CHAPITRE XX
/. — Négociations préliminaires.
La succession d'Espagne. — La succession qui allait s'ouvrir en 1700 était la plus extraordinaire qu'héritiers aient jamais convoitée. Quoique diminuée par la création des Pays- Bas hollandais, la rivalité heureuse des Anglais sur les Océans et les concjuètes territoriales de la France, elle constituait encore un des plus vastes empires du monde. Outre les royaumes de (bastille, d'Aragon, de Navarre et leurs dépendances, elle comprenait : 1® en Eur()p(\ le Milanais, Xaples et la Sicile, la Sardaigne, les Présides de Toscane, le marquisat de Finale sur le golfe de Gènes; 2*" les Présides d'Afrique (Centa, Melilla. etc.); 3" les archipels africains (Canaries); 4° en Océanie, les archipels d(\s Philippines et des Carolines; î)° dans les Antilles, les grandes îles de (]uha, Porto-Ilico, Trinidad: 6" enfin, sur le continent américain, tout un monde, l'espace sur lequel se sont formées de nomhreuses répuhliques; c'étaient la Floride avec les archipels voisins, le Mexique qui englohait alors le Texas, la (lalifornie et les hords de la mer Vermeille, toute TAnn*rique centrale, toute l'Amérique du Sud, à part le Brésil- L'empire espagnol comprenait donc, presque entières, deux J^^'
NÉGOCIATIONS PllÉLIMINAIllBS
grandes péninsules d'Europe, l'ibérique et Titalique; il était riverain de la mer du Nord et enserrait la Méditerranée occidentale ; il était répandu sur les doubles rivages des deux Océans. Il y avait donc des raisons pour que Louis XIV eût hâté la conclusion de la paix, pour que rAutriche continuât à nourrir de A^astcs convoitises à Ryswick, pour que les nations maritimes, Angleterre et Hollande, demeurassent inquiètes. Ce n*était pas seulement l'avenir de la vieille Europe, mais celui du monde moderne, des nations encore à naître sur les immenses terres vierges, qui étaient en jeu. Voilà ce qu'était la succession d*Espagne, prête à tomber des mains d'un moribond entre les mains tendues de toutes parts pour la recevoir.
Les prétendants & la succession *. — Le roi Charles II, valétudinaire et impuissant, « commençait à no plus voir les choses de ce monde qu'à la lueur de ce terrible flambeau qu'on allume aux mourants » (Saint-Simon), et ses plus proches parents, ses hoirs légitimes, étaient des étrangers.
De ses sœurs, mortes toutes deux, l'aînée avait épousé Louis XIV, la cadette l'empereur Léopold. L'une se survivait dans son flls le « grand dauphin d, dans ses petits-flls les ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berry; l'autre, dans l'enfant de sa QUe unique, Ferdinand-Joseph, prince électoral de Bavière. Trente ans auparavant, les deux beaux-frères, par un traité