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COUP ItŒIL IIETROSPECTIF
ae liguèrent avec Utrecht el l'Over-Yssel, et, [lour se protéger contre une surprise, volèrent une levée de waardgetdera, milices destinées à la garde des villes (4 août IGIT). C'était une sorte de déclaration de guerre. Maurice y répondit en occupani L militairement Brielle et en poussant les Elats-Généraux à conk KKpier un synode national. Il réussit à se procurer l'appui de B k'faailte assemblée de l'Union et transforma ainsi la querelle V rieuse en un conllit politique. La faiblesse des Arminknx f fie larda pas à se manifester : la levée îles waardg-eldcrs en Dol- I laniie devait donner 10 000 hommes; cllen'en donna que 1800. I Uiurice licencia ceu.\ qu'Utrecht avait réunis, et, le 29 août Ifil 8, ^ *ur Tordre de Leurs Hautes Puissances, il lit arrêter les chefs I <le l'opposition hollandaise, notamment Barneveldt et Grotius. Malgré les protestations de la Hollande et l'illégalité qu'il y !• av«l à soustraire des députés d'une province à leurs juges naturels, le proct-s des prisonniers fut instruit par une commis- . sioD extraordinaire. Un synode national, réuni à Dordrecht, proscrivit les doctrines arminiennes, et à la même époque le pensionnaire de Hollande, accusé de crimes plus invraisemblables les uns que les autres, fut condamne à mort et décapité (l^i mai lfil9), A la suite de ce drame sanglant, l'autorité du slathouder augmenta considérablement : la province de Hol- ■î«^~
lande courba la tôte et se vit privée pendant deux ans de son ,;A-* prÎQcijial ministre; lorsqu'en 1621 Anihonis Duyck fut élu con- "" ' sellier pensionnaire, ce choix dut être approuvé au préalable par le prince d'Orange. Peut-être Maurice songeait-il à tenter un coup d'Klal monarchique, (|uand il mourut (avril 1625),
Le stathoudérat de Frédéric-Henri (1625-1647). — '—cite mort fut un bonheur pour la Itépublique. Maurice ne laissait pas d'héritier, et son frère consanguin, qui lui succéda, *vïi[ de précieuses qualités de douceur et de modestie, Fré- <*éric-nenri était né au commencement de lfl84, du quatrième mariage de Guillaume le Taciturne; il était au berceau quand son P«fe fut assassiné; mais sa mère, Louise de Coligny, avait surveillé avec sollicitude son éducation et son instruction. «* '^déric-Henri conserva de sa première jeunesse une grande ^'ig'csse desprii, et une fini'ssc de manières toute française.
ment grâce à ses succîis rnîlîlulres; un conlempora Capellen, en le voyant diriger presque sans coni tique extérieure, disposer d'une foule de charges, l'armée ce qu'il voulait, craignait que sa patrie entiêremeut en esclavage. Frédiirîc-Henri apparai: un souverain auquel ne manquait plus que ia con titre. En 1637, à l'instigation de la France, les Êtî cliangéiLMit sa dénomination officielle ô'Ejxellen i'Altesse, qui, dans les pays monarchiques, était a princes du sang. L'éckt de ce nouveau titre fut biei par l'acquisition, en 1640, du stathoudérat de G est vrai qu'il ne put obtenir celui de Frise décerné Guillaume-Frédéi'ic, mais il se fit donner par ce dcr tative de sa charge. Il espérait parvenir un jour a ment des sept provinces, à une sorte de dictature f glorieuses unions le mettaient en môme temps étroits avec des rois et des princes étrangers : par mariage de son lils Guillaume (1641) avec Marie d Glle de Charles 1", et le mariage de sa lîlle Loui (1646) avec le Grand Élccleur de Brandebourg, Fi laume.
Malgré l'accroissement continuel de sa puissant prestige, Frédéric-Henri resta jusqu'à sa mort le pi leur de la République. Plein de respect pour les Éta il se contenta d'avoir les attributs solides du p
-//. — Le stathouder Guillaume II (i64y-i65o).
Avènement de Guillaume n. — Cette mort et la signai tare du traité de Munster (janvier 1648) furent Toccasion d'une f ^uvelle crise intérieure dans la République. Ce fut comme un lecond accès de la maladie qui la minait sourdement, et que lins tard TAnglais Temple déclarait être inhérente à sa constitstion, à cause de l'opposition perpétuelle des éléments contraires mi y étaient associés.
Le stathouder Guillaume II, (ils de Frédéric-Henri et d'Amélie je Solms, était âgé de vingt et un ans à peine quand son père mourut. D'après les nombreux portraits que l'on a conservés de lui dans les musées de Hollande, c'était un jeune homme à la Itille élancée, à la physionomie agréable, au regard doux, et auquel de longs cheveux châtains encadrant un fîn visage éonnaient encore l'aspect d'un enfant. Il semblait en 1647 bien peu mûr pour gouverner et bien frôle pour imposer sa volonté, liais sous ces apparences délicates se cachait un caractère enlèlé, ambitieux, énergique. Général de la cavalerie à quatre ans, successeur désigné de son père dans ses principales chaînes i onze ans, uni à une princesse royale, Marie d'Angleterre, à quinze ans, il avait déjà conçu de hautes pensées, aspiré à la gloire militaire et à la domination absolue. Son esprit vif, sa facilité à tout apprendre, le don des langues qui lui permettait de parler couramment le français, l'anglais et Tallemand à côté (lu hollandais, le courage intrépide dont il avait fait preuve à dix-sept ans dans la guerre espagnole, tout concourait à le signaler à l'attention des contemporains. L'envoyé français, d'Estrades, qui s'était lié avec lui dès 1643 et avait fait de lui un des plus chauds partisans de ralliance française, le regardait comme destiné au plus brillant avenir; toutefois il lui reprochait son goût excessif pour la chasse et les exercices de tout genre, et craignait de lui voir négliger pour ces plaisirs le travail et les affaires.
Les craintes du comte d'Estrades parurent se réaliser pendant
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les premiers temps : Guillaume II montra une grande réserve et affecta de se désintéresser de la politique. Mais cette attilude indifférente n^était qu'une tactique, et Ton put bientôt se convaincre qu'il fallait l'attribuer moins à son inapplication ou à sa paresse qu'aux difficultés de la situation.
Le parti orangiste et le parti des États. — Les négociations de la paix avec l'Espagne avaient remis aux prises les deux grands partis qui se disputaient depuis quarante ans la suprématie dans l'Union. D'un côté, le parti orangiste, parti belliqueux qui tendait inconsciemment à fonder une monarchie au profit de la maison d'Orange et que soutenaient l'armée, les basses classes, les prédicants calvinistes. De l'autre côté, le parti des Etais ou des régents, le parti qui voulait, par la superposition de la Hollande aux autres provinces, faire prévaloir ses vues essentiellement pacifiques ; ses principaux adhérents étaient dans la bourgeoisie éclairée, il prétendait défendre le principe de la souveraineté provinciale établi par l'Union d'Utrecht.
Après le conflit entre Maurice et Barneveldt, le triomphe de la maison d'Orange avait semblé définitif : son chef, stathouder de six provinces sur sept, honoré depuis 1637 du titre d'Allesse, allié par des mariages][au roi d'Angleterre et à l'Electeur de Brandebourg, avait acquis peu à peu un prestige et une autorité incomparables. Toutefois le parti des Etats avait relevé la tôte depuis sa première défaite et se préparait à recommencer les hostilités. La province de Hollande tenait les cordons de la bourse, car elle payait 58 0/0 des dépenses grénérales et elle cherchait à exercer au dedans comme au dehors l'influence prépondérante. Avant de conférer à Guillaume Usa commission de stathouder, les Etats provinciaux s'assurèrent qu'il n'empêcherait pas la paix avec l'Espagne. Malgré son amitié pour la France, malgré le désir de s'illustrer par des exploits guerriers, le j)rince eut peur de compromettre son pouvoir encore mal établi et n'osa s'opposer trop ouverlemen' aux négociations de Munster. Il se borna à les contrecarrer sous main et fut vaincu, comme naguère Maurice, dans cetl^ lutte diplomatique : le ministre hollandais, Adrian Pauw, ^^ signer la paix séparée de 16i8, comme Barneveldt avait f»-"^
igner en 1609 la trêve de douze ans. Les efTorls faits pour lolonger le débat et encourager Topposition de la Zélande à la itification du traité, furent stériles; la ratification eut lieu nalgré Guillaume (mai 1648).
Ace moment le parti orangiste était afTaibli; la paix lui ynlevait presque sa raison d*être; si son chef était stathouder le six provinces et s*était fait garantir la succession de son pooftin Guillaume-Frédéric en Frise, il ne devait cette haute poâtion qu*à une sorte d*abdication dans le domaine des affaires inlérieures. Aussi brûlait-il de se venger. Maurice, en 1618-19, gnit pris sa revanche sur le terrain religieux; son neveu d^rcha la sienne sur le terrain économique. Rien de plus fappant que cette analogie, ce parallélisme des faits de T histoire néerlandaise, à trente ans d*intervalle !
Situation financière; réduction de la milice. — Après une guerre de quatre-vingts ans la situation financière de la République était déplorable. La seule province de Hollande devait 120 millions de florins : ce qui ne saurait étonner quand 00 pense que depuis 1643 elle avait chaque année un déficit de huit millions.
On chercha le meilleur moyen d'éteindre la dette, d'arrêter les déficits, et une réduction des troupes fut proposée. La conclusion de la paix permettait de la faire sans danger, et le prince d'Orange lui-môme, qui voyait avec regret toute diminution de l'armée, ne crut pas devoir s'opposer à celle qui fut votée dès le mois de juillet 1648 : 21 000 hommes furent ainsi renvoyés daos leurs foyers. Jusque-là tout allait bien et l'entente était parfaite. Mais les Etats de Hollande étaient décidés à ne pas se contenter de si peu, tandis que Guillaume II avait résolu de ne pas accorder davantage. De là une série de démêlés qui allèrent en s'aggravant de 1648 à 1050, pour aboutir flnalement à une crise aiguë : la question de la réduction de fa milice se transforma par l'acharnement des adversaires en une question de droit constitutionnel, et faillit ensanglanter l'Etat par une {ruerre civile.
11 serait fastidieux d'entrer dans le détail de toutes les négociations entre le prince, les Etats de Hollande et le Conseil
(FÉtat, el de toutes les résolutions contradictoires prises de p^i et d'autre. Je me borne à signaler les principaux faits. Imf^ tientés de n'arriver à aucun résultat, les Etats de Hollaaie brusquèrent les choses, et, le 2 octobre 1649, votèrent on réduction nouvelle des troupes. L*émoi fut grand dans les aubn provinces, car on ne pouvait laisser sans danger la HoUiaii décréter de sa seule autorité des mesures intéressant la Géié^ ralité. Guillaume II, qui dans toute cette affaire se condukil fort habilement, acquit une vraie popularité en se plaçant n point de vue des intérêts essentiels et de la sécurité de laRépK blique. Il déclara qu'il ne pourrait répondre des places froi. tières si Ton cassait cent cinquante compagnies d'infanterie et la moitié de la cavalerie, comme le voulait la Hollande. Birf il sut rallier à son avis les Etats-Généraux, qui députèrent Ten l'assemblée provinciale de La Haye pour la détourner d'un licenciement séparé. Cette démarche fut inutile et, le 1" juin 1650, à la majorité des voix, car les nobles et cinq villes protestèrent, les Etats de Hollande résolurent de passer outre.
Le coup d'État de 1650. — Peu à peu on en venait anx moyens extraordinaires. A la résolution du 1" juin, les Elais- Généraux répondirent le 5 juin, en chargeant un certain nombre de leurs membres de visiter les diverses villes de Hollande et de leur faire entendre raison une à une. Le prince d'Orange, mis à la tôte de c(4le ambassade, était autorisé en outre à décider le nécessaire pour maintenir la paix intérieure el rUïiioii. On lui donnait en quelque sorte des pouvoirs diclaloriaux. Un gentilhomme de la Gueldre, orangiste convaincu, Alexander van der (Mipellen, qui était parmi les commissaires, a loniTiiemenl raconté dans ses Mémoires de quelle façon ils furent reçus dans chaque ville. En général, l'accueil fut courlois, mais les réponses évasives; à Amsterdam et à Haarlem ce fut [)is : les conseils municipaux refusèrent toute audience. Les députés rentrèrent à La Haye le 2.j juin au soir, assez mécontents de leur vovae:e. Ouant à Guillaume, il avait été profondéuKMil blessé de l'altitude d'Amsterdam.
Malgré sa colère, il consentit encore à une tentative de conciliation, et, le 15 juillet, le (Conseil d'Etat porta devant loi^
lats-Géncraux une proposition qui réduisait l'armée à environ tBte mille hommes. Les Etats de Hollande la rejetèrent comme naffisante, mais firent quelques concessions de leur côté dans gc avis conciliatoire » du 16 juillet. Peut-être serait-on par- 9Ba à sVntendre, s'il n'y avait eu d'autres causes de brouille. ^ sait aujourd'hui avec certitude que Guillaume II désirait teommencer la guerre contre l'Espagne, ainsi que l'y poussait Inarin, et que ses ennemis, au contraire, prêtaient l'oreille dix insinuations de l'envoyé espagnol, Antoine Brun. D'autre nui, le prince reprochait aux Etats de Hollande de chercher à 'entendre avec le parlement anglais, contre lequel luttait son Wiii-frère Charles IL Enfin, qui sait s'il n'avait pas l'idée de BDter le coup de force que Maurice n'avait pas osé, que FrélAric-Henri n'avait pas voulu, et qui aurait fait de lui le maître ibsoludes Provinces-Unies?
Quoi qu'il en soit, subitement, à la fin de juillet 1630, il ibandonna la voie pacifique des négociations pour une entreprise violente. D'après les contemporains, il y fut surtout poussé ptr trois de ses conseillers. Van der Capellen, Van Renswoudo et le colonel Corneille van Aerssen, seigneur de Sommelsdyck, le fils du célèbre diplomate. Les documents les plus récemment publiés permettent d'ajouter à ces trois noms celui du slalhouder de Frise, Guillaume-Frédéric. Il connut tous les projets du prince d'Orange, les lui suggéra en partie, et joua un rôle considérable dans leur exécution.
Le coup d'Etat devait comprendre deux actes : l'arrestation de six députés des Etats de Hollande, et une attaque contre Amsterdam. Le 30 juillet, à huit heures du matin, Jacques de Witl, bourgmestre de Dordrecht, père du futur pensionnaire, îl cinq autres notables hollandais furent mandés successive- Bent auprès du prince et arrêtés sans difficulté; dès le lendenain on les transféra au château de Loevenstein, entre Wahal ^ Meuse. Le premier acte était donc joué avec succès. Il n>n ut pas de même du second, et Guillaume-Frédéric échoua )iteusement devant Amsterdam, dont il comptait s'emparer par urprise. L'entreprise avait été préparée aussi secrètement que »ossible, mais de vagues rumeurs avaient averti la ville et des
déplacements de troupes Tavaient inquiétée. La maladresi d'un sous-officier de cavalerie qui s'égara dans la nuit du î au 30 juillet, et qui, de plus, laissa donner Talarme à Am terdam en n'arrêtant pas un courrier qui s'y rendait, penn au boui^mestre, Corneille Bicker, de prendre des mesures < défense. Guillaume-Frédéric, après avoir sommé en vain conseil des régents de lui livrer les traîtres qui, disaitmenaçaient la paix publique, notamment Bicker, se vit rUi à convertir le siège en blocus. Le prince d'Orange, venu li même au camp, ne put faire davantage. Il fut fort heureux signer, le 3 août, un traité relativement satisfaisant, au moine où la rupture des digues allait le contraindre à une retru déshonorante. Il renonçait à entrer dans Amsterdam, mais obi nait que Bicker serait dépouillé de sa chaîne de boui^^mesti
Le lendemain il revint à La Haye, sans escorte, comme retour d'une partie de chasse, pour éviter le compliment usi des Etats-Généraux. Son échec était réel. Il eut du moins bonne fortune d'obtenir gain de cause en apparence : les Etf de Hollande se rallièrent à la proposition faite par le Con» d'État le 15 juillet pour la réduction des troupes, et, û I députés arrêtés furent relâchés, ce fut à condition de renonc à leurs fonctions municipales; enfin les cinq provinces Gueklre, Zélande, Ulrcclit, Over-Yssel et Frise eurent la pla hide de remercier publiquement le stathouder des soins qu avait pris pour maintenir l'Union. A côté des flatteries, il c vrai, les insultes ne manquaient pas. Un pamphlet imprimé Amsterdam, le Bourgeoh déconcerté^ accusa Guillaume II d'ave Tait plus de mal aux Pays-Bas que le duc d'Albe.
Mort de Guillaume n. — Pour secouer sa mauvais humeur et sortir d'un milieu où il se sentait surveillé ave (léiiance, le prince partit pour ses terres en Gueldre et s'yliîn presque frénétiquement au plaisir de la chasse. Les longues clievauchées par les journées humides du mois d'octobre, à Ira vers la pluie et le brouillard, devaient avoir pour lui des suites fatales. II tomba malade d'un refroidissement, fut ramené àb» Haye et y fut emporté en quelques jours par une petite vérole pernicieuse (G novembre 1650).
luette mort inattendue provoqua chez ses partisans la plus vive douleur et chez ses ennemis une joie qui manqua souvent ,1e retenue et de dignité. A Amsterdam, par exemple, on frappa ulusieurs médailles rappelant l'attentat du 30 juillet et célébrant la délivrance du 3 août; sur Tune d'elles le stathouder était comparé à Phaéton précipité par Jupiter du char du soleil. Avec lui disparaissait la menace d'un coup d'État, constamment suspendue depuis des années au-dessus de l'Union. La constitution était sauvée et la Maison d'Orange paraissait abattue à jamais. Sans doute, la veuve de Guillaume II mit au monde huit jours plus tard un fils qui devait perpétuer le sang (les Nassau, mais la crise de 1650 avait étrangement consolidé les institutions républicaines, et la domination du parti des Elals pendant vingt-deux ans allait les rendre indestructibles.
///• — Jean de Witt (i 65 0-^2).
Organisation d'un nouveau régime. — La mort du capitaine et amiral général de l'Union, véritable représentant J" pouvoir exécutif, faisait un vide qu'il était urgent de com- Mor; une réorganisation du gouvernement s'imposait.
Le parti orangiste aurait voulu faire garantir au fils postliume du stathouder les charges de son père, en remettant leur gestion provisoire à un de ses parents, et laisser tout fonctionner comme auparavant. Mais celte solution avait beaucoup ''adversaires; d'ailleurs les divisions de la famille de Nassau 'a rendirent impraticable. La mère du prince défunt, Amélie Je Solms, et sa veuve, Marie Sluart, ou pour employer le lan- J?age du temps, la princesse douairière et la princesse royale, •ie disputèrent avec aigreur la tutelle du futur Guillaume III.
intervention de l'Electeur de Brandebourg, son oncle, enve- 'Hma encore la querelle, qu'un accord à l'amiable termina seulement le 13 août 1651. Celui qui aurait pu ôlre le meilleur "^oullen de l'enfant, Guillaume-Frédéric, élait considéré non ^^^ns raison comme un protecteur dangereux : déjà slathouiler
Histoire okhérale. VI. 3i
(le Frise, il se faisait décerner le stathoudérat de Groningue et briguait même celui d'Over-Yssel. Les autres membres de la famille, Louis de Nassau, seigneur de Bever>veert, fils naturel de Maurice d'Orange, et Jean-Maurice de Nassau-Siegen, revenu récemment du Brésil, ne songeaient qu'à vivre en paix, lia*sencc d'un chef empêcha les orangistes de prendre sérieusement position, et permit au parti des Etats de procéder sans grande difficulté à l'installation d'un gouvernement républicain.
« Ces gens-là montrent vouloir profiter de l'occasion pour se gouverner oux-mômes », écrivait le résident français. Brasse!, dès le mois de novembre 16o0. On le vit bien dans la grande Assemblée nationale, formée de trois cents députés, qui se réunit à La Haye le 18 janvier 1651. Les représentants de la Hollande y réclamèrent pour chaque province le droit de se gouverner avec ou sans stathouder, et s'efforcèrent de faire augmenter les jïouvoirs des Etats provinciaux aux dépens de ceux des Etats-Généraux : manière indirecte de favoriser leur province. Leur opinion prévalut après d'assez vifs débats : on supprima les charges de capitaine et amiral général dont disposaient les Etats-Généraux, et on enleva en partie à ces derniers la direction de Tannée fédérale. En même temps, un blâme rétrospectif fut lancé contre les agissements de Guillaume II, o^ les (léputés qu'il avait emprisonnés furent réhabilités comm^ n'ayant fait « qu'obéir aux ordres de leurs souverains légi-'' tinies w. A peine si la Hollande voulut consentir, sur la prière des autres provinces, à proclamer une amnistie pour tous ceu ^^ qui avaient trempé dans l'entreprise contre Amsterdam.
Prépondérance de la province de Hollande : Jea^^ de Witt pensionnaire. — A partir de 1651, les États-Généss** raux conlinuèrenl on a[»parence à régir l'Union; en réalité Tlié-**
gémonie appartint à la seule Hollande. Le Conseil d'Etat ne fu -J plus qu'un rouajre sans action, (*t h» conseiller pensionnaire <1^^ Hollande fit adopter sans résistance par Leurs Hautes Puiananvo — ce qu'avaient décidé auparavant les Etats de sa province. Leur — Noffh's Gnnules Puissoitcrs, suivant le titre officiel pris en 16.'>6 Los résolutions do Hollande, piHi volumineuses jus(|ue-Ià, rem " pliront désormais dos registres énormes, et les résolutions des^
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]Élats-tiénéraux n'en furent à peu de chose près que la répétition. ]je voisinage des deux assemblées, au Binnenhof de La Haye, facilitait cette domination; d*une salle des séances à Tautre, il oy avait que quelques pas.
Parvenue ainsi sans pouvoir légal à diriger toute la République, la province de Hollande avait besoin d'un homme d'État capable de la représenter dignement; il lui fallait pour conseiller pensionnaire un second Barneveldt. Elle le trouva, après la retraite du vieux Gats en 1651 et la mort d'Adrian Pauw en 1653, dans la personne d'un jeune homme de vingthuit ans, que ses vertus privées et sa haute intelligence faisaient déjà surnommer la Sagesse de la Hollande.
Né à Dordrecht en 1625 dans une des meilleures familles de la boui^eoisie, Jean de Witt y avait reçu une éducation sérieuse, presque austère. Son père, successivement bourgmestre de Dordrecht, ambassadeur, membre des Etats de Hollande, lui avait inspiré de bonne heure le respect de la famille et le culte de la patrie. Après de bonnes études à l'université de Leyde, complétées par des voyages en France et en Angleterre, il s'était fixé à La Haye comme avocat, et y avait mené une vie assez mondaine, dansant et faisant des vers, d'ailleurs mauvais. L'emprisonnement de son père en 1650 l'avait jeté dans la vie politique et dans le parti opposé au stathouder. Mis en vue par cette attitude, il avait été nommé en décembre 1650 pensionnaire de Dordrecht. Puis, il avait pris part aux travaux de la grande Assemblée de 1651, et, l'année suivante, avait remplacé pendant un mois le pensionnaire Adrian Pauw, envoyé en Angleterre. Quand Pauw mourut, il parut naturellement désigné pour lui succéder.
De Witt peut être regardé comme l'idéal du ministre républicain, modeste, intègre et capable, prêt à se consacrer jour et
nuit au service de l'Etat, et justifiant par son application infatigable sa devise : « Ago quod ago ». Son jugement était éclairé, son intelligence vaste, et à une volonté tenace il joignait une rare souplesse d'esprit. Partisan résolu Je l'autonomie provinciale, il ne craignait pas dédire en 1052 : « Ces provinces ne ^oni pas une République. Chaque province à part est une Repu-
bliquc souveraine, et les Provinces-Unies ne devraient pas être appelées une République au singulier, mais des Républiques fédérées ou unies, au pluriel ». Il est vrai que dans la pratique il corrigea singulièrement ces théories fédéralistes, par linfluence prépondérante qu'il réussit à assurer à sa province. — Au physique, toute sa personne avait une dignité grave, sans raideur; ses abondants cheveux noirs et l'ovale allongé de son visage lui donnaient laspect d'un méridional. Avec ses yeux à fleur de tête, et sa bouche grande, surmontée d'épaisses moustaches, il n'était pas beau, mais son regard profond et l'expression réfléchie de sa physionomie indiquaient le penseur. — Tel était l'homme qui pendant vingt ans allait, au nom de la Hollande, conduire presque toutes les affaires intérieures et extérieures ; suivant le mot d'un historien moderne, la République, ayant trouvé un grand ministre, pouvait se passer d'un maître.
Au dedans, de Witt se proposa deux objets principaux : d'une part, affermir le nouveau gouvernement et tenir en bride le parti orangiste; d'autre part, développer et favoriser tout «qui faisait la richesse et la grandeur du pays.
Difficultés du nouveau gouvernement : Acte d*exclusion. — Les commencements furent difficiles. La province de Zclande affichait hautement ses sentiments orangistes, et la tranquillité se trouva compromise, môme en Hollande, par des éiiit'ules. De Will, son père et son frère furent en butte au> alleiilals de quelques fanatiques et il fallut envoyer des troupes pour soumettre la ville d'Enckhuizen. Le calme commençait à se rétablir, on avait renoué les bons rapports avec l'Anglclerre \ (juand une exigence de Croniwell faillit faire renaître les troubles. En elTel, pour conclure la paix avec les Provincos- Unies, b» rrolecteur réclamait une clause excluant le priiK^^^ d'Orange du slalhoudérat, tout au moins du stathoudérat ^-^ ilollanJo. Jean de Wilt hésita quelque temps à proposer c^^^^ mesure, non qu'il la désapprouvât en elle môme, mais par^^ (luelle était imposée du dehors et que cette ingérence étrang^^^
^lait révoltante. Pourtant, comme le Protecteur en faisait une édition sine qun non du traité de Westminster, de Witt la soumit aux États de Hollande et, malgré Topposition acharnée de certaiDS députés, la fit adopter à la majorité des voix (mai 1654). fdsYActe d'exclusion, les Etats de Hollande s'engageaient à ne donner dans leur province ni pouvoir civil ni pouvoir militaire i Guillaume HI et à refuser leur consentement pour sa nomination comme capitaine et amiral général, si jamais il en était question. Cette résolution fut violemment attaquée dans plusieurs provinces. Heureusement Thabileté de Jean de Witt et ia crainte de voir se renouveler la guerre anglaise arrêtèrent bientôt les récriminations et les menaces. La princesse royale promit de ne rien faire « pour émouvoir le peuple ». Guillaume-Frédéric lui-même, qui intriguait sans cesse pour un rétablissement de Tancien stathoudérat, et qui, en épousant une scBur de Guillaume H, était devenu Toncle du petit prince, ne tarda pas à se rapprocher du conseiller pensionnaire. Le péril orangiste semblait définitivement écarté.
Xléveil du parti orangiste. — Cependant, en 1660, il reparut à Fhorizon, après la restauration de Charles H sur le trône d'Angleterre. Pour plaire au nouveau souverain, les États de Zélande rétablirent en faveur de son neveu la dignité de premier noble de leur province, et ce fut tout au plus s'ils voulurent bien s'engager à ne pas lui conférer avant l'âge de dix-huit ans les chaînes paternelles. En même temps, les Etals de Hollande révoquaient l'Acte d'exclusion. C'étaient là de grands événements qui permettaient à la maison d'Orange les plus belles espérances. Jean de Witt, sans doute, sembla plus puissant que jamais, après sa seconde réélection en 1663 comine conseiller pensionnaire; mais, à mesure que le jeune prince grandissait, ses adhérents reprenaient courage, et les chances d'un retour de fortune devenaient de moins en moins problématiques. La mort de Guillaume-Frédéric en 1664, et la nomination de son fils mineur, Henri-Casimir, au stathoudérat de Frise et de Groningue, ne changèrent rien à la situation. Guillaume HI allait bientôt se mettre à la tête de son parti.
Jean de Wiit fit son possible pour endiguer ce court presque irrésistible et fatal. Sur ses instances, la Hollm résolut en 1666 de prendre à sa charge rinstruction du princ ce qui permit d'écarter de son entourage certaines persouo lités qui Tentre tenaient dans la haine du régime républieii Cette précaution parut bientôt insuffisante, et les Etats deB( lande, emportés trop loin par leurs craintes, votèrent le 5 «o 1667 un Édit perpétuel, abolissant le stathoudérat dans le province : mesure extrême et impolitique qui ne fut imitée qi par Utrecht, et qui mécontenta les autres membres de rUnio De Witt répara cette faute en se plaçant sur un autre terra plus favorable à une entente. Il proposa à la Généralité! déclarer incompatibles la cliarge de capitaine et amiral géoér et celle de slalhouder; il espérait ainsi séparer radicaleme les fonctions militaires des fonctions civiles. Ce projet, corn sous le nom de Projet d'harmonie, fut, après quelques l^èr» modifications, adopté par toutes les provinces entre 1668 * 1670. Il faisait d'ailleurs la part belle au prince d'Orange, auqi» on réservait indirectement la charge de capitaine et amin général, puisqu*on stipulait qu'il n'y serait pas nommé afai l'âge de vingt-deux ans.
Lo succès de Jean de Witt ne pouvait être qu'éphémèn Guillaume d'Orange avait vingt ans et se montrait impatiente faire valoir ses prétentions qu'il considérait comme des droit Mûri à l'école du malheur, dissimulé et ambitieux, il rêvait ( recouvrer le pouvoir dont avaient joui ses ancêtres. Au physiqi et au moral, il ressemblait fort à son père. Sa figure glabre osseuse, entourée de cheveux bruns, son nez long et son regai d'aigle lui donnaient un aspect dur et impérieux; sa taille élî frêle mais son àme énergique, et sous des dehors flegma ques, il cachait des passions ardentes. Dès 1668, le con d'Estrades, ambassadeur de France, pensait qu'on pourrait v revivre en lui les qualités de son père et de son grand-pè Cette même année, il avait fait en Zélande un voyage trie phal, et depuis, il gat^nait chaque jour de nouveaux partisa En 1670, malgré la Hollande, il fut admis dans le Con: d'Etat avec voix délibéralive. 11 ne fallait plus qu'une occas
pour relever au premier rang : les efforts de ses ennemis pour l'en écarter n'avaient fait que l'en rapprocher.
Meurtre des frères de Witt. — Le péril extérieur, en {612, fut l'occasion impatiemment attendue \ L'armée était désorganisée et l'on allait avoir la guerre avec la France. La nomination d'un capitaine général s'imposait, pour donner au moins aux troupes l'unité de commandement. Le 24 février 1G72, les États-Généraux conférèrent cette charge à Guillaume. La Hollande dut s'incliner, en rappelant seulement que le capitaine général ne pourrait être stathouder : réserve inutile à laquelle personne ne fit attention. L'invasion française acheva de déchaîner le flot qui devait balayer le système gouvernemental de Jean de Witt, et lui-même avec. Le danger affolant les esprits, on n'avait plus d'espoir que dans le descendant du Taciturne. A la suite d'un mouvement parti de plusieurs villes à la fois, il fut proclamé le 4 juillet statiiouder de Hollande et de Zélande; l'Edit perpétuel était aboli. Pour que la restauration fût complète, il ne manquait plus qu'une chose : la disparition de celui qui tenait encore en échec le nouveau stathouder. Dès le mois de juin, Jean de Witt avait failli être assassiné par des furieux. En août, son frère Corneille, vaillant homme de mer, fut accusé d'avoir conspiré contre la vie du prince, enfermé à la prison de la Gevangenpoort, à La Haye, et soumis à la «juestion par les brodequins. Le 20 août, Jean étant venu le visiter dans son cachot, les deux frères en furent arrachés par la populace orangiste, qui les massacra, traina leurs corps, les pendit par les pieds à la potence, puis les mit en pièces. Ainsi périt le grand citoyen qui, pendant vingt ans, avait assuré à son pays la liberté, la prospérité et la gloire. Le rôle de Guillauiiie ni dans ce drame sanglant n'a pas été bien éclairci; peutêtre n'avait-il pas ordonné le meurtre, mais il se conduisit après comme s'il l'approuvait. En tout cas, c'était là un lugubre épisode de la lutte des partis : dans cette crise, la troisième du siècle, le parti des Etats était une fois de plus abattu, et son chef, Jean de Witt, comme autrefois Barneveldt, était entraîné dans sa ruine,