‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 74 sur 167 · I. Voir ci-dessus, l. V, p. i3i«-5è · texte numérisé non relu

I. Voir ci-dessus, l. V, p. i3i«-5è

Si toutes ces réformes sont bien Tœuvre personnelle de Gusf;B,Te-Adolphe et prouvent ainsi qu*il était réellement le maître je la Suède, il ne faut pas oublier que le Sénat et la Diète continuaient à exister, avec leurs droits et leurs aspirations. Leur gutorilé est éclipsée, pour ainsi dire, mais non détruite. Aus- 5itôt que le pouvoir royal s'affaiblira, ils relèveront la tête et reprendront de Timportance, jusqu'au jour où un souverain sera de nouveau de taille à les rejeter dans Tombre. Cette sorte ^oscillation se produisit plusieurs fois dans le cours du xvu° siècle : elle est même, à certains égards, une des caractéristiques de l'histoire intérieure de la Suède à cette époque.

Minorité de la reine Christine. — A la mort de Gustare- Adolphe, la couronne se trouva une première fois affaiblie. Ijeroi ne laissait qu'une fille, Christine, âgée seulement de six ans. Les États la reconnurent pour reine et le pouvoir fut confié i un Conseil de régence. Celui-ci, composé de collaborateurs de Gustave-Adolphe, parmi lesquels Oxenstierna occupait une place prépondérante, continua, au point de vue administratif, les traditions du feu roi. Il publia l'acte que l'on a nommé la eonsiitution de 1634 et qui est bien moins une constitution au sens moderne du mot que la codificacation des principales réformes du règne précédent. Toutefois, une innovation significative était introduite : le Sénat cessait d'être un pouvoir intermittent, pour ainsi dire. 11 devait désormais siéger dans la capitale d'une façon permanente.

X^^a constitution danoise. — On retrouve dans le gouvernement du royaume voisin, à la veille de la guerre de Trente ans^ les mêmes éléments que dans celui de la Suède : le Roi, la IDiète et le Sénat (en danois, Rigsraad). Seulement, la situation respective de ces éléments y est très différente. Le trait sa,illant du Danemark, à cette époque, est la prépondérance camplète de la noblesse. Son influence est beaucoup plus considérable encore que dans le royaume Suédois : ses privilèges de toute nature sont infiniment plus étendus, et, au point de vue purement politique, elle est parvenue à réduire à rien les autres ordres et à mettre en tutelle le pouvoir royal lui-même. L'ordre des paysans n'existe plus qu'en droit : on a perdu

rhabitude de le convoquer aux diètes. Et cette exclusion est naturelle : la condition de ses membres a été en empirant pe« à peu, et, à Theure actuelle, les seigneurs propriétaires du sol les ont réduits à un état de servage qui devient chaque joor plus rigoureux. La bourgeoisie et le clergé ne sont pas, non |^' plus, de taille à résister à la noblesse. Les franchises municipales ont complètement disparu et les prêtres se trouvent^ dans bien des cas, sous la dépendance des seigneurs. Les ordres ^^ roturiers étant ainsi tout à fait affaiblis, les diètes ont perdu It plus grande partie de leur importance.

Le pouvoir royal, à peu près héréditaire en Suède, est demeuré ici complètement électif. La couronne se transmet régulièrement, il est vrai, dans la maison d'Oldenbourg, mais chaque souverain est élu et, en échange de son élection, il doit signer une capitulation restreignant son autorité au proGt de ses électeurs. Ce sont, en droit, les membres de la Diète; mais, en réalité, Télection est l'œuvre du Rigsraad. Celui-ci en profite pour se faire reconnaître des privilèges de plus en plus considérables, et il arrive ainsi à être le véritable mdtre du Danemark. Or, comme il est le représentant de la noblesse et le défenseur acharné de ses privilèges, il est à peu près impossible de toucher à ceux-ci, bien qu'ils aient souvent des conséquences fâcheuses pour le royaume. Le servage et les exemptions d'impôts, notamment, créent une situation éeono* mique des plus mauvaises.

Et cependant, contrairement à ce qui existe en Suède, les finances sont dans un état brillant. Autant que l'on peut s'en rendre compte, les recettes, au début du xvn® siècle, excèdent les dépenses d'une manière très sensible. Cela vient surtout de ce que le Danemark a une source de revenus importants dans les droits de péage qu'il perçoit sur tous les navires passant le Sund. Le pays est d'ailleurs en voie de grand progrès.

Christian IV. — Christian IV (1588-1648) est un souverain des plus remanjuablcs. Comme Gustave-Adolphe en Suède, il s'efTorce d'améliorer l'administration et de développer toute? s les ressources de ses Etats. La place ferait défaut pour énuiniérer ici toutes les réformes qu'il entreprit : il suffira donc rlc

lentionner quelques-unes des plus caractéristiques. Ce fut lui ni dota le Danemark moderne de la première armée de erre permanente : elle fut instituée en 1615 et comptait {OOO hommes. L*industrie et le commerce furent Tobjet de son ittention particulière : il ordonna de lointains voyages d*explolition, fonda des établissements aux Indes et créa plusieurs compagnies marchandes privilégiées. Pendant la guerre de Treate ans, il voulut assurer la liberté du commerce des neutres et fit convoyer dans la Baltique, par des vaisseaux de guerre, les bâtiments danois et même étrangers. Ce fut encore lui qui fitfaire de grands progrès àTinstruction publique parla création tm certain nombre de gymnases. Mais, dans bien des cas, .Christian lY se vit empêché de réaliser ce qu^il avait conçu : lofent la noblesse y mit obstacle. Il ne put, par exemple, tméliorer comme il Taurait voulu la condition des paysans. De même, le jour où il voulut convoquer les représentants des Tilles du Jutland, pour délibérer avec eux sur les mesures les plus propres à développer la prospérité des villes, la noblesse et le Rigsraad protestèrent en termes tels qu'il dut contremander la réunion. Cette intervention victorieuse de la noblesse, dans un cas où ses privilèges n'étaient pas directement visés, permet d'apprécier la véritable omnipotence dont elle jouissait tlors, et qui était la plaie profonde du Danemark. Si, à l'époque à nous sommes, on n'en apercevait pas très nettement toutes s conséquences fâcheuses, celles-ci apparurent d'une manière ippante aussitôt que des guerres extérieures créèrent des il>arras au royaume.

//. — Depuis la guerre de Trente ans.

:i)anemark : Frédéric ni et la diète de 1660. — Deux 18, le Danemark avait pris les armes au cours de la guerre de *ente ans, et les traités de Lûbeck et de Brômsebro * avaient i beau ne contenir que des clauses relativement modérées,

I. Voir ci-dessus, t. V, p. 5i0 et 57i. Le premier fut conclu avec TEmpereur, i 4629; le second avec la Suède, en 1645.

ces deux guerres avaient épuisé le pays. Lorsque Chrislian IV (1588-1648) voulut porter remède à cet état de choses, il se heurta à Topposition systématique de Taristocratie. Pour la désarmer il tenta d'obtenir d'elle quelques concessions en échange de nouveaux privilèges. Tous ses efforts furent vains : il ne put arriver à aucune des mesures qui auraient porté remède à la situation du royaume, et c'est ainsi que le règne d'un des souverains les plus remarquables du Danemark se termina au milieu de diffîcullés de toutes sortes.

A sa mort, le trône resta vacant quelques mois. Son fils aîné, Christian, qui avait été élu héritier de la couronne dès 1608, étant mort quelque temps avant lui, il fallut réunir une diète pour procéder à une nouvelle élection et, en attendant, le gouvernement du royaume fut confié à un Conseil de régence cornposé des plus hauts fonctionnaires de TEtat. La Diète, ou pour mieux dire, le Rigsraad élut, sauf à faire approuver son choix par la Diète, le second fils de Christian IV, Frédéric III (1648-1670), qui dut signer une capitulation restreignant davantage encore l'autorité royale. Il se trouva donc, lui aussi, dans l'impossibilité de réformer sérieusement la situation intérieure du royaume. Bientôt, d'ailleurs, les difficultés extérieures vinrent absorber toute son attention. Il eut à soutenir contre la Suède deux guerres *. Ces guerres, tout comme celles du règne de Chrislian IV, laissèrent le royaume dans la situation la plus fâcheuse; et, ainsi qu'il arrive souvent, la misère des temps vint fortifier les germes de mécontentement qui existaient déjà.

La prépondérance de la noblesse, en elTel, avait depuis longtemps excité chez les autres classes une hostilité profonde; on se rendait compte et l'on disait tout haut qu'il fallait, pour lesalul de l'Etal, briser son omnipotence. La bourgeoisie surtout était d'autant moins disposée à subir indéfiniment le joug de l'aristocratie ({u'elle prenait de plus en plus conscience de sa valeur et de sa force. Au fur et à mesure que l'instruction se répandait, on comptait dans ses rangs des hommes d'un véritable mérite. Enfin elle avait rendu des services à l'Etat, notararaenl

l. Sur la ^nierrc de 10:i7-10.H8 et le Irailè de Roskilde, la piierre de 1658-1660 e la paix de Copenliague, voir ci-dessus, p. i8; ci-dessous, chap. xviii {Pologne)^

.que ses milices sauvèrent Copenhague (1658). La couronne, aussi, supportait de plus en plus impatiemment la tutelle Rigsraad et de Taristocratie; elle était, dès lors, disposée à fîter de la première occasion qui s'offrirait de s'affranchir. \ diverses causes aboutirent aux événements dont la diète de iO fut le théâtre. Cette diète, réunie à Copenhague, c'estire dans la ville du royaume où la bourgeoisie avait le plus puissance, devait délibérer sur divers projets du roi relatifs à léfense du pays, projets que le Rigsraad avait refusé de sancnner. Aussitôt réunie, l'opposition la plus vive se manifesta Ire la bourgeoisie et le clergé, d'une part, et la noblesse, de atre. Celle-ci émettait la prétention d'être à peu près combinent dispensée des impôts nouveaux qu'il faudrait établir : Mention que les deux autres ordres (les paysans n'avaient pas i convoqués) se refusaient absolument à admettre. Soutenus i sous main par la cour et notamment par la reine Sophiemélie, le clergé, dirigé par Tévèque Svane, et la bourgeoisie, irle bourgmestre Nansen, en arrivèrent bientôt à des propolioDS radicales : le 8 octobre, ils votèrent une résolution idarant la couronne héréditaire. La noblesse protesta d'abord; iis, devant l'attitude énergique de la cour et du reste de la èle, elle dut se résigner en se bornant à stipuler qu'en tout is les droits et privilèges du Rigsraad et des ordres seraient goureusement maintenus. La Diète étant ainsi unanime, liérédité de la couronne fut solennellement proclamée, le > octobre 1660.

Restait à savoir quelle influence ce nouveau principe aurait ir la constitution de l'Etat. Les avis, à ce sujet, étaient natullement partagés. Le Rigsraad et la noblesse auraient voulu l'il n'en eût aucune. La bourgeoisie et le clergé n'entendaient 18 augmenter les pouvoirs de la royauté, mais arriver à la acer sous le contrôle de tous les ordres de la Diète. Ce fut ttlervention du roi qui trancha la question : il parvint à re décider que, puisque l'on ne pouvait s'entendre, luiime serait chargé de régler l'affaire. Les effets de cette ïsure ne se firent pas attendre : le 10 janvier 1661 , on bliait une déclaration proclamant non seulement l'hérédité

du roi, mais son pouvoir absolu. Quelques mois plus lard, Frédéric III octroya bien « par grâce et faveur royale • dei privilèges particuliers à chaque ordre, mais ces privilèges restreints ne portaient aucune atteinte à son autorité, et les roisiie Danemark se trouvèrent dès lors souverains absolus dans toute la force du terme.

Les événements de 1660 amenèrent une transformation ndi. cale dans le gouvernement du Danemark : radministration ht profondément modifiée et, somme toute, la situation génénie de TEtat se trouva améliorée. Us n*eurent pas cependant a point de vue social toutes les conséquences que Ton aunitpi supposer. Assurément Tinégalité entre les classes se troini bientôt diminuée et la bourgeoisie rapprochée de la noblesie; les terres nobles cessèrent d'être autant déchaînées d'impMi, \ mais le sort des paysans ne fut en rien modifié : leur sitoatioa alla au contraire s*aggravant de plus en plus.

Christian V. — Si le règne de Frédéric III avait été marqué par une violente réaction contre la noblesse, il n'enfot pas de même de celui de son fils et successeur Christian Y (1670-1699). Certes la vieille aristocratie danoise, dont lacov se méfiait toujours, fut systématiquement tenue à récart;miis le roi, Allemand de sympathies, d'habitudes et même de langue, s'entourait d'une noblesse étrangère à laquelle il conféra bientôt des avantages importants en créant des comtés et des baronnies qui lui furent presque exclusivement attribués. Bientôt égal^ ment les terres nobles furent de nouveau déclarées exemples de l'impôt : mesure qui profita presque uniquement à la noblesse, la bourgeoisie ne possédant qu'un très petit nombre de ces terres. En même temps la condition des paysans se trouva encore empirée et l'on prétend qu'ils ne furent jamais aussi maltraités qu'à cette époque. Ce n'est pas à dire toutefois que ce règne fût malheureux pour le Danemark. Christian V prit un certain nombre d'excellentes mesures, telles, par exemple, que la publication d'un cadastre qui servit de base à la péréquation de l'impôt foncier. La flotte et l'armée furent constamment bien entretenues. On doit également à ce prince la publication d'un Code général qui porte son nom et qui est

DEPUIS LA GUERRE DE TRENTE ANS 6i9

resté en vigueur jusqu'à notre époque. Enfin, pendant toute la première partie du règne, le royaume fut remarquablement administré par le chancelier Griffenfeld. Celui-ci fut renversé par une cabale, en 1676, et enfermé dans une prison d'où il ne sortit qu'au moment de la mort de son maître' survenue en 1699.

Saède : fin du règne de Christine. — Gomme pour le Da- BMBark, la guerre de Trente ans eut sur l'évolution intérieure delà Suède une influence considérable. Toutefois celle-ci ne fut pas de même nature. Les guerres que le Danemark soutint eootre l'Empereur et contre la Suède furent désastreuses. Les campagnes de Gustave-Adolphe et des armées de Christine furent, au contraire, triomphales, elles ne ruinèrent pas le pays etM furent pas de nature à provoquer des changements radicaux dans la constitution du royaume. La guerre de Trente ans agit, auinoins indirectement, surtout sur les mœurs et les esprits, et  les modifications qu'elle y apporta aboutirent à des change- Bwnls politiques, ce ne fut qu'à la longue et sous l'action d'autres causes déterminantes. Mais les variations dans les mœurs etles idées sont des choses qui se laissent difficilement apprécier avec exactitude : on ne peut donc que se borner à en marquer d'une façon générale les traits principaux. Les campagnes d'Allemagne transformèrent les mœurs des Suédois. Les pillages lotroduisireul dans le Nord des richesses considérables et des objets d'art. Le spectacle de la vie qu'on menait dans d'autres Parties de l'Europe modifia les habitudes, qui étaient restées l'une simplicité toute primitive, et l'on vit apparaître des goûts de luxe jusque-là inconnus. D'autre part, la guerre et les traités îni la terminèrent mirent la Suède en contact plus direct avec w reste de l'Europe et notamment avec la France : les idées étrangères se répandirent plus aisément dans le pays. Ces deux ordres de causes agirent sur la nation tout entière, mais elles furent surtout favorables à l'aristocratie. Les pillages avaient ualurellement profilé, avant tout, aux généraux : ce furent les uautes classes surtout qui purent changer de manière de vivre. Enfin les souverains de la Suède , devenus des rois impor- *nls en Europe, furent enclins à imiter leur allié le roi de

France : ils voulurent avoir comme lui une cour somptueuse il une brillante noblesse. Il est vrai que les idées étrangères tei. daient à restreindre les droits politiques de la noblesse, car ellu introduisaient en Suède les idées d*absolutisme qui régoaieii dans le reste de l'Europe et qui, comme nous le verrons toil à l'heure, finirent par triompher. A côté de ces conséquencu très générales, on en peut également relever de plus précisetet de plus particulières. Quoique victorieuse, la guerre fut cèpes» ! dant pour la Suède la cause de difficultés financières cousMérâbles. Les subsides de la France ne suffisaient pas à lentreliei des troupes. Poijir trouver l'argent nécessaire, le gouvememeit se vit obligé à certains expédients, notamment au trafic Jei domaines de la couronne, qui passèrent entre les mains de li noblesse. Celle-ci en eut sa situation accrue, et bientôt essan de percevoir des paysans les impôts qu'ils devaient à la couronne : ce qui, pour eux, constituait un pas dans la voie di servage. Le trafic de ces biens était assurément, dans les circonstances où Ton se trouvait, une mesure inévitable, mais il est bientôt des conséquences fâcheuses, car les ordres roluriert protestèrent violemment, et un mécontentement profond se manifesta. Il devenait d'autant plus vif que le royaume était gouverné de la manière la plus singulière et la plus décousue.

Christine avait été proclamée majeure en 1644. Intelligente, instruite, la reine aurait été capable d'être à bien des égards une excellente souveraine; mais son humeur fantasque lui fil bientôt délaisser les occupations du gouvernement; elle ne songea plus qu'à se divertir au milieu d'une cour aussi brillante que possible. Elle augmenta le nombre des nobles dans des proportions ridicules, les combla de faveurs, et bientôt, grâce à ses caprices et à son laisser aller, le Trésor fut vide et l'administration royale dans le plus grand désarroi.

Heureusement pour le pays, les causes mêmes qui la détournaient de ses devoirs de reine l'amenèrent bientôt à abandonner le pouvoir. L'idée d'une abdication parait lui être venue dès 1649, et elle s'occupa aussitôt de régler la succession au trône. Ayant toujours refusé de se marier, et étant, d'autre part, la dernière descendante directe de la famille de Vasa, la

question pouvait présenter des diffîculés. Malgré Topposition d'un certain nombre de ses conseillers, elle fit désigner pour son successeur son cousin Charles -Gustave, fils de Jean- Casimir de Palatinat-Deux-Ponts et de Catherine, sœur de Gustave-Adolphe. Dans la diète qui se réunit en 16S0 pour le eouroonement de la reine, les Etats proclamèrent solennellement le trône de Suède héréditaire dans la descendance de Charles-Gustave. Quatre ans plus tard, en 1654, Christine déposait la couronne à la diète d*Upsal et partait aussitôt pour l'étranger, oii elle devait mener pendant de longues années une vie d extravagances et de désordres.

Les rois de la maison palatine; Charles X Gustave. — Le règne de Charles-Gustave (4654-1660) fut de courte durée, et surtout occupé par des complications extérieures. Cependant, au point de vue intérieur, il fut marqué par un événement de première importance. Le nouveau roi n'eut pas seulement à remettre de Tordre dans radministrjation désorganisée par Christine : la Suède se trouvait absolument à bout de ressources et il fallait se procurer de Targent, coûte que coûte. Pour y parvenir, on dut avoir recours à une réduction. Déjà à la diète de 1650, les trois ordres roturiers (clergé, boui^eoisie et paysans) avaient demandé cette mesure : ils voulaient que la couronne procédât à une reprise des domaines royaux et de certains privilèges pécuniaires concédés à la noblesse.

Une opération de ce genre fut votée, sur la proposition du roi, à la diète de 1655. Il y fut décidé que la couronne repren- <lrait les biens dits indispensables, c'est-à-dire considérés comme tels pour les besoins de la cour, les forces militaires et lindustrie minière, ainsi que le quart des biens donnés en cadeau depuis la mort de Gustave-Adolphe. Grâce à ces mesures énergiques, grâce aussi aux talents de Charles-Gustave, le pays commençait à se remettre du règne de Christine, quand il se trouva de nouveau livré à un gouvernement faible et désordonné. Le roi mourut en février 1660, laissant un fils âgé seulement de cinq ans, Charles XI (1660-1697).

Minorité de Cliarles XI. — Il avait, dans son testaient, spécifié que la régence appartiendrait à un Conseil com-

posé des cinq plus hauts fonctionnaires du royaume, auxqui^ seraient adjoints la reine mère et Toncle du jeune roi. Maii^: transmission du pouvoir s'effectuant dans des circonstances ciles, au milieu d'une guerre étrangère % les autorités riTil^ de la couronne profitèrent naturellement de FoccasioD pov intervenir et accroître leur influence. La Diète se réuoili Stockholm; d'accord avec le Sénat, elle commença par exclue de la régence le frère du feu roi. Puis, et ceci était déjà sigai. ficatif, on éprouva le besoin de régler les conditions dans kt. quelles la régence gouvernerait. La constitution de 1634 ht maintenue, mais avec quelques légères modifications quireadaient la couronne plus dépendante du Sénat et de la Dièfe. Au lieu de se réunir seulement lorsqu'elle était convoquée, celle-ci eut désormais le droit de s'assembler tous les trois m. C'est la constitution de 1634 ainsi amendée que l'on a coutume d'appeler la constitution de 1660.

Diminué, dès son avènement, dans son autorité, le Conseil de régence ne sut pas user des pouvoirs qu'on lui avait laissés. Il donna bientôt le spectacle du gouvernement le plus faible et le plus divisé. Les hommes qui le composaient n'étaient, en aucune façon, à la hauteur de leur tâche. Capables d'être de bons instruments entre les mains d'un souverain, ils n avaient parmi eux personne ayant une autorité suffisante pour maintenir rindépendanco du gouvernement, et rinfluence du Sénat devint bientôt prépondérante. L'unité de vues leur faisait égal6 ini»nl défaut; les divergences les plus marquées ne tardèrent pas à se manifester, et on les vit passer brusquement d'un svstèine à un autre tout opposé, suivant que tel ou tel d'entre eux arrivait à faire prévaloir momentanément son opinion. Certes les régents prirent parfois des mesures heureuses : ce furent eux notamment qui fondèrent la Banque du royaume et établirent à Lund une Université destinée à préparer l'assimilation à la Suède des provinces récemment conquises sur le Danemark.

I. (Vest la guorn* iW 1(mo-1600, où la Suède avait eu à lutter contre la Polopn?. cl II.' Danemark, cl (jui se termina par les traités <r01iva (23 mai Ifiriù. ,ivp<la PoloLMie) et (le Copenhague (G juin, avec le Danemark). Sur celte guerre et oi*> Irai tés, voir ci-dessus, p. i8.

Considérée dans son ensemble, leur administration fut désastreuse; les difficultés financières recommencèrent plus grandes jfoe jamais et ils en vinrent à faire fond en pleine paix sur les subsides des puissances étrangères : ce qui les conduisit à cette politique extérieure incertaine dont les efi'ets ont été racontés dans m autre chapitre ^

Le roi atteignit sa majorité en 1672. Son arrivée au pouvoir ne fut pas marquée par une amélioration sensible dans Tétat du royaume. Loin de là. D'abord, Charles XI ne montre pas, dès ce moment, toutes les qualités qu*il révéla plus tard. Puis, par suite des engagements de la régence, la Suède se trouva bientôt entraînée dans de graves complications extérieures *. Grâce à la médiation de Louis XIV, les cessions de territoires consenties aux traités de 1679 furent insignifiantes; mais la situation intérieure du pays était véritablement lamentable et telle que l'on ne pouvait y remédier sans procéder à des réformes radicales, car les abus qui s'étaient peu à peu introduits en Suède s'opposaient à toute amélioration sérieuse.

L'Etat, ruiné et lourdement endetté, n'avait pas les moyens de se procurer les ressources indispensables, car une bonne partie des terres, étant possédée par la noblesse, se trouvait à peu près déchargée d'impôts. La réduction de 16S5 avait été ordonnée pour atténuer cette situation, mais, aussitôt après la mort de Charles-Gustave, son exécution, déjà commencée, avait été suspendue, grâce à l'influence du Sénat. Ainsi la puissance croissante de l'aristocratie était un sérieux obstacle au relèvement du pays. Les autres ordres s'en rendaient compte et manifestaient une hostilité de plus en plus vive contre la noblesse et contre le Sénat qui représentait ses idées.

Affaiblie, épuisée et divisée, la Suède était, au sortir de la pierre malheureuse qu'elle venait de soutenir, dans une situation analogue à celle du Danemark après les défaites que lui ^vait infligées Charles-Gustave. On y retrouve, avec certaines

IVoir ci-dessus, p. 109 : l'accession à la Triple alliance de 1068, puis le retour ^l'alliance française contre la Hollande.

2. Voir ci-<lcssus, p. 112-121 : bataille de Fehrbellin; invasion brandebour- Reoise et danoise, enfin traités de Saint-Germain, avec le Brandebourg, et de Fontainebleau , avec le Danemark (ir»"9).

différences, des phénomènes de même nature : ils ameoèreiil aux diètes de Stockholm de 1680 et 1682 un dénoûroent analogue à celui de la diète de Copenhague de 1660. Seulement, tandis qu*en Danemark, où la royauté était depuis longtemps tutelle, rinitiative était surtout venue des ordres roturiers. Suède rinitiative vint du pouvoir royal.

Diètes de 1680 et de 1682; fin du règne de Cauunles XI. — Charles XI avait, avec Taide de son conseiller favoi* Jean Gyllensterna, élaboré tout un vaste plan de réformes. En même temps qu*il voulait donner a la Suède une politique étrangère indépendante et nationale, à Tintérieur il voulait briser définitivement Fautorité des pouvoirs qui existaient à côté de la couronne et établir la toute-puissance royale. Il fallait, pour cela, aflaiblir successivement le Sénat et les Etats. Pour affaiblir le Sénat, le roi pouvait compter sur Tappui des ordres roturiers et de la petite noblesse. Il demanda à la Diète jusqu a quel point il était lié par la constitution (qui avait, on s'en souvient, spécifié les droits du Sénat) et si le Sénat formait véritablement un Etat séparé dans le royaume. La Diète répondit c que le roi n'était lié que par les lois du royaume et que le Sénat n'était qu'un serviteur fidèle destiné à conseiller le roi lorsque cdui-ci le trouvait bon ». Le pouvoir du Sénat était dès lors brisé. Deui ans plus tard, en 1682, ce fut le tour de la Diète. Profilant de dissentiments qui éclatèrent entre les divers ordres, le roi fil décider (jue les questions litigieuses seraient trancheesparlui.il lit ensuite un pas de i)lus : ayant demandé aux Etats de préciser retend uo de son pouvoir législatif, il interpréta une réponse anibii»uë qu'on lui fit dans le sens le plus favorable à ses vues et s'allribua un pouvoir absolu de légiférer sans contrôle. L'autorité des États était anéantie après celle du Sénat, et le pouvoir absolu établi.

Charles XI fit d'ailleurs le meilleur usage de l'autorité qu'il s'était ainsi acquise. Il évita de se laisser entraîner dans aucune guerre * et sut mettre à profit la longue période de paix quil

1. Voir ci-dessiis. p. 122 et siilv., Charles XI. irritt' dos réunions opéret^ l)ar Louis XIV aux (Irpens d«» son (luch«f* de Deux-Ponls, lit adhésion, i»ar >*** Irailcs anglais, hollandais et autrichien de 1680, à la Ligue d'Augslx>"r*p •"'

lurocura ainsi à son pays. On Ta surnommé « le grand ména- «r du royaume », et il mérite ce titre à tous égards, car la uëde atteignit grâce à lui un degré de prospérité qu'elle 'avait jamais connu.

ILi^établissement du pouvoir absolu amena naturellement des langements assez notables dans l'administration. Celle-ci evint beaucoup plus dépendante de la couronne; certains organes qui avaient conservé une assez grande indépendance ea furent entièrement dépouillés. Enfin des mœurs nouvelles y furent introduites; à cette administration, jusque-là désordonnée et relâchée, il fallut désormais, pour complaire au roi, des habitudes d'ordre, de régularité et de zèle.

En même temps qu'elle amena l'établissement du pouvoir absolu, l'hostilité qui régnait en Suède contre l'aristocratie eut d'autres conséquences. On était irrité contre les anciens régents do roi; on les accusait, non sans raison, d'une bonne partie des maux du pays; ils furent, à la diète de 1680, envoyés en jugement devant une grande commission. Elle les condamna, eux ou leurs familles, à restituer des sommes énormes qu'ils étaient censés avoir fait perdre à l'Etat. Le Trésor encaissa de ce chef plus de 4 millions d'écus, soit plus de 11 millions de francs. A la même diète, le roi avait fait voter une réduction très étendue; maître absolu du royaume, il en fit poursuivre l'exécution avec la plus grande rigueur. Cette mesure provoqua maintes récriminations particulières, mais fut, somme toute, très avantageuse pour la Suède. Elle eut aussi des conséquences sociales assez grandes, car elle diminua la puissance exagérée de la haute noblesse, qui fut surtout frappée, et assura l'indépendance des paysans, qui, comme nous l'avons dit, commen- Çaità être menacée. Elle procura à l'Etat des ressources considérables, un revenu annuel de plus de 2 millions d'écus de Suède (environ 5 millions 600 000 francs de notre monnaie *<ins tenir compte de la dépréciation de l'argent). Les ressources ^si obtenues furent employées à améliorer l'armée et la

PW>initun secours de 9000 hommes aux coalisés; mais dès 1692 il accueillait les propositions de Louis XIV en vue d'une médiation suédoise, et quand il mourut (ivrii 169"), il avait déjà fait aux conférences de Ryswick, par les plénipoten- ^res Lilienroth et Bonde, Toffice de médiateur.

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marine. L'effectif des troupes de terre fut porté à environ 38 000 hommes, sans parler des 25 000 destinés à défendre lei provinces sud-baltiques et allemandes. Les forces de mer con. prenaient 11000 hommes, répartis sur 38 vaisseaux de ligne et un grand nombre de navires plus petits. L'entretien de cet forces n*épuisa cependant point TEtat. L'administration rinm. cière de Charles XI fut, en effet, particulièrement heureuse; pendant les dernières années de son règne, les recettes excédèrent régulièrement les dépenses, et une réserve imporlaole put être constituée. C'est ainsi que, selon l'expression de Vol. taire, Charles XI, lorsqu'il mourut en avril 1697, « laissa à son fils, âgé de quinze ans, un trône affermi et respecté au dehors, des sujets pauvres, mais respectueux et soumis, avec des finances en bon ordre, ménagées par des ministres habiles i.

BIBLIOGRAPHIE

Pour les histoires générales, voir ci-dessus, t. IV, p. 616; noUmaMut Geijer, Histoire du peuple suédois^ traduction française de Lundblad, Paris, 18H, in-8 (jusqu'à l'abdication de Christine). — Sveriges historia froaâUiU tid un vara dagar (Histoire de Suède, depuis les temps les plus recalés jusqu'à nos jours), t. IV, 1611-1718, par Martin VeibuU et MagautmK^ Stockholm, 1889, in-8. — FryiLell, Berâttelser ur Svenska Historien (Rédli de l'histoire de Suède), 46 vol., 1823-1879, in-8, t. VI à XX. — F.-F. CMot, Sveriges historia under konungarne af pfalziska huset (Histoire de Suède soas les rois de la maison palatine), 6 vol. in-8, 1855-1881 ; Irad. ail. Gotha (collection Ileeren et Uckerl). — Arckenholtz, Mf^moirca concernant Chmtine^ reine deSuède^ 1751-1700,4 vol. in4 (pour le règne de Gustave-Adolphe, voir ci-dessus, t. V, la bibl. du chapitre xii, p. 585). — Grauert, ChriUÎM und ihr llof, 1837,2 vol. in-8. — Arvède Barine, Christine de Suède, Am Hcv. des Deux M ondes ^ 15 oct. 1888. — Les Lettres et papiers d'Axel Oxenstierna sont édités, eu plusieurs volumes, par C.-G. Styffe, Stockholm.

— Schybergson, Finlands historia McWingïors, 2 vol. in-8. — AUen, fltftoitc de Danemark, traduct. française de Beauvois, Copenhague, 1878, 2 vol. in-8. — Sur Christian IV de Danemark : Kr. Erslev, qui a édité les papiers relatifs au Higsraad et aux États danois, Copenhague, vol. 1 à IIl, depuis 1883. — Bricka et J.-A. Fridericia, Lc/^res autographes du roi^nU à Vil, 1879-1891. — H.-D. Lind, KongKristian IV (Le roi Christian lY), m.

— J.-A. Fridericia, Histoire de la politique du Danemark (sous ChrislianlY). 2 vol., Copenhague, I88I (en danois). — 11 convient de mentionner aussi Odhner , Ldrobok i Sveriges , Norges och Danmarks historia (Manuel de l'histoire de Suède, Norvège et Danemark) qui, malgré sa forme volontairement élémentaire, renferme des aperçus et des résumés très nets.

1. Sur le règne de Charles XII (1697-1718), voir ci-<lessous le chapitre xn (l Guerre du Sord)^ cl, au t. VII, les chapitres Europe après les traités d'Utrecht « Etats Scandinaves.

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