‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 57 sur 167 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Prépondérance espagnole, puis autrichienne.

Généralités. — C'est dans la seconde moitié du xvii* siècle que se manifesta jusqu'à révidence la profonde décadence où était plongée Tltalie. Dans le domaine politique, les diplomates italiens semblaient n*avoir d'autre souci que d'agiter des querelles de préséance entre les divers souverains de la Péninsule; et pendant ce temps l'agriculture et toutes les branches du commerce et de rindustrie étaient complètement négligées. L'ilalie ne faisait même plus parler d'elle dans les lettres et les arls; seul l'opéra prenait un grand développement *, et les Italiens s'en engouèrent au point d'en faire le principal titre de leur orgueil national. Pourtant de telles frivolités ne réussissaient pas à pénétrer toutes les âmes contemporaines; il suffira, pour le démontrer, de rappeler que c'est précisément cette seconde moitié du xvn* siècle qui vit naître Ludovico-Antonio Muratorl, le grand érudit (1G72), Giambattista Vico, le profond penseixT (1676), et l'historien Pietro Giannone, le défenseur des droit.^ do l'Etat contre l'Eglise (1676). L'Italie n'était donc pas morl^ mais il semblait que cette belle pécheresse, accablée de las tude, ne put parvenir à secouer la torpeur dont elle él

\. Voir ci-dessus, p. 385 et suiv.

us ÉTATS ITALIENS 521

rahie. Au début du xviii'' siècle, la voici violemment arra- ^ à cette sorte de léthargie ; les nations rivales descendent nouveau dans ses plaines pour y engager de grandes luttes; , proie assurée du vainqueur quel qu'il soit, elle n'échappe à

domination espagnole que pour tomber sous celle de TAuiche. A la vérité, il n'y a pas là pour elle un simple changelent de suzerain; la secousse lui a été salutaire, Ta tirée de sa imnolence. Et maintenant qu'elle est bien réveillée, elle aperit à son côté une sentinelle hardie dans la personne du prince roisien qui vient d'être assez heureux pour conquérir dans la Jée une couronne royale.

Maison de Savoie : Charles-Emmanuel n. — EIl^ vsi, la maison de Savoie avait connu de tristes jours vers le lieu du xvn* siècle. A peine délivrée d'une guerre civile qui ûtmis en sérieux danger Texistence même du petit État', il

fallait poursuivre, conjointement avec la France, la guerre scitée centre l'Espagne par la ligue de Rivoli. Le gouverneîot du duché était aux mains d'un jeune homme, Charlesnmanuel II, qui se laissait diriger en toutes choses par sa bre, Christine de France. Comme si ce n'eût pas été un assez ave souci que de porter remède à tant de maux, on voulut Dter de contraindre par la force les Vaudois à rentrer dans le ron de l'Eglise catholique : d'où une guerre opiniâtre, qui isaoglanta plusieurs années de suite (1653, 1654 et 1655) les )iitagnes qui dominent Pignerol, el cela sans grand résultat, ' les hérétiques, encouragés et même quelque peu aidés par vier Cromwell, repoussèrent énergiquement tous les assauts on leur livra.

\ dater du jour où, par suite de la mort de Madame Royale

1663), il exerça effectivement le pouvoir, Charles-Emmael II sut se faire aimer de ses sujets. Il fit construire nombre édifices publics, ouvrir des voies magnifiques; il s'occupa un u de l'instruction publique et orienta l'administration dans sens de la centralisation. Il entreprit de s'approprier, au piment de Gènes, la Rivière du Ponent. Dans ce dessein, non

Voir l. V, p. 690.

content creinploytT la force ouverte, il recourut à la ruse en favorisant la conjuration ourdie à Gênes par Raphaël délia Torre (1612). Cette conjuration fut découverte avant d'avoir éclaté. La guerre continua quelque temps sur la frontière commune, jusqu*à ce qu'en 1673 la médiation de Louis XIV amenai la paix en rétablissant les choses dans leur état primitif.

Victor- Amédée n : premières aimées. — Charles- Emmanuel II mourut, jeune encore, en 1675, laissant le duché à son fils Victor-Amédée II, qui n'avait alors que neuf ans. U référence échut, au nom de celui-ci, à sa mère, Jeanne-Baplisle de Savoie-Xemours. On comprend aisément que durant le gouyernement de cette princesse Louis XIV ait pu faire sentir plus énergiquement son autorité en Piémont. Déjà maître de Pignerol, il acheta en 1681 Casai au duc de Mantoue*; d'autre part il cherchait à conclure le mariage du jeune prince savoisien avec l'héritière du trône de Portugal, espérant ainsi arriver avec le temps à s'annexer tout le pays piémontais. Si celle union ne fut pas contractée, Victor-Amédée II n'en parut pas moins servir les intérêts de la France en épousant Anne, fille de Philippe d'Orléans. Mais il donna, l'année même de son maria«;:e, une preuve de l'énergie, de la fermeté et de l'indépendance de son caractère : ayant accompli sa dix-huitième année, il mil lin à l'autorilé de sa mère, annonçant à son peuple qu'il prenait en mains les rênes de l'Etat (1684).

Les premières années de son gouvernement furent difficiles, lant à cause des agilalions intérieures qu'en raison des dangers extérieurs. Les hahilants du territoire de Mondovi étaient, grâce à d'anciens privilèjr<*s. exenij)ls de la taxe du sel; la réfrenle J(»anne-Hnpliste leur ayant imposé cette gahelle, des troubles s'élaienl élevés; ils se renouvelèrent sous le gouvernemenl elTeclif do Viclor-Amédée IL et celui-ci fut ohligé de les réprimer sévèreinenl. En oulre, sur les instances de Louis XlV il avait renouvelé les perséculions contre les Vaudois. Celle lullc lui fournil du moins l'occasion d'accroître le nombre d^ SCS soldais sans trop éveiller les soupçons de la France. 1^

I. Voir ('i-«l('s>^ns, p. 122; cl p. 1'»'.», ravtMiluro do Mallioli, un dos illustres p>*^* sonniors dans h'squols on a voulu voir lo Mnsgue de fer.

s'élail résolu à ne plus subir l'impérieuse amitié de Louis XIV el avait déjà entamé des négociations avec les puissances liguées à Âugsbourg; c'est même à cette occasion que, cédant aux sollicitations de l'Angleterre et de la Hollande, il finit par restituer aux Vaudois leurs biens et leur permettre, sous certaines restrictions, l'exercice de leur culte.

La guerre contre la France ne fut pas heureuse : Câlinât rein|)orta les victoires de StalTarde (1690) et de la Marsiille (1693) ^ Le duc supporta ces désastres d'une âme ferme. A ses sujets accablés par les maux de la guerre il donna maintes preuves de sa sollicitude. Un jour, par exemple, après avoir distribué aux habitants d'un bourg dévasté tout l'argent que lui et ses officiers avaient pu trouver sur eux, il retira son collier de l'Annonciade, le brisa, et en répartit les morceaux parmi les malheureux.

A la fin Louis XIV, dans le dessein de diviser ses ennemis, se montra disposé à renouer des relations pacifiques avec la Savoie. Par l'accord conclu en 1696, le duc non-seulement rentrait en possession de tous les territoires que les Français lui avaient enlevés au cours de la guerre, mais encore obtenait Pignerol. Et comme Louis XIV avait dans la lutte perdu Casai, les Français se trouvèrent de nouveau exclus de l'Italie.

Victor-Amédée n roi. — Nous verrons quelle pari active prit Victor-Amédée à la guerre de la succession d'Espagne, Jabord comme allié des Bourbons, puis comme leur adversaire. Le Piémont devint alors l'un des principaux théâtres de celte trop fameuse guerre : les Français assiégèrent Turin; un Je« épisodes de ce siège a laissé, même dans l'Italie d'aujour- J'hui, un profond souvenir : c'est le dévouement de Pielro Micca, soldat piémontais, qui sacrifia sa vie pour fermer à ane colonne française l'entrée d'un souterrain *.

i-Sur les guerres et iiégocialions de la maison de Savoie avec la France, voir «^iilwsus, p. 135, et ci-dessous, ch. xx (Guerre de la Succession d'Espagne).

-• En commémoration de la victoire remportée sous les murs de Turin de wncerl avec les Impériaux (7 sept. ITOG), le duc de Savoie, sur la colline de *"p«rga, du sommet de laquelle il avait, quelques jours auparavant, en compagnie de son cousin le prince Eugène, examiné le camp ennemi, fit élever la '•asjlique où reposeni les membres de la famille rovale depuis Victor-Amédée 11 J"^q"'à Charles-AIbert.

Après son invasion en Provence et son échec devant Touloi,i soit que cet échec Teût découragé, soit plutôt qu*il fût méco^ tent de la conduite tenue à son égard par la cour de Vienae^j Victor-Amédée arrêta presque entièrement les opérations. Ij n*en avait pas moins obtenu Casai, avec le reste du Montfernl; enlevé aux ducs de Mantoue, et la paix d'Utrecht (lliSjhiii donna la Sicile, détachée du domaine espagnol, avec le Utiei de roi. Il se rendit à Palerme, où il fut solennellement coironné (décembre 1113); Tannée suivante il regagna le Piémort,: laissant en Sicile un vice-roi. Dans cette lie subsistaient Je nombreuses causes de conflit entre les autorités spirituelle il temporelle. Victor-Amédée, qui déjà en Piémont avait inaugué les réformes tendant à limiter les privilèges du clei^é, suirit i Sicile une politique tout aussi énergique.

En somme il avait réussi, au milieu de tant de guerres et de tant de périls, à constituer une des puissances les plus solidei de ritalie.

La Lombardie et le Mantouan. — La Lombardie n'avait pas cessé, durant tout le x\n^ siècle, de subir la domination espagnole. Outre les misères d'un gouvernement détestable, elle souffrit pendant plusieurs années les maux d'une guerre continuearec son voisin le Piémont et les duchés de Mantoue et de Modène, jusqu'à ce qu'enfin fut conclue entre l'Espagne et la France la paix des Pyrénées (1659), qui suspendait également la lutte en Italie. Pour donner une idée des tristes résultats de l'administration espagnole, il suffira de dire que Milan, de 300000 habitants <iu'elle comptait lors de l'arrivée des Espagnols, n'en avait plus que 100 000 au moment où ils la quittèrent. Par la disparition de toute industrie, l'état languissant du commerce, l'abandon de l'agriculture, cette région, autrefois si florissante, était maintenant complètement désolée. A la mort de (^IharlesIIll'OO), elle reconnut sans difficulté pour son héritier Philippe V de Bourbon; mais le Milanais devint un des principaux théâtres de la guerre qui suivit (batailles de Chiari, Crémone, Luzzara)'. Après leur victoire de Turin (1706), les Impériaux occupèronl

1. Voir ciMiessoiis, chap. xx (Guerre de la succession d'Espagne).

ique loulc la Lombardie. Les populations les accueillirent c joie, car elles avaient trop souffert sous le joug espagnol ur ne pas acclamer un changement, quel qu'il fût. P'erdinand-Charles de Gonzague, duc de Mantoue, qui était lié des Bourbons, se vit dépouillé de ses Etals (1701) : TEmreiir l'avait, dès le début de la guerre, déclaré coupable de Mie comme vassal de TEmpire. Le Mantouan fut réuni à la imbardie sous la domination autrichienne, tandis que Casai les autres parties du Montferrat, qui dépendaient encore I domaine des Gonzague, étaient attribuées à la Savoie. ÎBÛ cessa d'exister le duché de Mantoue et Montferrat, dont rdemiers souverains n'avaient d'ailleurs fait autre chose que iffiiger l'Italie de perpétuels scandales. lA république de Venise. — C'est dans cette période le Venise jeta son dernier éclat de gloire. Il n'y a point lieu lïtpporter ici en détail les péripéties de la longue guerre de l&die, poursuivie par la vieille république de Saint-Marc avec il d'héroïsme et tant de constance, ni la revanche que prit unité en Grèce Morosini le Péhponêsiaque \ La paix de Karffiiz (1699) rendit à Venise une grande situation en Orient. Od peut dire qu'avec Morosini se clôt l'ère des grands doges B Venise. Dès lors, la reine de l'Adriatique s'abandonne à inertie. Pendant la guerre de la succession d'Espagne elle garde I neutralité. Ce vaste bouleversement à peine apaisé, elle oit ses domaines d'Orient assaillis de nouveau par les Turcs l le Péloponèse perdu pour elle (traité de Passarovitz, 1718). Venise n'est plus désormais qu'une puissance secondaire; léjà, lors de sa neutralité pendant la guerre de la succession TEspagne, tout le monde avait pu comprendre que la sagesse tnt vantée de la république de Saint-Marc ne servait plus qu'à nasquer les symptômes de sa décadence. Le pouvoir politique Jtail toujours entièrement aux mains de l'aristocratie vénitienne; a noblesse de terre ferme devait se contenter d'administrer iimplemont les communes rurales et les petites villes. Il est rai que, tlurant la guerre do Candie et pour faire face aux

/. \oir ci-iles>ous, rli. xxii \ Empire ottoman).

énormes dépenses qu'elle exigeait, la république avail v« rinscription au Livre d*Or et partant Tentrée au Grand-Coi mais cette mesure n*avait pas recruté de grandes intelligeDccsl la classe des gouvernants, et la décadence de celle-ci conliniaiL| En somme le défaut de réformes dans Tadministration et h législation avait comme figé cette république, qui, à force U conservatisme en était arrivée à la décrépitude. Le commem et 1 industrie, les arts et les lettres, déclinaient aussi; du moiii^ les impôts étaient légers, et c'était là ce qui rendait le goure^ nement acceptable aux populations, assurées qu'elles étaieril de mener ainsi une vie exempte de soucis.

La république de Gènes. — De moindre importiDn politique, la république de Gènes était réduite à Tétroite Uirie côtière de la Ligurie et à la Corse ^ Menacée fréquemment pu les troupes savoisiennes, elle avait encore vu s*allier à cellenî les mécontents de l'intérieur, comme lors de la conjuration è Raphaël della Torre (1672). L'énorme puissance de Louis XR lui fit courir un danger encore plus grand. Ce monarque, pour détacher Gênes de l'alliance espagnole, recourut à la violence. Il prétendit installer un magasin à sel à Savone afin de rtn* tailler Casai. Il enjoignit à la république de désarmer qoitre galères qu'elle venait de faire conslruire, sous prétexte qu'elles auraient ^)u servir aux Espagnols. Comme la république résistait à ses injonctions, il lit bombarder la ville (1084) *. Le bombardement dura près de dix jours. En outre, les Fran(,*ais opérèrent un (lébar(|uenienl de troupes à Saint-Pierre d'Aréna: ils espéraiiMil [)éiiélrer dans la ville en prulilant de la consternation des habitants, mais leur tentative fut repoussée. Le sénat génois linit |)ar consentir à traiter avec Louis XIV, el en février 1G85 la |)aix fut rétablie, moyennant que la république désarnnU les (|ualre galères neuves el que le doge Francesl•^^ Maria Iniperiali, accompagné de quatre sénateurs, se rendit à Versailles pour exfirimer au roi combien le peuple génois élail

1. La situation en (^orso ij'slait la mèinr. Voir ci-<le>siis. \. V. p. iW. I.f- Cors«'s oonlinnai(Mil a \\v sn|»p()rl<M' «piaMM- iinpaticncr la niau\ai'«»* .•i«!iiiini-\r\ li«»n «II' la iJantpii' «Ir Sainl-iM'or^M'^.

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