‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 8 sur 167 · LOUIS XIV LA MONARCHIE ABSOLUE · texte numérisé non relu

LOUIS XIV LA MONARCHIE ABSOLUE

Gouvernement, administration, société

/. — La théorie du pouvoir royal.

La France en 1661. — Le 9 mars 1661, le cardinal Mazarin mourait au château de Vincennes; de ce jour date le gouvernement personnel de Louis XIV. Le jeune roi tint aussitôt un conseil où figuraient le surintendant Fouquel, le secrétaire d*Etat de la guerre Le Tellier, le ministre d'Etat Lionne, le chancelier Séguier, et il leur déclara « en maître, qu*ayant perdu le cardinal Mazarin sur qui il se reposait de tout, il avait résolu d'être son premier ministre et qu'il ne voulait pas qu'aucun d'eux signât la moindre ordonnance ou le moindre passeport sans avoir reçu ses ordres». Le lendemain, il fît i l'archevêque de Rouen, Ilarlay de Champvallon, une déclaration aussi catégorique. « Sire, lui avait dit ce prélat, j'ai l'honneur de présider à l'assemblée du clergé de votre royaume. Votre Majesté m'avait ordonné de m'adresser à monsieur le cardinal pour toutes les atîaires; le voilà mort. A qui Sa Majesté veut-elle que je m'adresse à l'avenir? — A moi, monsieur l'archevêque; je vous expédierai bientôt. » Le règne de Louis XIV commençait.

Bien rares étaient ceux qui connaissaient le vrai caractère ^u Gis de Louis XIII et d*Anne d'Autriche, et qui voyaient dans ce roi de vingt-deux ans et demi à peine, connu jusqu'alors par son élégance naturelle et par quelques intrigues amoureuses, autre chose qu'un prince fait pour Toisiveté et les plaisirs. Aussi un sentiment général d'incrédulité avait accueilli autour de lui ses (lères paroles; on prétend même que la reine mère avait ri au nez à Le Tellier quand il les lui avait rapportées. On pouvait, en effet, n'avoir pas encore deviné en Louis XIY un prince c vraiment né pour gouverner les hommes »; mais comment ne pas remarquer qu'un concours exceptionnel, et pour ainsi dire unique, de circonstances favorables avait préparé ce règne où la France obéirait à un maître?

C'est bien au lendemain de la tentative impuissante de la Fronde que le programme énergique de Richelieu, — réduire tous les sujets en leur devoir, — avait reçu sa complète exécu. tion. Plus de huguenots établis dans leurs citadelles et formant un Etat dans l'Etat. Plus de magistrats à l'esprit remuant et ambitieux, qui parlaient, comme en 1648, de < servir le public et le particulier et de réformer les abus de l'Etat » : la Fronde parlementaire avait avorté dans des conditions trop pitoyables pour que les gens de justice songeassent à se poser en modérateurs de l'autorité royale. Plus de princes rebelles avec qui compter : celui qui avait poussé sa révolte jusqu'à porter son épée au roi d'Espagne n'avait été admis à rentrer à la cour, à y reprendre ses biens, ses honneurs et son rang de premier prince du sang, qu'après avoir déclaré c qu'il ne prétendait rien que de la seule bonté et du propre mouvement du seigneur roi, son souverain seigneur. »

11 y avait plus encore : la royauté sentait de tous côtés comme

un consentement tacite de l'opinion publique qui la portait au

souverain pouvoir. Lasse des agitations stériles qui n'avaient

fait qu'augmenter la misère générale, la France aspirait à un

pouvoir fort et tutélaire, à l'ombre duquel elle pourrait enfin se

reposer et se refaire. Bossuet a dit avec raison de la Fronde,

qu*elle avait été « comme un travail de la France, prête à

- enfanter le règne miraculeux de Louis. »

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On doit remarquer aussi, à propos de ce roi de vingl-deux ans, combien « sa première entrée dans le monde fut heureuse, suivant le mot de Saint-Simon, en esprits distingués de toute espèce » . Généraux ou ministres de talent et même de génie, les Turenne, les Condé, les Le Tellier, les de Lionne, les Golbert, se groupaient à ses côtés et lui formaieat un cortège qui n*avait pas son égal en Europe.

C*est au milieu de ces circonstances que Louis XIV recueillit rhéritage de Mazarin ; les esprits clairvoyants avaient raison d'y voir le présage d'un règne glorieux et d*une autorité incontestée. L'année suivante, dans le premier carême qu'il prêcha au Louvre, Bossuet disait en s'adressant à Louis XIY : c II se remue pour Votre Majesté quelque chose d'illustre et de grand et qui passe la destinée des rois vos prédécesseurs. »

Louis XIV avant son règne personneL — Louis XIV avait attendu patiemment la mort de Mazarin. Quand elle fut arrivée, il se décida sur-le-champ, suivant ses propres paroles, c à ne pas différer davantage ce qu'il souhaitait et craignait tout ensemble depuis si longtemps ». Il avait, en effet, dès cette époque, le sentiment très net de ses devoirs et de ses droits de souverain, et, par suite, l'intention bien arrêtée des choses qu'il voulait faire. Son esprit naturellement réfléchi avait conservé des années de sa première jeunesse une impression inef* façable. A Tàge de dix ans à peine, par une froide nuit d'hiver, on l'avait emmené en cachette, comme un fugitif, de Paris a Saint-Germain, pour échapper à la révolution parisienne; ub an plus tard, des mutins étaient entrés dans sa chambre pendant son sommeil et l'avaient regardé avec insolence pour s'assurer que c'était bien lui ; à peine majeur, il avait assisté aux péripéties de la guerre des princes et à cette bataille du faubourg Saint-Antoine dont son autorité même était l'enjeu. Lui qui avait senti de bonne heure « les épines de la royauté », il était bien résolu à les écarter à jamais de son chemin.

Il est peu probable que Mazarin ait prolongé l'enfance du roi autant qu'il Fait pu, et qu'il Tait élevé dans cette ignorance politique et cet isolement moral que Saint-Simon et Voltaire se sont plu à décrire; on sait, en effet, qu'il lui avait donné des -

iastnictions très précises sur les affaires générales du royaume et que, dès Tâge de quinze ans, il le faisait assister au Conseil. Ce qui est certain, c'est que Liouis XIV s*est surtout formé lui-même. Né avec d'heureuses dispositions, grave, réfléchi, parlant peu, pensant beaucoup, il avait porté de bonne heure sa curiosité intelligente vers tout ce qui se passait autour de lui; c Je ne laissais pas, dit-il, de m'éprouver en secret et sans confident, raisonnant seul et en moi-même sur tous les événements qui se présentaient, plein d'espérance et de joie quand je découvrais quelquefois que mes premières pensées étaient les mêmes où s'arrêtaient à la fin les gens habiles et consommés, et per-r &uadé au fond que je n'avais point été mis et conservé sur lé trône avec une aussi grande passion de bien faire sans en devoir trouver les moyens. »

a Li'État, o'est moi'. » — Chez Louis XIY comme chez Richelieu, qui avait dit que < l'état monarchique ne peut souffrir qu'on mette la main au sceptre du souverain et qu'on parr tage son autorité ', c'est une conviction absolue que la soùve^ raineté réside tout entière dans le roi, sans que la moindre parcelle puisse lui être dérobée. Les Mémoires qu'il fit rédiger sous ses yeux, presque sous sa dictée, pour Vinstruciion du dauphin^ renferment ce passage sur les rapports de Charles II d'Angleterre avec son parlement, qui est comme sa profession de foi politique : « Il est certain que cet assujettissement, qui met le souverain dans la nécessité de prendre la loi de ses peuples, est la dernière calamité où puisse tomber un homme de notre rang... C'est pervertir Tordre des choses que d'attribuer les résolutions aux sujets et la déférence au souverain. C'est à la tête seulement qu'il appartient de délibérer et de résoudre, et toutes les fonctions des autres membres ne consistent que dans 1 exécution des commandements qui leur sont donnés... Mais c'est trop longtemps m'arrèler sur une réflexion qui semble vous être inutile, ou qui ne peut au plus vous servir qu'à reconnaître la misère de nos voisins, puisqu*il est constant que, dans l'Êtatoù vous devez régner après moi, vous ne trouverez point

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