L'ESPAGNE LE DERNIER HABSBOURG : CHARLES II
Caractère de cette période. — « Pour relever cette *^ionarchie, disait le Vénitien Cornaro, il faudrait un grand roi ^^Uun grand ministre. » L'un et l'autre manquèrent à TEspagne. I-^ successeur de Philippe IV n'eut d'un roi que le nom. Il vieil- '*t dans une longue enfance, et son règne de trente-cinq ans, *«^în de relever l'État, ne fit qu'en hâter le déclin. Les ministres ^lui gouvernèrent à sa place, instruments des cabales de cour, '^'^t'atures des reines, des confesseurs, des grands, ne firent que *^^ succéder rapidement aux affaires. Le despotisme, sous un Prince toujours mineur, fut impuissant à empocher l'anarchie. Régence de Marie-Anne d'Autriche : les favoris; le ^. Nithard. — Elle commencja au lendemain de la mort de *^hilippe IV. Son fils Carlos-José, proclamé sous le nom de ^-•harles II, seul survivant mule d'une race épuisée, n'avait en ï 665 que quatre ans. Né d'un père déjà vieux « et soupçonné de plusieurs maux », chétif, rachitiquc, dévoré de scrofules, Irem- 4>lanl de fièvre quand elles se fermaient, l'avorton royal était si faible qu'il ne pouvait se passer encore du soin de sa nourrice. 11 marchait à peine, tenu en lisière par sa gouvernante, <*t n'articulait que quelques mots. Ce fut sa mère, Marie-Anne d Autriche, qui gouverna avec le litre de régente pendant onze
ans. Son mari On mourant lui avait, malgré Tusage qui con finait les reines veuves dans un couvent, laissé la plénitude J^* pouvoir. Il s'était borné à lui adjoindre avec voix consuUalir^ un Conseil de régence {Junta de gobierno), composé de si:^ membres, dont les plus influents étaient un diplomate expéri — mente, le comte de Penaranda, et un prélat souple, sans carac — tère, le cardinal don Pasqual d'Aragon. La reine mère se trouvai •dans la forte maturité de ses trente ans. Grasse, blanche e- 1 blonde, « candidior nivlOus, nileniior astris », disait un poèle^ ^ elle aimait la bonne chère et le plaisir. Sa dévotion outrée \^m. livrait sans défense à Faction du clergé. Elle n'avait ni appli — cation au travail, ni capacité, ni esprit. A l'entêtement elle joi — gnait la méliance; elle ne voulait pas confier les afTaires, « qis i l'ennuyaient à mourir », aux Espagnols : « Ils caressent avec 1 ^ai bouche, disait-elle, et ils mordent avec le cœur ». Aussi donnait-elle loule sa confiance à son confesseur, un Allemand comme? elle, le jésuite Johann Eberhard von Neidhart. C'était un nobl^-^ styrien, qui après avoir été capitaine de cavalerie, avait abjuro , disait-on, la religion luthérienne et était entré dans la Sociélé de Jésu». Il avait soixante-deux ans et dirigeait depuis quatorze années la conscience de la reine. Le favori, hautain, altie'»'. d'ailleurs probe, ne possédait d'autre science que celle de la scolasliquc». Irrésolu, sans énergie et sans talent, « capable <le dominer sur sa pénitente, il ne l'était pas de gouverner t.»ft État ». (Cependant naturalisé Espagnol, il devint conseille?'^ d'Étal, membre du Conseil de régence, inquisiteur généri^K premier ministre. La reine, qui avait promis de ne pas avoir *1^ valida, n'ayant même pu faire aboutir la seule réforme qu'elle" eut entrepris!», celle des cuisines du palais, se reposa surcr*^^ étranger du soin de gouverner. Ce choix souleva une opposili^^*^ universelle. La Junte, les grands, le peuple se répandirent ^-^^ plaintes contre l'incapacité de la régente et de « Nithard ». On le ^^^ reprochait de laissi^r les forteresses en ruine, l'armée sans soli^ ^' de gaspiller les millions du Trésor. On accusait la reine defaî ^ passer à Vienne l'or de l'Espagne, au moment même où l'Em] reiir néfiuciait avec la France le partage de la monarchie. On allribuail les désastres extérieurs : la perte de la Flandre et de
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Pranche-Comté (1667-1668), la paix honteuse par laquelle il avait allu reconnaître rindépendance du Portugral. Les grands surtout rtaient irrités contre ce ministre plein de morgue auquel on
putait ce propos à leur adresse : « Vous me devez le respect ; tous les jours votre Dieu dans mes mains et votre reine à nés pieds ».
3>on Juan d'Autriche : disgr&ce du P. Nithard. — fous les mécontents se rallièrent autour du fils bâtard de Phiippe lY, don Juan d*Âutriche. Il était né, en 1629, des amours l€5 ce roi avec une actrice célèbre. Maria Calderon. Élevé avec &oin, reconnu par son père en 1642, il avait exercé avec distinction de grandes chaires, tour à tour prince de la mer, vice-roi cle Sicile, général des armées de Catalogne, des Pays-Bas et de Portugal. A la fleur de Tàge, d'extérieur séduisant, brave, chevaleresque, galant, de manières agréables et polies, d'esprit cultivé, « il avait tous les dehors du mérite sans le mérite même » (Villars). D'ailleurs très ambitieux, fier de sa naissance, adoré de la noblesse et du peuple, croyant à son étoile, il visait, malgré la disgrâce qu'il avait encourue avant la mort de son père, a tenir le premier rang dans l'Etat. Peut-être, un moment, jetal~il les yeux plus haut, jusqu'à la couronne, dont ne le séparai! que la vie d'un enfant maladif. La régente, qui redoutait en lui Un rival pour elle-même, un héritier impatient pour son fils, h» haïssait profondément. Quand elle parlait de lui, c'était pour ^'appeler du nom grossier de «r fils de catin ». La période de la i"égence ne fut donc qu'un duel entre la reine et le bâtard. Celui- «^i, du prieure de Consuegra en Aragon où son père l'avait relégué, conspirait avec les grands contre le favori, le criblant de S€8 railleries, organisant contre lui et contre la régente un<' campagne de pamphlets. On voulut l'éloigner en l'envoyant aux Ï^ays-Bas, mais il retarda son départ jusqu'à la paix, et comme *a présence à la cour où il était revenu devenait gênante, on *'^xila de nouveau dans son prieuré. Bientôt même, fatigués de *^ intrigues, la reine et son ministre firent saisir et mettre n ■^ort un de ses agents. L'ordre fut donné d'arrêter le prince. ■•^Uii-ci, réfugié en Aragon, reçu en triomphateur à Saragosse. ^^ l'audace de marcher sur Madrid avec quelques troupes, en
(lemandanlle renvoi immédiat du favori, au moment même où le jeune roi était atteint d'une maladie qui faillit l*emporler. Devant Tattitudc des grands et Tagitation du peuple, la r^^nte céda. Nitliard dut s'éloigner au millieu des huées de la foule, n'emportant que son bréviaire et son manteau, éperdu de terreur et rriant au peuple : « Tout beau! mes enfants, je pars! je pars! • (25 février 1669.) Il se retira à Rome, où la reine, pour consoler sa disgrâce, lui fît obtenir le chapeau de cardinal. Don Juan était le maitre; il pouvait jeter la régente au couvent, « et même, disait Grémonville, se faire proclamer roi, tant il avait la faveur des peuples. » Ses partisans répandaient déjà le bruit d'une substitution (|ui tendait à le faire passer pour Tinfant Baltasar rru mort par erreur, et criaient la nuit dans les rues : c Vive le roi don Juan ! » Mais Charles guérit, le bâtard n'osa. Satisfait de sa vengeance, il s'éloigna de Madrid, et se contenta du titre de vicaire-général des royaumes de la couronne d'Aragon.
Faveur de Vaienzuela. — La régente continue à gouverner, trafiquant des emplois, répandant les grâces sans di8ce^ nement, de plus en plus hostile aux Espagnols, c qu'elle eût voulu voir, disait-elle, réduits aux guenilles ». Allemande de cœur, elle enrichit Léopold I"** des dépouilles de l'Espagne, lui envoie en une seule fois 180 000 doublons d'or, sous prétexte de bûtir un couvent. Elle néglige l'éducation de son fils, j)ar calcul ambitieux. Son incapacité la livre à un nouveau favori, plus daiigiM-eux (|ue raiirien. C'était don Fernando de Vaienzuela. Ce genlillàlre andalou, ancien page du duc de l'Infantado à Kome, jeté ensuite sur le pavé île Madrid, spadassin aux gages à^ Nilhard, s'était poussé dans la faveur de la régente en épousant sa camérisle favorite, Maria de Ucedo, et en lui servant d'espioï^ce qui lui avait valu le surnom de « lutin » [duende) de la rein^* Beau cavalier, le visage régulier, les cheveux longs et noirs, 1^* yeux grands et doux, musicien et poète, ce Ruy Blas sans gr»-^' (leur séduisit sa souveraine jusque-là sevrée d'affection, arrir ^ à l'Age des grandes passions, isolée et muette dans son pala^^ Les faveurs s'accumulèrent sur lui sans lasser sa vanité, devint tour à tour introducteur des ambassadeurs (1671), chev"^ licrdf Saint-Jacques, conseiller d'État (1672), premier écuyc^^
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inniendant du palais et gouverneur du Pardo, conseiller des ides, et joua le rôle d* un véritable premier ministre. Admise iQte heure au palais, ayant avec la régente de longues confé- ^ices qui se prolongeaient fort avant dans la nuit, il excita par ahtveur un énorme scandale. Son élévation offensa la grandesse, lonnée de voir un homme sans titre, sans fortune, sans talent ioayemer TEspagne. Ambitieux vulgaire, amant pratique et fltéressé, le favori vendait les offices de concert avec la reine. [Jne caricature affichée auprès du palais représenta la régente une main sur son cœur disant : « Ceci se donne », et le valido répondant, les insignes des charges à la main : < Ceci se vend! » goD orgueil blessa tout le monde : il donnait des fêtes où il lemblait afficher ses royales amours; à une course de taureaux, il pinit portant une écharpe de taffetas noir brodé d'or où figurait QD aigle fixant le soleil avec ces mots : « 11 n'est permis qu'à
moi! »
Pendant ce temps, le désordre s'accroissait. A l'extérieur, on perdait les Pays-Bas, et la Sicile prenait les armes contre les Espagnols*. Un parti nombreux, composé de grands mécontents, qu'on surnommaiiles jansénistes, conspira avec don Juan. La reine essaya d'éloigner celui-ci en le nommant vice-roi de Sicile. Alors le jeune roi, circonvenu par son précepteur, son confesseur et le secrétaire du Despacho, appela auprès de lui le bàiard, le jour même où l'on devait proclamer sa majorité (6nov. 1675). La reine crut tout perdu; mais quelques jours après elle obtenait de son fils le renvoi de don Juan. Alors la Faveur de Valenzuela ne connut plus de bornes. Il fut créé jrand écuyer de la reine, capitaine général de Grenade, marpiisde Villa-Sierra, grand d'Espagne (i6"G), logé au palais dans 'appartement des infants. Il joua au grand ministre, disgracia es adversaires, fit dissoudre la Junte, déclarant que Charles II n'avait pas besoin de cinq ou six vice-rois ». Il oi^anisa une irde de 3000 hommes pour sa défense, il tenta île se créer un tli parmi les grands en distribuant des grâces, parmi le peuple faisant des travaux. Mais la grandesse, de plus en plus irritée
Voir ci-dessus, p. 118.
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(le la faveur du parvenu, fit le vide autour de lui. Les présidents des Conseils refusèrent d'aller prendre ses ordres dans son cabinet. Une grêle de satires Tassaillit. Enfin ses adversaires menacèrent la reine d'une guerre civile et persuadèrent à don Juan de soulever une partie de Tarmée de Catalogne. Le roi lui-môme, conspirant contre sa mère, quitta de nuit le palais pour se réfugier au Retiro, et y appela son frère (décembre 1676-janvier 1677). Madrid illumina, et les grands aussi biea que le peuple firent à don Juan une réception enthousiaste.
Majorité du roi; ministère de don Juan d'Autriche. — Le roi, déclaré majeur dès la fin de 1675, prit alors ea mains, du moins nominalement, la direction du pouvoir. Hais il ne devait jamais régner. Il avait à ce moment dix-sept ans. Il resta toute sa vie ce qu'il était alors, un enfant débile, de croissance incomplète. Un front fuyant, un visage d'une longueur extraordinaire, étroit et maigre, un nez charnu pendant sur la lèvre, une lèvre affaissée sur la mâchoire, un teint blafard, des cheveux blonds clairsemés qu'il perdit de bonne heure, lui formaient une physionomie bizarre et vieillotte. Des bras trop longs, des jambes grôles complétaient cet ensemble, et achevaient de faire du dernier des Habsboui^ la caricalure informe d'une race finissante. De tempérament très délicat, n'aimant rien que la chasse « aux toiles » où l'on égorgeait sans danger les hèles prises dans des filets, passant le plus souv(Mil ses journées au palais à faire d'interminables parties de joncliols, ou à jouer pour rien avec ses nains, il n'avait d'autres préoccupations que le cérémonial et les prescriptions d'une dévotion mécanique. « Sans occupations, sans plaisirs, sans conversation » (Villars), dénué d'instruction, « sachant à peine lire et écrire, sans senliinenl et sans disposition à rien >, ^^ n'éprouvait pour les affaires qu'ennui et dégoût. A chaque instant, quand il écoutait les rapports des ministres, il tirait s» montre, attendant comme un écolier l'heure de la liberté. D»-^*' leurs soupi^onneux et jaloux, timoré et inquiet, dissimulé, ^ s'agitait souvent sans rien faire : « Sa Majesté, disait un de^^ familiers, est en môme temps en beaucoup de lieux et préser^ nulle part ». Incapable d'aimer comme d'estimer, il ne se i*-^^
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amais longtemps à personne et personne ne se fiait à lui. Il fl'aYait même pas la force d'avoir des passions : a Je poignarderai, disait-il, le premier qui parlera de me donner une maitiesse ». Maniaque et capricieux, d'humeur bourrue, il était à ijjiar^ & son entourage. Il est vrai que sa gravité, sa piété ferrie, sa fierté toute espagnole, sa faiblesse même lui valurent sgsqu'à la fin le respect et rattachement de son peuple. Mais son Incapacité et son indolence le livraient sans défense aux cabales je la cour.
Don Juan, qu'il avait appelé auprès de lui et nommé premier ministre, en éprouva bientôt les effets. Il avait commencé par Jes vengeances. Valenzuela, arrêté à TEscurial en dépit du ^itd asile, fut déporté aux Philippines et privé de ses titres; ]i reine mère exilée à l'Alcazar de Tolède ; les grands du parti contraire aux jansénistes éloignés de la cour. L'excès même de eesrig^ueurs commença à rendre don Juan impopulaire. Malgré son affabilité et son application au travail, il se montra au pouvoir plein de présomption, méfiant et jaloux, entêté et méticuleux, trop occupé de petites choses et sans résolution dans les grandes. Il s'absorbait dans la lecture des rapports de police. 0 fatiguait le roi par une surveillance continuelle, au point qu'il ne lui permettait pas de sortir seul du palais. Aussi le hntôme royal, excédé de ce perpétuel espionnage, s'écriait-il un jour qu'on peignait ses longs cheveux blonds trop peu accoutumés à ce soin : « Eh! quoi! don Juan veut surveiller même les poux! » Il s'attira l'inimitié des Conseils en essayant de gouverner sans leur avis, celle des grands en voulant réduire les pensions, celle du peuple par des mesures maladroites qui aggravèrent la cherté des denrées. On lui reprocha son orgueil qui lui faisait rechercher le titre d'Altesse, les désastres des Pays-Bas suivis de la paix de Nimègue, et la conclusion du mariage du roi avec une princesse française, Marie-Louise ''Orléans. Il était surtout sensible au ridicule, et les pamphlets, » chansons l'accablèrent. Un pasquin le représenta tirant 'Pée : « Il est venu, disait le poète anonyme, il a tiré son Wve. Et qu'a-t-il fait? Rien! » Une satire sanglante alla même *qti'à mettre en doute sa naissance princière. Le roi l'aban-
donnait, rappelait ses adversaires, en disant : « Qu'importe qoi don Juan s'y oppose, si je le veux ». Le prince, dont Iesclie> veux avaient blanchi de chagrin, mourut à la veille d'une dig. grâce, après vingt-quatre jours de maladie (septembre 1679).
Ministères du duc de Medina-Geli et du comte d'Qri. pesa. — Après quelques mois d'interrègne, le duc de Medim. Celi fut déclaré favori et premier ministre (février 1680). Si haute naissance (il était sept fois grand d'Espagne), ses chai^ son humeur douce, ses manières agréables, sa patience i sup. porter l'humeur brusque du roi, avaient fait sa fortune ploi que ses talents. Jusque dans les moindres affaires il était imi. pable d'agir seul; sa nullité n'avait d'égale que celle du souverain. Il travaillait tout le jour pour ne rien faire, et sous soi nom, les secrétaires du Despacho, les confesseurs, les valetsile chambre partagèrent avec la reine mère rappelée d'exil etam les Conseils l'autorité dont le duc n'eut que l'apparence. Li reine Marie-Louise d'Orléans, qui aurait pu exercer sur le roi une influence toute-puissante par sa grâce juvénile, sa beauté, son instruction, se refusait à jouer un rôle politique, hm l'ennui monstrueux du palais où elle ne cessait de pleurer en pensant à la France, elle ne montrait qu'indifférence etégoîsme, légèreté et inconstance, n'ayant d'attachement que pour ses serviteurs français, intrigants de bas étage qui l'exploitaient, et manifestant son aversion pour réticjuette et les mœurs espairnoles. Le gouvernement fut ainsi livré à un syndicat d'inlriirants. Medina-Celi ne se préoccupa que d'éloigner ses adversaires, d'établir richement ses deux fils et ses neuf filles, de répandre 4les grAces sur ses partisans. Au moment où les domestiques du roi désertaient faute de subsistance, il pensionnait jusqu'aux femmes de chambre de la duchesse son épouse. Il livrait h ilireclion d(*s lînanccs à un concussionnaire récemment sort d'uno maison de fous. Il essaya sans succès de réorganiser 1 marine. L*Es[mi»ne était devenue si faible qu'un Electeur d Krandobourg osait capturer ses navires marchands pour se paye (le subsides promis, que les Maures la bravaient en Afrique, l( Portugais à la IMata, tandis que la France lui enlevait 1 LuxembouriT (iG8i). Le favori, combattu sourdement par ur
irUe de la cour et par l'envoyé impérial, paya de sa chute 108 ces déboires. Il jugea habile, se croyant nécessaire, de upplier le roi de le décharger du pouvoir. Charles II Tinvita ossitôt à se retirer daos ses terres, lui laissant ses grandes liii^s, dont le duc se démit bientôt après (avril 1685).
Cette disgrâce était surtout Tœuvre du confesseur Carbone), pli avait représenté au roi que. Dieu ayant constitué les princes I0S lieutenants sur la terre, ils étaient obligés en conscience de MOQTerner eux-mêmes. Charles II annonça qu'il n'aurait plus le valido. Cette résolution héroïque dura quelques jours. Un ^flibitieux, pour lequel le confesseur travaillait, se trouva là pour soulager le prince du poids des afTaires. C'était le comte l'Oropesa, président de Castille, un grand seigneur apparenté iBX rois de Portugal, homme de cour accompli, d'un extérieur igréable, d'une conversation séduisante, et qui ne manquait ni éd pénétration, ni de jugement, ni d'esprit. Doué de talents •opérieurs, cachant sous des dehors modestes et dévots une tmbilion d'autant plus profonde qu'elle était plus dissimulée, il t?ait su attendre son heure, et il affecta de se contenter de son litre sans aspirer à se faire déclarer premier ministre, peu soucieux de l'apparence du pouvoir pourvu qu'il en eût la réalité. En d'autres temps, il eût pu faire figure d'homme d'Etat. Le roi le consultait sur tout et se bornait à sanctionner ses décisions. Mais le favori, qui se flattait d'être au-dessus des factions, dut compter avec elles, et partager l'influence avec le secrétaire du Despacho, Manuel de Lira, gentilhomme instruit, spirituel et capable, avec les grands, avec la reine mère, et même avec l'ambassadeur impérial, Mannsfeld. Il jeta l'Espagne dans la Ligue d'Augsbourg (mais seulement le 10 juin 1690). Il déchaîna contre Marie-Louise une furieuse tempête. La foule, accusant la reine de se livrer à des manœuvres criminelles pour éviter une grossesse, s'ameuta autour du palais, criant : « A mort JaFrançaise ! » {muera la Gavacha *), et lapida dans les rues ^e carrosse de l'ambassadeur de France. De plus en plus isolée ^près J*un malade incurable, en butte à la haine du favori,
^f^c/^o est, en Espagne, un terme méprisant jiour désigner un Français.
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vivant dans des terreurs continuelles, la princesse mourut subi, tement (février 1689) empoisonnée, dit-on, par des drogues des* tinées à la rendre féconde ^ Quelques mois plus tard, le ti d'Espagne épousait (août 1689) Marie-Anne de Neubourg, belle* sœur de l'Empereur, et le premier soin de le nouvelle souteraine fut de renverser le favori avec laide de la reine-mère el de Manuel de Lira (24 juin 1690).
Marie-Anne de Neubourg et la camarllla allemande. — Elle gouverna depuis ce moment avec plus d'autorité quelei ministres, et son règne dura près de dix ans. Cette fille je
l'Electeur Palatin, au port grave, à l'air majestueux, au tebl ' éblouissant de blancheur et de fraîcheur, séduisit par, les grâces robustes de ses vingt-deux ans, son frêle et faible époux, qui l'aima d'une affection sans bornes. Elle régna par l'alcAve plm que par le talent. D*éducation soignée, capable de dissimulation, elle ne l'était pas d'imposer silence à ses goûts de gaspillage et de domination. Coquette dans sa mise, à l'affût des modes frio- (jaises, au point de provoquer les observations de sa camarm nunjor, la duchesse d'Alburquerque, hautaine, jalouse, intéressée et avide, elle excita partout autour d'elle de profondes inimitiés. On disait d'elle, que plus occupée de ses intérêts que de ceux de l'Etat, elle était bien l'épouse du roi, mais non la reine d'Espagne . Rancunière et passionnée , intrigante el ambitieuse, elle prétendait tout diriger et « faire figure de souverain, (ilutot que do souveraine ». Méprisant tous les [>roiK)s, «'lie allait droit son chemin, sujette à des accès de colère foui:ii(His(» quand tout n'allait pas au gré de ses désirs, brisant dans sa rage les meubles et les vases de son appartement. Elle avait auprès d'elle une coterie d'Allemands intrigants qu'elle avait amenés en Esi)agne et (jui ne songeaient qu'à rançonner ce pays, (l'étaient le ministre palatin Henri Viser, dont le séjour fut do courli^ durée, et surtout le P. Gabriel Chiusa, capurin,
l. On a rlii au>si par lalms d'un <oiilrc poison qu'elle prenait pour prùvenit «les lentalives (renipoisonnenirnl «lu'rlio craignit toujours. D'autres croient à iin^ .illacpie (\vi cholerii-morhus (le mol est «lans le rapjjort du médecin Francini, c%u a fait l'aulopsie). — Dans TliNpoUièse d'un empoisonnement par une main c^ minelle, MannsfeM est dénoncé par Saint-Simon; Oropesa avec Mannsfeld, fi:^^ Torc\. Voir à <'e suj«M E. Legrell»', La tnission de Rébcnac à Mwiriii et la mort * Marie-Louise, Pari^, ISUi.
A baronne de Berlepsch. Le P. Gabriel, un Tirolien d'esprit ors, confesseur de la reine, devint son confident et son oistre. Il avait chaque jour avec elle des entretiens de pluors heures, lui servait de secrétaire, et rien ne se décidait Dsson avis. II vivait en gentilhomme, au milieu des serviteurs, isait bonne chère, sortait en carrosse, et n'avait d'un moine, Bait-on,que le lit et l'habit. La baronne de Berlepsch, gouveruiie de Marie-Anne, était la forte tête de ce trio. Femme iSaires supérieure, elle transforma le palais en une agence iiehe où Ton trafiqua de tout, et, pensant à l'avenir, elle sut iltre à l'abri dans les banques d'Amsterdam et de Londres le oit de ses rapines. Tout passa par les mains de cette cama- Ife : tout se décida entre le capucin et la baronne. lis gouvertafeot la reine, qui gouvernait le roi. Ceux qui leur portaient nbrage furent écartés de la cour. Le duc d'Osuna, un moment iTori de Charles II, mourut subitement, au moment où son ameur hautaine et brouillonne commençait à les inquiéter. Le ic de Montalto, président du Conseil des Indes, politique )Dnëte quoique peu capable, mais de caractère indépendant, it disgracié, parce qu'ils craignaient son influence. Le confesm du roi, Matilla, les secrétaires d'Etat furent leurs dociles ^mplaisants. Le premier rang fut donné au comte de Melgar, mirante de Caslille, grand ccuyer du prince, non pour sa pacilé, mais pour sa souplesse. Il exerça les fonctions d'un ritable valido, et dut mettre son intelligence supérieure au rvice des passions et des intérêts de la coterie allemande. 4u milieu de ces intrigues, la santé de Charles II déclinait ddement. La gloutonnerie dans ses repas, la cohabilation îc une femme jeune, belle et ardente, produisirent sur ce ipérament affaibli de funestes effets. Atteint en 1696 de iques, d'indigestion, de fièvres chroniques, il faillit sucnber peu avant la paix de Rysvick. La fin approchait. Son neur s'était assombrie; il ne se plaisait à rien, passait son ips à peindre ou à regarder aux jalousies du palais, atteint n besoin d'agitation perpétuelle, de plus en plus méfiant et ipçonneux. Les intrigues des trois prétendants à la succès- 1 d'Espagne, l'Empereur, l'Electeur de Bavière et le roi de
France, redoublèrent (Inactivité. Les deux premiers surtout avaient à la cour un parti puissant, La corruption jouait son rôle, et Tentourage de la reine recevait Targent de tous côtés. La faction autrichienne grandissait en influence, surtout grâce à Tappui de Marie-Anne de Neubourg, belle-sœur de LéopoidK L'ambassadeur Harrach disposait des charges , soutenu par une portion des grands. Les Allemands envahissaient tout, saisissant les avenues du trône. Le prince de Yaudemont, de la maison de Lorraine, devenait gouverneur de Milan ; le prince Georges de Hesse-Darmstadt, vice-roi de Catalogne. Les troupes autrichiennes occupaient Barcelone. L'Empereur semblait assuré du succès final. Mais la domination de la camarilla allemande, rinsolence de l'envoyé impérial, suscitèrent une vive réaction, qu'activèrent les désastres extérieurs de l'Espagne. Le cardinal Porto-Carrero, à la tête du Conseil d'Etat, s'en fit le chef, et demanda le rappel d'Oropesa, rival de Valmtrante, Ce dernier crut habile d'associer au pouvoir son héritier désigné; mais une émeute (28 avril 1698), causée par le renchérissement des denrées, dont on accusait la comtesse d'Oropesa, amena la chute de Melgar et du comte, et Texil de la Berlepsch. La reine dut partager l'autorité avec Porto-Carrero, dont l'influence ne cessa de grandir. On verra plus loin comment, après la mort du prince de Bavière, héritier présomptif de la monarchie, la majeure partie des grands se déclarèrent pour la France, la jugeant seule capable de maintenir en son intégrité l'empire espa^^niol '. Charles II céda, lit exhorter les grands, la veille de sa mort, à respecter ses dernières volontés. Le 1" novembre 1100. il s'éteignit doucement après quarante jours de maladie et quatre ans de soulTrances continuelles, dans sa trente-neuvième année- État de l'Espagne sous le règne de Charles n : ^^ gouvernement. — Pendant ce triste règne, tout en Espag^^^ s'écroule : gouvernement et société. Le despotisme illimité ^^ pas cmpùché ranarchie. A côté des reines qui troublent le pa^^^ de leurs intrigues, les confesseurs se font tour à tourtes men^^^ ou les serviteurs des factions. Le secrétaire du Despacho t^^
I. Voir cÎMles^Mis. « Ii;»|». xx. (Jurtre de la succession d'Espagne,
lierml *, simple commis a Torigine, mais admis à travailler tous les jours avec le souverain, résidant au palais, détenteur des fonds secrets (bolsillo)^ est devenu une puissance avec laquelle il faut compter. Les grands surtout gouvernent. Le roi leur prête Tautorité de son nom, et ils le tiennent dans une dépendance aveugle. Ils dominent dans les Conseils, principalement au Conseil d*Ëtat, sans lequel, dit Yillars, c on n'ose régler la moindre bagatelle : de sorte que le bien et le mal dépendent d*une assemblée de vingt-quatre grands seigneurs, la plupart inintelligents, sans expérience, appliqués seulement à leurs intérêts et capables de précipiter par des vues particulières les intérêts de la monarchie ». Avec tant de Conseils et de Juntes, qu'ils dirigent, l'autorité royale s'émiette et se perd. Le souverain n'est plus, suivant l'expression des envoyés vénitiens, c que le chef d'une aristocratie de fonctionnaires », et l'État le plus absolu de l'Europe ressemble « à une république oligarchique ». Les abus du passé s'aggravent encore avec ce r^'me. L'esprit particulariste reprend une nouvelle vigueur «lans les rovaumes du nord de la Péninsule. Les lenteurs admi- Qi'sfratives s'accroissent avec des Conseils qui délibèrent toujours et ne décident jamais. La corruption est a son comble. Elle s'éiale cyniquement à tous les degrés de la hiérarchie. Les charges sont une denrée que l'on vend et que les quémandeurs achètent. La naissance et la fortune conduisent seules aux emplois supérieurs, et la seule faveur préside à la distribution des autres. Aussi n'est-il pas en Europe de pays plus mal gouveri^é. Plus de justice. Les riches achètent les témoins et les juges. Le pauvre, sur lequel il n'y a rien à gagner, échappe de lui-même aux griffes des gens de loi. Partant, point de police. A Madrid et dans tout le royaume, les voleurs, les assassins, les empoisonneurs, les brigands et les vagabonds opèrent tranquillement à la barbe des alguazils et des magistrats. Rien que dans la capitale, on assassine publiquement quatre à cinq cents pcir^sonnes par an, sans que les meurtriers soient inquiétés. -^^lle fête où l'on ne tire l'épée, même en présence du roi. Dans
* - Voir cinlessus. t. IV, p. 33: t. V. p. 662.