qu'ils souffrent par Tenvie de

ins maistres jurés, qui ne prennent le nom de peintres et

Ipteurs que pour opprimer ceux qui ont consumé leur jeunesse

H^iDS le travail et Tétude des belles choses afin de mériter ce

Ijjtre* ». Ceux qui étaient honorés du nom de peintres et sculp-

l^^urs de Sa Majesté, < les plus sçavants en cet art », ne pouvaient

l^lussouffrir « la tyrannie » et « les violences « des maîtres jurés

Ip^tti voudraient les réduire « à travailler pour leurs broyeurs de

j^gt^uleurs et pour ceux qui polissent leurs statues » et les ravaler

'•*^ au nombre des métiers les plus abjects ». Ils avaient «t recours

y^ la puissance souveraine pour être rerais en leur lustre, ainsi

^qtt'ils étaient du temps d'Alexandre dans l'Académie d'Athènes,

: où chacun sait qu'ils occupaient le premier rang entre les autres

aris libéraux... Nous n'avons qu'un seul Alexandre, mais Paris

g «si rempli de plusieurs Apelles et de grand nombre de Phidias

{.Juridiquement, pour avoir le droit d'exercer la peinture et la sculpture, de ^fcndredes tableaux et des statues, il fallait avoir été reçu maitre, après apprentissage et acceptation du chef-d'œuvre par les gardes et jurés de la corporation. ' Ceux-ci veillaient au maintien du monopole, poursuivaient devant la juridiction du Châlclct les délinquants et avaient même, pour les rechercher, un - droit M visite -, avec assistance d'un sergent du ChÂtelet. — Mais, à côté et en ilebors des maîtres de la corporation, Tautorité royale avait créé des « lettres I »le maîtrise », en vertu desquelles et à l'occasion • des entrées et mariages des U robs naissance de monsieur le dauphin et déclaration du premier prince du , sang •, des artisans, qui n'avaient pas fourni de chef-<rœuvre, étaient déclarés maîtres et - égaux en tout et partout à ceux des chefs-d'œuvre ». En outre, ceui qui remplissaient des fonctions comme celles de valets de chambre (Ml officiers de la maison du roi, de la reine et des enfants de France, les • marchands suivant la cour », les artistes logés au Louvre, les • peintres rt scul|»leiirs du roi » étaient jMJurvus de brevets qui les exemptaient des formalités et juridictions de la maîtrise — et la liste, avec le temps, s'en était intinimonl allongée. — Au moment où le conflit devint aigu et où la lutte définilive s'engagea entre la corporation et les • brevetaires », les maîtres demandaient ". que >euls le roi et la reine eussent le droit d'avoir <lans leurs maisons des ^ l»eintres et îles sculpteurs — et encore en nombre strictement limité (quatre ou l six tout au plus) — et que défense fiU faite à ces peintres et sculpteurs du roi I et de la reine de travailler i)our les particuliers, même pour les églises, sous I i>eine de confiscation <le leurs œuvres et de .500 livres d'amende. —En lOiG, la question avait été portée «levant le Chàtelet, à propos de deux peintres à brevet très obscurs saisis |>ar les jurés — et le Parlement avait à son tour à en connaître en appel. — Par un arrêt du mois d'août 1(U7, il reconnut et consacra une fois de plus les droits de la maîtrise — ou tout au moins assigna, avant de faire ilnul, et ■ somma tous ceux qui prenaient qualité de peintres ou sculpteurs du roi onde la reine de venir en cour déduire leurs raisons et moyens |X)ur être onlonné ce qu'il appartiendrait ». — C'est alors que des brevetaires et des indéliendants s'organisèrent pour la résistance, se réunirent chez M. de Charmois, conseiller d'Etat et ancien secrétaire d'ambassade à Home, — et présentèrent la requête dont nous donnons ci-dessus le résumé et qui engajjea l'action décisive doii résiilla la fondation de l'Académie.

el de Praxitellcs, qui feront esclatter dans les climats lesploi esloingnez son Visage Auguste et révérer les beaux traits et ki grâces que le ciel y a imprimés. Votre Majesté... defTendra ignorants et aux esclaves d'exercer des arts si relevés... Elle conservera la noblesse et laissera dans la captivité ceux quii'j sont volontairement soumis en composant un corps de et se sont mis en parallèle avec les artisans les plus nié niques. » ^

On voit clairement par ce texte quels étaient les griebA les prétentions des «t académistes » contre ceux de la mailriwi^ D'une part, ils protestaient contre les privilèges que d'ii« tiques coutumes et règlements, maintes fois sanctionnii par l'autorité royale et homologués par le Parlement, acc(xu daient à la corporation des maîtres peintres et sculpteun^ de l'autre, ils répudiaient comme une humiliation, encore phi que comnio une gène, tout contact et toute assimilation avec ai vulgaire corps de métier. Pour la première fois, V « artistei, jusque-là légalement confondu dans les rangs de la corporatioi avec r « artisan », revendiquait une place à part. Il s^égdui aux « écrivains » et aux orateurs » ; « le but de ceux-ci et celui des peintres n'est pas différent, disait la requête, chacoB de ces arts a ses beautés; l'un fait avec le pinceau ce que l'autre fait avec la plume ». C'était une insolente prétention à ceux « qui ne sont employés qu'à peindre la porte de la basse-cour » do vouloir « pénétrer dans les cabinets des princes où les sculpteurs et les peintres sont admis » pour y soumettre à la visite de leurs jurés el confisquer, comme objcls de conlrehandc, les tableaux et les statues dont les auteurs n'avaient pas subi le joug, sollicité Tinscription et acquitte les droits de la corporation. « Si Votre Majesté les en croit, elle défendrait à Michel-Ange el à Raphaël d'Urbin, s'ils vivaient encore, de travailler dans Paris, sy ce n'est pour les raaistres, quand ceux-cy ne seraient pas capables de broyer les couleur? ou de polir les statues de ces grands personnages. »

L'estime que nos six derniers rois ont faite des peintres e des sculpteurs, les charges, les bénéfices, les fonctions qu'il leur ont donnés, l'amour el la tendresse qu'ils ont eus pour ci:

isqu*à les visiter dans leurs maladies », ne permettaient-il pas 'espérer un acte décisif de l'autorité souveraine, une proclasation solennelle de la supériorité des peintres et sculpteurs sur le c chétifs artisans »? — La requête finissait par demander au tH de faire « défense aux dits maîtres soy-disants peintres et leiilpteurs de prendre à Tavenir cette qualité tant qu'ils tienliont boutique ou seront du dit corps, ains seulement d'étofiears ou doreurs », d'exécuter aucun tableau de figure et d'histoire, ni portraits ou paysages, « figure de ronde bosse ou kft-reliefs pour les églises ou autres bâtiments publics ou particulien, ains seulement peindre ou faire de relief des moresques, grotesques, arabesques, feuillages et autres ornements qui leur seront commandés, à peine de 2000 livres d'amende et de confiscation... »

Le Conseil n'alla pas si loin, mais du moins fit-il défense à ceux de la maîtrise « de donner aucun trouble ni empêchement ^xïipeintres et sculpteurs de r Académie, soit par visites, saisies et conGscations de leurs ouvrages, soit en les voulant obliger ise faire passer maistres, soit autrement et en quelque manière <pece fust, à peine de 2000 livres d'amende ». Dès le 1*' février, ks fondateurs de l'Académie en faisaient l'inauguration solennelle el dressaient un projet de statuts, en vertu desquels — et avant les lettres patentes confirmatives — ils procédèrent, le jour même, à l'élection des douze anciens qui devaient, à tour <le rôle et pendant un mois chacun, administrer la compa- Çnie, « poser le modèle » et diriger ses écoles. Le soir du nième jour, Lebrun faisait, devant une nombreuse assistance, l'ouverture des exercices publics *.

Lest maîtres », surpris d'abord par cette brusque attaque, •« mirent en devoir et en état de résister. Comme TAcadémie, pour faire face aux dépenses de ses écoles, avait dû exiger de ses élèves une rétribution qui bientôt fut doublée, la maîtrise

1. Les douze anciens étaient avec Charles Lebrun : Simon riulllain. dêianl van ^\aI Jacques Sarrazin, li. I^hire, Sélmslien Bourdon. F. IVrrier, Henri Beau- »»n»n;Jusle d'Egniont, Michel Corneille, Charles Errard et Kuslache Lesueur {(\m ^rtailde la maîtrise). — Philippe île Champagne. Louis Boullongne, I»uis el wnri Teslelin, Thomas Pinaigrier, Samuel Bernard, etc.. prenaient rangd'aca- 'lêmiciens.— Les frères Le Nain, Gilles Guérin, Charles Beauhrun, Abraham Bosse, P<*rson, Philippe Buyster, H. van Swaneveldl furent nommés un peu plus lard.

eut ridée d'établir gratis « une école publique dans U des Coquilles qui est dans la rue de Tixeranderie où la i tenait ses assemblées ». Simon YouetS que les « académû avaient eu la maladresse de laisser de côte, fut élu « prime i la nouvelle école, — qui fut appelée Académie de Sainte i»t vint y poser le modèle. L'Académie alors « reçut m assaut » ; elle n'avait qu'un modèle dans son école de la nul Deux-Boules : les maîtres en eurent deux, et vingi-qualrci au lieu de douze. La foule accourut. Mais Simon Voiwt vieux; au bout d'une semaine, il cessa de venir modèle; de simples maîtres le remplacèrent, et l'école de Fi demie de Saint-Luc eut bientôt perdu le prestige et la des premiers jours.

Après deux ans de lutte, on en vint, de part et d'autre, ii Imiter un rapprochement. Charles Errard, malgré la opposition de Lebrun, entra en pourparlers avec les représeni de la maîtrise. Un conseiller du Parlement fut pris pour et des « articles pour la jonction », arrêtés d'un commun furent signés le 4 août 1651. Les flers académiciens, « Apelleset les Praxitèles » consentirent à s'unirent aux mi « vils » qu'ils avaient si dédaigneusement traités! Mais les di cultes reparurent bientôt; les froissements se multiplièrent; « académiciens » craignirent d'ôlre débordés par les maîtresphi nombreux. Les statuts de jonction étaient à peine enregislw «ju'une nouvelle séparation, celle-là définitive, était déjà décidée I <Mi principe. La rupture ne tarda pas à éclater.

Do nouveaux règlements, préparés à l'insu des maîtres avec l'appui de M. Katabon, surintendant des bâtiments royaux, da chancelier Séguier, et môme de Mazarin, furent rédigés en 4léconibre 1034. En janvier 1653, le roi rendit des lettres [»• (entes aflectant la galerie du collège royal de l'Université pour le logement de TAcadémie royale, lui accordant une dotation annuelle de mille livres pour Tentretien des modèles, et faisant défense « à tous peintres de s'ingérer doresnavant de poser aucun modèle, faire monstre ni donner leçon en public lou-

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