I. Voir (•i-des>iis, L V, p. 43f
l'art en FRANCE 349
hant le fait de peinture et de sculpture qu'en ladite Acaémie ».
C'est dans une séance solennelle, organisée par Katabon, [ne la nouvelle constitution de l'Académie fut proclamée etpro- Dulguée, au milieu d'un grand déploiement de mise en scène et i la grande confusion des pauvres « maîtres ». Le chef de 'Académie prenait dès lors le titre de directeur; les nuciens, dui de pî'ofesseurs ; qudilve recteurs, élus par les anciens, braient, chacun pendant un quartier, gérer la Compagnie et NHivaient la présider. —L'intervention royale s'était fait sentir iiaez clairement; l'Académie, désormais triomphante, allait de lins en plus dépendre du pouvoir, et l'art, avec elle, devenir une les branches de l'administration centralisée entre les mains des i commis du roi ».
cNous permettons, avait dit Louis XIV, que l'Académie fasse Éoix de telles personnes de la plus haute qualité et condition du royaume que bon lui semblera pour sa protection et vice-prohctioo et avons très agréable que notre cher et très aimé cousin le cardinal Mazarin, qui a une connaissance et un amour singulier de toutes les belles et grandes choses, ait été prié de vouloir piendre ladite protection. » Après Mazarin, ce fut Séguier qui ieviot protecteur; mais, de fait, le ministre Jean-Baptiste Colbert, revêtu du simple titre de vice-protecteur, fut le véritable protecteur. Toutes les faveurs accordées à rAcadémie furent son >uvrage. Du jour où il eut succédé à Hatabon dans la charge le surintendant des bâtiments de la couronne, avec Lebrun omme ;>rem/>r peintre du roi, un meilleur logement (au Palaisloyal, puis au Louvre), des modèles plus nombreux, un ensei- 'nement plus complet, enlin une suprénkatie absolue, un monopole exclusif dans le domaine de l'art furent accordés à Académie. Les brevetai rcs, peintres et sculpteurs du roi et de la ■^ine, qui, entre la maîtrise et l'Académie, avaient gardé leur ^dépendance, durent accepter le joug académicjue Mignard^ pli avait déclaré à Lebrun par un billet laconique qu'il ne boulait pas être de sou Académie et qui soutint longtemps une 'ûtle opiniâtre contre son rival, dut lui-môme abandonner la P^lie. Les statuts furent encore une fois remaniés, revisés et
complétés. Colbert les fit signer au roi avec les lettres {mlenles, le 2i décembre 1663. En transmettant « le dossier » à M. de Harlay, procureur général de Paris, il raccompagnait duû billet où il était dit que « Sa Majesté, voulant ajypuyer et matntenir fortement son Académie royale de peinture et sculpture >, désirait que le Parlement en favorisât rétablissement < en consentant à Tenregistrement des lettres patentes qu*elle lui a accordées, nonobstant Topposition des maîtres peintres ». Le 14 mai 1664, après une lutte opiniâtre soutenue et un suprême effort tenté par les jurés, Tarrèt du Parlement intervint, conforme aux injonctions de la volonté royale si péremptoirement mtoifestée. Dès lors, l'Académie, par ses écoles et ses succursales établies dans les principales villes du royaume, le premier peintre du roi et le surintendant des bâtiments par TAcadémie, réglementeront la a production du beau ».
Jusqu'à la mort de Colbert, Lebrun, tout-puissant, dirigea tout le système, le plus centralisé qui ait jamais existé. Sans doute TAcadémie nouvelle n*abusa pas de ses privilèges : elle se recruta libéralement et s'ouvrit, en somme, à tous les artistes notables. Mais elle n'en constituait pas moins désormais us milieu spécial, bien plus propice que Tancienne oi^nisation (sous laquelle s'étaient formés tous les grands artistes du siècle) à l'éclosion et au développement d'une esthétique aristocratique et officielle, d'un art de classe et de cour, condamné à perdre de plus en pins avec la vie populaire ce contact indispensable à toute école vraiment originale.
Fondation de Tacadémie de France à Rome. — Dans un projet de lettre à Poussin conservé par Perrault, Colbert lui annonçait que, « parce (ju'il semble nécessaire aux jeunes gens de faire quebiue séjour à Home pour s'y former le goulet la manière sur les originaux et les modèles des plus grands maîtres de l'antiquité et des siècles derniers,.. Sa Majesté a
résolu d'y en envoyer tous les ans un certain nombre, qui seront choisis dans l'Académie, et qu'elle entretiendra à Rom^ pendant le séjour qu'ils y feront ». En réalité ce n'était là que la consécration officielle d'un étal de fait presque séculaire» l'émigration en Italie élanl devenue depuis le milieu dt^
siècle une habitude à peu près générale et comme une 5 de la pédagogie. Mais ce qui n'avait été qu'un courant inion et une mode allait devenir, par la volonté royale, une iluUon d'Etat. Colbert avait d'abord pensé à Poussin pour l^r les nouveaux pensionnaires du roi, mais la fondation 1 projetait ayant été un peu différée, et Poussin étant mort $ rintervalle, Charles Errard fut choisi. 0 H février 1666, Colbert fit approuver par le roi les nls ti règlements que Sa Majesté « veut et ordonne être srvés dans l'académie ». Les pensionnaires, 6 peintres, solpteurs et 2 architectes. Français, de religion catholique, 0tolique et romaine, devront être maintenus dans une sévère Àpline. Ils se lèveront en été à cinq heures précises, se couiront à dix. Ils étudieront tous les jours deux heures l'arithttique, la géométrie et la perspective. Ils ne pourront rien icuter ni copier sans le consentement du directeur. Les ÎDtres devront faire des « copies de tous les beaux tableaux dsont à Rome; les sculpteurs, des statues d*après l'antique; ;les architectes des plans et élévations de tous les beaux dais et édifices, tant de Rome que des environs ». La correspondance des directeurs avec Colbert et ses sucssseurs permet de suivre, presque jour par jour, les travaux des lèves et la direction donnée à l'académie naissante. Colbert avait en quelque sorte placée sous l'influence du cavalier icroin. 11 le remercie « du soin qu'il prend d'aller quelquefois )rriger les élèves » et le prie « de continuer d'en prendre la eine >. D'ailleurs, il insiste à plusieurs reprises pour que les sculpteurs suivent l'antiquité sans y rien changer » et eut que, soit par des copies, soit par des achats, on ne églige rien pour « avoir en France tout ce qu'il y a de beau Q Italie ».
Ceux qui venaient y représenter la France n'étaient pourtant as toujours également disposés à l'admiration, et l'on est tonne (le rencontrer dès l'origine, sous la plume des directeurs e l'école, quelques-unes des principales objections qui, plus une fois, ont été reprises depuis contre l'institution. La écadence de Tart italien les frappe vivement. Poërson écrira
notamment (20 juillet 1707) : « Sa Majesté pourrait s'épargner la dépense de celle Académie qui, quelque zèle el quelque soin que voire bonté prenne, ne peut répondre aux idées que Ton a eues de former d'habiles gens et d'en tirer de belles copies, tant d'architecture que de peinture et de sculpture.
« Premièrement, pour Varchitecture, excepté le Panthéon ou Rolondc, le Colisée et quelques colonnes, il ne nous reste rien de considérable de l'antiquité pour instruire les étudiants...
« A l'égard de la peinture, les lieux où sont les belles chose» qui ont acquis tant de réputation à celte ville sont quasi loo* ruinés, el de plus fermés aux étudiants, de manière qu'il y a peu de fruit à en espérer et beaucoup à craindre de l'oisivelè que les jeunes gens contractent aisément en ce pays. Et quant à la sculpture, ce qui est moderne donne assez généralement dans le goût faux et bizarre; pour les antiques, ayant les figures moulées en France, il n'est pas absolument nécessaire de venir ici.
« La preuve est que depuis que je suis à Kome, je n'ai veu ni Italien ni aucun estranger copier les marbres : Ton se contente de dessiner el de modeler d'après les piastres, dans lesquels l'on trouve plus de facilités... »
En réalité, la principale destination de l'académie de France à Rome sous ColherU Louvois (1683-1691), Villacerf (1691- 1699), Mansarl (1699-1708), — auxquels correspondirent les direclorals de Charles Errard (1666-1673), Noël Coypel (1673- 1675), Charles Errard (1678-1684), La Teulière (1684-1699), nouasse (1699-1704) el Poërson (1704-1724), — fut de pourvoir à la décoration des jardins, parcs et bâtiments royaux.
Les manufactures royales. — Les arts industriels, désormais séparés des « beaux-arts » par la création de l'Académie royale de peinluro et sculpture, ne furent pas négligés par Colbcrt, qui sembla comprendre le danger que la scissioO sanctionnée par lui devait leur faire courir. Profitant de tou^ ce que Henri IV avait déjà ébauché dans ce sens, il utilisa ce que la magnificence de Fouquet avait groupé, à Vaux et (près de Vaux) au Maincy, de ressources, d'œuvres, d'ouvriers da*** el d'artistes. Le 6 juin 1662, il achetait au nom du roi rhôld
% Gobeliiis et y installait bientôt non seulement une manulOtnre de tapisseries, mais une nmnufactnre royale des meubles mk couronne. Il fit « rechercher les peintres de la plus grande iMitation, des tapissiers, des sculpteurs, orfèvres, chimistes et pies ouvriers plus habiles en toutes sortes d'arts et métiers »- Il y furent logés et gratifiés de « privilèges et advantages ». ftjint académie de dessin et de modèle vivant, dirigée par giois membres de TAcadémie, était jointe à la manufacture, ■lixante enfants devaient y être entretenus sous les ordres du Ipltre-peintre < chargé de leur éducation et instruction, pour Ihe ensuite distribués par le directeur, et par lui mis en apprenjUlHge chez les maîtres de chacun des arts et métiers, selon JÉ|^ les jugerait propres et capables. Après six ans d'apprentisly et quatre ans de service, ces dits enfants passeraient maîtres ^ leur communauté. »
Dès Forigine la manufacture comptait des peintres comme Ifander Meulen, Baptiste Monnoyer, Fontanay; des sculpteurs lomme Michel Anguier, Tuby et Coyzevox; des ciseleurs comme Giffieri; des orfèvres comme les De Villiers, des graveurs liomme Audran et Sébastien Leclercq ; des ébénistes, des mosaïstes, des brodeurs, des serruriers, des décorateurs, des horlogers, des fondeurs, des tapissiers, dont plusieurs avaient fut partie de Tatelier fondé au Maincy par Fouquet, et avaient exécuté pour le surintendant, sur les dessins de Lebrun, les Cha»m de Méléngre et \ Histoire de Constantin,
Là comme partout, tant que vécut Colbert, rinfluencc de Lebrun s'exerça toute-puissante. Elle imprima à tout ce qui sortit des ateliers du roi ce caractère d*unité, ce parti pris de grandeur qui en marquent les moindres productions. « C'est de a manufacture royale des Gobelins que sont sortis tant d'excellents ouvrages en tout genre, qui servent d'ornement à Versailles et à Marly... C'est aussi dans cet hôtel que se sont instruits et perfectionnés tant d'habiles ouvriers qui, depuis son établissement, se sont répandus dans le royaume et surtout dans la capitale, où ils ont poussé les beaux-arts au point de ne plus guère faire envier ni regretter par les Français les admirables ouvrages des Grecs et des Romains » {Mercure de France).
HlSTOIRC OKMilULE. VI. 23
L'administration de l'art. — Pour donner à cet «|: monarchique le caractère de grandeur et Timposante unilé semble se manifester, jusque dans le détail des choses, lepri d'autorité et Taltière certitude d'un Bossuei, — « TËspril temps » , ce collaborateur anonyme de tous les artistes, D*eûl ôtre pas suffi. Il y fallait, pour maintenir entre tous lesouTii de Tœuvre royale l'accord dans le projet et la discipline Texécution, une direction active et partout présente : Henri ff en avait entrevu et commencé l'organisation ; Coibert l'aclmt pour son maître. Dès qu'il eut pris en main la surintenduci des bâtiments, la pensée de la grandeur royale et le désir 4 la rendre sensible à tous les yeux inspire toutes ses instra^ tions. Qu'il s'agisse du Louvre ou d'une simple galère, m même pensée le guide. A l'occasion d'une escadre que \n armait pour l'envoyer aux Indes, il écrit au directeur de k décoration des navires dans le port de Toulon : « Prenez lin garde, pour les vaisseaux destinés pour ce voyage, que mi seulement leur bonté, mais mesme leur beauté, donne quelqift idée de la grandeur du roi dans ce pays-là. » « Je conTieBi (|ue les ouvrages de sculpture des trois grands vaisseaux com- Iruils ces derniers temps à Toulon consomment beaucoup de temps; mais vous m'advouerez vous-même qu'il n'y a rien qui frappe tant les yeux ni qui marque tant la magnificence du roi que de les bien orner, comme les plus beaux qui aient encore paru à la mer, et qu'il est de sa gloire de surpasser en ce point les autres nations. » Et ce n'est que sur les observations répétées des officiers de marine, signalant le danger « (le tous ces grands ouvrages ne servant qu'à rendre les vaisseaux beaucoup plus pesants et à donner prise aux brûlots •. que, le « sieur Pugel » est invité à « réduire les ornements des poupes qui restent à faire aux navires qui sont à l'eau ► et à résister « à la démangeaison de faire de belles figures >. C'est parce que le Louvre s'identifiait pour lui avec la monarcbie elle-même que Colberl ne vit pas sans chagrin s'engager les travaux de Versailles et osa adresseV à Louis XIV des remontrances : « Cette maison regarde bien davantage l^ plaisir et le divertissement de Voslre Majesté que sa gloire..
odant le temps qu'elle a dépensé de si grandes sommes, elle négligé le Louvre, qui est assurément le plus superbe palais 'il y ayt au monde, et le plus digne de la grandeur de Dstre Majesté. » Modérer les dépenses de Versailles et terminer le Louvre, tel fut le désir constant du ministre. Alors a'on discutait les plans de Versailles et qu'après avoir à pluietirs reprises fait et défait, on hésitait encore, il osait écrire : I En l'un et en Tautre (parti) la mémoire éternelle qui restera daroy par ce bastiment sera pitoyable. Il serait à souhaiter que le bastiment tombast quand le plaisir du roy sera satisfait. » Mais la volonté de Louis XIV était formelle : il fallut bien se résigner, et la correspondance de Golbert témoigne qu'il ne laissa pas de surveiller et de pousser activement les travaux qu'il n'avait pas approuvés. Son activité n'est pas moindre à Trianon, à Clagny, à Saint-Germain, à Marly, à Fontainebleau, i Paris. Non content de tout ce qu'il avait entrepris ou achevé M Val-de-Grâce, à l'Observatoire, aux Portes Saint-Antoine et Saint-Denis, au Jardin des Plantes, aux manufactures royales des Gobelins et de la Savonnerie, il se proposait d'achever le quai (Jes Tuileries, jusqu'à la porte de la Conféleoce, de faire la terrasse du Bord de l'eau, d'élever le corps de logis double du Louvre du côté de la rivière, de terminer ^ grand escalier, de dégager, par la démolition des maisons contiguës, les abords du palais futur où l'on devait employer « des marbres de toute part ».
Ce que Golbert fut pour l'administration, Lebrun le fut pour la direction artistique. Il était si universel, écrivait au lendemain de sa mort le Mercure de France ^ a que tous les arts travaillaient sous lui, et qu'il donnait jusques aux dessins de serrurerie. J'ai vu regarder par de très habiles étrangers des serrures et des verrous de portes et de fenêtres de Versailles rtde la galerie d'Apollon au Louvre, comme des chefs-d'œuvre dont ils ne pouvaient se lasser d'admirer la beauté. »
L'arrivée de Louvois à la surintendance des bâtiments entraîna la disgrâce de Lebrun. S'il conserva sa charge et son litre de premier peintre du roi, il fut de moins en moins consulté, et c'est à Mignard que passa la faveur.
3oO L ART EN EUROPE
Le nouveau surintendant ne se piquait d*aucune com|tétence spéciale dans les arts qu*il allait administrer. Sa grande affaire jusque-là, en fait d*architecture, avait été les fortifications, et, par une prédilection très naturelle, c'est aux Invalides qu'il donna le meilleur de ses soins. Il avouaitluimême, dans une lettre qu'il adressait à l'un de ses agents chargé de lui acheter en Italie des statues pour le château elle parc de Meudon qu'il venait d'acquérir : « Comme je ne suis point curieux, c'est-à-dire que je ne me connais point en peinture ni en statues, je ne vous demande point des statues chères par leur antiquité; et j'aime mieux une belle copie, d'un marbre bien poli, qu'un antique qui ait le nez ou le bras cassé. Je vous prie de ménager ma bourse sur les statues, en ne les prenant pas extrêmement mauvaises, de ne pas aussi chercher une extrême beauté qui les renchérit considérablement. »
Mignard en peinture, Mansart en architecture, Girardon en sculpture furent ses conseillers. Pour plaire à Louis XIV, il s'applique à pousser activement l'achèvement des travaux pour Versailles, et il introduit dans l'administration de l'art une discipline toute militaire. Il fait chasser de l'académie de Home un élève qui a refusé de travailler à la statue du Tibre, réduit la pension de ceux qui ont manqué à la discipline (»t les fait avertir qu'à la prochaine infraction ils seront renvoyés à Paris sans argent pour leur voyage, et dès leur arrivée, enfermes à Saint- Lazare pour un an. Il fait mettre en prison un des sculpteurs (]ui travaillaient à Versailles, et qui, ayant reçu des acomptes, n'a pas livré la statue commandée, etc. Des artistes aux artisans le traitement est le même : menuisiei'S, charretiers, sculpteurs, serruriers ou maçons sont soumis au même régime : « Je vous prie de leur apprendre, écrit-il, qu^ quand dos ouvriers me manqueront, je suis résolu de les faire mettre en prison et de ne vider leur partie de dix ans. » Boullc lui-même ne trouve |)as grâce et, comme il tarde à livrer au dauphin quelques sièges qu'il lui a |)romis : « Je vous prie de voir en quel étal ils sont, mande Louvois à La Chapelle, et d® lui dire (jue s'il ne les achève je le ferai sortir du Louvre et 1^ ferai mettre au For-l'Evêque. »
Ladministration du marquis de Villacerf (1691-1699),
rès bon homme et forl homme d'honneur, (Saint-Simon),
|ui eut les bâtiments à la mort de Louvois. dont il avait été
pendant les dernières années le coadjuteur, — celle de Jules-
Hwdouin Mansart (1699-1708) et du duc d'Antin (1708-1136), —
furent, tant à cause de Tinégale valeur des hommes que la de
diminulion croissante des ressources épuisées par les guerres,
singalièrement moins brillantes et moins fécondes.
L'architecture firancaise de la mort de Lemercier à
Bobert de Cotte. — A la mort de Jacques Lemercier (1654), Louis Le Vau lui succéda dans la charge de premier architecte do roi; c*était lui qui avait dirigé les travaux du château de Vaux, et Fouquet, encore puissant, Ten récompensait en lui dooo&ot la direction des bâtiments royaux.
Aa château de Vaux, il avait servi avec complaisance les goûts do surintendant, porté au luxe matériel et à Téclat. 11 y avait multiplié les colonnades, les portiques, les ornements parasites et lesdfimes, et marqué comme une étape nouvelle entre le style de Richelieu et celui de Louis XIV. Mazarin le choisit aussitôt pour dresser les plans de son collège des Quatre-Nations *. Il en mit choisi remplacement à Tendroit où s*élevait Tancien hfilel de Nesle ; mais il ne vit pas commencer le monument, pour lexécution duquel il assura par son testament plusieurs millions. La colonnade et le dôme, conformément à Testhétique régnante, fournirent les éléments principaux du nouvel édifice.
A peine entré en charge, Colbert ne larda pas à inspirer au jeune roi des doutes sur les mérites de Le Vau. Comme il s'agissait alors d'édifier du côté de Sainl-Germain-rAuxerrois rentrée monumentale du « palais d'un grand roi », et que, ainsi que récrivait Colbert à Louis XIV, « rien ne marque davantage la grandeur et Tesprit des princes que les bâtiments, et que la postérité les mesure à Tune de ces superbes machines qu'ils ont élevées pendant leur vie », un véritable concours fut ouvert entre les architectes. On décida, non seulement de soumettre
'• Voir ci-dessus, p. 51. O cuilëK<' élail desliné aux élèves originaires «les quatre provinces que Mazarin avait réunies à la France : Alsace. Artois. Rous- «llon, territoire de IMgnercd.
358 L'AHT EN EUROPE
au cavalier Bernin, par l'intermédiaire de Poussin, les projets présentés, au premier ranjç desquels étaient ceux de Le Vau eldc Claude Perrault, mais encore de faire venir le grand homme lui-même. Après de longues négociations avec la cour de Home, on obtint du pape Tautorisation, et de Bernin Tacquiescément qui, vingt ans plus tôt, avaient été refusés à Mazarin.Le « cavalier » fut reçu dans le royaume avec des honneurs princiers. Le 5 juillet 1665, il était présenté au roi, qui lui faisait au château de Saint-Germain en Laye, laccueil le plus flatteur.
L'enthousiasme d'ailleurs fut de courte durée. Bernin avail amené de Rome des muratori chaînés d'apprendre aux ouvriers français à bâtir selon la mode romaine. Un premier conflit éclata. Colbert ordonna d'essayer les deux systèmes de construction en présence; les Français et les Romains élevèrent, chacun de leur côté et selon leur méthode, deux murs supportant une voûte ; quand on vint â les chaîner, la voûte des Italiens s'écroula au milieu des éclats de rire des Français. Ce fut une première atteinte au prestige des étrangers. Bientôt Claude Perrault et Le Vau présentèrent à Colbert des critiques approfondies du projet de Bernin. Ils ébranlèrent si bien sa coniiance que, le jour môme où fut posée la première pierre des fondations nouvelles, le IT octobre 1665, le Bernin, averti déjà par mainte observation et mémoire de la surintendance, pouvait pressentir qu'il n'achèverait pas le monument solennellement commencé en présence «lu roi. Un mois après, il sollicitait de Louis XIV Taulorisation do retourner à Rome el, comblé d'honneurs et de pensions, repassait la frontière.
Malheureusement, — au lieu de tenir compte des projets qui, comme celui de Jean Marol ou du vieux François Mansarl, s'étaient inspirés de l'esprit de Lescot, ou bien de faire appel à Libéral Bruant (qui devait montrer, dans le dessin et Toxéculion (le la façade et de la grande cour des Invalides, des qualités si éminentes et si françaises), on adopta le placage artificiel dont Claude Perrault avait fourni le dessin. Boileau, qui poursuivait en lui le frère du partisan des Modernes ', Ta formel-