On l'appela dès lors lo cardinal de Relz
taie cl Tarmée des princes, à laquelle il infligea môme, le \ mai, (levant Etampes, un sanglant échec. Paris restait toujours neutre et tenait ses portes fermées aux troupes des deux partis. Il était de plus en plus las de la guerre civile. Tout le monde souhaitait le retour du roi, et le parti du cardinal reprenait visiblement faveur.
Condc s*onfonçait chaque jour davantage dans la trahison, li livrait les plaines de TArtois et de la Picardie à Tarchiduc Léopold, celles de la Champagne et de llle-de-France au duc (le Lorraine (mai-juin 1652). Cette félonie ne Tempèchait pas Je négocier en secret avec le premier ministre.
Le Parlement était également éloigné de Mazarin et de Condé. Ce dernier, qui n'avait jamais brillé par la patience, finit par s'irriter de celle réserve. Le Parlement ne voulant pas céder, il le violenta. Le 25 juin, les magistrats, assaillis par une populace que les agents de Condé avaient surexcitée et %arée, durent suspendre leurs réunions jusqu'à nouvel ordre. Huit jours plus tard, M. le Prince, qui avait pu ramener son armée sous Paris, fut assailli par Turenne dans le faubourg Saint-Antoine (2 juillet). Il était perdu si M"® de Montpensier, usurpant Tautorité de son père, n'eût fait, du haut de la Bastille, tirer le canon sur les troupes royales.
Après celle chaude alcrlc, M. le Prince ne crut plus devoir ;:arder aucun ménagement envers la bourgeoisie parisienne. In massacre des Afa^iarms à l'Hôtel de Ville (4 juillet) lui permit de régner dans la capitale par la terreur. Il y (il élire comme prévôt des marchands le vieux Broussel. Il en vint à ne plus tenir compte de l'autorité royale. Bien que Louis XIV cùl été proclamé majeur depuis un an, il fil décerner à Gaston d'Orléans, par une fraction du Parlement, la lieulenance générale (lu royaume (20 juillet). Quelques jours après, Monsieur, sous son influence, donnait le commandement de Paris à Beauforl et créait un conseil de gouverneinenl.
A ces excès d'audace Mazarin riposta bientôt par des coups (le maître. Tout d'abord (31 juillet) il lit ordonner par le roi au Parlement de se transférer à Ponloise, et un certain nombre de magistrats s'y rendirent. Un manifeste de la cour dénonça à
la France les manœuvres d'un agitatenr sans conscience qui, pour satisfaire ses rancunes et ses appétits, livrait son pays à Tennemi. A ce moment, en effet, par suite d'un nouvel accord avec M. le Prince, Tarchiduc Léopold reprenait l'offensive dans le Nord et le duc de Lorraine s'approchait de nouveau à quelques lieues de Paris. Mazarin feignit de se sacrifier à la paix publique et partit, en apparence, pour l'exil (19 août)*. C'était ôter aux princes le prétexte de leur rébellion, puisqu'ils avaient déclaré vingt fois que son éloignement leur ferait tomber les armes des mains. La cour leur offrit une amnistie (26 août). On vit bientôt, aux conditions exorbitantes qu'ils mirent à leur soumission *, qu'ils n'avaient pas été de bonne foi.
Les Parisiens, qui n'avaient jamais aimé M. le Prince, et que quatre années de guerre stérile avaient dégoûtés de la rébellion, inclinaient de plus en plus à la paix. Retz, à la tète d'une députation du clergé, alla supplier Louis XIV et la reine de retourner dans sa capitale (9 septembre). De pareilles démarches furent faites peu de jours après par les divers corps constitués de Paris. Retz, Châtcauneuf, Chavigny entamèrenl, chacun pour son compte, des négociations avec la reine. Mais comme ils étaient fort loin de s'entendre entre eux, la cour les leurra tous, et leurs efforts se neutralisèrent. Dans le même temps, de hardis agents du ministère se répandaient dans Paris et y provoquaient des manifestations mazarines (Cin da septembre). Condé, voyant que tout le monde l'abandonnait, eût bien voulu reprendre les hostilités contre l'armée royale. Mais ses troupes, unies à celles du duc de Lorraine, fondaient par l'effet de la misère et la désertion. Elles se réduisirent bientôt à quelques milliers d'hommes déguenillés qui, cantonnés dans un pays depuis longtemps ruiné, ne pouvaient subsister que grâce aux vivres qui leur étaient envoyés de Paris. Bientôt cette ressource môme commença à leur manquer. Le roi venait de déclarer
1. H n'alla que jusqu'à Bouillon, d*où, comme précédemment, il ne cessa pas de diriger le gouvernement.
2. Condé demandait non seulement le maintien de ses dignités, mais des gouvernements de provinces et de l'argent pour ses amis. 11 voulait garder aussi le commandement de ses troupes (en partie composées d'Espagnols) et être chargé seul de négocier la paix avec le cabinet de Madrid.
qu il ne rentrerait dans sa capitale que lorsqu'elle ne fournirait plus aucune assistance à ses ennemis. Voilà pourquoi Condé quitta enfin Paris, le 13 octobre, alla rejoindre le duc de Lorraine, s'éloigna dans la direction de TEst avec ses troupes, et se jeta ouvertement dans les rangs de Tarmée espagnole.
Rentrée de la Cour & Paris. — La cour, qui depuis plusieurs mois errait autour de Paris, consentit à y rentrer. Le jeune roi et sa mère y furent reçus avec enthousiasme, le 21 octobre. Le lendemain, tandis que Gaston d'Orléans, M"° de Montpensier et les quelques meneurs exceptés de Tamnistie se retiraient tristement dans leurs terres, le Parlement recevait, humble et soumis, défense absolue de s'occuper désormais des affaires de TËtat et de l'administration des finances. Chavigny venait de mourir. Châteauneuf, autre rival de Mazarin, fut envoyé en exil et n'en revint plus. Quant à Relz, trahi par Gaston d*Orléans, qui acheta sa grâce en dénonçant ses ténébreuses menées, il fut quelques semaines après (19 décembre) enfermé à Vincennes. Dans le même temps, la déclaration de Saint-Germain était ouvertement foulée aux pieds. Les édits bursaux et les expédients financiers les plus vexatoires se multipliaient, comme avant 1648. Le peuple subissait tout, par dégoût de ceux qui, sous prétexte de le servir, lui avaient fait tant de mal; les cours souveraines semblaient n'avoir plus même la force do protester.
Mazarin, qui dirigeait de loin toute cette réaction, ne voulait pas, en reparaissant trop tôt, en assumer aux yeux du public la responsabilité. Il tenait, du reste, à rendre à la France des services militaires qui pussent donner à son retour un air de triomphe. La guerre civile de 1652 avait été mise à profit par les Espagnols. Dans le Nord, ils avaient repris Gravelines, Mardyck; une place de premier ordre, Dunkerque, venait de tomber en leur pouvoir. Au delà des Pyrénées, nous avions perdu Barcelone et presque toute la Catalogne. En Italie, le duc Je Mantoue nous avait abandonnés ; nous avions dû évacuer Casai. Enfin le duc de Lorraine et Condé, en s'éloignant de Paris, s'étaient emparés de Sainte-Ménoliould, Réthel, Château- Porcien, Vitr)', Bar, Commercy.
C'est alors que Mazarin rentra de nouveau en France à la tête d'une armée, qui reprit en peu de jours plusieurs des villes occupées par M. le Prince (janvier d653). On ne doit pas être surpris de l'accueil qui lui fut fait à Paris (2 février). Le favori d'Anne d'Autriche, naguère encore honni dans la capitale, y était maintenant applaudi. Le corps de ville lui donnait dos fêtes. Les faiseurs de mazarinades se mettaient à ses gages. Sans rancune comme sans gratitude, il n'éprouvait le désir ni de frapper ses ennemis ni de récompenser ses amis. Il se metlait tranquillement à reconstituer sa fortune. Il faut, pour être juste, reconnaître qu'il avait également souci des grands intérêts de la France et qu'il avait à cœur de réduire l'Espagne à traiter, comme il y avait jadis contraint l'Autriche.
Fin de la Fronde. — Il lui fallait d'abord étouffer en France les derniçrs feux de la guerre civile. L'autorité royale, rétablie à Paris vers la fin de 1652, l'avait été à la même époque dans la Provence, le Berry, le Languedoc. Elle le fut quelque temps après en Bourgogne, par la prise de Bellegarde. Elle ne l'était pas encore en Guyenne, où le parti des princes et des Espagnols tenait toujours en respect les troupes royales. Dès le milieu de 1652, une assemblée démocratique, connue sous le nom de YOrniée, avait établi à Bordeaux une sorte de gouvernement révolutionnaire, dont les princes, par intérêt, s'étaient faits les complices. Un peu plus tard (août), d'flarcourt, se trouvant mal récompensé de ses services, avait abandonné son armée pour regagner son gouvernement d'Alsace et était allé se payer de ses propres mains en enlevant au roi la place de Brisach. Le duc de Caudale, qui lui avait succédé en Guyenne, n'avait fait, pendant six mois, que peu de progrès. A partir de mars 1653, des renforts lui permirent de bloquer Bordeaux. Vainement les princes et TOrmée demandèrent de nouveaux secours à la cour de Madrid et invoquèrent même l'assistance de la République anglaise. Une flotte française * entra dans la Gironde et réduisit les Espagnols qui occupaient
1. Le comte du Doignon, qui aurait pu Tarrètcr, avait fait sa soumission au mois d'avril. 11 s'était, du reste, vendu fort cher. Il avait fallu lui donner, outre beaucoup d'argent, le bâton de maréchal de Franci'.
Boui^ à capituler (o juillet). Dès lors les Bordelais ne songèrent plus qu*à se rendre. Au commencement d*aoùt, ils reçurent Candale dans leurs murs, et, quelques semaines plus tard, la guerre civile fut enfîn close par la soumission de Périgueux (septembre 1653).
Dès lors Tautorité royale se trouva reconstituée partout dans sa plénitude. Nul n*osa plus que rarement et bien timidement la mettre en discussion. Il ne restait rien de la Fronde que beaucoup de misères et de ruines dans le royaume. La déclaration de Saint-Germain était regardée comme non avenue. Les intendants furent en peu de temps rétablis sans résistance dans outes les provinces. Le Parlement, comme on le verra plus loin, fut arrêté net quand il voulut renouveler son opposition. Quant i la noblesse, elle allait, sous le grand roi, se montrer aussi servile qu'elle avait été indisciplinée depuis cent ans. L'aristocratie de robe et la caste féodale, préoccupées avant tout de leurs intérêts propres, qui ne s'accordaient pas, n'avaient pas su travailler ensemble méthodiquement au bien public et n'avaient réussi qu'à se réduire mutuellement à l'impuissance. Le peuple, abusé par leurs promesses, avait eu le tort de leur confier sa cause au lieu de la soutenir lui-môme (comme il devait faire en 1789), et il l'avait perdue. Ainsi magistrats, grands seigneurs et boui^eois étaient également vaincus.
///. — Maiarîn et la paix générale.
La guerre étrangère en 1663. — La guerre civile une fois terminée, la grande affaire pour Mazarin c'était d'imposer la paix à TEspagne. Grâce à nos troubles, elle avait recouvré une bonne partie des villes et des territoires que nous lui avions précédemment enlevés. Elle avait entamé certaines de nos provinces et contraint plusieurs de nos alliés à nous abandonner. Enfin elle avait acquis le concours de Condé.
Des l'année 1653, des progrès appréciables furent accomplis |>ar nos armes. En juillet, Turenne avait repris Rethel. En
Histoire oéxérali:. VI. 3
Picardie, où Condé venait de faire irruption, il avait eu devant les envahisseurs une si ferme attitude que les généraux espagnols avaient empêché M. le Prince de livrer bataille. La nouvelle que la Guyenne s'était soumise avait semé le découragement parmi nos ennemis. Les Français en profitèrent pour occuper Mouzon et Sainte-Ménehould (septembre-novembre). Dans le même temps, nos généraux reprenaient Toffensive en Catalogne et en Italie.
Affaire du comte d'Harcourt. — L'hiver venu, le gouvernement français résolut de mettre à la raison d'Harcourt qui, maître de Brisach, négociait avec l'ennemi pour lui livrer l'Alsace. Chassé de Philipsboui^ par un complot qu'avait ourdi Mazarin, attaqué (en décembre) par le maréchal de la Ferté, qui s'avança jusqu'au cœur de la province (janvier-mars 1654), cet ambitieux dut faire sa soumission, rendit Brisach et ne conserva le gouvernement de l'Alsace qu'à titre provisoire *. A la même époque, le parlement de Paris, sur l'ordre du roi, jugeait enfîn Condé, qui était condamné à mort par contumace, avec ses principaux complices (janvier-mars 1654), tandis que son frère, le prince de Conti, épousait en grande pompe, pour regagner la faveur royale, une nièce de Mazarin (février).
Campagne de 1664. — L'orgueilleux Condé ne se laissait point abattre. Retiré à Bruxelles, il y préparait une nouvelle campagne offensive, se débarrassait du duc Charles de Lorraine, qui le contrariait et qui négociait secrètement avec Mazarin, en le faisant jeter en prison par les Espagnols, et se mettait en rapport avec un agitateur redoutable pour essayer de rallumer en France la guerre civile. Le cardinal de Retz, naguère encore son ennemi, promettait maintenant de le servir. Il obtenait, par l'engagement peu sincère de renoncer à l'archevêché de Paris, un adoucissement à sa captivité et, transféré au château de Nantes, préparait son évasion. En l'attendant, Condé résolut de frapper un grand coup. Tandis que Turenne faisait assiéger Stenay, il vint tout à coup investir Arras. capitale de l'Artois
1. Il pril rengagement de le remettre, contre compensation, dès qu'il serait requis. EfTectivement il l'échangea contre celui de TAnjou en 1659, époque où il fut attribué à Mazarin, qui avait déjà celui de Brisach depuis 4654.
(3 juillet). Si cette entreprise hardie réussissait, la Picardie était découverte» la route de Paris pouvait être forcée, les Frondeurs pouvaient reprendre les armes; enfin TEspagne, qui négociait depuis quelque temps avec T Angle terre, pouvait lentratner.
La fortune se prononça contre le prince rebelle. Turenne, qui voulait à tout prix Tobliger à lever le siège, ne voulut lattaquer que lorsque, grâce à la prise de Stenay (6 août), il put disposer de toutes ses forces. Dans la nuit du 25 au 26 août, il vint se jeter sur les lignes espagnoles avec tant de vigueur qu*il les rompit. Condé ne sauva qu*à grand*peine les débris de son armée et dut se retirer dans les Pays-Bas, pendant que les vainqueurs prenaient encore deux places fortes : dans le Nord, Le Quesnoy; dans TEst, Clermont-en-Ai^onne (septembrenovembre 1654).
Vers les Pyrénées, nos opérations avaient été aussi heureuses. Conti avait dégagé le Roussillon, la Cerdagne, le Conflans, entamés déjà par les Espagnols, et avait même regagné un peu de terrain en Catalogne. Mais du côté du Milanais la guerre avait langui et le corps expéditionnaire cotifié au duc de Guise ' pour opérer une descente dans le royaume de Naples était revenu sans succès (novembre).
En somme, nos avantages n'avaient pas été assez décisifs pour obliger le cabinet de Madrid à subir la paix onéreuse que Mazarin rêvait de lui imposer. La France devait donc continuer une lutte que son épuisement et le malaise laissé par la guerre civile lui rendaient chaque jour plus pénible.
Le cardinal de Retz et la cour de Rome. — Retz avait fini par s'évader (8 août). Il projetait de courir à Paris et d'y fomenter de nouveaux troubles. Un accident grave, qu'il éprouva dans sa fuite, l'en empêcha. Il dut se faire transporter à Belle-Ile, puis en Espagne (septembre), d'où, peu après, il se rendit à Rome. Il avait déjà rétracté sa renonciation à l'ar-
1. Ce personnage, détenu par les Espagnols après sa première expédition de Naples, de IfiiS à 1652, avait été remis en liberté à la demande de Condé. Mais il n'avait pas tardé à se rallier au parti de Mazarin. Il fît encore beaucoup d'extravagances, mais ne joua plus aucun rôle historique et mourut h peu près oublié en 1665.
36 LA PKANCE
chevêche de Paris * et il entretenait de loin dans le clergé de la capitale une agitation qui pouvait devenir dangereuse pour le gouvernement. Le pape Innocent X, ennemi de la France et de Mazarii), Tavait accueilli avec honneur. Mazarin voulait le faire juger. Vu sa qualité de cardinal, il n'osait le déférer qu'à unie commission ecclésiastique, et cette commission, le pape déniait au roi le droit d'en nommer les membres. La cour de France dut envoyer à Rome un ambassadeur extraordinaire, de Lionne. Innocent X étant mort (7 janvier 1655), Lionne ne put empêcher l'avènement au trône pontifical d'Alexandre YII (Fabio Chigi), qui, un peu moins hostile à la France que son prédécesseur, n'était cependant guère disposé à favoriser sa politique. Lionne obtint à grand'peine pour l'administration provisoire de Farchevèché de Paris un modu^ vivetidi qui n'empôcha pas Retz de le troubler encore de temps à autre ; il échoua en ce qui concernait la mise en jugement du cardinal *.
Nouvelle agitation parlementaire. — Les intrigues du remuant prélat parurent un moment à Mazarin d'autant plus dangereuses qu'elles coïncidaient avec une petite agitation parlementaire et qu'elles encourageaient les cours souveraines à empiéter de nouveau sur le terrain politique. Mazarin avait, en février 1653, appelé à la surintendance des finances le diplomate Servién, qui lui devait tout, et le procureur général Foujquet, qui, voulant s'enrichir comme lui, n'avait pas tardé à devenir son complice. L'ingéniosité de ce dernier s'était donné libre carrière en augmentant les anciens impôts (fermes, octrois, etc.), créant de nouvelles taxes (par exemple sur les baptêmes et les enterrements), instituant le papier timbré, contractant des emprunts à 50 p. 100. Une série d'édits bursaux avaient été portés au parlement de Paris et enregistrés d'autorité, en lit de justice, le 20 mars 1655. Mais peu après, les Enquêtes réclamèrent, comme autrefois, l'assemblée des chambres pour les
1. Ce siège, dont il clait depuis longlemps coadjuteur, était devenu vacant le 8 mars 4654. Il s*en considérait maintenant comme le titulaire légitime.
2. Lionne rentra en France au commencement de 1656. Quant à Retz, il finit par lasser la bienveillance du saint-père, quitta Rome et se rendit en Allemagne, en Hollande, intrigua obscurément avec Condé jiisqu*en 1659 et ne reparut en France qu'après la mort de Mazarin.
discuter librement. Le premier président, Pomponne d^.Belt lièvre', qui voulait ménager à la fois le corps judiciaire ^t 1q o^ouvernement, finit par céder à leurs instances. C'est alor$ que le jeune roi Louis XIV, qui était à Vincennes, accourut en costume de chasse pour tenir un nouveau lit de justice (i3 avril), dans lequel il défendit toute assemblée et toute délibération sur ses édits, mais en termes si nets et si hautains que la postérité, qui les a condensés en un court aphorisme, en a fait la formule de labsolutisme '.
Le Parlement renouvela pourtant ses réclamations. Pour y mettre un terme, Mazarin crut devoir modifier quelques-uns de^ derniers édits. Il fit aussi intervenir comme médiateur Turenne, qui jauissait d*un grand crédit au Palais. Beaucoup de magisr irats cédèrent aux instances du maréchal, qui leur remontrait rim possibilité de terminer la guerre si le gouvernement restait sans ressources. Les autres furent secrètement achetés par Fouquet, et peu à peu le vent de Fronde qui s'était de nouveau levé contre le Mazarin cessa de souffler sur Paris.
Campagne <}e 1665. — Par suite de ces tiraillements, Turenne ne put recommencer ses opérations que vers le milieu de Tannée 1655. Il alla tout d'abord assiéger et prendre Landrecies (juillet). M. le Prince, qui n*avait pu sauver cette ville, dut reculer. Le maréchal occupa encore Condé et Saint-Guillain (18-25 août), s*avança jusqu'au cœur du Hainaut, mais dut peu après cantonner ses troupes en Champagne pour pouvoir le^ faire subsister. En Catalogne, Conti continua d'avancer, s'empara de plusieurs places, mais fut aussi contraint de s'arrêter au commencement de l'automne. En Italie, le duc de Modène, dont le frère venait, comme Conti, d'épouser une nièce d^ Mazarin, unit de nouveau ses soldats aux nôtres, mais échoua avec nous au siège de Pavie. Notre plus grand succès dans 1^ Péninsule fut l'alliance du duc de Mantoue, que Mazarin parvint à regagner : elle nous permit d'occuper de nouveau Casai.
1. Il avait succédé en 1633 à Mathieu Mole, qui mourut garde des sceaux en 1656.
i. Le mot fameux : VÈtat, c'est moi, n*a sans doute jamais été prononcé. Mais il résume parfaitement le petit discours que le roi prononça dans cette circonstance, i
En résumé, nos succès militaires furent cette annéerlà médiocres. Encore dûmes-nous nous estimer heureux que deux places françaises importantes, Ham et Péronne, commandées par d'Hocquincourt, ne fussent pas livrées à l'ennemi par ce mécontent, auquel il fallut les racheter (octobre-décembre 1655).
Mazarin et Cromi^ell; traité de oommeroe. — Mazarin cherchait depuis longtemps à s'assurer Talliance d'une puissance de premier ordre, l'Angleterre. Malgré la fln tragique de Charles V^ et les liens qui unissaient les Bourbons aux Stuarts, le cardinal ne répugnait pas à traiter avec la République anglaise, sauf à l'abandonner, ou même à la combattre, dès qu'il n'aurait plus besoin d'elle. Au plus fort de la Fronde, en 1651 et 1652, il avait sollicité l'assistance de Cromwell, offrant de lui livrer Dunkerque pour prix de son secours. L'alliance n'avait pu se faire à cette époque. Cromwell n'était pas encore maître absolu en Angleterre. Les affaires intérieures l'occupaient encore trop pour qu'il pût se jeter dans les complications politiques du continent. Les Frondeurs, du reste, le sollicitaient, ainsi que l'Espagne, à la même époque. Il avait donc accueilli assez froidement les avances de Mazarin. Même, comme la contrebande provoquée par les mesures prohibitives édictées à Saint-Germain en octobre 1648 avaient amené une petite guerre de corsaires entre la France et l'Angleterre, il avait fait courir sus à la flotte de Vendôme qui venait au secours de Dunkerque et causé la perte de cette place (1652).
Mazarin lui envoya un négociateur, le président de Bordeaux, qui, sous couleur de demander réparation, remit en avant la question d'alliance (décembre 1652). L'Anglais fit traîner les pourparlers en longueur, parce que la Fronde durait encore et parce qu'il était en guerre avec la Hollande. Le président ne reçut que des réponses évasives jusque vers le milieu de 1654.
A celte époque, l'Angleterre ayant imposé la paix aux Provinces-Unies, Cromwell, proclamé Protecteur, se demandait encore si l'alliance de l'Espagne, qui lui offrait Calais, ne serait pas préférable à celle de la France, qui lui proposait Dunkerque. Il négociait donc des deux côtés, attendant le résultat de la campagne que Condé venait de commencer en
Artois. Âpres la bataille d*Ârras, il se rapprocha de la France. Mais il voulait Tentrainer dans une ligue générale des puissances protestantes de TEurope, dont il eût été le chef, et lui faire contracter des obligations devant lesquelles reculait la prudence de Mazarin. Entre temps, il armait deux grandes flottes, dont l'une alla écumer la Méditerranée, capturant indistinctement les navires français et les navires espagnols, tandis que Tautre, envoyée aux Antilles, attaquait Saint-Domingue et prenait la Jamaïque (avril-mai 1655).
L'Espagne perdit patience et déclara la guerre à la République anglaise. Mazarin, moins susceptible, se contenta de renouveler ses instances auprès de Cromwell, pour conclure, à défaut de l'alliance générale dont il ne voulait pas, un traité de commerce qui devait, à bref délai, amener le Protecteur à Funion politique restreinte dans laquelle il avait voulu Tentminer contre TEspagne. Par cette convention (3 novembre 1655), non seule ment les bons rapports étaient rétablis entre les deux puissances riveraines de la Manche, mais le roi de France s'engageait à ne plus prêter aucune assistance aux Stuarts ^
Négociation avec l'Espagne. — Au fond, Mazarin ne souhaitait pas que l'entente anglo-française fût poussée plus loin. Il désirait n'avoir pas à livrer Dunkerque; il comptait sur l'effet moral produit par le traité de commerce pour amener l'Espagne à négocier la paix. Cette puissance, plus obérée encore que la France, ne soutenait plus la guerre qu'à grand' peine. Il lui fallait maintenant défendre ses ports et ses colonies contre les Anglais. Les troupes lorraines qu'elle avait depuis longtemps à sa solde, irritées de la captivité du duc Charles IV et travaillées par les agents de Mazarin, venaient de passer au service de la France (décembre 16S5). Condé, cassant et hautain comme toujours, voulait faire la loi à Bruxelles. II avait fallu, pour lui complaire, remplacer l'archiduc Léopold et Fuensaldagne par don Juan d'Autriche, fils
i. La reine d'Angleterre et sa liUe Henriette continuèrent à résider en France. Quant au prétendant Charles U, il avait déjà quitté ce pays depuis quelque temps. Ses deux frères, le duc d'York et le duc de Gloccster, qui servaient dans nos armées, ne tardèrent pas à aller le rejoindre et entrèrent au service de TEspagne.
naturel de Philippe IV, et Caracena (1656). Encore n'était-on pas bien sûr à Madrid de sa fidélité. Dans ces circonstances, la cour d*Espagne ayant fait indirectement quelques ouvertures de paix, le cardinal y répondit en faisant partir Lionne pour Madrid dans le plus grand secret (car il tenait, naturellement, à ce que la négociation fût ignorée de l'Angleterre).
Les pourparlers de ce diplomate avec le premier ministre d'Espagne, don Luis de Haro, se prolongeront plusieurs mois sans résultat. La France ne voulait rendre que la Catalogne; elle prétendait garder à peu près tout ce qu'elle avait pris et se faire restituer tout ce qu'elle avait perdu; elle demandait des avantages ou des sûretés pour tous ses alliés, y compris le Portugal; par contre, elle entendait traiter assez durement ceux de l'Espagne, faisait des conditions léonines au duc de Lorraine pour le laisser rentrer dans ses Etats, et, si elle pro* mettait à Condé sa grâce et la restitution de ses biens, refusait de le rétablir dans ses gouvernements et dans ses dignités. Il est vrai que le négociateur français se déclarait prêt aux plus laides concessions si Philippe IV voulait accorder la main de sa fille aînée, Marie-Thérèse, au roi Louis XIV. Mais à ce moment cette princesse n'avait pas de frère : quelques renonciations qu'on lui fit signer, un tel mariage rendait probable l'absorption de la monarchie espagnole par la monarchie française. Luis de Haro refusa net. La négociation fut rompue en septembre 1656.
Du côté des Pays-Bas, Turenne et La Ferté étaient allés investir Valenciennes. M. le Prince vint les attaquer dans leurs lignes au milieu de la nuit (13-14 juillet), leur infligea une retentissante défaite et les força de lever le siège; après quoi il alla reprendre Condé (18 août). Vainement Turenne s'empara à son tour de La Capelle (septembre). Vainement nous pûmes enlever Valenza en Italie. Ces petits succès ne compeqsaient pas le gros revers de Valenciennes. L'Espagne ne voulant plus traiter, il fallut bien en revenir à l'alliance anglaise.
Mazarin et l'alliance anglaise. — Cromwell avait reproché à Mazarin de jouer double jeu, mais s'était bien gardé de rompre avec la France. Il avait même continué de
presser la conclusion d*un traité d'alliance offensive. Vers la tin de 1656, ses instances redoublèrent. Il savait en effet que la cour de Madrid venait de s'entendre avec le prétendant Charles II. Aussi ne parlait-il plus maintenant de la grande alliance qui avait fait autrefois reculer Mazarin et se bornait-il à proposer contre TEspagne une coopération déterminée, quant au but et quant à la durée, suivant les vues du cardinal.
Ce dernier pouvait d*autant moins reculer que la situation intérieure commençait à redevenir alarmante. L'accroissement des impôts amenait dans les provinces des troubles assez graves. Le parlement de Paris recommençait à murmurer. Les nouvelles inventions flscales de Fouquet (rachat des francs-fiefs^ tontine, taxe pour l'usurpation des titres nobiliaires, etc.) sou- Jevaient des réclamations menaçantes. Pour arracher au clei^é un don gratuit de quelques millions, il fallait restreindre les droits des protestants, par suite, ébranler leur fidélité, et renoncer, en fait^ à toutes poursuites contre le cardinal de Ketz, qui continuait à conspirer à l'étranger (1656-1637). Mazarin n'hésita plus et, le 3 mars 1657, fut signé à Paris, pour une année, un traité en vertu duquel TAnglelerre mettait à la disposition de la France une flotte et 6000 hommes d'infanterie; les deux places de Dunkcrque et de Gravelines seraient attaquées : une fois prises, la première appartiendrait à l'Angleterre et la seconde à la France.
Mazarin avait compté que TEspagne, intimidée, demanderait à capituler. Il n'en fut rien. Les hostilités recommencèrent au printemps. Le cardinal voulut au moins retarder l'attaque Je Dunkerque, dont il sentait que la livraison aux Anglais lui serait reprochée par ses ennemis à l'égal d'une trahison. Il prétexta le retard des troupes britanniques, qui n'arrivèrent qu'à la fin de mai. Turenne avait déjà mis le siège devant Cambrai, Condé le lui fit lever. Alors il se porta devant Montmcdy, qu'il prit en août, et très lentement se dirigea vers la Flandre marilime. Du reste il déclara qu'il était trop tard pour investir Dunkerque et Gravelines : la saison était trop avancée et les Espagnols avaient renforcé les garnisons de ces deux places. Le maréchal employa simplement le reste de la campagne à
prendre Saint-Vincent, puis Bourbourg, et enfin Mardyck, qu'il remit à nos aliés, pour leur faire prendre patience, en attendant Dunkerque (août-octobre 1657).
Ainsi Tunion de la France et de l'Angleterre n'avait amené aucun événement décisif dans le Nord. En Catalogne, la guerre n'avait fait que languir. En Italie, la cour de Vienne était intervenue au nom des droits de l'Empire. Elle avait contraint le duc de Mantoue à se séparer de nous, avait menacé le duc de Modène, fourni des troupes au gouverneur du Milanais. Les Français et leurs alliés avaient échoué au siège d'Alexandrie.
Négociations en Allemagne : Alliance du Rhin. — Ce n'était pas la première fois que l'Autriche enfreignait, au préjudice de la France, le traité de Westphalie, qui l'astreignait à la neutralité. Depuis longtemps elle faisait passer des troupes aux Pays-Bas. Il fallait, pour réduire l'Espagne à la paix, mettre l'Autriche dans l'impossibilité de lui porter secours. C'est à cette tâche que Mazarin consacra, pendant plus d'une année, ses principaux efforts.
Les Etats de l'Empire étaient autorisé à contracter des alliances particulières pour leur défense, et dès 1651 plusieurs princes catholiques de l'Allemagne de l'Ouest * avaient formé une confédération, en face de laquelle s'était presque aussitôt dressée, comme avant la guerre de Trente ans, une coalition de princes protestants. Réunir ces deux ligues en une seule, qui, sous l'hégémonie de la France, pourrait faire contrepoids à l'Autriche en Allemagne et en tout cas l'empêcher de secourir les Pays- Bas espagnols, tel avait été dès lors le but de Mazarin. Il ne l'avait pas encore atteint quand Ferdinand III mourut (!«' avril 1657) : il s'agissait de savoir si son fils Léopold lui succéderait sur le trône impérial.
Deux ambassadeurs extraordinaires. Lionne et le maréchal ileGramont, furent alorscnvoyés parlui en Allemagne etcoramencèrent par gagner, à force d'argent et de promesses, plusieurs des Electeurs. Us ne purent, il est vrai, écarter la candidature de l'archiduc, l'Electeur de Bavière, qui seul aurait eu quelque
l. Les trois élecleurs ecclésiastiques, le duc de Neubourg et Tévêque de Munster.
chance de lui être préféré, ayant refusé de poser la sienne (décembre 1657-janvier 1658). Mais ils manœuvrèrent avec suc4!ès pour obtenir : 1*^ que Léopold ne fût élu qu*après avoir juré, par des capitulations expresses, de respecter les traités de Westphalie, surtout en ce qui regardait la neutralité entre la France et TEspagne; 2° que les deux ligues fussent réunies en une seule, avec adjonction de la France.
Les capitulations furent acceptées le 8 juillet par Léopold, qui, peu après, fut couronné empereur, et, le 14 août suivant, Y Alliance du Rhitiy comprenant les principaux Etats de TAUemagne occidentale et septentrionale, tant catholiques que protestants, fut constituée sous la direction de la France, qui dut lui fournir son contingent de troupes et se porta garante de ses droits.
Dès lors les Pays-Bas espagnols, qui ne pouvaient guère recevoir de secours que par terre, se trouvèrent isolés. L'Autriche, quand elle Teût voulu, ne pouvait plus leur envoyer une compagnie de renfort. Mazarin avait ainsi mis la cour de Madrid dans la nécessité absolue de traiter sans délai.
Campagne déoisive de 1668. — Celte victoire diplomatique était, il est vrai, venue trop tard pour qu'il pût se dispenser de tenir ses engagements envers les Anglais. Le traité avec Cromwell avait été renouvelé pour deux ans (le 28 mars) et ïurenne était enfin allé mettre le siège devant Dunkerque. L*arraée espagnole s'étant approchée pour Tobliger à le lever, le maréchal avait marché sur elle et, malgré les efforts de Condé, Tavait mise en complète déroute (bataille des Dunes, 14 juin). Le 25 juin, le jeune roi Louis XIV avait fait son entrée dans la place; il Tavait ensuite remise aux Anglais. Puis Turenne avait enlevé Bergues, Furnes, Dixmude, Gravelines, Audenarde, Ypres, Comines, Ninove, toute, la Flandre maritime, une partie du Brabant, et fait trembler les Espagnols réfugiés à Bruxelles (août-octobre 1658). Si Ton ajoute que dans le même temps, en Italie, le duc de Mantoue avait été ramené par nous à la neutralité, que les Franco-Piémontais, aidés des Modénais, avaient conquis Mortara et la Lomellinc, enfin que les Espagnols avaient été battus par les Portugais à Elvas, on
voit que Mazarin avait maintenant quelque raison de ne pas douter d'une paix prochaine. D'ailleurs, Olivier Cromwell venait de mourir (13 août), le protectorat de son fils Richard paraissait ne devoir guère durer, et l'Angleterre n'allait plus être, de quelque temps, en clat d'entraver sa politique.
La comédie de Lyon. — L'Espagne faisait pourtant mine* de résister encore. Il fallut, pour la faire céder, une nouvelle ruse diplomatique de Mazarin. En octobre, le cardinal partit bruyamment, avec le jeune roi et toute la cour, pour Lyon, où, disait-on, Louis XIY allait resserrer son alliance avec le Piémont en épousant sa cousine Marguerite de Savoie. Cette princesse s'y rendit de son côté avec sa mère. Mais à peine le roi avait-il eu avec elle une seule entrevue qu'un agent du gouvernement espagnol, Pimentel, arrivait en cette ville pour lui offrir non seulement la paix, mais la main de Marie-Thérèse * (novembre 1658).
La comédie était jouée. Anne d'Autriche et Mazarin, qui ne souhaitaient rien tant qu'un tel mariage, acceptèrent tout aussitôt et s'excusèrent auprès de la cour de Savoie, qui s'en retourna humiliée, mais impuissante. Pimentel alla chercher i Madrid de plus amples instructions et vint secrètement à Paris, en février suivant, poursuivre avec Mazarin la négociation commencée. Elle fut laborieuse, bien que l'on fût d'accord sur les points principaux. Enfin, le 4 juin, les préliminaires de la paix furent signés par Mazarin et par Pimentel. Il fut convenu que le cardinal irait s'entendre à la frontière d'Espagne avec don Luis de Haro sur les quelques questions qui restaient en litige et que les deux cours s'y rencontreraient un peu plus tard pour la conclusion du mariage.
Le roman du grand roi. — On en était là quand un incident romanesque remit en question ledit mariage. Louis XI\% jeune et porté au plaisir, courtisait, depuis quelque temps, une des nombreuses nièces de Mazarin, Marie Mancini. C'était une ambitieuse qui jouait la passion. Elle exalla l'amour du roi jusqu'à se faire promettre le mariage. Anne d'Autriche fit
i. L^infante avait mainlenant un frère, Charles 11, et n^élait plus héritière présomptive de la monarchie espagnole.
Daturellement la plus vive opposition à ce projet. Quant à Mazarin, Tavait-il indirectement favorisé dans le principe? On ne sait. Ce qu*il y a de certain, c'est qu'il combattit le dessein du roi avec la dernière énergie. Quand il partit pour les Pyrénées, il exigea que Marie Mancini fût envoyée à La Rochelle. Louis XIV continua, il est vrai, quelque temps de lui écrire et voulut la voir encore une fois quand il se rendit dans le Midi. La raison d*Ëtat ne tarda pas à l'emporter sur Tamour. Marie le comprit, se résigna, et bientôt le mariage espagnol ne fut plus retardé que par des formalités.
Traité des Pyrénées. — Elles prirent, il est vrai, assez (le temps : les conférences, ouvertes en août par Mazarin et Luis de Haro dans l'île des Faisans, sur la Bidassoa, se prolongèrent près de trois mois. Le duc de Lorraine les troubla quelque temps par ses réclamations. Le prétendant Charles II eût bien voulu qu'on y débattît ses intérêts : il fut éconduit par Mazarin, qui avait encore à ménager l'Angleterre. Eniin, le 1 novembre 1659, fut signée, avec l'acte authentique qui rétablissait la paix entre la France et l'Espagne, la convention relative à l'union de Louis XIV avec Marie-Thérèse.
Le traité des Pyrénées rendait déGnitives la plus grande partie de nos dernières conquêtes. En eiTet, nous gardions le Roussillon avec la Cerdagne, l'Artois (moins Aire et Saint- Omer); en Flandre, Gravelines, l'Ecluse, Bourbourg, etc.; en Hainaut, Landrecies, le Quesnoi, Avesnes, Philippeville, Marienbourg; dans le Luxembourg, Thionvillc, Montmédy, Damvilliers, Ivoi, etc. Nous recouvrions Rocroi, le Catelet, Linchamp. Nous renoncions, il est vrai, à la Catalogne et à un certain nombre de places dans les Pays-Bas et la Franche-Comté. L'Espagne renonçait de son côté à toute prétention sur l'Alsace et sur Brieach. En Italie, cette puissance regagnait ce qu'elle avait perdu. Amnistie était accordée aux Catalans et aux Napolitains. Le Portugal était à peu près abandonné par la France, qui se réservait seulement d'intercéder pendant trois mois pour ia réconcilier avec l'Espagne. La cour de Madrid consentait à ce que son auxiliaire le duc de Lorraine perdît le Barrois, les villes de Clermont, Stenay, Jametz, Moyenvic, et ne
pût rentrer dans son duché qu'à la condition de l'ouvrir en tout temps aux troupes françaises. Elle obtenait que Gondé non seulement fût gracié et remis en possession de ses biens, mais recouvrât son gouvernement de Bourgogne et que la chaîne de grand-maître de France fût assurée à son fils. II est vrai que M. le Prince allait rentrer fort assagi.
Quant à l'union du roi avec Marie-Thérèse, oUe était conclue à la double condition que la dot de Tinfante (500 000 écus d'or) serait payée en trois fois dans un délai maximum de dix-huit mois, et que la future reine de France renoncerait expressément à la succession de son père. Mais il était stipulé que la validité de la renonciation serait subordonnée à l'exactitude du paiement. C'était là une clause d'une portée redoutable. Mazarin comptait bien que l'Espagne, épuisée, ne s'acquitterait pas régulièrement de cette obligation pécuniaire. Il avait déjà réuni tous les arguments de droit à l'aide desquels le gouvernement français s'eiTorça plus tard de démontrer la nullité de la renonciation imposée à Marie-Thérèse.
Ainsi se trouvait réalisé, dans la mesure du possible, le dessein de Henri IV et de Richelieu, qui tendait par-dessus tout à l'abaissement de la maison d'Autriche. Cette puissance à double tête, que l'étroite union des cours de Vienne et de Madrid avait faite si redoutable pour l'Europe entière et particulièrement pour la France, avait été coupée en deux par lès traités de Westphalie, qui, pour la première fois depuis un siècle, avaient dissocié l'Autriche de l'Espagne. Et maintenant, tandis que nous tenions en respect la première de ces deux monarchies par l'Alliance du Rhin, non seulement nous commencions à écarter les obstacles que la seconde avait si longtemps opposés au développement territorial de notre pays, mais nous pouvions espérer soit son absorption, soit son inféodation, dans un avenir relativement rapproché.
Cette paix causa dans toute la France une joie extraordinaire et fit oublier à la nation ses misères, ses rancunes, ses vœux les plus légitimes. Il ne fut plus question, après le traité des Pvrénées, de limiter l'autorité du roi ou de ses ministres. Louis XIV, qui visita les provisions du Midi pendant l'hiver
de 1659 à 1660, fut reçu partout comme une sorte de jeune dieu. Condé vint s'agenouiller devant lui à Aix et peu après on le vit figurer comme comparse, avec le duc de Beaufort, Tancien roi des HalleSy dans un ballet dansé par Sa Majesté. La grande Mademoiselle, revenue de ses rêves de gloire, avait depuis longtemps sollicité sa grâce et s*estimait maintenant heureuse d'assister aux fêtes de la cour. Gaston d'Orléans, dédaigneusement pardonné, mourait oublié dans son château de Blois (février 1660). Les villes de Provence, comme Marseille, qui, récemment encore, avaient revendiqué avec violence leurs libertés municipales contre le duc de Mercœur, les laissaient fouler aux pieds par un roi de vingt-deux ans, qui entrait chez elles par la brèche. Quand le mariage espagnol se fut enfin accompli (9 juin 1660), le retour de Louis XIV à Paris ne fut qu'une longue marche triomphale. II y rentra le 26 aoiU, anniversaire des premières barricades de la Fronde, au milieu d'un peuple idolâtre, qui ne se souvenait plus de l'avoir combattu ; et le Parlement, qui naguère avait mis â prix la tête de Mazarin, envoya une députation au cardinal pour lui présenter, à l'occasion de la paix, ses très humbles hommages.
Pourtant il y avait bien encore quelques esprits chagrins qui reprochaient au cardinal de n'avoir pas assez tiré parti des avan. lages que la guerre avait donnés ou pouvait donner encore à la France *. Au premier abord, il semble qu'ils avaient raison. Mais il faut songer que la France n'avait pas posé les armes depuis un quart de siècle, qu'elle était épuisée de sang et d'argent, que c'était une sorte de miracle qu'elle eût jusque-là soutenu la lutte, et que ce miracle, un ministre sensé ne pouvait espérer qu'il se prolonjreàt. Ajoutons que si Mazarin ne se fût pas hâté de signer la paix des Pyrénées, la France eût risqué d'être rejetée dans les hasards d'une guerre générale et eût peut-être été de nouveau obligée de combattre à la fois l'Espagne et l'Autriche. Les événements dont l'Europe septentrionale était alors le théâtre pouvaient en effet le lui faire craindre.
1. Saint-ÉTremont se fit Técho de leurs plaintes dans la leltre si connue, sur le traité des Pyrénées, qui fut la cause de son exil.
La paix du Nord. — La Suède, fidèle alliée de la France, était depuis plusieurs années en guerre avec tous ses voisins. Cet Etat avait pour roi, depuis 1654, lambitieux Charles-Gustave (Charles X), qui, à peine monté sur le trône, s'était pris de querelle avec son parent, le roi de Pologne Jean-Casimir, chef de la branche catholique des Vasa. Il l'avait attaqué malgré les efforts du gouvernement français, intéressé pour diverses raisons à prévenir ce conflit*. En quelques mois, le roi de Suède, aidé de TElecteur de Brandebourg, avait occupé toute la Pologne (1656). Mais à Tinsligation de l'Autriche une ligne formidable s*était formée contre Charles-Gustave. Les Russes s'étaient déclarés contre lui. Jean-Casimir était rentré en Pologne. Le Danemark, de tout temps jaloux de la Suède, lui avait déclaré la guerre. Enfin TElecteur de Brandebourg, à qui rAutriche faisait espérer une partie des dépouilles de son allié, s'était également tourné contre lui (1657). Charles-Gustave avait fait la part du feu, s'était pour un temps détourné de la Pologne, avait envahi le Danemark et, en quelques semaines, réduit ce royaume à l'impuissance (1657-1658). Alors était intervenue diplomatiquement, avec la Hollande et l'Angleterre, qui ne voulaient pas qu'il pût leur fermer la mer Baltique, la France, qui s'intéressait particulièrement à la Suède. La médiation de ces trois puissances avait amené, entre les deux cours de Stockholm et de Copenhague, la paix de Roskilde qui, tout en sauvant le Danemark, laissait à la Suède une bonne part de ses conquêtes (7 mars 1658).
Cette paix n'avait pas duré. Dès le mois d'août 1658, Charles- Gustave avait repris les armes. La Hollande, inquiète de ses nouveaux succès, n'avait pas tardé à se déclarer contre lui. Attaqué en outre par les Polonais, les Brandebourgeois et les Autrichiens, Charles-Gustave avait bientôt visiblement perdu du terrain. L'Angleterre, alors alliée de la France et d'autant plus portée maintenant à protéger la Suède que la Hollande soutenait
1. Ce gouvernement tenait à conserver de bonnes relations avec la Pologne, surtout pour empêcher ce pays de s'inTéoder à la politique autrichienne. Mazarin avait en 1645 fait épouser à Jean-Casimir une princesse française, Marie de Gonzague. Sur cette Guerre du Nord, voir, ci-dessous, les chapitres États Scandinaves, Mogne, Rtissie, et la bibliographie de ces chapitres.
plus vivement le Danemark, avait alors conclu avec Louis XIV un traité par lequel les deux grandes puissances occidentales s'engageaient à travailler de concert à la réconciliation des Etats Scandinaves (février 1659). La Hollande avait dû quelques mois plus tard se rallier à cet accord (mai 1659). Mais, quelque temps après, profitant des embarras intérieurs qui paralysaient alors TAngleterre et de Timpossibilité où était la France de se détourner des Pyrénées, elle avait de nouveau attaqué Charles* Gustave, qui persistait à refuser la paix. Dans le même temps les Polonais et les Brandebourgeois avaient remporté sur lui dé §frands avantages. Le Grand Électeur avait entamé la Poméranie suédoise. La situation politique que le congrès d*Osnabruck avait faite à la Suède en Allemagne paraissait compromise.
Mazarin jugea ui^ent d'intervenir pour préserver les traités
de Westphalie, garantis par la France, des atteintes de la poli*^
lique autrichienne. 11 s*était donc hâté de traiter avec l*Espagne
^nov. 1659). Puis, libre, il se tourna vers le Nord et signifia
€]u*il ne permettrait pas que la puissance de la Suède fût amoin*
dric dans TEmpire. Ce langage ne tarda pas à être compris.
Bientôt deux congrès s*ouvrirent, Tun à Copenhague, où, sous
la médiation de la France, de TAngleterre et de la Hollande,
le Danemark et la Suède entrèrent en pourparlers de paix;
Tautre au monastère d*01iva, où, sous celte de la France seule,
la Suède commença à traiter avec la Pologne, le Brandebourg
et TAutriche. L*humeur batailleuse de Charles-Gustave parut
tout d'abord devoir entraîner les négociations. Sa mort pré*
maturée (23 février 1660) ne tarda pas à les simplifier, et les
deux traités d'Oliva (3 mai) et de Copenhague (6 juin) purent
être signés. Par le premier, Jean-Casimir renonçait au trône
de Suède et la Suède recouvrait ses possessions de Poméranie.
Par le second, cette puissance rendait au Danemark Bornhotm
et Drontheim, mais elle gardait la Scanie, la Blékingie et
Aland. Avec la Russie la Suède se réconcilia par la paix de
Cardis (juillet 1661), à laquelle contribuèrent également les
agents français et qui lui assura la Livonie. La paix du Nord
élail donc enfin rétablie. La Suède restait encore la puissance
prépondérante du Nord et ne semblait pas déchue de la gran*
Histoihb oiNiRALc. VI. 4
deùr qu'elle devait à Gustave-Adolphe et à" Richelieu. C'éla;it là encore un grand succès pour la politique de Mazarin.
La France et la restauration des Stuarts. — A la mènie époque eut lieu là' restauration des Stuarts en Angleterre. Mazarin la souhaitait^ non seulement par esprit tnonçjv chique, mais par la conviction où >1 était que la royauté ainsi rétablie de l'autre côté de la mer serait plus docile que la République à rinfluence française. Il avait fourni quelque ai^nt à .Charles II peu avant son rappel en Angleterre* Mais,, en politique circonspect, il n'avait pas voulu prendre ouvertement parti pour lui. Aussi ce prince, au lendemain de son avènement (juin 1660), voulut-il grioément à Mazarin son ressentiment de ralliaiice qu'il avait autrefois conclue avec Cromwell. Le président de Bordeaux fut renvoyé de Londres et, pendant quelques semaines, les rapports demeurèrent assez tendus entre les deux cabinets. Ils ne tardèrent pourtant pas à devenir amicaux. Henriette de France, qui se rendit en Angleterre au mois de décembre 1660, travailla pour sa part avec succès à rapprocher les deux rois. EUe eût voulu même marier Charles U avec Hortense Mancini, nièce de Mazarin. Ce projet n'eut pas de suite. Mais le cardinal put, avant de mourir, prendre une part importante à la négociation de deux mariages qui devaient être plus tard très proOtables au gouvernement français : celui de Charles II avec l'infante Catherine du Portugal, et celui de sa sceur, Henriette d'Angleterre, avec le nouveau duc d'Orléans, frère de Louis XIV '.
. On doit considérer aussi comme son œuvre l'union d'une fille de Gaston d'Orléans avec le grand-duc de Toscane. Enfin, si Tdn ajoute que presque à la veille de sa fin (28 février 1661) ilaména le duc de Lorraine Charles IV, jusque-là réfractaire aux conditions qui avaient été faites en 1659, à s'accommoder avec' Louis XIV ', on Voit qu'il était parvenu non seulement
' \. Ce prince, lié en 1640, avait d*abord porté le litre de duc d'Anjou. Il prît ccliiî de diù; d'Orléans après la mort du duc Gastoh, arrivée, comme bn Ta vu pliis haut, en février 1660.
Qi Oharles'lV obtint par ce traité la restitution du <iuché de Bar, mais à condition.4'en fains hommage au roi de France. De plus, il dut céder, outre les villes indiquées par te traité des Pyrénées, celles de Ôierck, Sairrebourg, Phaisbourg, et dfimaiitelèr cfelle de Nancy. ' .
à rétablir la paix générale, mais à augmenter encore les avantages que les traités de Westphalie et des Pyrénées avaient assurés à la France.
Fin de Mazaiin. — Il mourut le 9 mars 1661, laissant une fortune énorme et en grande partie mal acquise, mais dont Louis XIV, reconnaissant de ses grands services, lui permit de disposer en faveur de ses neveux et de ses nièces ^ Ce prince, dont il avait, au début, quelque peu négligé Tinstruction, avait reçu de lui, pratiquement, depuis la fin de la Fronde, une éducation politique et militaire dont la solidité ne peut être contestée. Hazarin lui laissait une France forte et respectée au dehors, sinon prospère au dedans. Il lui laissait la tradition d'une diplomatie vraiment nationale et qui avait fait de la France comme l'arbitre de TEurope. U méritait donc bien sa gratitude. Il avait, d*autre part, donné par ses procédés administralifs de déplorables exemples. Une guerre civile de cinq ans, produite par ses fautes et qui avait failli perdre la France avec lui-même, ne Tavait point amené à les modifier. Après lui, le gouvernement arbitraire, irresponsable, dont les abus devaient plus lard provoquer la Révolution, était établi en France pour plus d*un siècle. S*il ne le créa pas, il laffranchit du moins de tout contrôle. On dit qu'en mourant il mit Louis XIV en garde contre Fouquet et qu*il lui recommanda Golbert. Mais il ne pouvait préserver ni ce souverain ni ses successeurs, rois absolus comme lui, de leurs propres entraînements ou de leur insuffisance.
1. On peut révaluer à plus de quarante millions du temps (c'est-à-dire à plus <le deux cents millions en valeur actuelle). 11 en laissa près des trois quarts à sa nièce favorite, Hortense Mancini, qui venait d*épouser le fils du maréchal de La Meilleraye. Ce gentilhomme porta depuis le titre de duc de Mazarin. Il hérita non seulement de beaucoup d*argcnt, mais des duchés de Mayenne et de Réthelois, et des gouvernements d^Alsace et de Brouage qu'avait possédés le cardinal. Philippe Mancini, neveu de ce dernier, eut le duché de Nivernais. Le duc de Mercœur, petit-neveu du ministre, eut le duché d'Auvergne et d'autres grands domaines. Le roi, la reine, la reine mère et les princes reçurent une partie des bijoux et des objets d'art dont le cardinal avait fait une si riche collection. Plusieurs millions furent consacrés à la fondation et à l'entretien du collège des Quatre-Nations (aujourd'hui palais de l'Institut), auquel fut léguée l'admirable bibliothèque du cardinal, reformée après sa vente et sa dispersion, prescrites en 1651 par arrêt du Parlement.
BIBLIOGRAPHIE
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— à la Bibliothèque nationale {Mélanges de Colbert, Papiers de Le Tellier) ; — aux Archives munie, et départ, de Bordeaux, Rouen, Angers, Marseille, etc.
IL Documents imprimés. — Il faut signaler d'abord, dans la Collection des documents inédits relatifs à Thistoire de France : Les lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (publiées par Ghéruel et Avenel); — Le journal d'Olivier I.efèvre d'Ormesson (Ghéruel). — Parmi les publications de la Société de Thistoire de France : Lettres de Mazarin ; — Bibliographie des Mazarinades ; — Choix de Mazarinades ; — Mémoires de Coligiiy-Saligny :
— Mémoires de Daniel de Cosnac; — Registres de Vhàtel de ville de Paris pendant la Fronde; — Mémoires du président Xathiea Molô, Paris, 1855-1857, 4 vol., in-8, de Ck>urville, de Nicolas Goulas, de duPloMis- Betançon. — Dans la collection Petitot ou dans la collection Ifichaud et Poujoulat : les Mémoires d'Omer-Talon, de Tabbé Amauld, de Pontit, de la duchesse de Nemours, du P. Berthod, de Gny et Claude Joly, de Pierre Lenet, du cmnte de La Châtre, de Tnrenne, du duc d^Toilt, de M"' de Montpensier, de Montglat, de Fabbé de Oioisy, du duc de Guise, du maréchal de Oramont, de de la Porte, de V** de Uêl Fayette, de Fontenay-Mareuil, du maréchal du Plessis. — A part : les Mémoires de M"* de MottCTille (Paris, 1869, i vol. in-i2), du cardinal de Retz (Paris, 1870-1888, 9 vol. in-8), du comte de Brienne (Paris, 1828,
2 vol. in-8), de Campion, Paris, 1857 (Bibl. Elz.),duduc de La Rocheftmoauld, Paris, 1868-1884, 3 vol. in-8. ~ Tallemant des Réaux, Historiettes, nouv. édit., Paris, 1857-1860, 9 vol. in-8.
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3 vol. in-8; — les Lettres de M"« de Séyigné; — les Lettres et négociations (fe Jean de Witt, Amsterdam, 1725, 5 vol. in-12; — les Négociations du comte d*Estrades en Italie, en Angleterre et en Hollande depuis 4637 jusqu'en 4662; dem. édit.. Londres, 1743, 9 vol. in-12. — Loret, Muse Historique, Paris, 1857-1878, 4 vol. in-8; — Mémoires de NavalUes, Paris, 1701, in-12; — Mémoires du P. Rapin, Paris, 1865, 3 vol. in-8; — Mémoires de Bussy-Rabutin, Paris, 1857, 2 vol. in-12. — Dumont, Corps diplomatique,
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