‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 46 sur 167 · LA REINE ANNE : WHIGS ET TORIES · texte numérisé non relu

LA REINE ANNE : WHIGS ET TORIES

sunée Gibraltar donnait à la marine anglaise, au commerce anglais la clé de la Méditerranée! Contre de pareils succès whigs, les chefs de Fultra-torysme renonçaient à lutter : Rochesler, Nottingham, Wright, Buckingham disparurent plus ou moins volontairement l'un après l'autre. Les élections de n05 amenèrent une majorité whig, et des remaniements ministériels en faveur de cette tendance s'imposaient. La principale difficullé venait de la reine et de son antipathie contre ce parti. MaiS; subissant depuis longtemps la bizarre et dominatrice amitié de la duchesse, elle ne pouvait en secouer le joug au moment où le duc illustrait son règne. Les Churchill avaient aussi d'habiles complaisances : malgré les plaintes de leurs amis whigs, ils conservèrent jusqu'à sa mort le mari de la reine, le prince Georges de Danemark à l'Amirauté, où le génie de Mariborough couvrait sa nullité. C'est pourtant avec déplaisir que la souveraine voyait ce ménage redoutable et utile accepter pour gendre Sunderland, le plus agressif des whigs. Il fallut *- donner à ce jeune homme l'ambassade de Vienne, si impor- ^'' tante alors, en attendant un ministère. Il fallut aussi faire le " whig Cowper lord chancelier, donner le sceau privé à un autre whig, le duc de Newcastle, et un emploi secondaire au jeune whig Walpole. Pourtant Anne s'opposait à une transformation Irop complète du gouvernement. Elle honorait de sa confiance deux tories modérés, malins surtout, écrivains et orateurs de première force, Harley et Henri Saint-John : le premier devint secrétaire d'Etat, l'autre secrétaire de la Guerre. D'ailleurs -"arlborough et Godolphin préféraient ne pas trop décourager 'l'a des partis, ne pas trop combler l'autre.

X^TTnion avec l'Ecosse et Tapogée des Tvhigs (1706- 1*708). — L'unité de la Grande-Bretagne figurait depuis longleiT^ps dans le programme du parti vainqueur. Héritier mitigé deî^ Tètes-Rondes, il désirait, de tradition, que l'Ecosse n'eût 4' autre parlement que celui de Westminster, tandis que les lories, jacobites ou non, défendaient, de tradition, l'indépendance du berceau des Stuarts. Mourant, Guillaume III préparait un projet d'Union. Les tories écossais, tous jacobites, rendirent cet/e solution inévitable en poussant le parlement d'Edimbourg

à une décision flatteuse pour le patriotisme particulariste, provocante à Tégard du gouvernement de Londres. D cette loi (1704), la succession à la couronne anglaise ne i lier aucunement la législature écossaise, qui pourrait fo^ reconnaître le Prétendant, pendant que rÉlectrice ou YÈli de Hanovre régnerait au sud de la Tweed. Perspective de § infaillible. L'habile Somers, qui revenait peu à peu aux afl para le coup en faisant étudier par une commission mLx conditions moyennant lesquelles on pourrait unir les deu ronnes. Ce n'était pas trop d'un homme d'Etat de cette pas trop non plus du prestige personnel de la reine, qu plusieurs fois activer le travail des commissaires, pour I pher des difficultés qui se présentaient.

La plupart venaient du petit peuple pauvre, quelques du grand peuple riche. Indiquons d'abord celles-ci. Les ciants anglais, du moins certains d'entre eux, ne voulaie admettre leurs confrères d'au delà de la Tweed au parti leurs privilèges commerciaux et coloniaux, tandis que Yé palisme intransigeant frémissait de voir une Eglise pre rienne reconnue comme établissement national au mèm« et dans les limites du même Etat que l'Eglise anglicane résultats pourtant inévitables, qui devinrent définitifs, < môme fournirent aux Ecossais deux compensations très ; eiées. Leurs réclamations n'en furent pas moins soutenue àprcté. Elles perlaient sur leurs finances et sur leur rep: talion parlementaire. Les Anglais entendaient bien se m< larges sur ces deux points essentiels, de façon à consol nouveaux venus de la suppression de leur parlement sépî à les rassurer sur leur participation aux charges du royaume. C'est sur l'application plus ou moins générei ce double principe que l'on discuta pendant plusieurs m l'année 1706. Finalement, on dispensa les Ecossais de ce impôts pendant une période de transition. Le paiement i diat d'un a: équivalent » de 400 000 livres sterling « gra les ressorts de la machine un peu récalcitrante. On pi d'abord le chitTre de 38 déj)ulés écossais à la Chambre des munes, proportion déjà forte, puis on accorda le chifl're

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On ne pouvait admettre à la Chambre des lords la nombreuse pairie écossaise, qui Taurait écrasée; on la fit représenter par 16 pairs écossais. On adopta pour désigner le nouvel ensemble le nom officiel de Grande-Bretagne. Les armoiries furent combinées, un nouveau grand sceau créé pour le Royaume-Uni.

Restait à faire adopter cette grave mesure par les deux parlemenls encore distincts. A Edimbourg le mécontentement grondait. Lies pétitions affluaient, mais les whigs des deux pays n'en tenaient nul compte. « On en fera des cerfs-volants », disait le duc d'Argyle. Cette opposition n'était pourtant pas un jeu d'enfants. Elle comprenait trois éléments singulièrement associés : les patriotes, puis les jacobites, enfin des puritains aussi fanatiques contre les < prélatistes > anglais que ceux-ci l'avaient été et Tétaient encore contre eux. Les orateurs patriotes, lord Belhaven, Fletcher de Saltoun, firent preuve d'an grand talent dans cette lutte contre l'inévitable. Un des derniers jours de l'ardente querelle, John Dalrymple, devenu comte de Stair, l'auteur maudit du massacre de Glencoe, mourut d'épuisement nerveux. Le 16 janvier, un dernier vote, de HO voix contre 69, adopta l'Union. Le lord haut-commissaire toucha du sceptre royal le texte qui devenait dès cet instant loi pour l'Ecosse. Devant le parlement d'Angleterre, la chose Dalla point sans encombre; mais finalement la reine Anne put venir prononcer un discours célébrant le grand événement, heureux, disait-elle, pour les deux pays. La postérité a ratifié celte espérance et les prévisions de Porlland écrivant à Carstairs : « L'Union est à l'avantage des deux nations, dont elle prévient tous les différends à l'avenir; elle coupera par la racine une bonne partie de vos divisions domestiques, et remédiera peu à peu au manque d'argent dont l'Ecosse se plaint. »

Le mécontentement momentané alla jusqu'à provoquer une ^lescente du jeune « chevalier de Saint-Georges »; mais le seul Jt'ésullat de la présence éphémère de Jacques III à Edimbourg fut de faire mettre sa tête à prix et de procurer aux whigs une 'Majorité croissante lors des élections triennales. En deux fois, ^vantet après ce renouvellement parlementaire, acheva dedispa- '"ailre le système de bascule entre les partis, défendu par la reine

pied à pied. Entraînés par le torrent whig, Godolphin et Mail, horough ne Taidaient plus dans cette résistance^ et même ils k forcèrent, en oiîrant leur inacceptable démission, à renvoyer Harley et Saint-John. Tout élément d'opposition fut évincé. Non seulement les jeunes Sunderland et Walpole arrivaient aux secrétariats vacants, mais la vieille Junte whig reparaissait aussi puissante qu'en 1695 : Somers président du Gonsefl, Wharton lord-lieutenant d'Irlande, Russell à l'Amirauté (depats la mort du prince Georges de Danemark), rien n'y manquait.

Opposition de la couronne, du peuple et de rËglise. — Contre les whigs, si prépondérants au dedans et au dehors, un triple orage se formait. La reine les subissait en frémissant, comme les adversaires des deux choses qu'elle aimait le plus: sa prérogative et l'Eglise anglicane. La longue domination de la terrible duchesse lui était à charge depuis qu'une autre intri* gante, Abigaïl Masham, s'était emparée de son esprit. MarItKK rough combla la mesure en demandant le titre de généralissime à vie, qui eût fait de lui, non seulement l'arbitre de la succe&-> sion au trône, mais le véritable roi d'Angleterre. La reine refusa. Le peuple fut de son côté. La mer de sang de Malpla «{uet (1709) et les effroyables dépenses le dégoûtaient de la guerre; il en voulait aux whigs d'avoir refusé plusieurs fois les propositions si acceptables de Louis XIV, et son horreur da militarisme le reprenait. Le clergé voyait avec une fureur croissante le gouvernement whig introduire au parlement les presbytériens écossais, et naturaliser les réfugiés français. Précisément alors, la plupart des clergymen non-jureurs, fatigués de leur petit schisme inutile, rentraient dans l'Eglise officielle et venaient y fortilier l'uUra-torysme. Le fameux sermon du docleur Sachevcrell (5 novembre 1709) fournit à tous ces mécontentements une occasion de se coaliser. Ce bouillant pasteur d'une paroisse de Londres prêcha dans la cathédrale de Saint- Paul la doctrine de non-résistance poussée à ses dernières limites, vrai réquisitoire contre la Révolution et contre tous les principes des whigs. Sacheverell déclarait l'Eglise en danger, et s'attaquait aux personnes de Burnet et de Godolphin. Les Communes et le gouvernement, relevant maladroitement ce défi,

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