I. Voir ci-dessus, p. HO et suiv
Prospérité économique. — Tout en combattant sans cesse la réaction orangiste, de Witt n'avait pas négligé le (léT^ loppement des richesses nationales. En sa qualité de pensioii. naire de Hollande, il avait la haute main sur radministration intérieure de toute la République. Il employa cette autorité i remettre Tordre dans les finances, à protéger Tindustrie et le commerce, à étendre et consolider les conquêtes coloniales. Bien qu'il n'ait pas reculé devant des guerres nécessaires, notamment contre l'Angleterre, de Witt se montra toujours partisan de la paix; il était d'avis, comme son ami le publiciste Pierre de la Cour, que c'était une condition de vie pour sod pays, et qu'il fallait voir dans les armes de la Hollande noo pas un lion menaçant, mais un chat pacifique. Du reste, il avait collaboré à l'ouvrage ([ui parut en 4662 sous le titre de < l'Interesl de la Hollande o et qu'on réimprima plus tard sous c^lni de « Mémoires de Jean de Witt ». C'est à la fois un exposée! un panégyrique de son œuvre administrative, et l'on y trouTe des renseignements précieux sur les ressources dont disposait alors l'Union et sur ses principes économiques.
Les finances avaient été en partie rétablies pendant cette période, et grâce à diverses mesures, notamment à une conversion des rentes hollandaises de 5 à 4 p. 0/0 avec remboursement facultatif, la dette publique était sensiblement réduite. Sans doute les impôts n'avaient pas été diminués et il y enavail sur tout : l'Anglais Temple déclare qu'un plat de poisson avec sa sauce ordinaire devait payer trente droits différents avant d'être servi sur une table; mais dans nul autre pays le recouvrement des taxes ne se faisait aussi aisément, gn\ce à la prospérité générale. L'industrie et l'agriculture étaient florissantes et fournissaient à l'exportation, l'une ses draps deLeyde, ses toiles de ilaarloni, ses faïences de Delft, l'auln* son beurre, ses fromages et ses bestiaux. Le commerce, qui avait été de loui temps l'occupation préférée du peuple, tendait de plus en plus à absorber toutes s(*s forces vives. Les Hollandais, suivant Wic quefort, « pompaient comme l'abeille le suc de tous les pay On a (lit que la Norvège était leur forêt: les rives du Rhin, ^^ la Garonne, de la Dordoa^ne, lours vignobles; rAllemaL^ne.
pagne et Tlrlande, leurs parcs à moulons; la Prusse et la ogne, leurs greniers; Tlndeel TArabie, leurs jardins. » Il est possible de mieux résumer en quelques lignes cette activité imerciale qui embrassait le monde entier, et qui valait alors C habitants de la Néerlande le nom de « rouliers des mers ».
marine marchande comprenait environ 20 000 bâtiments, ift compter les innombrables barques montées par trois ou atre hommes. Pour la seule province de Hollande, De la- Cour doaità 700 000 le nombre des personnes vivant du commerce de la pêche; surtout de la pèche du hareng, plus lucrative que imines du Pérou. En présence de ces merveilleux résultats, même auteur avait bien le droit de proclamer que la navigam, la pèche, le commerce et les manufactures étaient « les atre colonnes de FEtat ».
L'empire colonial des Hollandais. — L'essor commeral des Provinces-Unies était particulièrement favorisé par ixteDsion de leur empire colonial, qu'avaient fondé dans la «mière moitié du siècle les deux Compagnies souveraines des des Orientales et des Indes Occidentales. La seconde de ces MDpagnies subit, il est vrai, quelques échecs : ses directeurs aient entrepris des guerres aventureuses, « non en marchands lis en princes », selon le mot de De la Cour. Malgré tous irs efforts, ils se virent chassés du Brésil par les Portugais 'ils avaient voulu déposséder; en 16G1, ils durent y renoncer înitivement, après avoir fait perdre plus de 118 millions c € pauvres participans » K Dix ans après, la Compagnie
dissoute, et celles qui lui succédèrent en 1671 et en 1682 ne ml jamais de brillantes affaires, malgré l'acquisition de rinam et de la Guyane hollandaise. Toute la fortune et toute jloire furent pour la Compagnie des Indes Orientales ', qui, lallée au Cap de Bonne-Espérance en 1653, chassa vers 1651 Portugais de Ceylan, patrie delà cannelle, s'assura auxMolus le monopole de la culture du giroflier, et acheva presque iplètement de 1650 à 1680 la conquête de Java. Elle établit
Sur rAinérique hollandaise, voir ci-dessus, t. V, p. 940 et %:i.
Voir ci-dessus, t. V, p. 907 et suiv., et ci-dessous, chap. xxiiiet xxiv [Indoustan
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de nouveaux comptoirs aux Indes, et, 8*il lui fallut interrimy, quelque temps ses relations avec la Chine, elle consern ^j pied à terre au Japon, alors que les antres Européens en éliiig|] chassés. Bref Batavia, fondée en 1619, devint le plos n/k entrepôt de TExtrème-Orient et la capitale somptueuse f^ immense empire. Jusqu'à la fin du xvti* siècle, la CompagmelB Indes Orientales ne cessa de se développer et de s*enricldr;3i| fut pas rare de lui voir distribuer à ses actionnaires des ëg^ dendes de 50 et S4 p. 0/0. Le nombre des vaisseaux eonslnib sur ses chantiers était incalculable et frappa d'admiration Piem ^ le Grand lorsqu'il vint faire à Amsterdam, en 1697, soanrie apprentissage de marin et de charpentier ^
Mouvement littéraire, sdentiflqiie, artistique. — Aa bien-être et à Tabondance qui régnaient partout conesfOÊkit un épanouissement prodigieux des lettres, des sciences et dea arts. L*instruction était universellement répandue et, au-deinft des écoles, les Universités entretenaient le culte des hante études. Nulle part, sauf peul^tre à Anvers et à Francfort, on ne faisait un commerce aussi actif de livres, et la dynastie des Elzéviri^ à Leyde et à Amsterdam éclipsait tous les aufares impîmeurs d'Europe. La philologie était brillamment représeaUe par Nicolas Heinsius (1620-1681), Isaac Yossius (1618-168^ TAllemand Graevius (1622-1703), dignes héritiers des gnids érudils du xvi* siècle. Les historiens diplomates Abraham de Wicquefort (•}• 1682) et Léon d*Ailzema (f 1669) publiaient des documents du plus rare intérêt, et Gérard Brandt (1626-1685) écrivait sa belle histoire de la réformation hollandaise. Les poésies et les drames populaires de Yondel (f 1679) faisaient fureur; Constantin Huygens (•}• 1687) et Jean Antonidés(f 168i) chantaient les environs pittoresques de La Haye et le cours capricieux de TY. — Baruch Spinoza (1632-1677) abordait dans son Ethique les problèmes les plus ardus de la métaphysique, tandis que, sur cette terre classique des disputes théologiques, Gisbert Voet (f 1676) et Jean Cocceius (f 1669) remplaçaient Gomar et Arniinius.